Les lois de Chabbat : « Le’hem Michnei »
Retrait et retour : L’extase de la vie
fr.chabad.org / Adapté d’un discours du Rabbi de Loubavitch
1. La mort de Nadav et Avihou
Notre paracha commence par le verset1 : «Et l’Eternel parla à Moïse, après la mort des deux fils d’Aharon, lorsqu’ils s’approchèrent de l’Éternel et qu’ils moururent».2 Les derniers mots de ce verset présentent une difficulté : pourquoi la Torah ajoute-t-elle « ils moururent », alors qu’il a déjà été mentionné : «après la mort des deux fils d’Aharon» ?
Le Midrache, en expliquant la raison de leur mort, donne les arguments suivants : ils avaient pénétré dans le Saint des Saints ; ils ne portaient pas les habits sacerdotaux nécessaires pour leur service ; ils n’avaient pas d’enfants ; et ils n’étaient pas mariés. Ceci suscite une seconde question : quelle est la source de ce Midrache ? Où est-il fait allusion à ces fautes dans la Torah ?
Plus encore : comment peut-on supposer que les deux fils d’Aharon, Nadav et Avihou, aient pu se rendre coupables d’un péché ? Le Midrache relate3 que Moïse dit à Aharon : « Aharon, mon frère, je savais que le Sanctuaire serait sanctifié par ceux qui sont les bien-aimés et les proches de D.ieu. Maintenant je sais qu’ils (Nadav et Avihou) sont plus grands que toi et moi. » Si c’est ainsi, comment ont-ils pu pécher?
2. Une extase fatale
Il existe une interprétation ‘hassidique selon laquelle les deux fils d’Aharon n’ont pas réellement « péché », au sens littéral du terme. Leur « péché » fut d’avoir permis à leur désir s’attacher à D.ieu d’atteindre une telle intensité qu’ils en moururent : leurs corps ne pouvaient plus contenir leurs âmes. C’est pourquoi la Torah dit « ils s’approchèrent de D.ieu (avec une telle passion qu’) ils moururent ». Et c’est cela qui est considéré comme un péché ! Car, bien qu’un Juif doive s’élever au-delà de ses préoccupations matérielles, lorsqu’il atteint l’ultime extase de son âme, il doit alors revenir au travail que l’âme doit accomplir dans une existence matérielle.
Il est écrit dans l’Éthique des Pères4 : « Contre ta volonté tu vis ». Face au désir de l’âme de s’élever au-delà du monde s’impose la tâche de créer une résidence pour D.ieu à l’intérieur du monde. Nadav et Avihou parvinrent à l’extase, mais non au retour. Ce fut là leur péché et la raison de leur mort. Ils « s’approchèrent de D.ieu et moururent », c’est-à-dire qu’ils permirent à leur passion spirituelle de l’emporter sur leur mission dans ce monde. Ils outrepassèrent les limites du monde et de la vie elle-même.
Cet acte est à la base de chacune des quatre fautes que le Midrachee leur attribue :
– Ils « pénétrèrent dans le Saint des Saints », les profondeurs les plus extrêmes de l’esprit, sans penser à leur retour dans le monde extérieur.
– Ils ne « portaient pas les habits (sacerdotaux) ». Leur souci était de se défaire du monde et de devenir purement spirituels. Ils avaient abandonné les nécessaires « vêtements » desquels D.ieu a souhaité revêtir le monde, c’est-à-dire les Mitsvot, les actions physiques qui sanctifient l’environnement matériel.
– « Ils n’avaient pas d’enfants » et « n’étaient pas mariés ». C’est-à-dire qu’ils n’accomplirent pas le commandement de D.ieu de « croître et multiplier » et faire ainsi venir de nouvelles âmes dans le monde. Ils firent tout le contraire : ils retirèrent leur propre âme de ce monde.
Toutes leurs fautes découlèrent d’une même erreur : croire que le Juif s’approche de D.ieu par le retrait du monde plutôt qu’en s’y investissant. En réalité, ces deux approches sont nécessaires. Et c’est pourquoi, au moment de l’année où nous sommes le plus puissamment extraits du monde – Yom Kippour –, nous commençons la lecture de la Torah par ces versets, pour nous rappeler de la finalité de notre existence.
3. De l’expérience à l’action
Rachi explique que le commandement « qu’Il (Aharon) ne peut entrer à toute heure dans le sanctuaire … (Mais) voici comment Aaron entrera dans le sanctuaire » vient immédiatement après la mention de la mort de ses fils, pour nous avertir que son service de D.ieu (et le nôtre) ne doit pas être à l’image de celui de Nadav et Avihou.
Cela soulève une question : peut-on réellement exiger de quelqu’un qui atteint l’extase de retourner à des préoccupations terrestres ? Si son expérience est authentique, s’il a atteint l’amour de D.ieu « de toute ta force » et a percé toutes les barrières qui séparent l’homme de D.ieu, peut-il se retenir au point même de son union avec D.ieu, et s’immerger de nouveau dans toutes les contraintes de la condition humaine ? N’y a-t-il pas une incompatibilité émotionnelle entre l’abandon absolu de soi à D.ieu et une vigilance constante pour ne pas aller trop loin ?
La réponse tient dans la manière dont une personne entame sa quête spirituelle. S’il part avec l’intention de satisfaire ses propres désirs, quel que soit leur degré d’exaltation, il ne voudra pas sacrifier sa propre extase aux besoins de ce monde. Mais s’il part du fait du commandement de D.ieu, conscient que, bien qu’il lui soit demandé « Tu aimeras l’Éternel ton D.ieu… de toute ta force »,5 il est néanmoins écrit « Il a créé (le monde) non pour demeurer vide, mais pour être habité »,6 alors, au sein même de son approche extatique de D.ieu, le désir de revenir finalement vers le monde et de le sanctifier sera toujours implicite.
Il y a une histoire célèbre dans le Talmud7 : quatre hommes pénétrèrent dans le « Pardès », le « verger » (les secrets mystiques de la Torah) : Ben Azaï, Ben Zoma, A’her et Rabbi Akiva. Ben Azaï regarda et mourut. Ben Zoma regarda et fut frappé (de folie). A’her abima les pousses (il devint un apostat). Rabbi Akiva « entra en paix et sortit en paix ».
À première vue, la différence fondamentale entre Rabbi Akiva et les trois autres fut la façon dont il sortit du Pardès. Pourquoi le Talmud mentionne-t-il qu’il « entra en paix » ?
Le fait est que c’est la manière dont chacun des quatre entra qui détermina la façon dont il sortit. Ben Azaï entra en quête d’extase, pas de retour, ainsi il « regarda et mourut ».8
Mais Rabbi Akiva entra « en paix », en soumission à la volonté divine, cherchant à unifier le monde supérieur et le monde inférieur. C’est pourquoi il sortit en paix. Son intention de revenir était implicite au commencement de son chemin vers l’extase religieuse.
Ceci était la manière dont Aharon devait pénétrer le Saint des Saints : avec crainte, soumission et abnégation. C’est de cette manière qu’il pouvait alors faire « expiation pour lui et pour sa maison » et dire une prière pour la subsistance d’Israël, des actes liés au monde matériel.
4. De l’expérience à l’action
Tous les récits de la Torah ont un enseignement qui s’applique à chaque Juif sans exception. Quel est le message universel de l’histoire de Nadav et Avihou ? À l’évidence, atteindre un niveau d’extase tel que la vie en danger n’est pas donné à tout le monde. Cette mise en garde semble ne s’adresser qu’à de rares individus. Qu’en est-il de tous les autres ?
Toutefois, chaque Juif se trouve parfois réveillé par une intense expérience religieuse, particulièrement le Chabbat et les Fêtes, et plus spécialement lors des Dix Jours de Repentir et par-dessus tout à Yom Kippour. Pendant un certain temps, il est extrait de sa routine quotidienne, de ses anxiétés habituelles, et il s’élève intérieurement au-delà des limites de sa pensée ordinaire.
C’est à ce moment-là qu’il doit se rappeler que, quelle que soit son expérience spirituelle de ce moment privilégié, il doit la ramener avec lui lorsqu’il revient dans son monde quotidien. Il ne doit pas rechercher l’extase pour elle-même, mais pour le retour qui la suivra. Une expérience religieuse ne doit pas rester un souvenir ; elle doit rester active en animant l’ensemble de sa vie. Comme Rabbi Akiva, il doit entrer et sortir « en paix », c’est-à-dire rapprocher D.ieu et le monde d’une manière harmonieuse.
5. La bénédiction de D.ieu
Ce lien entre la manière d’entrer et de sortir du domaine de la sainteté ne s’applique pas uniquement au service du Juif, mais aussi au monde matériel lui-même. Car tous les besoins du Juif, qu’ils soient matériels ou spirituels, émanent directement de D.ieu : « Si vous marchez dans Mes statuts et gardez Mes commandements et les accomplissez, alors Je vous donnerai la pluie en son temps et la terre donnera ses produits… »9 C’est seulement à travers de son lien avec D.ieu qu’il est pourvu aux besoins matériels d’un Juif. Celui qui dit : « Tout ira bien pour moi, car j’irai selon l’entêtement de mon cœur »10 s’avère toujours, en dernière analyse, être dans l’erreur.
Et c’est ce qui est suggéré dans notre paracha, dans la description de la procédure du service du Grand Prêtre : c’est seulement après être entré dans le Saint des Saints qu’il avait la possibilité de prier pour la subsistance du peuple.
C’est donc que le monde public que le Juif habite et le monde privé de son expérience religieuse sont intrinsèquement liés. Car s’il transfère cette expérience dans le monde, ce dernier s’en trouve sanctifié par l’homme et béni par D.ieu.
NOTES
1. Lévitique 16,1.
2. Comme cela est relaté dans Lévitique 10, dans la paracha Chemini
3. Sur la base de Lévitique 10,3.
4. Pirkei Avot 4:22.
5. Deutéronome 6,5.
6. Isaïe 45, 18.
7. Haguiga 14b.
8. Il est intéressant de noter que son service divin fut généralement marqué par différentes formes de “retrait” – voir Talmud Yevamot, 63b ; Sotah, 4b. Cf. Choul’hane Aroukh Harav, Hilkhot Talmud Torah, début du ch. 3, dans le Kountres A’haron.
9. Lévitique 26,3-4.
10. Deutéronome 29,18.
Le Rabbi s’adresse au congrès annuel de l’organisation des femmes Nechei ‘Habad
Le Rabbi s’adresse au congrès annuel de l’organisation des femmes Nechei ‘Habad au 770 et distribue des dollars aux participants.
6 Iyar 5747 – 5 Mai 1987
Crown Heights : Yortsaït du Rav David Raskin, directeur spirituel de la Yéchiva du 770 et Baal Koré du Rabbi
Le Rav David Raskin a été directeur spirituel de la Yéchiva du 770, directeur de « Tséirei Agoudat Habad » des Etats-Unis et Baal Koré du Rabbi.
Le Rav David Raskin a quitté ce monde le 7 Iyar 5771 – 2011.

Photo du jour : Réunion Mélavé Malka des Chlou’him de Ramat Gan
Photo : Shturem
Jérusalem : premier Yortsaït du Rav Mendel Deutsch hy’d et début de l’écriture d’un nouveau Sefer Torah
Si vous désirez participer à l’écriture du Sefer Torah en achetant des lettres ou une Paracha pour le mérite ou à la mémoire d’un proche merci d’envoyer un mail à : isd770

Paracha A’harei-Kedechim – Rav Mendy Danan
Chemini : Qui est responsable ? – Rav Menahem Altabé
Le monde d’après – Quel sera le monde après la venue de Machia’h?
Par Menahem Brod / fr.chabad.org
Qu’est-ce qui changera ?
Que se passera-t-il lors de l’ère messianique ? De quoi sera faite notre vie ? Autant de questions qui surgissent lorsque l’on pense que Machia’h arrive incessamment. Il est question d’une transformation radicale du monde et de son fonctionnement, et il est bien naturel que cela suscite de l’intérêt, voire de l’inquiétude.
La situation actuelle du monde, avec ses bons côtés et ses travers, nous est au moins, elle, connue. Nous nous y sommes habitués, nous avons appris à l’affronter et, dans une certaine mesure, à vivre avec. La venue de Machia’h inaugurera un monde nouveau, une réalité qui nous est inconnue, dont nous ne savons pas quels seront les tenants et aboutissants. Pour certains, c’est une perspective qui peut être intimidante.
Tout ira bien
Il est donc nécessaire de rappeler en premier lieu que Machia’h n’amènera que du bien, de la joie et du bonheur à chacun d’entre nous. Les transformations qui auront lieu seront toutes pour le bien de l’humanité. Celui qui est malheureux aujourd’hui, sera heureux, et celui qui est déjà heureux le sera encore plus. La Délivrance messianique amènera la plénitude aussi bien à la collectivité qu’au particulier, et cette plénitude sera source de bien, de joie et de bonheur.
L’ère messianique, dans sa plus simple définition, est l’état idéal du monde : un monde droit, un monde fonctionnel, un monde dans lequel règnent le bien et la vérité. Non pas comme le monde d’aujourd’hui dans lequel la vérité est occultée, où le mal triomphe trop souvent du bien et dans lequel les relations entre les choses sont faussées. Notre monde n’est pas un monde normal, et pourtant il véhicule une impression que les choses ont toujours été ainsi et qu’elles le seront toujours, car il ne saurait en être autrement.1Cependant, il est certain que tout peut changer : dès l’instant où la vérité divine se révélera dans le monde, celui-ci se transformera immédiatement pour redevenir droit.
On peut comparer la situation actuelle à celle de gens vivant dans un monde obscur et ténébreux. Pendant des années, ils ont développé toutes sortes de comportements qui leur permettent d’évoluer dans l’obscurité : des cannes d’aveugles, des cordes-guides, des signes tactiles, etc. Ces gens ne peuvent pas s’imaginer un instant pouvoir vivre sans tous ces dispositifs qui leur permettent de marcher, de reconnaître les personnes et les lieux, etc. Mais la vérité est que dès qu’une fenêtre sera pratiquée pour laisser entrer la lumière, ils se déferont immédiatement de tous ces systèmes, car ils comprendront qu’ils ne sont plus d’aucune utilité. Ils se demanderont même comment ils ont pu ainsi vivre dans le noir une vie tellement limitée et faussée.
Il en est de même pour nous : dès que la Délivrance surviendra et que la gloire de D.ieu se révélera dans le monde, tous les doutes et toutes les difficultés qui alourdissent notre vie s’évanouiront. Il n’y aura plus de questions de foi, car « la gloire de D.ieu se révélera ».2 Il n’y aura plus aucune difficulté à étudier la Torah et à accomplir les mitsvot, car nous nous y sentirons poussés, tout autant que la faim nous pousse aujourd’hui à nous nourrir et la soif, à boire. Il n’y aura plus de guerre, de haines ou de jalousies, car chacun ressentira que l’autre est une partie de lui-même, et que nous formons tous ensemble une entité unifiée. Il ne sera plus nécessaire de combattre le mal, car il n’y aura plus de place pour le mal dans le monde, et le bien y régnera donc seul.
La Guéoula au sein de la Gola
Cette perspective de la « Guéoula », la Délivrance messianique, nous permet de comprendre les propos des Sages du Talmud, de Maïmonide et d’autres, selon lesquels, lors de l’ère messianique, « le monde suivra son cours ». Car, comme nous l’avons dit précédemment, la Délivrance ne vient pas bouleverser l’ordre du monde et ébranler ses fondements. C’est tout le contraire : la Délivrance vient introduire de l’ordre dans le monde existant, en remettant les choses à leur place légitime et naturelle et en dirigeant toutes les forces présentes dans le monde vers le bien et la sainteté. C’est pourquoi il est clair qu’elle se fera au sein même de la réalité actuelle.
Le Rabbi de Loubavitch a de nombreuses fois évoqué et souligné ce point, en particulier en réponse à ceux qui craignaient que la Délivrance vienne détruire tout ce qu’ils ont bâti pendant l’exil. Il n’y a aucune base à cette crainte. La Délivrance ne fera qu’introduire une perfection dans chaque chose. On peut voir à cela une allusion dans le mot hébraïque Guéoula – גאולה, « Délivrance », formé des lettres du mot Gola – גולה, « exil », auxquelles s’ajoute la lettre alef א. Ceci nous enseigne que la Délivrance se revêtira dans la réalité actuelle de l’exil, mais qu’elle y introduira le « alef », c’est-à-dire la révélation du Aloufo chel olam, du Maître du monde.3
Lorsque D.ieu se révélera dans le monde, l’exil lui-même se métamorphosera en Délivrance !
Photographie de Moshé Sayegh : D.ieu te gardera à ton entrée et à ta sortie
Moshé Sayegh : 06 11 54 69 00 – [email protected]
