Le mois d’Elloul – «Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi» – Par le Rav Yossef Its’hak Havlin

Le mois d’Elloul – «Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi» – Par le Rav Yossef Its’hak Havlin

 

Une exploration profonde de la nature spirituelle particulière du mois d’Elloul, révélant pourquoi ce temps de grâce divine exceptionnelle ne constitue pas une fête liturgique, à travers l’enseignement lumineux de l’Admour hazaken et sa célèbre parabole du Roi dans les champs.

 

 

Par le Rav Yossef Itshak Havlin
(Cours basé sur « Lilmod Et Hamoadim » du Rav Zalman Goupin)

 

La révolution spirituelle apportée par la Hassidout

Comme pour tout concept de notre riche tradition, la Techouva et le pardon dans le mois d’Elloul reçoivent une lumière nouvelle et une signification intérieure profonde grâce aux enseignements de la Hassidout. Cette sagesse intérieure offre un regard supplémentaire, une perspective spirituelle renouvelée sur ce mois sacré d’Elloul, transformant radicalement notre compréhension de sa nature véritable.

Avant que la Hassidout n’éclaire la nature profonde du mois d’Elloul, ce mois était traditionnellement perçu comme une période redoutable et angoissante, empreinte d’appréhension face au jugement divin imminent. Il fallait se préparer dans la crainte et l’inquiétude, l’atmosphère était chargée de tension spirituelle. Cette perception était si intense que, selon la tradition, même les poissons dans les profondeurs marines tremblaient de crainte, et les étudiants de Yechiva qui se trouvaient en mer se hâtaient de regagner la terre ferme à l’approche d’Elloul.

Cependant, la Hassidout, dans sa sagesse pénétrante, révèle que chaque aspect de l’existence spirituelle possède une dimension intérieure lumineuse. C’est précisément dans cette exploration de la dimension intérieure du mois d’Elloul que nous découvrons sa véritable nature spirituelle.

La perception superficielle traditionnelle du mois d’Elloul

Dans sa dimension superficielle, le mois d’Elloul était compris comme une période d’examen de conscience rigoureux, servant de préparation et d’introduction aux jours solennels de jugement que sont Roch Hachana et Yom Kippour. Ces jours décisifs déterminent la continuation de l’abondance divine et des bénédictions pour l’année à venir, car chaque année voit se renouveler l’attribution de l’abondance céleste.

Il est naturellement compréhensible que face à un procès spirituel d’une telle importance et d’une portée si considérable, l’âme ressente une inquiétude légitime et s’efforce d’améliorer sa conduite morale et spirituelle. L’objectif était de se présenter devant le tribunal divin de manière digne et méritante, afin que le Saint béni soit-Il nous inscrive et nous scelle dans le livre de la vie pour une année de bonheur et de bénédiction.

Cette compréhension, bien que fondée, demeurait néanmoins limitée à la surface des choses, créant une atmosphère d’appréhension et de crainte qui caractérisait traditionnellement l’approche du mois d’Elloul.

La transformation révolutionnaire par la Hassidout

De cette manière, le mois d’Elloul était perçu comme une période intimidante et décourageante. Il était naturel que tout être sensible tremble en s’approchant des Jours redoutables. Cette appréhension était si profonde que dans les Yechivot et les communautés traditionnelles, il était d’usage de ne pas célébrer de mariages durant le mois d’Elloul, considérant que ce n’était pas un moment approprié pour des festivités, le temps devant plutôt être consacré à la Techouva et au repentir.

Paradoxalement, chez le Rabbi de Loubavitch, Elloul est précisément considéré comme le moment le plus propice pour célébrer des mariages ! Lorsque les Hassidim interrogeaient le Rabbi sur l’opportunité de se marier en Elloul, il encourageait ces unions, expliquant qu’Elloul est le mois de miséricorde par excellence, un mois particulièrement propice et béni, doté de nombreuses vertus spirituelles. D’ailleurs, de nombreux Hassidim illustres se sont mariés dans le mois d’Elloul, notamment le Rabbi précédent et le Rabbi Rachab eux-mêmes ! Cette approche révèle un renversement complet de perspective.

La révélation de la dimension intérieure d’Elloul

Nous avons le privilège extraordinaire de recevoir la lumière de la Hassidout, qui nous révèle que la particularité véritable de ce mois réside dans sa nature de mois de miséricorde authentique. Durant cette période bénie, le Saint béni soit-Il Se révèle au peuple d’Israël d’une manière particulièrement accessible, ouvrant une fenêtre spirituelle privilégiée pour permettre un rapprochement intime avec Lui et offrant la possibilité d’accomplir une Techouva complète et parfaite.

Il s’agit donc, en réalité, d’un mois empli de joie spirituelle profonde, marqué par la révélation de l’amour divin et de la proximité exceptionnelle du Saint béni soit-Il envers le peuple d’Israël. Le mois d’Elloul se révèle être un mois de joie et de célébration spirituelle, une période où le Saint béni soit-Il Se rapproche de nous de manière particulièrement tendre et accessible.

La parabole fondatrice du Roi dans les champs

Ce rapprochement extraordinaire entre le Saint béni soit-Il et le peuple d’Israël durant le mois d’Elloul est magnifiquement décrit par l’Admour hazaken à travers sa célèbre parabole du Roi dans les champs, enseignement fondamental rapporté dans les Likoutei Torah dans le discours hassidique intitulé « Ani leDodi veDodi li » (Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi).

Cette parabole révolutionnaire commence par aborder une question fondamentale qui interpellait les esprits éclairés : comme il est enseigné dans les livres de Kabbale que le mois d’Elloul bénéficie de la révélation particulière des 13 attributs divins de miséricorde, pourquoi ce mois ne constitue-t-il pas une période de fête liturgique ?

La question théologique fondamentale

En effet, si Elloul est caractérisé par des jours de révélation divine exceptionnelle, des jours de dévoilement de miséricorde céleste immédiate, la logique voudrait qu’à l’instar du Chabbat et des fêtes – où il est interdit d’accomplir des travaux précisément parce que ces jours sont marqués par une révélation particulière du Saint béni soit-Il – le mois d’Elloul devrait également être sanctifié par un statut de fête.

Si le mois d’Elloul bénéficie d’une révélation divine si élevée qu’elle transcende l’ordre habituel des mondes (Chitlout), pourquoi ne jouit-il pas d’une sanctification particulière interdisant les activités profanes, à l’image des autres moments de révélation divine ?

La réponse révolutionnaire de l’Admour hazaken

L’Admour hazaken apporte une réponse d’une profondeur saisissante : certes, Elloul constitue effectivement un moment de révélation divine extraordinaire, mais il s’agit d’une révélation d’un type particulier, celui du « Roi dans les champs ».

Contrairement aux moments où le Roi Se révèle dans toute la majesté de Sa royauté – ce qui constitue alors un jour de fête liturgique – durant Elloul, le Roi descend dans les champs, là où Se trouvent Ses sujets, venant vers eux dans leur état actuel, selon leur forme et leur niveau spirituel respectifs. C’est ainsi que le Saint béni soit-Il Se révèle au peuple juif durant cette période bénie.

Cette forme de révélation ne s’exprime donc pas par les manifestations extérieures d’une fête, mais paradoxalement, elle permet une proximité infiniment plus grande et plus intime que toute autre forme de révélation divine.

Le développement de la parabole du Roi

Laissons maintenant l’Admour hazaken développer lui-même cette parabole fondamentale dans ses propres termes lumineux : « Ceci ressemble à un roi qui, avant son arrivée dans la ville royale, voit les habitants de cette ville sortir à sa rencontre dans les champs pour recevoir sa présence bienveillante. À ce moment privilégié, quiconque le désire peut sortir à sa rencontre, et le roi reçoit tous ses sujets avec un visage bienveillant et rayonnant, manifestant à chacun des expressions de joie et de satisfaction. »

Imaginons cette scène : le Roi se trouvait initialement dans les champs, dans la campagne, et s’apprête maintenant à regagner son palais royal. Durant ce voyage de retour, il traverse les champs où tous ses sujets peuvent venir librement à sa rencontre. Dans cette configuration unique, chaque personne, quelle que soit sa condition sociale ou spirituelle, peut s’approcher directement du Roi et bénéficier de sa bienveillance immédiate.

Le contraste avec le protocole royal habituel

« En marchant vers sa ville royale, tous l’accompagnent et marchent derrière lui. Cependant, dès son arrivée dans son palais royal, l’accès devient strictement réglementé : seuls peuvent alors pénétrer dans l’enceinte royale ceux qui en ont reçu l’autorisation expresse. Même parmi les plus distingués du royaume – les ministres, les conseillers et les hauts dignitaires de la cour royale – l’accès au Roi devient extrêmement limité et soumis à un protocole rigoureux. »

Ainsi, quand le Roi se trouve dans les champs, dans cet espace ouvert et accessible, chaque sujet peut s’approcher de lui sans restriction. C’est un moment de révélation extraordinaire où le Roi Se manifeste dans toute Sa gloire, permettant à toutes les personnes, même les plus simples du peuple, de venir Le rencontrer dans les champs et de L’accompagner ensuite dans Sa marche royale.

En revanche, lorsqu’Il regagne les fastes et la majesté de son palais royal, l’ordre protocolaire reprend ses droits : un système hiérarchique strict s’établit, et seuls les plus proches du Roi peuvent prétendre à un accès direct, encore que selon des degrés variables de proximité et d’intimité avec le souverain.

Les deux modalités de la révélation royale

Cette parabole met donc en lumière deux modalités distinctes de la manifestation royale face au peuple : d’une part, l’état précédant l’entrée officielle dans la capitale, où le Roi se trouve dans les champs et Se rapporte à tous ses sujets avec une égalité parfaite, les recevant tous avec la même bienveillance et la même joie visible ; d’autre part, l’état consécutif à son installation dans le palais royal, où seuls les plus éminents du royaume et les élites spirituelles obtiennent le privilège d’un accès à sa personne royale.

Cette parabole, qui constitue l’une des contributions les plus remarquables de l’Admour hazaken à la compréhension de la spiritualité juive, ne représente pas une innovation au sens d’une création nouvelle, mais plutôt une révélation profonde de la modalité particulière selon laquelle la divinité Se manifeste durant le mois d’Elloul : sous la forme sublime du « Roi dans les champs ».

L’application spirituelle de la parabole

Dans son application spirituelle (Nimshal), cette parabole révèle que durant le mois d’Elloul, le Saint béni soit-Il Se révèle à l’ensemble du peuple d’Israël d’une manière extraordinairement accessible. Tous ceux qui le souhaitent – y compris les pécheurs et ceux qui ont transgressé – peuvent s’approcher de Lui sans crainte, et Il les reçoit tous avec un visage rayonnant de bienveillance, leur manifestant Sa joie et Sa satisfaction paternelles.

Cette accessibilité universelle contraste remarquablement avec ce qui se produit à Roch Hachana, lorsque le Saint béni soit-Il « rentre » pour ainsi dire dans Sa sainteté transcendante. À ce moment-là, seuls peuvent L’approcher ceux qui ont accompli leur Techouva durant le mois d’Elloul et sont ainsi devenus proches du Roi divin.

La progression spirituelle d’Elloul vers les Jours redoutables

Pour accéder à cette proximité lors des Jours redoutables, il faut au préalable avoir accompli sa Techouva durant Elloul, avoir accepté le joug de la royauté divine, et avoir intégré tous les concepts spirituels propres à Roch Hachana et Yom Kippour. Cette progression constitue l’ordre spirituel établi et reconnu.

Cependant, durant le mois d’Elloul qui précède cette période, règne un état spirituel unique où le Saint béni soit-Il Se trouve dans une proximité particulière avec chaque individu, l’rencontrant selon son niveau et sa situation spirituelle actuels. Même les personnes éloignées de la spiritualité, même les âmes simples peuvent s’approcher du Roi divin et bénéficier de cette proximité extraordinaire.

La résolution de la grande question kabbalistique

C’est par cette parabole magistrale que l’Admour hazaken résout une question théologique majeure et une perplexité profonde qui interpellait les esprits éclairés. Les livres de Kabbale enseignent en effet que durant le mois d’Elloul sont révélés aux enfants d’Israël les 13 attributs divins de miséricorde, révélation spirituelle d’une élévation exceptionnelle.

Or, il convient de distinguer entre deux aspects fondamentalement différents de la miséricorde divine : d’une part, la miséricorde que nous connaissons ordinairement, qui correspond à la Sefirah de Tiféret et s’exprime dans le cadre habituel de la providence divine ; d’autre part, les 13 attributs de miséricorde évoqués dans le contexte d’Elloul, qui transcendent l’ordre naturel du Chitlout (l’enchaînement des mondes).

La parabole du juge et du roi

Pour expliquer cette distinction fondamentale, l’Admour hazaken propose une analogie éclairante : la différence entre ces deux types de miséricorde ressemble à celle qui existe entre un juge qui manifeste sa compassion envers un accusé et un roi qui témoigne sa clémence à l’égard de son sujet. Il existe donc une miséricorde de type judiciaire et une miséricorde de nature royale, dont les caractéristiques diffèrent profondément.

Le juge, dans l’exercice de ses fonctions, est chargé d’appliquer les lois selon les principes stricts de la justice. Il dispose d’un corpus juridique qu’il doit interpréter et appliquer avec rigueur, veillant à ce que la justice soit rendue dans sa plénitude. Néanmoins, lorsque les circonstances s’y prêtent et que des raisons particulières le justifient – par exemple, quand le magistrat estime qu’une condamnation sévère ne servirait pas l’intérêt véritable de l’accusé et qu’il serait préférable de l’aider à se réhabiliter pour construire une nouvelle existence – il possède alors l’autorité nécessaire pour tempérer la rigueur de la justice par la miséricorde.

Les limites de la miséricorde judiciaire

Le juge peut donc adopter une approche empreinte de compassion et décider : « Si je prononce la sentence la plus sévère, quel bénéfice en résultera-t-il vraiment ? Je constate que cet homme a la capacité de se repentir et de se transformer. » Cette possibilité de clémence entre dans ses prérogatives légitimes et constitue un exercice approprié de son autorité judiciaire.

Cependant, cette miséricorde judiciaire demeure circonscrite dans des limites précises et définies. Le juge reste lié par le cadre légal, soumis aux lois et aux règlements qui régissent son action. Sa marge de manœuvre, bien que réelle, s’inscrit nécessairement dans les bornes établies par le système juridique dont il est le serviteur.

La miséricorde illimitée de la royauté

Le roi, en revanche, qui constitue lui-même la source et l’origine des lois du royaume, n’est nullement limité par le corpus législatif. Il possède la prérogative souveraine de manifester sa clémence envers ses sujets, même lorsque, selon la lettre stricte de la loi, ils mériteraient châtiment. Il peut accorder sa grâce royale à son peuple même quand les circonstances ne correspondent pas aux dispositions habituelles des lois du royaume.

Cette prérogative royale était d’ailleurs reconnue et institutionnalisée dans les périodes historiques anciennes : si une personne condamnée à mort parvenait, par quelque circonstance que ce soit, à apercevoir le visage du roi, elle recevait immédiatement sa vie en don, car « dans la face du roi réside la vie ». Il existait donc un principe établi selon lequel la simple vision du souverain suffisait à annuler la sentence capitale, le roi accordant automatiquement sa grâce à celui qui avait eu le privilège de croiser son regard royal.

La transcendance de la miséricorde royale

Cette institution révèle une vérité profonde : pour un roi véritable, il n’existe aucune limitation à l’exercice de sa miséricorde. Sa compassion transcende toute borne et toute restriction. Il peut manifester sa bonté de manière absolue, car il se situe naturellement au-dessus des lois qu’il a lui-même établies. N’étant pas limité par les règles qu’il a créées, il possède la liberté souveraine d’exercer sa clémence selon sa volonté royale, au-delà de toute contrainte juridique.

Il existe donc des degrés de miséricorde : certains types de compassion, bien que réels et authentiques, demeurent circonscrits dans des limites définies ; d’autres manifestations de miséricorde ne connaissent aucune restriction. Cette miséricorde illimitée trouve sa source dans le fait que celui qui l’exerce transcende par nature l’ordre qu’il a lui-même institué.

L’application divine de cette distinction

Cette distinction éclaire parfaitement la différence entre les 13 attributs de miséricorde qui se situent au-dessus d’Atsilout et les attributs de miséricorde qui s’expriment au niveau d’Atsilout même. L’attribut ordinaire de miséricorde demeure limité, mesuré et borné selon les lois et les règles que le Saint béni soit-Il a établies dans le monde d’Atsilout, dans l’ordre du Chitlout d’Atsilout.

Atsilout ayant été créé selon un ordre déterminé (Chitlout), les manifestations de miséricorde qui s’y déploient sont nécessairement circonscrites par cet ordre. Il s’agit donc de miséricorde limitée et mesurée – non pas qu’elle manque de miséricorde, mais elle s’exprime dans le cadre des limitations inhérentes aux mondes créés. Même lorsque cette miséricorde se manifeste, elle demeure soumise aux contraintes structurelles de la création.

En revanche, les 13 attributs de miséricorde évoqués dans le contexte d’Elloul émanent d’un niveau qui transcende l’ordre du Chitlout et ne sont limités par aucune règle ni condition. Ils possèdent la capacité d’embrasser tous et tout dans une compassion sans frontières ni restrictions.

La révélation transcendante d’Elloul

Cette qualité particulière trouve son explication dans le fait que durant Elloul, le Saint béni soit-Il Se révèle à un niveau qui transcende les mondes créés. Lorsqu’Il Se manifeste au-dessus des mondes, toutes les limitations cessent de Le circonscrire. Ces limitations, qu’Il a Lui-même établies lors de Sa volonté de Se contracter (Tsimtsoum) pour créer les mondes, ne L’affectent plus lorsqu’Il choisit de Se révéler au niveau qui précède cette contraction volontaire.

Ainsi, quand survient une révélation de ce niveau transcendant, toutes les restrictions habituelles perdent leur emprise et leur pertinence. C’est cette réalité spirituelle extraordinaire qui caractérise le mois d’Elloul et explique pourquoi, malgré la grandeur de la révélation divine qui s’y déploie, ce mois ne nécessite pas le cadre restrictif d’une fête liturgique.

La proximité qui s’établit alors entre le Saint béni soit-Il et chaque âme juive dépasse infiniment celle que permettraient les formes habituelles de révélation divine, aussi élevées soient-elles. C’est là le secret profond du mois d’Elloul : une intimité divine accessible à tous, une miséricorde sans limites, un amour paternel qui embrasse chaque enfant d’Israël là où il se trouve, dans son état actuel, avec une tendresse infinie.

Puissions-nous tous mériter de saisir cette opportunité spirituelle unique et de nous rapprocher du Saint béni soit-Il durant ce mois béni d’Elloul, afin d’être inscrits et scellés pour une année de vie, de santé, de prospérité spirituelle et matérielle, rapidement et de nos jours, Amen !

Le mois d’Elloul et les Dix Jours de Repentance

Le mois d’Elloul et les Dix Jours de Repentance

Le mois d’Elloul et les Dix Jours de Repentance sont particulièrement propices au repentir, car c’est la période où D.ieu a accepté de pardonner au peuple juif pour le péché du Veau d’Or.

 

Quarante jours après la remise de la Torah, alors que Moché n’était pas encore descendu du mont Sinaï, un groupe de pécheurs a persuadé le peuple de fabriquer un veau d’or pour remplacer l’autorité de D.ieu. À ce moment-là, une grande colère s’est enflammée contre Israël.

C’était assez grave pour que D.ieu dise à Moché : « Maintenant, laisse-moi, pour que ma colère s’enflamme contre eux et que je les détruise, et que je fasse de toi une grande nation » (Chémot 32:10). Moché a prié avec ferveur et a rappelé à D.ieu les mérites des patriarches et des matriarches, retardant ainsi le châtiment.

Il est ensuite descendu de la montagne, a brisé les Tables et, avec la tribu de Lévi, a exécuté les pécheurs. Il a fondu et pulvérisé le veau, a mélangé la cendre avec de l’eau et a fait boire tous les Israélites. L’eau a servi de test de réactivité, et ceux qui avaient adoré le veau sont morts.

Néanmoins, la menace de destruction planait toujours sur Israël. Faisant preuve d’un esprit de sacrifice, Moché s’est tenu devant D.ieu et a déclaré : « Maintenant, si tu pardonnes leur péché [tant mieux] ; mais sinon, efface-moi du livre que tu as écrit » (ibid. v. 32). Suite à cette déclaration, le décret a été levé. Cependant, Israël était toujours en disgrâce et éloigné de D.ieu. C’était comme s’ils n’étaient plus ses serviteurs ou sa nation spéciale. De plus, les premières Tables étaient en morceaux.

Roch ‘Hodech Elloul

Le Roch ‘Hodech Elloul, Moché est à nouveau monté sur le mont Sinaï pour prier en tant qu’émissaire d’Israël, demandant à D.ieu d’avoir pitié d’eux et de les pardonner. Le jour de Yom Kippour, leur repentir a été pleinement accepté. Moché est descendu pour donner aux Juifs le deuxième ensemble de Tables et pour les informer qu’ils étaient pardonnés. En signe de leur proximité et de leur caractère spécial renouvelés, D.ieu leur a ordonné d’ériger un Michkan (Tabernacle), à travers lequel la Chekhina leur serait révélée. Puisque le moment des événements importants n’est pas accidentel, nous voyons que les quarante jours du Rosh ‘Hodech Elloul jusqu’à Yom Kippour sont particulièrement propices au repentir.

Cela est conforme au midrash suivant :

Le Roch ‘Hodech Elloul, D.ieu a dit à Moché : « Monte vers moi sur la montagne » (Chémot 24:12). Le Chofar a alors été sonné dans le camp, pour faire savoir que Moché montait à nouveau la montagne et qu’Israël ne devait pas répéter leur erreur. D.ieu est monté ce jour-là à travers ces mêmes sons de Chofar, comme nous le lisons : « D.ieu monte avec un éclat (terou’a) ; le Seigneur, avec le son d’un Chofar » (Téhilim 47:6). Par conséquent, les Sages ont ordonné que le Chofar soit sonné chaque année le Rosh ‘Hodech Elloul. (Pirké de-Rabbi Eliezer 46)

Ils ont choisi de faire du Chofar un appel au réveil pour le peuple, car il a le pouvoir de décourager les gens de pécher et de réveiller les masses au repentir (Tour et Beit Yossef, O’H 581:1).

En conséquence, les communautés juives ont coutume de sonner le Chofar pendant le mois d’Elloul. La coutume ashkénaze est de sonner chaque jour à la fin de Cha’harit. Les Séfarades, qui récitent les Seli’hot tout le mois, sonnent le Chofar lorsqu’ils récitent le Kaddish final des Seli’hot. De nombreux Séfarades sonnent également le Chofar lorsqu’ils récitent les Treize Attributs de Miséricorde. Sonner le Chofar en Elloul n’est pas obligatoire, mais il est bon que les communautés essaient de le faire. Néanmoins, une personne qui n’a pas entendu le Chofar sonner n’a pas besoin de chercher quelqu’un pour sonner le Chofar pour lui.

La véritable place du Roi – dans les champs !

La véritable place du Roi – dans les champs !

La parabole du ‘Roi dans les champs’ racontée par notre Maître, le Alter Rebbe, était fréquemment citée par le Rabbi de Loubavitch. Chaque année, il comptait et énumérait ses mots, les déchiffrait et en extrayait des pierres précieuses et des perles de la Hassidout sur les jours d’Elloul et sur la voie du service divin qui en découle et qui est requise. De son contenu, nous avons extrait les perles suivantes pour vous.

 

Le langage de l’Admour Hazaken dans la parabole du ‘Roi dans les champs’ est – « Les gens de la ville sortent à sa rencontre et l’accueillent dans les champs ».

Apparemment, l’essentiel de la parabole vise à dire que quiconque le souhaite, même les gens les plus simples comme les gens des champs, peuvent venir et accueillir le Roi en ce moment spécial de sa sortie dans les champs ; alors pourquoi notre Maître a-t-il choisi de dire que ce sont les gens de la ville qui sortent à sa rencontre et l’accueillent dans les champs ? Il faut aussi expliquer l’expression « Parabole d’un Roi qui, avant son arrivée en ville, sort etc. »

Cette formulation suggère que la place principale du Roi est dans les champs et que de là il va en ville. Mais apparemment, la vraie place du Roi n’est-elle pas dans son palais royal situé en ville, et ce n’est que de manière exceptionnelle et comme une occasion spéciale qu’il sort dans les champs ?!

L’explication sera comprise selon ce qui est expliqué dans la Hassidout (Tanya chapitre 36, basé sur le Midrash Tanhuma Nasso 16) que le but de la création de ce monde est parce que le Saint, béni soit-Il, a « désiré » que les enfants d’Israël, par leur service dans la Torah et les Mitsvot dans le monde matériel inférieur, lui fassent « une demeure dans les mondes inférieurs ».

Du fait de Sa volonté dans le monde inférieur, la demeure principale du Saint, béni soit-Il, n’est pas dans les mondes spirituels supérieurs, dans la ‘ville’, mais précisément dans ce monde – dans le ‘champ’ où les enfants d’Israël travaillent « pour le cultiver et le garder » et l’améliorent par le labour et les semailles, c’est le travail dans la Torah et les Mitsvot revêtues de choses matérielles.

C’est pourquoi notre l’Admour Hazaken fait allusion au fait que la place principale du Roi, le Saint, béni soit-Il, est dans les ‘champs’, le lieu de l’occupation à introduire la divinité dans la matérialité.

Mais d’où les enfants d’Israël tirent-ils la force d’amener la divinité dans la matérialité du monde ? À cela, notre Maître dit qu’en réalité, dans leur intériorité, les enfants d’Israël sont des ‘gens de la ville’, « la ville de notre D.ieu ». Chaque Juif est « littéralement une partie de D.ieu d’en haut », et même dans la descente de son âme ici-bas, rien n’a été diminué de sa pureté et de sa sainteté. C’est la source de la force pour surmonter l’obscurité du monde et la transformer en sainteté.

(Basé sur le discours « Ani Ledodi » 5735)

Le don de la force – d’en haut ; le travail – d’en bas

L’Admour Hazaken enseigne dans son discours qu' »Elloul est le temps de la révélation des 13 attributs de miséricorde ». Et il pose la question : « Pourquoi sont-ce des jours de semaine et non des jours de fête ? » C’est-à-dire, si c’est un temps de révélation divine spéciale (13 attributs de miséricorde), pourquoi les jours du mois ne sont-ils pas désignés comme des jours de fête ? N’est-ce pas que l’aspect intérieur des Chabbat et des jours de fête est qu’en eux est attiré un supplément de lumière divine, c’est pourquoi ils sont interdits de travail, « les travaux de semaine » qui contredisent la réception de la lumière ; et si c’est ainsi, il devrait en être de même apparemment pour les jours d’Elloul.

Une question supplémentaire se pose : comment les paroles de l’Admour Hazaken concernant la révélation divine spéciale des jours d’Elloul s’accordent-elles avec ses paroles au début de ce discours, que l’essence du service de l’homme dans le mois d’Elloul est « Ani Ledodi, Je suis à mon bien-aimé », un travail personnel de l’homme (« éveil d’en bas »), alors que le temps de « Ve Dodi Li, et mon bien-aimé est à moi » (« éveil d’en haut ») ne commence qu’après – à Roch Hachana et Yom Kippour ?! N’est-ce pas apparemment que la révélation des 13 attributs de miséricorde en ces jours est un éveil d’en haut, qui éveille d’en haut l’homme au service de D.ieu ?

Ces deux questions sont résolues par la parabole mentionnée, qui compare la révélation d’Elloul au Roi dans les champs.

Lorsque le Roi est dans son palais royal, il y a des conditions et des restrictions pour le voir, et les affaires profanes de l’homme constituent une interférence pour le recevoir ; ce qui n’est pas le cas de la particularité de la révélation du Roi en Elloul, où le Saint, béni soit-Il, sort et ‘descend’ dans les champs et se révèle à chaque Juif à quelque niveau qu’il soit, même lorsqu’il est occupé par ses affaires profanes comme le labour et les semailles, et même à un Juif qui a péché. C’est pourquoi cette révélation ne nécessite pas un détachement complet des affaires profanes comme pendant le Chabbat et les fêtes.

Cela explique aussi pourquoi il n’y a pas de contradiction entre la révélation des 13 attributs de miséricorde et le fait que le travail principal d’Elloul est « Ani Ledodi, Je suis à mon bien-aimé » : La révélation du Roi dans les champs (n’éveille pas l’homme comme un éveil d’en haut, mais) est seulement une préparation et un don de force pour le travail de repentance de l’homme. Le travail lui-même doit être fait par l’homme. L’homme doit s’éveiller lui-même, « Je suis à mon bien-aimé », pour accepter le joug du royaume des cieux et sortir à la rencontre du Roi.

(D’après Likoutei Sichot, volume 4, suppléments pour le mois d’Elloul)

L’éveil qui renforce la volonté : « un visage souriant à tous » 

Il est dit dans la parabole que le Roi « reçoit tout le monde avec un visage avenant ». L’intention en soulignant « tout le monde » est que même ceux qui veulent seulement accueillir le Roi mais sont prisonniers de leur mauvais penchant, et même quand s’éveille en eux la volonté de se repentir et d’accepter le joug du royaume des cieux mais que cela ne se concrétise pas – même ceux-là, le Roi les reçoit avec un visage avenant. Et cela même éveille en eux une volonté forte et puissante d’accueillir le Roi, et par cette volonté, ils surmontent les obstacles et les empêchements.

Et l’Admour Hazaken ajoute et dit que le Roi « montre aussi un visage souriant à tous » : la racine du sourire du Roi, le Saint, béni soit-Il, est Son plaisir dans Israël eux-mêmes, ce plaisir étant au-dessus du plaisir suscité par l’accomplissement de la Torah et des Mitsvot et du repentir d’Israël.

Et lorsque D.ieu révèle ce plaisir, « montrant aussi un visage souriant à tous », l’homme s’éveille également avec le désir de se repentir. Comme il est dit « l’eau reflète un visage », l’homme ressent alors le plaisir dans la divinité, au point que ce plaisir divin devient son plaisir essentiel. Cela lui donne encore plus de force pour surmonter les obstacles et les empêchements, et pour accomplir un repentir complet.

(D’après le discours « Ani Ledodi 5726 » – Maamarim Meloukatim, partie 4, p. 365)

Le fondement des fondements de la repentance du mois d’Elloul, par le Rav Chnéor Ashkenazi

Le fondement des fondements de la repentance du mois d’Elloul, par le Rav Chnéor Ashkenazi

 

Ceux qui viendront encore

Le prêtre d’un village en Russie ressentit une lassitude et décida de partir en vacances en août. Il chercha quelqu’un pour le remplacer dans la cellule de confession, jusqu’à ce qu’une idée géniale lui vint à l’esprit : proposer le poste au rabbin du village. Ainsi, les membres de sa communauté attendraient avec impatience son retour et ne s’attacheraient pas à son remplaçant. Le rabbin accepta, à condition que les gens viennent chez lui, afin qu’il n’ait pas à entrer dans leur église.

Un dimanche matin, le voleur du village entra chez le rabbin et demanda le pardon pour avoir cédé à sa tentation et cambriolé une bijouterie. Le rabbin demanda : « Combien le prêtre prend-il pour une telle réparation? », et le voleur répondit : « Cent roubles ». « Et combien de fois par an vous arrive-t-il de demander une telle réparation ? », demanda le rabbin, et le voleur répondit : « Dix ». « Dans ce cas, » dit le rabbin, « j’ai une affaire pour vous. Achetez-moi une « carte de pardon » pour dix vols, et je vous la vendrai à un prix spécial de sept cents roubles seulement ». Le voleur accepta avec joie, tout comme les autres pécheurs du village. Ils étaient tous ravis de conclure des affaires et des actes de pardon avec le rabbin.

La mois passa et le prêtre retourna au travail, et à sa grande surprise, personne ne vint se confesser. Tous les criminels bien connus avaient disparu. Il appela le voleur pour une discussion, et ce dernier lui parla des affaires excellentes que le rabbin lui avait proposées. Le prêtre furieux se précipita chez le rabbin et cria : « Qui vous a mis de telles idées en tête ?! ».

« C’est simple », expliqua le rabbin calmement. « C’est exactement la différence entre nous. Vous pensez au péché isolé qui s’est produit. Je pense à l’avenir, aux péchés qui viendront encore »…

Encore un mois d’Elloul, encore une fois, nous nous lèverons tôt le matin et implorerons le pardon pour nos péchés et chanterons de tout notre cœur : « Nous avons péché devant Toi, prends pitié de nous ». Mais dans la même mesure, il est probable que ce seront les mêmes péchés pour lesquels nous avons demandé pardon l’année dernière. Chaque année, nous nous retrouvons dans la même situation, regrettant les mêmes échecs : la même médisance, la même jalousie et haine, et malheureusement, la même addiction aux désirs du cœur.

Et la question est : comment arrêter la routine et trouver un vrai chemin vers le changement ? Comment faire en sorte que l’année prochaine soit meilleure que les précédentes ? Comment résoudre une fois pour toutes nos dilemmes spirituels ? Comment rendre la repentance différente ?

« Je vous l’ai dit » ?!

Pour cela, nous examinerons le fondement des fondements du repentir, en examinant un dialogue fascinant entre les fils de Yaakov Avinou, les tribus sacrées.

Ils entrèrent en Égypte avec innocence pour chercher de la nourriture, voulant seulement nourrir leur vieux père et le sauver de la famine en terre d’Israël. Mais le dirigeant égyptien (Yossef) précipita sur eux et les maltraita. Il les arrêta brutalement et leur imposa une grave accusation d’espionnage contre l’Égypte. Il les emprisonna pendant trois jours, et lorsqu’il les libéra, il déclara que Chimon resterait en prison comme garantie pour qu’ils reviennent avec leur frère cadet.

Ce moment les brisa. Soudainement, tout leur revint. Soudain, ils comprirent qu’ils devraient à nouveau rentrer chez eux sans un frère et à nouveau raconter à leur père des histoires sur ce qui lui était arrivé et où il était. La blessure qui avait été dormante pendant vingt-deux ans se rouvrit, et pour la première fois, ils reparlèrent de cette nuit terrible. Ils se dirent l’un à l’autre : « Mais nous sommes coupables envers notre frère, car nous avons vu l’angoisse de son âme lorsqu’il nous suppliait, et nous n’avons pas écouté, c’est pourquoi cette détresse nous est venue. »

Puis quelque chose d’étrange se produisit. Réouven, l’aîné des frères, fit quelque chose qui ressemblait à jeter du sel sur les blessures, pour ne pas dire, D.ieu nous en préserve, danser sur le sang. Au lieu de se comporter avec la responsabilité d’un frère aîné et de poser une main réconfortante sur l’épaule, il fit apparemment le contraire. « Réouven leur répondit, en disant : Ne vous ai-je pas dit de ne pas pécher contre l’enfant, et vous n’avez pas écouté ? Et voilà, son sang est exigé. » Et en bref : « Je vous l’avais dit ! », je vous avais prévenus que c’était ce qui allait arriver…

Et la question se pose : il n’y a rien de plus inapproprié et de plus dégradant que de dire « je t’avais prévenu », surtout lorsqu’une personne est prise au dépourvu et en temps de crise. Tout le monde connaît ces situations. La famille se dépêche d’arriver à temps pour le mariage d’un proche, mais après tout le stress, ils finissent par être en retard, tout le monde est énervé et déçu, et puis le donneur de leçons se lève et dit : « Je vous avais dit que c’était ce qui allait arriver ! Qui a besoin de toutes ces coiffures ? »…

Qu’est-ce qui pousse Réouven à agir ainsi ? Est-ce vraiment le moment de leur faire la morale et de dire « Je vous l’avais dit » ?!

N’offensez point !

Le Rabbi de Loubavitch propose une explication profonde pour la conversation entre les frères, qui nous donne le fondement premier et nécessaire pour faire Téchouva (repentance).

Dans le cri des frères se cache une vérité simple : ils ne prennent pas de responsabilité. Ils ne se blâment pas eux-mêmes pour ce qui est arrivé, mais continuent à blâmer Yossef pour ce qu’ils lui ont fait. « Mais nous sommes coupables, » disent-ils, mais de quoi ? « Nous avons vu la détresse de son âme quand il nous suppliait, et nous ne l’avons pas écouté. » Pas parce qu’ils l’ont blessé, mais parce qu’ils ne l’ont pas pris en pitié et ne l’ont pas sauvé malgré tout, bien qu’il l’ai mérité.

Ils n’ont pas exprimé de regret pour l’acte lui-même de verser du sang innocent et avoir presque tué leur frère innocent. Ils croyaient encore que la responsabilité était sur les épaules de Yossef. C’est lui qui les a poussés à bout, c’est lui qui a rapporté sur eux à Yaakov et a provoqué sa colère contre eux – et cela, ils ont pensé, ne leur laissait pas d’autre choix. Personne n’aurait pu se contrôler face à la tension que Yossef créait à la maison.

Et contre cela s’est levé Réouven. Il a dit : « N’ai-je pas dit de ne pas pécher contre l’enfant, et vous n’avez pas écouté. » Je vous ai dit dès le départ que vous péchiez dans toute votre pensée, j’ai soutenu dès le début qu’il vous était interdit d’être à la fois juges et plaignants. Réouven ne veut pas humilier ses frères, mais leur apprendre comment commencer à se repentir. Avant tout, il leur dit, vous devez prendre la responsabilité de ce qui s’est passé et cesser de vous échapper et de trouver des excuses, des apologies, et d’autres coupables.

Réouven lui-même est un exemple de prise de responsabilité comme une porte à la Téchouva. Comme le dit le Midrash : « Réouven a commencé la Téchouva en premier » – car Réouven est le premier personnage de l’histoire à prendre la responsabilité. Il est le premier à ne blâmer personne pour son péché, seulement lui-même. Il a profané le lit de son père, et de sa propre initiative, il s’est tourné et a dirigé les flèches contre lui-même. Et c’est la condition de base pour la Téchouva.

Une blague triste dit que la formule de confession est formulée au pluriel : « Nous avons péché, nous avons trahi, » et non au singulier : « J’ai péché, j’ai trahi » – afin qu’à la fin, nous puissions pointer le doigt accusateur vers « les autres ». Tout le monde est coupable – sauf moi. Ils sont les pécheurs, mais moi, je suis toujours bien…

Tout dépend seulement de moi.

Cette prise de conscience est l’essence de la repentance (Téchouva).

Le Rambam parle longuement du sujet du « libre arbitre », et choisit de le faire précisément au milieu des lois de la repentance (Hil’hot Téchouva). Il explique qu’à chaque personne est donné le libre arbitre d’être un juste comme Moché notre maître ou un méchant comme Yeravam ben Névat.

Ceci est bien sûr un fait très étrange : après tout, le sujet du « libre arbitre » concerne toutes les Mitsvot, pas seulement le commandement de la repentance. En fait, tout le concept des Mitsvot est basé sur l’hypothèse qu’une personne a le choix de quoi faire et quoi ne pas faire. Ce sujet ne devrait-il pas apparaître au début du livre « Mishné Torah » ? Pourquoi est-il lié à la repentance ?

Et la réponse : la perception du libre arbitre est l’essence de la repentance. Sans elle, il n’y a pas de Téchouva. Lorsqu’un Juif se repent, il doit d’abord comprendre qu’il a fait ce qu’il a fait avec un libre arbitre total. Il avait toutes les forces et possibilités de se contrôler et d’éviter le péché, et donc la transgression est imputée uniquement à lui. Ce n’est qu’à partir de cette compréhension, de l’acceptation totale de la responsabilité, qu’il peut vraiment revenir en repentance, avec la compréhension complète : aussi, tout dépend maintenant de moi. S’il décide seulement d’arrêter tout et de se réparer, il aura toutes les forces pour le faire.

Prenons donc la responsabilité de nous-mêmes, sachons comprendre que nous avons toutes les forces pour surmonter les défis spirituels et les réparer, et ainsi nous mériterons la rédemption complète très bientôt.

Le Rav Yonatan Sacks, ancien grand rabbin de Grande-Bretagne, est l’une des voix juives les plus influentes dans le monde. Le Rav Sacks a souvent parlé du moment qui l’a fait ce qu’il est.

Il était alors un jeune étudiant qui avait terminé ses études de philosophie à l’Université de Cambridge et ressentait une confusion dans sa foi. Les professeurs là-bas étaient les plus grands athées du monde, et rien n’était clair ni convaincant.

Des amis lui ont conseillé de se rendre en Amérique pour consulter de grands Rabbanim. Le jeune étudiant a rencontré de grands penseurs religieux, mais il sentait que les questions urgentes n’étaient pas résolues. Jusqu’à ce qu’il ait une réunion avec le Rabbi de Loubavitch.

Il était déjà habitué à poser des questions et attendre des réponses, mais le Rabbi l’a surpris. Il a interrompu ses questions et a changé la nature de la conversation. Soudain, le Rabbi a commencé à lui poser des questions : « Combien d’étudiants juifs étudient à Cambridge ? Que savent-ils de leur judaïsme ? Que faites-vous pour qu’ils en sachent plus ? ».

Le Rav Sacks était abasourdi. Selon lui, « J’ai fait ce que les gens font dans ce cas. Ils répondent par des réponses compliquées pour continuer à ne rien faire »… Il a répondu au Rabbi que « dans la situation où je me trouve, je ne suis pas libre de me concentrer sur de telles tâches ».

Mais le Rabbi l’a interrompu à nouveau et a dit : « Vous ne vous trouvez pas dans cette situation. Vous vous êtes mis dans cette situation, et comme vous y êtes entré, vous pouvez en sortir et choisir d’entrer dans une autre »…

 

Les jours sacrés d’Elloul : quand l’âme juive se prépare à la Techouva

Les jours sacrés d’Elloul : quand l’âme juive se prépare à la Techouva

 

Si nous venons vraiment dans l’intention de changer quelque chose en nous, alors ce jour ne passera pas en vain. Car ni les révélateurs, ni le dévoilement, ni la cachette n’ont de sens pour nous. Nous n’avons que des jours propices.

 

 

Le jour de la lecture de l’amour

Comme tous les Chabbatot de ferveur, ce Chabbat aussi diffère des Chabbatot ordinaires. Les gens parlent, accomplissent leurs activités et lisent dans la synagogue. Cependant, celui qui sait lire entre les lignes peut saisir quelque chose d’autre : c’est un jour d’amour et de réconciliation.

Le Chabbat qui bénit le mois d’Elloul a reçu dans la tradition hassidique le nom spécial de « Chabbat de Techouva ». Tout Juif se tourne vers lui-même, vers ses proches, vers D.ieu, pour devenir meilleur et plus pur en vue de l’année nouvelle. Mais il y a une condition spéciale de notre époque : il faut en parler directement et rendre ces concepts tangibles dans notre conscience.

L’esprit naturel de ces jours est parfaitement clair pour les anciens d’entre nous. Ils comprennent ce que représentent ces jours, cette époque sacrée. Mais nous, qui sommes occupés par tant de préoccupations comme les générations passées, nous devons reprendre consciemment le chemin et nous joindre au processus de purification et de réconciliation. Nous aussi, nous devons apprendre à lire et comprendre les signes spirituels qui nous entourent.

Sans limites

Cette dimension spirituelle s’exprime également dans les Tehilim qui sont récités pendant cette période. Il s’agit notamment du Psaume 27, qui commence par les mots « D.ieu est ma lumière ». Tous sont appelés à le réciter, mais beaucoup ne saisissent pas sa signification profonde.

David Hamélekh déclare : « Si une armée se dresse contre moi, mon cœur ne craindra pas ». Il évoque les guerres extérieures contre des ennemis, mais aussi les combats intérieurs contre ses propres pulsions. En réalité, il ne s’agit pas uniquement de conflits extérieurs.

Tous les Juifs savent qu’à cette époque particulière, nous devons reprendre le chemin spirituel, celui qui mène vers l’élévation, vers la pureté, vers les sommets de l’âme. Nous ne devons pas nous décourager. Au contraire : lorsque nous rencontrons des difficultés dans notre service de D.ieu, nous devons comprendre qu’il s’agit d’épreuves destinées à être surmontées.

La lecture de l’amour de celui qui cherche la réconciliation

Il existe différentes manières d’aborder les Psaumes. Beaucoup de personnes les récitent machinalement, préoccupées par leurs soucis quotidiens et leurs obligations extérieures. Malheureusement, nombreux sont ceux qui les lisent de façon superficielle, sans véritable intention. Mais le sage qui cherche la réconciliation, celui qui ouvre les Tehilim précisément durant ces jours sacrés, peut y découvrir une tout autre dimension.

L’amour divin s’y exprime à travers une nostalgie secrète, une aspiration profonde vers Celui qui a le pouvoir d’effacer les fautes, de pardonner et d’élever l’âme vers la pureté. Dans ces versets, on n’entend pas seulement l’amour d’un homme envers son prochain, mais l’amour de toute l’âme vers son Créateur. Celui qui lit avec une telle intention spirituelle trouvera dans les Tehilim tout ce dont son âme a soif.

Ainsi, lorsque le mois d’Elloul s’achève et que commence celui de Tichri avec ses fêtes de Techouva, l’âme juive a l’occasion unique de s’élever vers les hauteurs spirituelles, vers la purification et la sainteté. Mais cette élévation n’est possible que si elle ne se contente pas d’une compréhension théorique, mais passe véritablement à l’action.