Dernier mois de l’année juive, Elloul ouvre le temps du retour à D.ieu, de la miséricorde et de la préparation aux Jours redoutables. Ses usages, hérités du Baal Chem Tov et fixés par des siècles de tradition, en font une période d’une intensité spirituelle unique, vécue pourtant au cœur même du quotidien. Car en Elloul, selon la célèbre image de Rabbi Chnéor Zalman de Liadi, le Roi a quitté son palais : Il est dans les champs.

 

 

 

Les usages du mois

Dès le premier jour de Roch ‘Hodech Elloul, on ajoute le Psaume vingt-sept après la prière du matin et après celle de l’après-midi, et cet ajout se poursuit jusqu’à Hocha’na Rabba inclus.

Le Baal Chem Tov a instauré la coutume de réciter chaque jour du mois d’Elloul trois Tehilim (Psaumes), et ce jusqu’à la veille de Kippour. Le jour de Kippour lui-même, on en dit neuf avant la prière de Kol Nidré, neuf avant de dormir, neuf après la prière de Moussaf et neuf à l’issue de la fête, de manière à achever le livre entier des cent cinquante Psaumes.

À partir du second jour de Roch ‘Hodech Elloul, on sonne du Chofar chaque jour, à l’exception du Chabbat et de la veille de Roch Hachana.

Durant tout ce mois, «le Roi est dans les champs» : D.ieu se tient plus proche que jamais de chacun d’entre nous, et rien ne nous interdit de tout Lui demander. C’est pourquoi il est plus aisé, en cette période, d’opérer un retour sincère vers Lui, en augmentant les dons à la Tsedaka et en approfondissant la ferveur de la prière.

L’usage veut également que l’on fasse vérifier ses Mezouzot et ses Téfilines par un Sofer expérimenté. Enfin, on écrit à ses amis et à ses connaissances pour leur souhaiter d’être inscrits et scellés pour une bonne et douce année.

Elloul dans l’histoire

Elloul est le mois du repentir et de la miséricorde. Ce caractère si particulier n’est pas le fruit d’une simple convention : il plonge ses racines dans un épisode fondateur de l’histoire d’Israël.

Descendant du mont Sinaï et découvrant la faute du veau d’or, Moïse brise les Tables de la Loi. Il passe ensuite quarante jours hors du camp, au pied de la montagne, à implorer le pardon divin, ainsi que le rapporte le Deutéronome au chapitre neuf, versets vingt-cinq à vingt-neuf. C’est le premier jour du mois d’Elloul qu’il entreprend une nouvelle ascension du Sinaï, portant avec lui les Tables brisées.

Auparavant, afin d’éviter que le peuple, se croyant une fois encore abandonné, ne retombe dans la même tragique erreur, il fait sonner du Chofar à tous les carrefours du camp. Il s’agissait d’annoncer clairement qu’il montait au sommet de la montagne et qu’il y demeurerait quarante jours de plus.

Quarante jours plus tard, on est le dix Tichri : c’est Yom Kippour. Moïse redescend avec les nouvelles Tables et avec l’heureuse nouvelle : D.ieu a pardonné. Cet événement inaugural confère à toute la période son caractère essentiel. Elloul est un temps de retour à D.ieu, un temps de pardon durant lequel brillent avec une intensité singulière les Treize attributs de la Miséricorde divine, tels que Rachi les définit dans son commentaire sur l’Exode, chapitre trente-quatre, versets six et sept, où ils sont énoncés.

Le contenu du mois d’Elloul

Ce qui suit est extrait d’une Si’ha du Rabbi prononcée le vingt-trois Elloul 5715 (1955).

Le nom même du mois d’Elloul fait allusion aux trois domaines du service de D.ieu : la Torah, la prière et les bonnes actions. Elloul est ainsi formé par les initiales des mots qui, en hébreu, composent le verset : «D.ieu le fit survenir par Sa main et Je te fixerai un lieu où il pourra se réfugier». Il est fait ici allusion à la Torah, laquelle, comme le disent nos Sages, permet de se protéger des attaques du mauvais penchant.

On retrouve également Elloul dans le verset : «Je suis à mon Bien-Aimé et mon Bien-Aimé est à moi», qui correspond au service de D.ieu par la prière. Elloul est encore formé par les mots du verset : «Des envois de mets, chacun à son ami, et des dons aux pauvres», qui décrit les bonnes actions.

À la base et au commencement de ces différents domaines du service divin se trouve la Techouva, à l’image du Modé Ani récité chaque matin au réveil, qui permet de se lier à D.ieu dès les premiers instants du jour en affirmant d’emblée : «Je rends grâce devant Toi», c’est-à-dire devant l’Essence même de D.ieu, qu’aucun mot ni aucun signe ne saurait décrire. C’est ainsi que l’on peut entrer véritablement dans les trois domaines précédemment évoqués.

Tel est l’effort du mois d’Elloul, celui qui conduit à la délivrance à laquelle fait allusion le verset : «Un Cantique pour D.ieu, et ils dirent ainsi : je chanterai», dont les initiales forment encore une fois Elloul.

C’est de cette manière que se définit le contenu du mois d’Elloul, qui prépare au mois de Tichri. Puisse D.ieu faire que nous commencions la nouvelle année dans la joie, qu’elle soit bonne et douce, et que tous nos besoins y soient comblés.

Le Roi est dans les champs

L’année s’achève. Dernier mois du calendrier, Elloul annonce les «Jours redoutables» de Roch Hachana et de Yom Kippour. Temps d’introspection, donc, et plus encore temps de préparation. Temps par excellence de prière, d’étude et de bonnes actions. Temps d’une sainteté particulière et, pourtant, temps profane.

Au cours de notre traversée du temps, nous rencontrons des jours qui nous placent en retrait du quotidien. Ainsi, chaque Chabbat, cessons-nous tout travail. Mais les semaines d’Elloul ressemblent à cet égard à toutes les autres semaines de l’année : nous sommes dans le monde et nous y travaillons. N’y a-t-il pas là un paradoxe ? Ne devrions-nous pas nous retirer du monde pour nous préparer aux jours solennels dont Elloul est le prélude ?

Rabbi Chnéor Zalman de Liadi nous a enseigné une belle métaphore issue du Zohar. Le roi, nous dit-il, se tient habituellement dans son palais. L’approcher n’est alors pas chose aisée : il faut formuler sa demande auprès d’une bureaucratie sourcilleuse, se rendre au palais et en parcourir les interminables corridors, franchir de nombreuses portes, patienter dans des antichambres, obéir à un strict protocole. Mais il arrive aussi que le roi, ayant quitté son palais, traverse les champs. Le plus humble des paysans peut alors l’approcher, et le roi, en cette circonstance exceptionnelle, l’accueille et lui réserve son plus bienveillant sourire. En Elloul, nous dit Rabbi Chnéor Zalman, «le roi est dans les champs».

Le champ figure ici le pain que nous devons gagner, ces travaux que la sainteté du Chabbat nous interdit d’accomplir. Onze mois durant, le calendrier juif distingue ainsi des temps réservés, comme celui du Chabbat, et le temps profane, celui du labeur. Ce temps profane est pourtant infiniment précieux : notre travail quotidien s’inscrit toujours dans une même perspective, faire de ce monde une demeure pour D.ieu. Le Chabbat et les fêtes sont, quant à eux, des moments d’élévation, ces temps réservés qui nous offrent le recul et le ressourcement grâce auxquels la perspective peut être maintenue ou rétablie. En quelque sorte, nous séjournons le Chabbat au palais après avoir, la semaine durant, œuvré aux champs.

Cette dualité connaît une considérable exception : Elloul. Parce que, dans le temps si élevé de ce mois, ce qui fait l’essence de notre vie et lui donne son horizon devient bien plus sensible, le voile perd de son opacité. Le Roi, Père de la miséricorde, vient alors à notre rencontre, où que nous nous trouvions. Puissions-nous L’accueillir comme il convient.

Qu’est-ce que les Seli’hot ?

Les Seli’hot sont des prières de supplication qui rappellent à l’homme ses besoins, mais aussi sa petitesse et ses faiblesses. En les récitant, le Juif procède à une introspection approfondie qui lui permet d’aborder la nouvelle année avec la crainte et l’humilité requises, mais également avec l’assurance et la joie qui conviennent.

Dans les communautés séfarades, on récite les Seli’hot durant tout le mois d’Elloul. Dans les communautés achkénazes et ‘hassidiques, on commence à les dire à partir du samedi soir précédant Roch Hachana d’au moins quatre jours. On les récite ensuite avant la prière du matin, après avoir au préalable prononcé les «bénédictions du matin» ainsi que les bénédictions de la Torah.

Les usages de la récitation

On ne commence les Seli’hot qu’en présence de dix hommes adultes, âgés de plus de treize ans, afin de pouvoir prononcer le Kaddich.

Si possible, on demeure debout pendant toute la récitation, ou du moins lorsque l’on prononce les «Treize attributs de la Miséricorde» et le «Vidouï», la confession des fautes. Celui qui ne prie pas avec un Minyan ne prononce ni les «Treize attributs» ni les prières en araméen.

L’officiant, pour sa part, s’enveloppe d’un Talit. S’il fait encore nuit, il ne prononcera pas la bénédiction : il serait alors préférable qu’il emprunte un Talit à un ami ou à la synagogue.

Enfin, l’endeuillé, durant les sept premiers jours de son deuil, ne sort pas de chez lui et ne peut donc se rendre à la synagogue pour les Seli’hot. Il fait toutefois exception la veille de Roch Hachana, jour où les Seli’hot sont particulièrement longues.

Loubavitch.fr