Ce Maamar commence par le verset « Et toi, Israël, ne crains point ». Dans ce discours, le Rabbi dit beaucoup de choses intéressantes et profondes. Mais un des points qu’il rappelle, c’est qu’il existe chez chaque Juif une foi simple qui peut être superficielle et qui nécessite parfois que les Juifs se trouvent dans des conditions difficiles, comme à l’époque de Pourim avec le décret de Haman, pour la réveiller. Le Rabbi dit qu’il y a un niveau de foi encore plus profond qui existe chez les Juifs et qui peut les animer même sans contrainte extérieure, tout le temps. Cela vient de l’attachement au Tsadik de la génération, c’est lui qui réveille ce niveau le plus profond de foi.
Il y a dans ce Maamar une expression en yiddish qu’on ne retrouve pas en hébreu, avec parfois des petites nuances que le Rabbi exprime en yiddish. Il explique que le but est qu’un Juif puisse arriver à un niveau où il ressent tellement l’absence de dévoilement de la divinité dans le monde pendant l’exil, et que ce dévoilement sera pleinement là avec la Délivrance, qu’il ressent ce manque au point d’en être complètement bouleversé et de ne pas être tranquille tant que la Délivrance n’est pas là !
Le Rabbi dit en yiddish que les Juifs doivent être « Tzutreiselt », complètement retournés, de cette absence de dévoilement divin en exil. Quelque part, non seulement le Rabbi donne ce Maamar à étudier pour que chacun prenne conscience que c’est l’attachement au Tsadik qui donne la force à chaque Juif, mais il nous passe aussi le message qu’on doit savoir que la place d’un Juif, même quand D.ieu lui donne tous les biens matériels et qu’il est aussi un bon Juif spirituellement, malgré tout, on doit arriver à une prise de conscience en étudiant la Torah qu’on est dans un exil, en l’absence d’un dévoilement de la divinité, et que cela doit nous manquer au point d’en être bouleversé et de tout faire pour amener la Délivrance !
Voilà le message que le Rabbi transmet par ce Maamar, nous montrant encore une fois que même dans un état physique affaibli, après être allé prier pendant des heures, il a pris le temps et la peine de rester encore debout des heures pour distribuer ce Maamar avant même d’avoir mangé, à chacun, hommes, femmes et enfants.
Ensuite, il y a eu la distribution de dollars le dernier dimanche avant que le Rabbi ne tombe malade, le 26 Adar. En lien avec ce dont on vient de parler concernant le Maamar, il y a eu un épisode intéressant. Un rabbin d’Israël, Rav Shmuel Shmueli, qui a créé l’institut du Temple visant à reconstituer tous les ustensiles du Temple, avec des maquettes, des livres, etc., est venu se présenter devant le Rabbi. Il a amené une magnifique maquette du Temple construite selon l’opinion du Rambam.
Cette maquette a été réalisée avec une très grande précision, en utilisant des outils permettant de mesurer au millième de millimètre, sur une échelle d’un 250ème, pour que toutes les dimensions en miniature correspondent aux réelles dimensions du Temple et de tous ses ustensiles. Il arrive avec sa maquette, la présente au Rabbi, ouvre le couvercle et montre : voilà le Temple tel qu’il a été fait selon l’opinion du Rambam. Il donne son livre au Rabbi, reçoit une bénédiction et s’apprête presque à partir avec la maquette.
À un moment, on remarque dans la vidéo que le Rabbi s’approche de la maquette et naturellement tout le monde s’approche, curieux de voir ce que le Rabbi cherche. Le Rabbi regarde et pointe la rampe de l’autel sur laquelle on faisait les sacrifices. Il observe et dit : « Mais cela devrait être beaucoup plus grand ! ». Le rabbin répond : « Non, on a fait selon les proportions, comme je vous ai dit, en utilisant des outils très précis. » Le Rabbi dit : « Bon, certainement vous avez fait comme il faut », donne une bénédiction et le rabbin part.
On peut s’étonner : que veut dire le Rabbi en demandant si la rampe ne devrait pas être plus grande ? Comment peut-il savoir, en observant de loin, les dimensions exactes d’une maquette en miniature ? Quand ce rabbin est retourné chez lui, il a repris ses outils, remesuré, et a vu qu’il manquait effectivement 3 millimètres ! C’est assez significatif par rapport à la taille miniature. On peut donc être impressionné de voir à quel point le Rabbi a vu juste et a su rectifier cette belle maquette dans laquelle il y avait pourtant une petite imprécision.
Mais une fois, j’ai entendu un ‘hassid qui exprimait un autre sentiment sur la manière d’analyser cet épisode. Il disait : « Oui certes, le Rabbi, avec sa vision supérieure, peut savoir ce que nous ne savons pas et ce qui manque. Mais en vérité, pour le Rabbi, le Temple, Machia’h, la Délivrance, la Torah, c’est une seule chose. Lorsque le Rabbi est la vérité-même et que le Temple est aussi la vérité-même, naturellement s’il y a un manque dans le Temple, le Rabbi le verra. »
C’est peut-être un message que le Rabbi a voulu faire passer. On doit tellement vivre en étant un avec toute la Torah et les sujets de la Délivrance que lorsqu’il y a un manque quelque part, c’est quelque chose que nous-mêmes devons ressentir naturellement, toujours dans l’esprit de ce que le Rabbi a dit dans le Maamar précédent, qu’on doit être complètement perturbé de ce manque et de cette absence de dévoilement de Machia’h et de divinité tant que la Délivrance n’est pas venue.
Voilà donc un épisode qui s’est produit au cours de ce dollar. Après cette distribution du Maamar et du gâteau, il y a eu Chabbat, le dernier avant que le Rabbi ne tombe malade, donc Chabbat 25 Adar. C’était la lecture de la Paracha Vayakhel-Pekoudei. Le Rabbi a développé certaines idées et sujets un peu particuliers.
Il a développé l’idée du demi-shekel que chaque Juif devait donner. La Torah dit que chaque ville devait donner un demi-shekel, que le shekel vaut 20 Guera, et que le Juif ne devra pas donner 20 Guera mais un demi-shekel, donc 10 Guera. La question se pose : pourquoi la Torah ne dit-elle pas directement qu’un Juif doit donner 10 Guera ? Pourquoi passer par le chemin de dire qu’on doit donner un demi-shekel de 20 Guera, au lieu de dire clairement 10 Guera en précisant que c’est la moitié d’un shekel ?
C’est une idée que le Rabbi avait déjà développée précédemment à d’autres occasions. Il avait expliqué qu’en vérité, la Torah voulait nous faire savoir qu’un Juif est seulement une moitié, l’autre moitié étant D.ieu. On est une moitié et ensemble on compose une seule entité avec D.ieu. Le Rabbi a beaucoup développé cette idée que la moitié du Juif, c’est sa part, son service divin qui lui est demandé par D.ieu dans le monde, tandis que l’autre moitié, c’est la lumière divine qui influence et éclaire le chemin du Juif pour qu’il puisse faire son service. Mais D.ieu et le Juif ensemble composent une seule entité.
Cependant, lors de ce dernier rassemblement ‘hassidique, Chabbat 25 Adar, le Rabbi a développé une autre idée. Il a dit que l’autre moitié de chaque Juif, c’est son prochain, un deuxième Juif ! Il a expliqué que chaque Juif n’est qu’une moitié et qu’avec l’autre Juif, ensemble, ils font une seule entité. C’est parce qu’on n’est qu’une moitié qu’on doit s’unir avec chaque Juif. Et puisque chaque Juif est une moitié avec D.ieu, en s’unissant ensemble, alors on s’unit naturellement avec D.ieu.
Le Rabbi a beaucoup encouragé dans ce rassemblement à rajouter dans l’union avec chaque Juif et dans l’amour du prochain. Il a précisé que cela devait être utilisé pour rapprocher chaque Juif du judaïsme, mais que cela devait se faire avec amour, pas avec dureté. Le Rabbi a rappelé le verset des Proverbes : « Celui qui retient son bâton déteste son fils ». C’est un message du roi Salomon qu’un père ne doit parfois pas hésiter à avoir une attitude plus ferme pour rectifier et éduquer son fils. Mais le Rabbi a dit que cela concerne un père envers son fils. Même si parfois il a une attitude plus ferme, cela se fait avec amour et est accepté positivement par l’enfant.
Par contre, quand il s’agit d’un Juif envers un autre, cela doit se faire uniquement avec amour. Le Rabbi donne un message sur la manière d’éduquer ou d’approcher quelqu’un : cela doit se faire pleinement avec amour, au point où l’enfant n’a aucun doute que celui qui le rectifie l’aime autant que ses parents.
Ensuite, le Rabbi a développé une autre idée à propos de la prière du matin, quand un Juif dit « Modeh Ani », « Je reconnais devant Toi, Roi vivant et éternel, que Tu m’as rendu mon âme ». On remercie D.ieu de nous réveiller et de nous redonner notre âme. Le Rabbi s’est interrogé : un Juif, lorsqu’il commence à réciter Modeh Ani en se réveillant, n’aurait-il pas dû d’abord dire « Ani Lefane’ha », « Je suis devant Toi », avant de dire « Modeh Ani », « Je reconnais » ?
Pourquoi ? Parce que jusqu’à présent, toute la nuit, le Juif dormait, il était inconscient. Donc la première chose qui se passe quand il ouvre les yeux, c’est qu’il prend conscience qu’il existe. Il y a donc d’abord la prise de conscience de son existence devant D.ieu qui lui a redonné la vie. Il devrait dire « Ani Lefane’ha », « Je me trouve devant Toi, je suis conscient, j’existe », puis « Modeh Ani », « Je reconnais ».
Mais comment se fait-il que dans la prière on dise d’abord « Modeh Ani », « Je reconnais », avant « Ani Lefane’ha » ? Le Rabbi a expliqué qu’en vérité, même dans l’inconscient du Juif, dans son sommeil, il n’y a pas un instant où il est séparé de D.ieu. Le Juif est une seule chose, une seule entité avec D.ieu. C’est pourquoi, même quand il vient de se réveiller et que jusqu’à présent il était inconscient, il n’a pas besoin de la prise de conscience qu’il existe et que D.ieu lui a redonné la vie pour Le reconnaître. Spontanément, naturellement, la première chose qui sort et s’exprime du Juif, c’est « Modeh Ani », « Je reconnais ».
C’est peut-être aussi un message sur notre manière de vivre notre relation au Rabbi. Il y a deux manières. On peut se rappeler qu’on a un Rabbi, un maître, qui donne des enseignements. Cela peut être d’une manière où on vit, on a nos activités, on est là, et de temps en temps on se rappelle notre attachement à ses enseignements. Mais le Rabbi nous fait savoir que pour un ‘hassid, dans sa relation au Rabbi, cela doit être une manière d’être constante, qu’il n’y a pas un seul instant, même quand il est occupé à d’autres activités, où il n’est pas connecté, attaché au Rabbi.
Voilà ce qu’était ce rassemblement ‘hassidique (Farbrenguen). Comme vous le savez, dans la semaine, le Rabbi corrigeait le compte-rendu du Farbrenguen qui avait été rédigé par les ‘hassidim. Le dimanche soir ou après-midi, on recevait déjà différents résumés rédigés du discours de Chabbat, car les ‘hassidim voulaient savoir dès le dimanche quels étaient les sujets et enseignements donnés par le Rabbi Chabbat.
Ces dernières années, on les recevait par fax. Mais il y a eu une initiative de pouvoir recevoir par fax, 20 minutes après la sortie de Chabbat, un concentré de 20 lignes de ce que le Rabbi avait dit Chabbat. C’était un challenge que certains ‘hassidim s’étaient donné pour pouvoir faire bénéficier tous les ‘hassidim, dès la sortie de Chabbat en Amérique, de savoir déjà un peu ce que le Rabbi avait dit pendant le Farbrenguen. Cela s’appelait le « Takstir », un concentré d’une vingtaine de lignes de ce que le Rabbi avait prononcé Chabbat, qui était envoyé directement après Chabbat.
Le Rabbi ne revoyait généralement pas ce résumé pour le corriger. Mais à la surprise générale, le Rabbi a demandé à son secrétaire qu’on lui fasse parvenir ce Takstir, ce concentré du Farbrenguen. Il y a fait quelques corrections et seulement après, il a été envoyé par fax aux ‘hassidim du monde entier. Encore une fois, quelque chose qu’on n’a pas compris : pourquoi le Rabbi a-t-il trouvé nécessaire de corriger et visionner ce résumé du Farbrenguen avant qu’il soit envoyé à tout le monde ?
Le dimanche suivant, le 26 Adar, lendemain de ce Chabbat, le Rabbi a distribué des dollars. Cela a duré de longues heures. Si je me souviens bien, cela a commencé vers 14h et s’est terminé vers 19h ou plus. Le Rabbi était déjà très fatigué mais c’est une distribution magnifique où on a vu beaucoup de choses impressionnantes, de bénédictions que le Rabbi donnait.
Je fais une petite parenthèse. Quand le Rabbi est tombé malade, une fois j’ai entendu Rav Groner, qui donnait les nouvelles du Rabbi, parler du moment des dollars. Il a éclaté en sanglots, il pleurait. Il était celui qui se tenait à côté du Rabbi pendant tous les dollars. On n’imagine pas toutes les portes du Ciel qui étaient ouvertes à ce moment-là et toutes les bénédictions que le Rabbi donnait aux gens dans tous les domaines.