Le lundi 27 Adar 5752 – 2 mars 1992, le Rabbi de Loubavitch – Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson a subi un accident vasculaire cérébral sévère, entraînant une hémiplégie et la perte de la capacité de parole, alors qu’il priait près du tombeau de son beau-père, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn le Rabbi précédent.

Dans cette vidéo vous pouvez entendre toute l’histoire des événements entourant cette date du 27 Adar 5752 et cet événement raconté par le Rav Chmouel Brodowicz.

En espérant que nous verrons bientôt le Rabbi avec la venue de Machia’h

 

 

A l’approche de la date de Rosh ‘Hodesh Adar Richon, le 27 Adar, date à laquelle le Rabbi est tombé malade en 5752 (1992) lorsqu’il s’est rendu sur la tombe de son beau-père pour prier et lire les lettres qui lui étaient adressées. Cela fait trente ans cette année. Rosh ‘Hodesh Adar tombe aussi un lundi cette année comme cela s’est passé à l’époque. Nous allons donc parler un peu de cette date et raconter les événements qui se sont déroulés autour de ce moment.

C’est une date très douloureuse et difficile pour l’ensemble des ‘hassidim, pour tout le peuple juif. Car à partir de là, nous n’avons plus vu le Rabbi pendant de longs mois, de longues semaines, jusqu’à ce qu’il réapparaisse ensuite à ses ‘hassidim comme nous le raconterons. Mais c’était une période très difficile et douloureuse. Malgré tout, même si c’est une période difficile, le Rabbi attend de nous que face à chaque situation, nous continuions à agir, à avancer et surtout à être encore plus actifs dans la mission qu’il nous a confiée de préparer le monde à la venue de Machia’h. Malgré la douleur et la difficulté, nous devons continuer à travailler en étant animés de joie et de confiance qu’au final nous réussirons cette mission de faire venir la Délivrance.

Avant de raconter les événements tels qu’ils se sont passés le jour de Rosh ‘Hodesh Adar, lors de la maladie du Rabbi, et les jours qui ont précédé, il faudrait remettre les choses un peu plus dans leur contexte, celui de toute la période qui a précédé cette date.

Il faut savoir que déjà en remontant un peu plus en arrière, on était en 1990, dans l’année 5750. Au mois d’août, il y a eu l’invasion du Koweït par Saddam Hussein début août 1990 qui a déclenché la guerre du Golfe. Permettez-moi de rajouter un détail : quelques jours avant, début Av, il s’est passé quelque chose d’exceptionnel chez le Rabbi. Il s’est rendu prier sur la tombe de son beau-père à Rosh ‘Hodesh Av, ce qui était inhabituel et ne s’était jamais produit durant toutes les années précédentes ni après. Le Rabbi s’y rendait régulièrement à différentes occasions, parfois à Rosh ‘Hodech, mais que ce soit à Rosh ‘Hodesh Av était exceptionnel. Au point où lorsque le Rabbi a fait savoir à son secrétaire qu’il avait l’intention de s’y rendre ce jour-là, il s’en est étonné. Un peu après a eu lieu cette invasion du Koweït par Saddam Hussein, qui a semé la panique dans le monde entier. Les nations ont commencé à se mobiliser.

Il faut savoir qu’il existe beaucoup de Midrashim qui racontent et prédisent les événements qui se passeront avant la venue de Machia’h et la Délivrance. Souvent, lorsque des événements surviennent dans le monde, on a tendance à les associer à ces Midrashim. Est-ce que ces Midrashim correspondent vraiment aux événements en question ? Personne ne peut le garantir, cela relève plutôt de la compétence des Tsadikim pour pouvoir l’affirmer.

Mais il s’est passé quelque chose à ce moment-là. Un jeune ‘Hassid, Yossef Itshak Kazen, le fondateur de Chabad.org, premier site internet de Torah au monde, qui est malheureusement décédé assez jeune, a vu un Midrash dans le Yalkout Shimoni qu’il a associé naturellement à ce qui se passait. Il a fait une photocopie de ce passage, l’a agrandie et affichée sur la porte d’entrée de la synagogue du Rabbi.

Ce Midrash dit la chose suivante : « L’année où le Roi Machia’h se dévoilera, toutes les nations se disputeront entre elles. Le roi de Perse s’en prendra à l’Arabie, l’Arabie ira demander conseil à Edom (les nations occidentales), ce qui sèmera une panique mondiale. Cette panique touchera aussi les Juifs qui se demanderont où aller et que faire. Alors, le Saint-Béni-Soit-Il interviendra et dira à Son peuple de ne rien craindre car l’heure de la Délivrance est arrivée. »

Lorsque ce ‘Hassid a affiché ce passage, le Rabbi, en sortant de la synagogue après la prière, avant de monter à son bureau, s’est arrêté quelques instants devant l’affiche pour l’observer. Puis il est rentré dans sa chambre. Un peu plus tard, son secrétaire a appelé ce ‘Hassid pour lui dire que le Rabbi demandait qu’on affiche aussi la suite du Midrash qui n’était pas présente. Cette suite dit : « Lorsque le Roi Machia’h viendra délivrer les Juifs, il se tiendra sur le toit du Temple, se tournera vers eux et leur annoncera que leur Rédemption est arrivée. »

Premièrement, c’était une grande joie de savoir que le Rabbi confirmait l’association de ce Midrash aux événements en cours et qu’ils correspondaient bien à ce qui se passait dans le monde. Deuxièmement, le Rabbi demandait d’afficher la suite qui annonçait clairement la venue prochaine et imminente de Machia’h.

Non seulement le Rabbi voulait que ce soit affiché, mais dans les semaines suivantes, lors de ses discours, il n’a pas hésité à citer plusieurs fois ce Midrash en confirmant qu’il faisait bien référence à ce qui se passait à l’époque. Le Rabbi a développé l’idée du Roi Machia’h se tenant sur le toit du Temple pour annoncer aux Juifs que l’heure de la Délivrance était arrivée. D’ailleurs, depuis cette époque vient qu’on est familiarisé avec cette expression dans les chants ‘Habad.

Le Rabbi associait donc ces événements à la venue de Machia’h. On entrait déjà dans un esprit où il nous annonçait de plus en plus que son arrivée était très proche et que les événements mondiaux nous le rappelaient davantage. Je rappelle qu’on était à cette période dans une année que le Rabbi avait qualifiée de « Chnat Nissim », une année de miracles, et que pour l’année suivante 5751, il avait déjà annoncé qu’on allait voir des merveilles et miracles encore plus grands que l’année précédente.

Comme on l’a dit, cette guerre du Golfe a semé la panique dans le monde, et davantage en Israël et parmi les Juifs. Saddam Hussein prenait en otage l’État d’Israël en menaçant d’y envoyer des missiles et armes chimiques en cas d’intervention militaire. Cela a provoqué une grande panique et la distribution massive de masques à gaz. Beaucoup de gens quittaient Israël, annulaient des événements prévus (mariages, Bar-Mitsvot…)

Lorsque des gens interrogeaient le Rabbi à ce sujet, il disait ne pas comprendre la question, qu’il ne fallait rien annuler, qu’Israël était une Terre sous surveillance divine particulière toute l’année. Le Rabbi a montré clairement qu’il n’y aurait pas de guerre, pas besoin d’utiliser les masques à gaz, même s’il encourageait à suivre toutes les instructions des autorités. Il a fait comprendre qu’il n’y avait pas lieu de paniquer, s’exprimant même qu’Israël était l’endroit le plus sûr au monde, plus encore qu’aux États-Unis.

C’était donc un message réconfortant et rassurant de la part du Rabbi. Et comme on le sait, malgré les 39 missiles Scud que Saddam Hussein a envoyés sur Israël causant de gros dégâts matériels, on a assisté à des miracles et cela n’a coûté la vie de personne, contrairement à un missile tombé sur une base américaine en Arabie Saoudite qui avait fait beaucoup de morts.

C’était donc le message très rassurant du Rabbi pendant cette période, nous rappelant que tout ce qui se passait était une étape avant la Délivrance et la venue de Machia’h.

Un autre détail concernant la guerre du Golfe : un aumônier militaire américain, le Rav Goldstein, est venu voir le Rabbi un vendredi en lui disant qu’il allait accompagner 2000 soldats dans le Golfe. Il a dit avoir prévu d’emmener des Sifrei Torah pour que les soldats juifs puissent lire la Torah sur place. Mais le Rabbi s’est exprimé qu’ils n’en auraient pas besoin. De là est sortie dans les médias une interprétation que le Rabbi aurait dit que la guerre s’arrêterait à Pourim.

Le secrétaire du Rabbi lui a ensuite montré ce qui était écrit dans les journaux. Étonné, le Rabbi a répondu qu’il n’avait pas dit que ce serait à Pourim. Mais finalement, la guerre s’est bien terminée le 28 février 1991, le jour de Pourim !

On a donc vraiment vu pendant cette période comment le Rabbi nous accompagnait, rassurait et montrait des miracles, tout en nous préparant à la venue imminente de Machia’h. Ce sont les miracles que le peuple juif et les nations verraient avant le dévoilement de Machia’h et la Rédemption.

Plus tard dans l’année, il y a eu un discours particulièrement marquant du Rabbi, le 28 Nissan, où il a prononcé des paroles assez bouleversantes qui ont secoué les ‘hassidim. Il a dit : « J’ai fait tout le travail que je devais faire dans la mesure de mes possibilités pour amener la Délivrance. Maintenant, je vous confie la mission de faire à votre tour tout votre possible pour l’amener. »

Ces propos ont beaucoup secoué les ‘hassidim. Mais par la suite, le Rabbi a expliqué davantage ce qu’il attendait d’eux. Et en même temps, plus les semaines avançaient, plus le Rabbi annonçait de façon très claire qu’on s’approchait de la Délivrance et qu’on était dans les derniers instants avant le dévoilement de Machia’h.

Quelques semaines plus tard, à Chabbat Nasso, le Rabbi a dit que la manière la plus directe et efficace de précipiter la venue de la Délivrance était d’étudier les sujets qui en parlent dans la Torah, que ce soit dans le Talmud, la Michna, le Rambam, et surtout tels qu’expliqués par les Rebbes ‘Habad dans leurs enseignements. En étudiant ces sujets, particulièrement éclairés par les enseignements du Rabbi, c’était le moyen le plus efficace.

Le Rabbi s’est exprimé à d’autres occasions sur le fait que si on veut réveiller chez les Juifs l’envie de réclamer ardemment la Délivrance, de ressentir qu’on n’est pas à notre place en exil, il se peut qu’un Juif vive très bien matériellement et même spirituellement sans forcément ressentir ce besoin de la Délivrance. Pour réveiller cette soif, c’était justement en étudiant et en connaissant davantage ce qui allait s’y passer. C’est pourquoi le Rabbi donnait l’instruction d’apprendre ces sujets dans la Torah et dans ses enseignements.

Il a même distribué un fascicule composé de quatre de ses discours qui développaient les sujets du Rambam et les prophéties parlant de la Délivrance. Le Rabbi demandait donc qu’on vive davantage cette préparation à la venue de Machia’h en étudiant ces sujets.

Durant tout l’été 1991, plus les semaines avançaient, plus le Rabbi annonçait clairement qu’on approchait de la Délivrance. Jusqu’à arriver par exemple à Chabbat Balak où il a déclaré qu’on avait mérité dans notre génération d’avoir un prophète qui nous annonce la prophétie principale : l’arrivée imminente de la Délivrance et de Machia’h.

Tous ces discours prononcés et corrigés par le Rabbi ont davantage animé l’enthousiasme des ‘hassidim dans la préparation à la venue de Machia’h. C’était le sujet de toutes les discussions entre les ‘hassidim du monde entier, particulièrement ceux qui vivaient autour du Rabbi. Voilà de quoi était animée l’ambiance à cette période.

Bien sûr, durant l’année 5752, le Rabbi a continué à parler abondamment de tous ces sujets, n’hésitant pas à prendre chaque événement mondial comme signe. Par exemple, la dislocation de l’URSS était aussi pour lui un signe de la Délivrance.

Le Rabbi avait prédit que cela se passerait sans violence ni guerre. Il y avait à l’époque des émissaires ‘Habad déjà en place en Russie qui, à un moment, ont voulu quitter le pays. Mais le Rabbi leur a dit qu’il n’y avait rien à craindre et qu’ils devaient rester. Finalement, tout s’est passé paisiblement et ils ont pu continuer leur travail, permettant les premières grandes vagues d’immigration des Juifs de Russie en Israël, quelque chose que le Rabbi avait déjà prédit de longues années auparavant, demandant qu’on prépare le terrain pour pouvoir les accueillir.

Les émissaires du Rabbi en Israël étaient mobilisés pour accueillir tous ces Juifs, les rapprocher du judaïsme et les aider aussi matériellement. Le Rabbi montrait là encore un signe de ce qu’il appelait le « rassemblement des exilés » qui allait se produire à la venue de Machia’h, quand tous les Juifs en exil retourneraient en Israël. C’était un début de ce rassemblement.

Donc pendant l’année 5752, jusqu’à la date de Roch ‘Hodech Adar, le Rabbi a dit énormément de choses impressionnantes et extraordinaires sur les moments dans lesquels on se trouvait. Il s’est même exprimé une fois en disant qu’on était dans « les plus hauts instants, les plus propices pour recevoir la Délivrance ». Voilà pour l’ambiance générale liée à la préparation de la venue de Machia’h en lien avec les événements mondiaux et les paroles du Rabbi.

Mais il y a eu aussi pendant cette période, surtout depuis le début de l’année 5752, certaines choses et comportements inhabituels de la part du Rabbi qui ont interpellé l’attention des ‘hassidim sans qu’on en ait pour autant l’explication. À l’époque, on ne comprenait pas, peut-être qu’aujourd’hui on comprend un peu plus. Racontons quelques épisodes.

Une première chose étrange qui s’est passée, c’est que le 26 Tichri, jour où le Rabbi se rend sur la tombe de sa mère, il a fait les Hakafot de Sim’hat Torah bien sûr. Cette année-là, Sim’hat Torah tombait un Chabbat. Lorsque le Rabbi est arrivé à la fin de la Amida de Moussaf, dans le passage où l’on rajoute un paragraphe pendant les 10 jours de pénitence dans lequel on demande à D.ieu de nous inscrire dans le Livre de la Vie, à un moment on dit « nous et tout le peuple d’Israël, pour une vie bonne ». Le Rabbi a ajouté un mot qui n’est pas dans le texte, il a dit « Ani », « moi ». Comme s’il faisait allusion, demandant que tout le monde soit inscrit dans ce livre, en ajoutant « moi ». C’était assez inhabituel.

Une autre chose intéressante s’est passée pendant Souccot. Chaque matin, après avoir fait lui-même la bénédiction du Loulav dans sa Soucca, le Rabbi permet à tous les ‘hassidim de faire aussi la bénédiction sur son Loulav. Après que le Rabbi ait fini, il donne le Loulav à son secrétaire qui va dans la grande Soucca pour que chacun ait le privilège de faire la bénédiction dessus. Puis le Loulav est ramené au Rabbi.

Mais le premier jour de Souccot, quelque chose d’inhabituel s’est produit. Après avoir fait la bénédiction, le Rabbi n’a pas donné le Loulav au secrétaire comme d’habitude. Il a demandé à voir défiler tout le monde, tous les ‘hassidim venus chez lui. Le Rabbi s’est tenu à l’intérieur de la grande Soucca, à l’endroit où tout le monde faisait la queue pour la bénédiction, et est resté debout à observer chacun pendant plusieurs heures, il semblerait six heures ! Je rappelle que le premier jour, on ne fait pas qu’une bénédiction sur le Loulav mais aussi sur le Etrog, donc cela prenait un certain temps pour chacun. Le Rabbi se tenait à côté et observait chacun faire la bénédiction.

Pourquoi a-t-il trouvé nécessaire d’observer ainsi chaque ‘hassid avant de tomber malade ? Peut-être voulait-il voir chacun une dernière fois, c’est un sentiment qui existe chez certains ‘hassidim. C’était en tout cas un moment très impressionnant, le Rabbi est resté six heures debout à regarder chacun ! Ensuite il est descendu pour la prière de Min’ha puis de Maariv directement car il était tard. C’est une chose qui ne s’est produite qu’une seule fois.

Voilà déjà deux épisodes et événements qui ont un peu interpellé les ‘hassidim sans qu’on comprenne pourquoi ces changements de comportement chez le Rabbi.

Bien sûr, plus les semaines et les mois avançaient, surtout ceux qui côtoyaient le Rabbi régulièrement et priaient dans sa synagogue pouvaient constater qu’il était plus faible, avait plus de mal à marcher, avait mal aux pieds, etc. Ils commençaient à être préoccupés par sa santé.

Il y a eu une autre chose qui s’est passée, c’était le 3 Chevat, une semaine avant le 10 Chevat, date anniversaire où le Rabbi a pris ses fonctions. Une semaine avant, le Rabbi a prononcé un discours dans lequel il a introduit un sujet qui a étonné tout le monde. Il a parlé de l’état de santé du Rabbi précédent dans ses dernières années. Il a dit que, vu qu’il était très malade, il ne pouvait pas parler, était privé de la parole et ne pouvait pas s’exprimer correctement. Cela n’a pas permis qu’il puisse prononcer des discours ‘hassidiques.

Le Rabbi a dit qu’au point où le médecin du Rabbi précédent avait exprimé son étonnement et lui avait dit : « Comment se fait-il que vous, qui aviez pour mission de diffuser la Torah, ayez été privé de cette faculté de la parole ? ». Le Rabbi actuel a dit que c’était une question légitime qui avait sa source dans la Torah. Car lorsque D.ieu a envoyé Moïse parler à Pharaon, au début il a refusé en disant qu’il bégayait et ne pourrait pas bien s’exprimer pour transmettre le message divin, que Pharaon ne pourrait pas l’écouter.

Le Rabbi a poursuivi en disant que D.ieu avait donné une réponse à Moïse, lui disant qu’Aaron prononcerait les paroles devant Pharaon et remplacerait sa bouche. C’est ce qui s’est passé : Moïse, avant de se présenter devant Pharaon, avait Aaron qui transmettait la parole divine. Le Rabbi a dit qu’à notre époque, lorsque le Rabbi précédent était privé de la parole, ceux qui représentaient Aaron et remplaçaient sa parole, c’étaient les ‘hassidim. Par le fait qu’ils allaient étudier ses discours et enseignements, cela remplaçait sa parole. C’est pourquoi le Rabbi encourageait les ‘hassidim à davantage s’investir dans l’étude de ses enseignements en préparation au 10 Chevat.

Bien sûr, après ce discours, tout le monde s’est interrogé : pourquoi le Rabbi a-t-il trouvé nécessaire de parler de l’état de santé du Rabbi précédent, de sa difficulté à parler, etc ? On a compris qu’il y avait un message incitant les ‘hassidim à rajouter dans tout ce que le Rabbi demandait pour renforcer sa santé. Au point qu’il y a des ‘hassidim sur place, sans qu’on leur demande, qui ont pris beaucoup de décisions de rajouter dans l’étude des discours du Rabbi, ont transmis au Rabbi un compte-rendu de ces initiatives prises pour sa santé, et ont reçu de très belles réponses montrant que le Rabbi appréciait ces efforts de leur part.

Voilà donc quelques événements qui commençaient déjà à sensibiliser les ‘hassidim concernant l’état de santé du Rabbi. Mais cela n’empêchait pas que pendant toute cette période, le Rabbi continuait à faire des rassemblements ‘hassidiques, à prononcer des discours, et pas seulement lors de dates particulières mais même en semaine, à différentes occasions. Il continuait aussi les distributions de dollars le dimanche malgré les efforts que cela lui demandait.

Il y a eu un autre événement marquant pendant cette période qui a montré à quel point le Rabbi était préoccupé par ce qui se passait. Il y a eu une tragédie à Crown Heights où une femme a été assassinée par quelqu’un qui s’était introduit dans son appartement, un cambrioleur ou une personne mal intentionnée. Elle a été retrouvée assassinée dans des conditions atroces. C’était une mère de famille, il semblerait qu’il y ait eu un combat entre elle et son agresseur. C’était une grande tragédie qui a fait scandale et attiré les médias sur le problème d’insécurité ressenti par les habitants.

Il y a donc eu un grand enterrement pour cette femme un vendredi, avec énormément de monde présent ainsi que les médias. Bien sûr, cela a affecté tout le monde, surtout qu’elle laissait des enfants, et vu les conditions atroces de son assassinat. Le Rabbi est sorti pour cet enterrement qui avait lieu à 14h un vendredi. Dans les vidéos et photos, on peut voir la tristesse, la douleur et la peine sur le visage du Rabbi quand il est sorti, les deux mains dans les poches de son manteau, murmurant certaines choses.

Le Rabbi a suivi le cortège funèbre qui a démarré devant la synagogue, continué sur Kingston Avenue. Il a marché et suivi le cortège. À un moment, le cortège s’est arrêté. Je fais une petite parenthèse : puisqu’on vivait avec l’annonce du Rabbi que Machia’h allait arriver, il y avait sur Kingston Avenue une grande banderole affichée « Machia’h est sur le chemin ». Le Rabbi s’est arrêté, a levé les yeux pour regarder cette banderole. Puis à proximité, un peu en dessous, le Rabbi s’est immobilisé pendant 10 minutes, observant le cortège jusqu’à ce que le cercueil soit très loin. Même une fois qu’il n’était plus visible, le Rabbi est resté encore longtemps presque immobile à observer, avant de retourner à la synagogue.

On a donc vraiment vu à quel point le Rabbi a pris à cœur cet événement, la peine et la douleur qu’il y avait sur son visage en sortant pour l’enterrement. Cela ne s’est pas arrêté là. Une semaine plus tard, à la fin de la période de deuil, un jeudi soir, le Rabbi a prononcé un discours qui était plutôt adressé à D.ieu, dans lequel il s’est interrogé : comment de tels événements pouvaient encore survenir ? Le peuple juif a déjà tellement souffert du simple fait de se trouver en exil depuis plus de 1900 ans, c’est déjà une grande souffrance ! Pourquoi avons-nous encore besoin d’un tel drame ?

Le Rabbi a beaucoup parlé de la peine, du sacrifice que cette femme juive, cette maman, a fait en donnant sa vie. Il a dit que non seulement elle a fait ce sacrifice pour elle-même, mais en sachant qu’en quittant ce monde, elle devrait confier l’éducation de ses enfants à d’autres. Le Rabbi s’est exprimé en disant que c’était un sacrifice à un niveau encore supérieur. Puis il a parlé avec beaucoup de douleur en mentionnant même que le Rabbi Yossef Caro, l’auteur du Choul’han Arou’h, aurait dû mourir en martyr pour une cause. Ce mérite de mourir en martyr lui a été retiré, ce qui était considéré comme une punition. Pourtant, du fait qu’il était encore en vie, cela lui a permis d’écrire le Choul’han Arou’h, le code de loi qui a éclairé les Juifs pendant des générations jusqu’à nos jours. C’est un grand mérite, mais malgré ce privilège, le fait de ne pas avoir pu être un martyr était considéré comme une punition.

Le Rabbi a dit tout cela pour montrer la grandeur du sacrifice que représente le martyre. Donc, en revenant à cette femme assassinée, le Rabbi a dit avec des mots assez durs qu’il n’était pas normal qu’on se retrouve encore en exil alors que Machia’h n’était pas venu. Il a employé des propos très durs pour réclamer à D.ieu qu’on ne voulait plus de souffrance et que Machia’h devait arriver !

Voilà encore un événement qui s’est produit deux semaines avant que le Rabbi ne tombe malade et qui a montré l’affection, l’amour et la douleur qu’il avait pour chacun, particulièrement pour cette femme qui a quitté ce monde de façon tragique.

Comme on le disait, pendant cette période, le Rabbi a prononcé de nombreux discours de façon inhabituelle pendant les jours de semaine. Un des sujets qu’il répétait souvent, surtout dès l’entrée du mois d’Adar, était que le mois d’Adar est un mois dont il est dit dans le Talmud : « Quand Adar entre, on multiplie la joie ». Il est dit que si quelqu’un a un jugement avec un non-juif, c’est un moment propice pour gagner en étant jugé pendant le mois d’Adar car c’est un bon signe.

Le Rabbi n’a fait que rappeler que c’est un mois de bon signe, qu’il faudrait que tous les Juifs soient en bonne santé. Non seulement il a répété cette expression à différentes reprises, mais il a dit aussi que puisque cette année était une année bissextile avec deux mois d’Adar, donc 60 jours d’Adar, il y avait un principe dans la Torah appelé « Batel BeChichim ». Quand il y a 60 fois plus d’un aliment, cela permet d’annuler un élément interdit qui serait mélangé dedans. Le Rabbi a repris ce concept en disant que puisqu’on avait 60 jours d’Adar, cela permettait d’annuler toutes les choses négatives. Il a répété que c’était un mois de bon signe, que chaque Juif devait être en bonne santé, et que ces 60 jours pouvaient annuler les choses négatives. Encore une fois, le Rabbi faisait référence à la santé, qu’il y avait des choses négatives à annuler, sans qu’on ne comprenne trop à quoi il faisait allusion.

Une autre chose s’est passée pendant cette période, à peine deux semaines avant que le Rabbi ne tombe malade, c’était pour le 14 Adar, jour de Pourim Katan. À l’occasion de cette date, un discours ‘hassidique (Maamar) du Rabbi est sorti. C’était un discours que le Rabbi avait déjà prononcé en 5741 (1981) mais qu’il a corrigé à nouveau pour l’éditer à l’occasion de Pourim Katan.

Lorsque le Rabbi est sorti pour se rendre sur la tombe de son beau-père, il a pris ce Maamar qui venait d’être publié et l’a donné à son secrétaire en disant qu’il avait l’intention de le distribuer le soir à chacun. Le Rabbi a demandé qu’on ajoute avec le Maamar deux dollars et un morceau de gâteau au miel. Le gâteau au miel, c’est ce qu’on a l’habitude de donner pendant le mois de Tichri avant Roch Hachana. Le Rabbi en distribue et même entre communautés on se souhaite une bonne année avec du gâteau au miel. C’est quelque chose de réservé à la période de Tichri. Mais là, le Rabbi a demandé qu’en plus du Maamar, il y ait deux dollars et du gâteau au miel. Pourquoi du gâteau au miel ? Il ne l’a pas expliqué. C’était aussi quelque chose d’inhabituel.

Le Rabbi s’est donc rendu sur le Mont des Oliviers, est revenu, a prononcé un discours, et après a distribué ce Maamar aux hommes, femmes et enfants qui étaient restés pendant qu’il était déjà debout toute la journée avant même d’avoir mangé ! Le Rabbi est resté encore plus de 3 heures à distribuer. Il y a une vidéo magnifique où on le voit distribuer à chacun, hommes, femmes, enfants, ce Maamar qui était dans une pochette transparente avec deux dollars et un morceau de gâteau. Maamar auquel on donne une affection particulière car c’est le dernier corrigé par le Rabbi, et non seulement c’est le dernier, mais en plus il a pris la peine de le distribuer lui-même.

Ce Maamar commence par le verset « Et toi, Israël, ne crains point ». Dans ce discours, le Rabbi dit beaucoup de choses intéressantes et profondes. Mais un des points qu’il rappelle, c’est qu’il existe chez chaque Juif une foi simple qui peut être superficielle et qui nécessite parfois que les Juifs se trouvent dans des conditions difficiles, comme à l’époque de Pourim avec le décret de Haman, pour la réveiller. Le Rabbi dit qu’il y a un niveau de foi encore plus profond qui existe chez les Juifs et qui peut les animer même sans contrainte extérieure, tout le temps. Cela vient de l’attachement au Tsadik de la génération, c’est lui qui réveille ce niveau le plus profond de foi.

Il y a dans ce Maamar une expression en yiddish qu’on ne retrouve pas en hébreu, avec parfois des petites nuances que le Rabbi exprime en yiddish. Il explique que le but est qu’un Juif puisse arriver à un niveau où il ressent tellement l’absence de dévoilement de la divinité dans le monde pendant l’exil, et que ce dévoilement sera pleinement là avec la Délivrance, qu’il ressent ce manque au point d’en être complètement bouleversé et de ne pas être tranquille tant que la Délivrance n’est pas là !

Le Rabbi dit en yiddish que les Juifs doivent être « Tzutreiselt », complètement retournés, de cette absence de dévoilement divin en exil. Quelque part, non seulement le Rabbi donne ce Maamar à étudier pour que chacun prenne conscience que c’est l’attachement au Tsadik qui donne la force à chaque Juif, mais il nous passe aussi le message qu’on doit savoir que la place d’un Juif, même quand D.ieu lui donne tous les biens matériels et qu’il est aussi un bon Juif spirituellement, malgré tout, on doit arriver à une prise de conscience en étudiant la Torah qu’on est dans un exil, en l’absence d’un dévoilement de la divinité, et que cela doit nous manquer au point d’en être bouleversé et de tout faire pour amener la Délivrance !

Voilà le message que le Rabbi transmet par ce Maamar, nous montrant encore une fois que même dans un état physique affaibli, après être allé prier pendant des heures, il a pris le temps et la peine de rester encore debout des heures pour distribuer ce Maamar avant même d’avoir mangé, à chacun, hommes, femmes et enfants.

Ensuite, il y a eu la distribution de dollars le dernier dimanche avant que le Rabbi ne tombe malade, le 26 Adar. En lien avec ce dont on vient de parler concernant le Maamar, il y a eu un épisode intéressant. Un rabbin d’Israël, Rav Shmuel Shmueli, qui a créé l’institut du Temple visant à reconstituer tous les ustensiles du Temple, avec des maquettes, des livres, etc., est venu se présenter devant le Rabbi. Il a amené une magnifique maquette du Temple construite selon l’opinion du Rambam.

Cette maquette a été réalisée avec une très grande précision, en utilisant des outils permettant de mesurer au millième de millimètre, sur une échelle d’un 250ème, pour que toutes les dimensions en miniature correspondent aux réelles dimensions du Temple et de tous ses ustensiles. Il arrive avec sa maquette, la présente au Rabbi, ouvre le couvercle et montre : voilà le Temple tel qu’il a été fait selon l’opinion du Rambam. Il donne son livre au Rabbi, reçoit une bénédiction et s’apprête presque à partir avec la maquette.

À un moment, on remarque dans la vidéo que le Rabbi s’approche de la maquette et naturellement tout le monde s’approche, curieux de voir ce que le Rabbi cherche. Le Rabbi regarde et pointe la rampe de l’autel sur laquelle on faisait les sacrifices. Il observe et dit : « Mais cela devrait être beaucoup plus grand ! ». Le rabbin répond : « Non, on a fait selon les proportions, comme je vous ai dit, en utilisant des outils très précis. » Le Rabbi dit : « Bon, certainement vous avez fait comme il faut », donne une bénédiction et le rabbin part.

On peut s’étonner : que veut dire le Rabbi en demandant si la rampe ne devrait pas être plus grande ? Comment peut-il savoir, en observant de loin, les dimensions exactes d’une maquette en miniature ? Quand ce rabbin est retourné chez lui, il a repris ses outils, remesuré, et a vu qu’il manquait effectivement 3 millimètres ! C’est assez significatif par rapport à la taille miniature. On peut donc être impressionné de voir à quel point le Rabbi a vu juste et a su rectifier cette belle maquette dans laquelle il y avait pourtant une petite imprécision.

Mais une fois, j’ai entendu un ‘hassid qui exprimait un autre sentiment sur la manière d’analyser cet épisode. Il disait : « Oui certes, le Rabbi, avec sa vision supérieure, peut savoir ce que nous ne savons pas et ce qui manque. Mais en vérité, pour le Rabbi, le Temple, Machia’h, la Délivrance, la Torah, c’est une seule chose. Lorsque le Rabbi est la vérité-même et que le Temple est aussi la vérité-même, naturellement s’il y a un manque dans le Temple, le Rabbi le verra. »

C’est peut-être un message que le Rabbi a voulu faire passer. On doit tellement vivre en étant un avec toute la Torah et les sujets de la Délivrance que lorsqu’il y a un manque quelque part, c’est quelque chose que nous-mêmes devons ressentir naturellement, toujours dans l’esprit de ce que le Rabbi a dit dans le Maamar précédent, qu’on doit être complètement perturbé de ce manque et de cette absence de dévoilement de Machia’h et de divinité tant que la Délivrance n’est pas venue.

Voilà donc un épisode qui s’est produit au cours de ce dollar. Après cette distribution du Maamar et du gâteau, il y a eu Chabbat, le dernier avant que le Rabbi ne tombe malade, donc Chabbat 25 Adar. C’était la lecture de la Paracha Vayakhel-Pekoudei. Le Rabbi a développé certaines idées et sujets un peu particuliers.

Il a développé l’idée du demi-shekel que chaque Juif devait donner. La Torah dit que chaque ville devait donner un demi-shekel, que le shekel vaut 20 Guera, et que le Juif ne devra pas donner 20 Guera mais un demi-shekel, donc 10 Guera. La question se pose : pourquoi la Torah ne dit-elle pas directement qu’un Juif doit donner 10 Guera ? Pourquoi passer par le chemin de dire qu’on doit donner un demi-shekel de 20 Guera, au lieu de dire clairement 10 Guera en précisant que c’est la moitié d’un shekel ?

C’est une idée que le Rabbi avait déjà développée précédemment à d’autres occasions. Il avait expliqué qu’en vérité, la Torah voulait nous faire savoir qu’un Juif est seulement une moitié, l’autre moitié étant D.ieu. On est une moitié et ensemble on compose une seule entité avec D.ieu. Le Rabbi a beaucoup développé cette idée que la moitié du Juif, c’est sa part, son service divin qui lui est demandé par D.ieu dans le monde, tandis que l’autre moitié, c’est la lumière divine qui influence et éclaire le chemin du Juif pour qu’il puisse faire son service. Mais D.ieu et le Juif ensemble composent une seule entité.

Cependant, lors de ce dernier rassemblement ‘hassidique, Chabbat 25 Adar, le Rabbi a développé une autre idée. Il a dit que l’autre moitié de chaque Juif, c’est son prochain, un deuxième Juif ! Il a expliqué que chaque Juif n’est qu’une moitié et qu’avec l’autre Juif, ensemble, ils font une seule entité. C’est parce qu’on n’est qu’une moitié qu’on doit s’unir avec chaque Juif. Et puisque chaque Juif est une moitié avec D.ieu, en s’unissant ensemble, alors on s’unit naturellement avec D.ieu.

Le Rabbi a beaucoup encouragé dans ce rassemblement à rajouter dans l’union avec chaque Juif et dans l’amour du prochain. Il a précisé que cela devait être utilisé pour rapprocher chaque Juif du judaïsme, mais que cela devait se faire avec amour, pas avec dureté. Le Rabbi a rappelé le verset des Proverbes : « Celui qui retient son bâton déteste son fils ». C’est un message du roi Salomon qu’un père ne doit parfois pas hésiter à avoir une attitude plus ferme pour rectifier et éduquer son fils. Mais le Rabbi a dit que cela concerne un père envers son fils. Même si parfois il a une attitude plus ferme, cela se fait avec amour et est accepté positivement par l’enfant.

Par contre, quand il s’agit d’un Juif envers un autre, cela doit se faire uniquement avec amour. Le Rabbi donne un message sur la manière d’éduquer ou d’approcher quelqu’un : cela doit se faire pleinement avec amour, au point où l’enfant n’a aucun doute que celui qui le rectifie l’aime autant que ses parents.

Ensuite, le Rabbi a développé une autre idée à propos de la prière du matin, quand un Juif dit « Modeh Ani », « Je reconnais devant Toi, Roi vivant et éternel, que Tu m’as rendu mon âme ». On remercie D.ieu de nous réveiller et de nous redonner notre âme. Le Rabbi s’est interrogé : un Juif, lorsqu’il commence à réciter Modeh Ani en se réveillant, n’aurait-il pas dû d’abord dire « Ani Lefane’ha », « Je suis devant Toi », avant de dire « Modeh Ani », « Je reconnais » ?

Pourquoi ? Parce que jusqu’à présent, toute la nuit, le Juif dormait, il était inconscient. Donc la première chose qui se passe quand il ouvre les yeux, c’est qu’il prend conscience qu’il existe. Il y a donc d’abord la prise de conscience de son existence devant D.ieu qui lui a redonné la vie. Il devrait dire « Ani Lefane’ha », « Je me trouve devant Toi, je suis conscient, j’existe », puis « Modeh Ani », « Je reconnais ».

Mais comment se fait-il que dans la prière on dise d’abord « Modeh Ani », « Je reconnais », avant « Ani Lefane’ha » ? Le Rabbi a expliqué qu’en vérité, même dans l’inconscient du Juif, dans son sommeil, il n’y a pas un instant où il est séparé de D.ieu. Le Juif est une seule chose, une seule entité avec D.ieu. C’est pourquoi, même quand il vient de se réveiller et que jusqu’à présent il était inconscient, il n’a pas besoin de la prise de conscience qu’il existe et que D.ieu lui a redonné la vie pour Le reconnaître. Spontanément, naturellement, la première chose qui sort et s’exprime du Juif, c’est « Modeh Ani », « Je reconnais ».

C’est peut-être aussi un message sur notre manière de vivre notre relation au Rabbi. Il y a deux manières. On peut se rappeler qu’on a un Rabbi, un maître, qui donne des enseignements. Cela peut être d’une manière où on vit, on a nos activités, on est là, et de temps en temps on se rappelle notre attachement à ses enseignements. Mais le Rabbi nous fait savoir que pour un ‘hassid, dans sa relation au Rabbi, cela doit être une manière d’être constante, qu’il n’y a pas un seul instant, même quand il est occupé à d’autres activités, où il n’est pas connecté, attaché au Rabbi.

Voilà ce qu’était ce rassemblement ‘hassidique (Farbrenguen). Comme vous le savez, dans la semaine, le Rabbi corrigeait le compte-rendu du Farbrenguen qui avait été rédigé par les ‘hassidim. Le dimanche soir ou après-midi, on recevait déjà différents résumés rédigés du discours de Chabbat, car les ‘hassidim voulaient savoir dès le dimanche quels étaient les sujets et enseignements donnés par le Rabbi Chabbat.

Ces dernières années, on les recevait par fax. Mais il y a eu une initiative de pouvoir recevoir par fax, 20 minutes après la sortie de Chabbat, un concentré de 20 lignes de ce que le Rabbi avait dit Chabbat. C’était un challenge que certains ‘hassidim s’étaient donné pour pouvoir faire bénéficier tous les ‘hassidim, dès la sortie de Chabbat en Amérique, de savoir déjà un peu ce que le Rabbi avait dit pendant le Farbrenguen. Cela s’appelait le « Takstir », un concentré d’une vingtaine de lignes de ce que le Rabbi avait prononcé Chabbat, qui était envoyé directement après Chabbat.

Le Rabbi ne revoyait généralement pas ce résumé pour le corriger. Mais à la surprise générale, le Rabbi a demandé à son secrétaire qu’on lui fasse parvenir ce Takstir, ce concentré du Farbrenguen. Il y a fait quelques corrections et seulement après, il a été envoyé par fax aux ‘hassidim du monde entier. Encore une fois, quelque chose qu’on n’a pas compris : pourquoi le Rabbi a-t-il trouvé nécessaire de corriger et visionner ce résumé du Farbrenguen avant qu’il soit envoyé à tout le monde ?

Le dimanche suivant, le 26 Adar, lendemain de ce Chabbat, le Rabbi a distribué des dollars. Cela a duré de longues heures. Si je me souviens bien, cela a commencé vers 14h et s’est terminé vers 19h ou plus. Le Rabbi était déjà très fatigué mais c’est une distribution magnifique où on a vu beaucoup de choses impressionnantes, de bénédictions que le Rabbi donnait.

Je fais une petite parenthèse. Quand le Rabbi est tombé malade, une fois j’ai entendu Rav Groner, qui donnait les nouvelles du Rabbi, parler du moment des dollars. Il a éclaté en sanglots, il pleurait. Il était celui qui se tenait à côté du Rabbi pendant tous les dollars. On n’imagine pas toutes les portes du Ciel qui étaient ouvertes à ce moment-là et toutes les bénédictions que le Rabbi donnait aux gens dans tous les domaines.

Ce dimanche 26 Adar, il y a eu beaucoup de gens qui ont reçu de belles bénédictions. Un des derniers passages en dollars, c’est un journaliste du New York Post qui est passé et a demandé au Rabbi quel était son message. Le Rabbi lui a dit : « Tu dois écrire que Machia’h arrive très bientôt. Et pas seulement qu’il arrive, mais qu’il est déjà là, en chemin ! » On voit là un des derniers messages entendus lors des dollars du Rabbi.

Il y a ce fameux épisode magnifique, visible dans les vidéos, de cette petite fille dans les bras de son père qui passe devant le Rabbi et qui s’exprime en disant : « Rabbi, je t’aime ! » À ce moment, le Rabbi lui donne un dollar et lui dit : « Cela, c’est pour ton amour. » On a pu constater l’affection que le Rabbi avait pour chacun.

Un Juif d’Angleterre passe et dit au Rabbi : « Je voudrais vous remercier car il y a 3 ans, vous m’aviez béni pour avoir un enfant et, grâce à D.ieu, j’ai eu un enfant. » Le Rabbi lui répond : « Merci pour ton retour, de m’annoncer les bonnes nouvelles. Car tout le monde ne le fait pas de cette manière. » Le Rabbi exprime que cela lui fait plaisir qu’on lui annonce de bonnes nouvelles et qu’il attend qu’on le fasse ainsi.

Quelqu’un d’autre passe et demande une bénédiction pour son fils qui va faire sa Bar Mitsva, pour qu’il soit un ‘hassid. Le Rabbi ajoute qu’il ne faut pas oublier qu’il doit aussi être un érudit en Torah.

Déjà à cette période, des gens qui sentaient le Rabbi un peu plus faible lui souhaitaient une bonne santé. Et d’autres personnes, puisqu’on approchait du 11 Nissan, l’anniversaire du Rabbi, commençaient à lui souhaiter « Mazal Tov » pour cette occasion.

Il y avait aussi une campagne en Israël, suite aux paroles du Rabbi qu’on devait se préparer à la venue de Machia’h, avec des panneaux affichés dans tout le pays par l’organisation ‘Habad en Israël, sur lesquels était marqué « Préparez-vous à la venue du Roi Machia’h », avec une photo du Rabbi. La personne de la compagnie qui a fait imprimer ces panneaux est passée avec la photo devant le Rabbi et a reçu sa bénédiction.

C’était donc un dollar très particulier. Il y a encore une chose qui s’est passée lors de ce dollar. À un certain moment, le Rabbi s’est tourné vers Rav Groner et lui a demandé s’il y avait encore beaucoup de gens qui attendaient. C’est assez inhabituel que le Rabbi manifeste ainsi un signe de fatigue. Rav Groner a donc demandé aux responsables d’arrêter la queue. Mais quand le Rabbi a entendu cela, il s’est à nouveau tourné vers lui en disant qu’on n’empêche personne de passer. Cela veut dire que malgré sa grande fatigue, le Rabbi ne voulait pas que quiconque soit privé de pouvoir passer et demander des bénédictions.

Le soir, après la prière, le Rabbi est retourné dans son bureau. Le lendemain matin a eu lieu la prière du matin à la synagogue, comme d’habitude. Il y avait un jeune rabbin, qui avait perdu sa mère, du nom de Yehoshoua Metzger, qui a raconté qu’il était présent pendant toute la prière et qu’il avait remarqué que le Rabbi était extrêmement fatigué. Il a dit que la veille, vers 3h du matin, en revenant à Crown Heights, il était passé devant la synagogue, devant la chambre du Rabbi, et avait pu observer que la lumière de son bureau était allumée.

Il faut savoir que pendant cette période, avant Roch ‘Hodech Adar, le Rabbi avait fait beaucoup de rangement dans son bureau, demandé qu’on prenne des livres pour les amener à un entrepôt, il avait beaucoup arrangé certaines choses. On sait que la seule chose que le Rabbi a gardé sur son bureau, ce sont les 4 gros volumes qu’on appelle le « Feach Loring », le livre où il y a la photo de tous les émissaires ‘Habad du monde jusqu’à cette date. Cela montre l’attachement et l’affection que le Rabbi avait pour ses émissaires et pour la diffusion du judaïsme. C’est la seule chose que le Rabbi a laissé sur son bureau. D’ailleurs, ces 4 volumes sont encore actuellement posés sur le bureau du Rabbi, pour ceux qui vont parfois prier dans son bureau, on peut les voir.

Donc le Rabbi, comme on l’a dit, avant de sortir, devant son bureau, il y avait un jeune homme qui attendait avec ses parents et grands-parents. C’était l’habitude que lorsqu’un ‘hassid allait se marier, le Rabbi lui prête son Siddour pour prier Min’ha avec. Le Rabbi a donné le Siddour à ce jeune homme qui s’appelait Goldberg.

Il a raconté qu’en entrant dans le bureau, il a remarqué combien le visage du Rabbi était pâle et faible, que chaque geste du Rabbi pour lui donner le Siddour lui demandait un effort. Le Rabbi lui a dit qu’il pourrait demander toutes les bénédictions pour son mariage, pour qu’il puisse construire un foyer éternel, et lui a donné différentes bénédictions. Ensuite, le Rabbi a fouillé dans sa poche intérieure, a sorti une poignée de pièces. Il a cherché une pièce de 10 cents, qu’on appelle un « dime », et la lui a donnée.

Le Rabbi a continué à avancer pour aller vers l’escalier qui mène à la voiture. Puis le Rabbi s’est retourné, a repris encore des pièces et a sorti un billet de 5 dollars pour le transmettre à la fiancée. Puis encore une fois, de façon inhabituelle, le Rabbi s’est retourné et lui a donné deux bénédictions. C’était, si on peut dire, le dernier échange direct qu’un ‘hassid a eu le privilège d’avoir avec le Rabbi avant qu’il ne tombe malade.

Le Rabbi est donc sorti et avant de monter en voiture, il a distribué des pièces, on le voit sur les photos. Et juste avant de partir, il a salué tout le monde, le groupe de gens qui se tenait devant la voiture. C’était un groupe de Français de l’école Sinaï à Paris, on peut le voir sur les photos. C’est ce groupe de Français auquel le Rabbi s’était adressé en partant.

Le Rabbi est parti vers 17h45. Les gens présents à ce moment ont pu apercevoir Rav Krinsky partir tout de suite en voiture, en panique. On a entendu que quelque chose s’était passé. Rav Krinsky, le secrétaire et chauffeur du Rabbi, a raconté que le Rabbi se préparait à quitter le Mont des Oliviers comme d’habitude, et à ce moment-là, l’attaque cérébrale s’est produite en sa présence, devant lui. Des ambulances sont venues, je passe les détails, il y a eu un peu de complications pour accéder jusqu’à l’endroit.

Finalement, les ‘hassidim qui attendaient devant la synagogue ont eu la tristesse de voir Rav Krinsky revenir avec la voiture du Rabbi, mais le Rabbi n’était pas dedans, il était dans une ambulance. Et là a commencé une longue période où on n’a pas pu voir le Rabbi. Mais toute l’attention des ‘hassidim était de rajouter dans les bonnes décisions et les prières, comme le Rabbi avait fait savoir en 1977, lorsqu’il avait eu une crise cardiaque, que ce qui ajouterait à sa santé, c’était les bonnes résolutions et actions des ‘hassidim et du peuple juif.

La première fois que le Rabbi est réapparu exceptionnellement devant les ‘hassidim, c’était lors de la fête de Chavouot, quelques mois plus tard. Pendant toute cette période, on n’a pas pu voir le Rabbi. D’autres événements se sont passés, il y a eu le 11 Nissan (anniversaire du Rabbi) qu’on ne pourra pas tous raconter.

Mais la première fois que le Rabbi a commencé à apparaître de façon régulière devant les ‘hassidim, c’était à partir du 2ème jour de Roch Hachana 5753, en septembre 1992. Après de nombreuses prières, les ‘hassidim ont pu revoir le Rabbi pour la première fois depuis longtemps. Et après cette période, le Rabbi sortait assez régulièrement, surtout lors des prières de Min’ha et Maariv, dans la petite pièce construite à l’arrière de la synagogue. Après les deux prières, le Rabbi sortait à son balcon, et à ce moment, les ‘hassidim pouvaient le voir, chantaient et criaient « Vive le Rabbi, Roi Machia’h, pour toujours ! » pour l’encourager.

Voilà comment s’est passée toute cette longue période. Et le jour de Roch ‘Hodech Adar de l’année suivante, en 1994, il y a eu un grand rassemblement de prière puisque c’était la date anniversaire où le Rabbi était tombé malade. Et malheureusement, à cette même date, le Rabbi a eu une deuxième attaque cérébrale, beaucoup plus sévère. Depuis, le Rabbi est resté à l’hôpital jusqu’à son décès.

Donc comme on l’a dit au début, c’est une période très douloureuse et difficile. Mais en même temps, on ne doit pas oublier de vivre avec tous les outils que le Rabbi nous a donnés, que ce soit l’amour d’Israël, le fait de rajouter dans l’étude de ses enseignements pour amplifier sa parole, et dans l’étude des sujets de la Délivrance, pour vivre ces moments et se préparer, pour précipiter la Délivrance et la venue de Machia’h.

Pour terminer par une dernière anecdote, le Rabbi s’est souvent exprimé au sujet du Rabbi précédent en disant qu’il ne restait jamais débiteur. Cela veut dire que tout ce que les ‘hassidim font et œuvrent pour le Rabbi, dans sa mission de diffusion du judaïsme et dans l’étude de ses enseignements, le Rabbi va toujours le rendre et le rembourser avec beaucoup de bénédictions dans tous les domaines.

Alors pendant la période où le Rabbi était malade, en 1994, il y a eu un moment où il avait besoin de faire une analyse de sang. Pour avoir les résultats, c’est une analyse qui prend quelques jours dans un laboratoire classique. Il y avait deux frères du Monde religieux qui avaient un laboratoire et qui étaient ‘hassidim du Rabbi. Ils ont été sollicités par Rav Groner pour savoir s’ils pouvaient faire l’analyse plus rapidement. Ils ont pris sur eux de le faire et en quelques heures, ils ont pu avoir des résultats.

Rav Groner leur a dit : « Sachez que le Rabbi s’acquitte toujours de ses dettes. Il ne veut pas rester sans payer. Donc faites-nous la facture pour qu’on vous règle ce que cela a coûté. » Ils ont donc transmis les résultats mais la facture, ils ne l’ont jamais envoyée.

Quelques semaines après, l’un d’eux a appelé Rav Groner en disant : « Vous savez, je n’ai toujours pas envoyé la facture. » Rav Groner a répondu : « Bien sûr, envoyez-la nous et on va vous régler. » Mais il a dit : « Non, non, non. Moi, ce que je demande en échange, c’est que cela fait pas mal d’années que je n’ai pas eu d’enfant. Et je vous demande d’aller prier au Ohel du Rabbi pour demander une bénédiction pour moi, pour que j’aie des enfants. Ce sera la manière du Rabbi de s’acquitter de la dette. » Et c’est ce qui a été fait.

Plus tard, Rav Groner était dans la maison de shiva (deuil) de son frère. Il y avait un Juif de Crown Heights, Yossi Marasow, qui était un infirmier très dévoué auprès du Rabbi pendant toute la période où il était malade. Il était en visite chez Rav Groner pendant la shiva, et lui a rappelé cette histoire.

Rav Groner lui a alors raconté que 9 mois après, à peine 9 mois après, ce propriétaire du laboratoire avait eu un enfant. Il s’est rappelé de cet épisode et après avoir échangé un peu avec Rav Groner, il a quitté la maison de shiva. Un petit moment après qu’il soit parti, quelqu’un rentre dans la maison pour annoncer quelque chose à Rav Groner. C’était ce Juif qui rentrait avec son fils, l’enfant né grâce à ce miracle du Rabbi, si on peut dire, grâce à cette dette que le Rabbi avait acquittée, pour le remercier de cette faveur faite pour le Rabbi.

Donc, ce qu’on en retient, c’est que même dans ces moments difficiles, le Rabbi ne reste pas débiteur, il rembourse tous ceux qui vont s’investir et continuer à œuvrer dans sa mission de préparer le monde à la venue de Machia’h. Le Rabbi nous le rendra, et c’est tellement certain que la meilleure manière pour le Rabbi de s’acquitter de la dette, c’est qu’il va tout faire pour amener la Délivrance et la venue de Machia’h, rapidement et de nos jours, Amen.