Photos: Shneur Shiff
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PROGRAMME COMPLET POUR SMARTPHONES
Programme du Kinous Hachlouhim 5780 |
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| O.T. = carte Ohalei Torah • M.E.J. = carte Musée des enfants juifs • L.P. = carte Leonard’s Palazzo | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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| Informations importantes: S’il vous plaît rappelez-vous que toutes les séances et les repas, y compris le Chabbat, sont réservés à Chlouhim. Vous devrez montrer votre carte du Kinous pour pouvoir participer à toutes les sessions générales. Les invités rejoindront les Chlouhim pour le banquet de gala uniquement. Merci pour votre coopération et votre compréhension. |
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Un Beth ‘Habad (Chabad House en anglais) est un centre communautaire juif dans le sens le plus authentique du terme. C’est le point de départ de toutes les activités éducatives et sociales des émissaires (Chlou’him) ‘Habad-Loubavitch, répondant aux besoins de la communauté juive tout entière, depuis ceux des plus jeunes enfants jusqu’à ceux de nos anciens.
Le Rabbi, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, de mémoire bénie, a toujours appelé à l’expansion des activités dans les Beth ‘Habad existants ainsi qu’à l’ouverture de nouveaux centres partout où se trouvent des Juifs : dans les centres urbains, dans les banlieues, sur les campus universitaires, partout dans le monde. Ses délégués ont répondu, et continuent de répondre, à son appel.
En 1972, dans une lettre envoyée à l’occasion de l’ouverture d’un nouveau Beth ‘Habad, le Rabbi a émis le vœu que cette nouvelle institution soit une clé qui ouvrira le cœur de tous ceux qui la fréquenteront et de tous ceux qui se trouveront à portée de son influence – qui ouvrira leur cœur à l’essence même de leur judaïté. Celle-ci, au plus profond de l’être, est réputée être toujours vivante et sensible, en dépit des couches extérieures qui la recouvrent. Lorsqu’elle est réveillée, le Juif s’enflamme naturellement de la chaleur de la Torah de Vie et des Mitsvot qui constituent l’essence de la vie juive. Et il devient à son tour une source d’inspiration pour son entourage.
Dans les Beth ‘Habad, et dans toutes leurs activités, les Chlou’him sont les héritiers d’Abraham : toutes leurs portes sont ouvertes.
Ils ont hérité de sa bonté et de sa compassion, de son engagement désintéressé dans la révélation de l’existence de D.ieu auprès du monde entier. Ils ne s’arrêteront pas, jusqu’à ce que les sources de la Torah aient jailli en chaque lieu, « à l’Ouest et à l’Est, au Nord et au Sud ».
Le point névralgique de la parachath Vaychla’h est la rencontre entre deux mondes radicalement opposés. Celui de Yaakov qui symbolise le peuple juif et celui de son frère Essav qui représente le monde des nations. Mais alors que l’on se serait attendu à avoir le nom d’une paracha rappelant cette rencontre, nous avons le nom de Vaychla’h qui signifie « Il envoya ». A quelle mission, la Thora fait-elle allusion avec ce titre ?
Si l’on se situe sur un plan strictement historique, la Thora nous décrit la rencontre de deux frères qui se retrouvent après plus de trente cinq ans d’absence. Yaakov se doute qu’il va revoir son frère dans des conditions menaçantes : Essav veut le tuer ! Et c’est en tenant compte de ces menaces que Yaakov se prépare à affronter ce danger. Mais les commentateurs du sens profond de la Thora envisagent une autre perspective. Pour la comprendre, il faut se rappeler que cette rencontre est précédée d’une mission. Avant qu’il ne retrouve son frère, Yaakov envoie des émissaires vers lui, pour préparer ces « retrouvailles ».
En deux temps
Nos Maîtres expliquent que nous sommes tous des émissaires de D.ieu, quand l’âme d’un Juif descend sur terre, revêtue d’un corps pour accomplir une sainte mission : celle d’éclairer le monde par la lumière de la Thora ou, en d’autres termes, affronter le monde de Essav, l’affaiblir pour, au final, l’imprégner de la lumière divine. Mais le texte de la paracha vient nous apporter une précision dans le déroulement de cette mission qui se produit en deux étapes. La première s’incarne dans la parachath de la semaine dernière qui porte le nom de Vayétsé (il sortit) alors que la seconde se retrouve dans notre paracha (Vaychla’h-Il envoya).
Une proximité nouvelle
Dans la parachath Vayétsé, c’est Its’hak qui envoie son fils Yaakov dans le monde de Lavane. Et effectivement, Yaakov sera l’émissaire de son père pour apporter de la lumière dans le monde idolâtre de Lavane. Là, Yaakov agit seul, délégué par son père. Mais Vaychla’h introduit une dimension radicalement nouvelle. Yaakov est toujours émissaire mais il va former d’autres émissaires. Il va certes affronter le monde obscur d’Essav mais au préalable, il envoie lui aussi d’autres émissaires. Nous avons là un enseignement extraordinaire qui dépasse l’instant de la paracha. La rencontre de Yaakov et Essav préfigure les temps messianiques qui verront une proximité nouvelle entre Juifs et non Juifs. Durant des siècles ce contact étroit entre eux fut difficile du fait du cloisonnement d’Israël dans le ghetto ou le mella’h. Mais à l’approche de la délivrance messianique (époque dans laquelle nous nous trouvons et dans laquelle les cloisons entre Juifs et non Juifs seront tombées) nous aurons comme tâche, entre autres, d’apporter de la lumière autour de nous, jusqu’au monde non Juif. Pour cela, le travail personnel sera insuffisant. Chacun, conscient de l’urgence du travail devra former d’autres Juifs pour qu’à leur tour, ils influencent leur environnement dans le droit chemin.
A la lecture de la vie des Patriarches, on serait tenté de dire que leur histoire s’apparente à l’existence mouvementée des fondateurs d’une nation. Mais cette vision n’est qu’une illusion : derrière cette confusion se cache un ordre d’une profonde intelligence où chaque élément participe d’un ensemble divin.
Avraham, Its’hak et Yaakov vécurent il y a plus de 3600 ans. La tradition talmudique (1) rapporte que chacun des trois patriarches institua l’une des trois prières quotidiennes : Avraham fixa celle du matin (Cha’harith), Its’hak, celle de l’après midi (Min’ha) et Yaakov, celle du soir (Arvith).
Des siècles plus tard, le chiffre 3 se retrouve avec les deux Temples et le prochain qui sera édifié lors de la délivrance messianique.
Cette permanence du chiffre 3 n’est bien sûr, pas l’effet du hasard. Bien plus, nos Maîtres révèleront le lien profond qui reliera chacun des trois patriarches avec chacune des trois prières et chacun des trois Temples.
Une lumière exceptionnelle
Avraham est le seul patriarche qui connaîtra une existence sans obstacles et sans grandes difficultés. D.ieu lui promettra une « bonne vieillesse » au point même qu’Yshmaël, son fils rebelle, reprendra le droit chemin avant que le patriarche ne quitte le monde.
Cette clarté caractérise, Cha’harith, la prière du matin, qui est dite au lever du jour et l’on sait qu’après la nuit, la luminosité du nouveau jour possède une valeur bien plus grande que celle du jour, du fait qu’elle vient après l’obscurité de la nuit.
Il en fut de même pour le premier Temple qui bénéficia d’un éclat divin exceptionnel. La tradition rapporte qu’il fut construit par des hommes qualifiés de Tsaddikim (des Justes) sous l’impulsion de Shlomo, l’homme le plus sage de l’humanité. Pour Its’hak, le second patriarche, on change de registre. Sa vie ne sera plus aussi linéaire et rayonnante que celle de son père. Son fils ainé quittera le judaïsme et il sera très affecté par le conflit qui opposera ses deux fils.
Cette obscurité naissance rappelle la prière de Min’ha qu’il institua. Cette prière est dite quand la lumière du jour décline et laisse place, peu à peu, aux ombres de la nuit. Le second Temple qui lui correspond n’avait plus la sainteté du premier. Comme Min’ha, il était entre le jour et la nuit puisqu’il fut construit par des Juifs qui avaient quitté l’exil de Babylone et qui donc, revenaient vers D.ieu.
Un Temple intérieur
On retrouve chez Yaakov une similitude très forte entre sa vie et Arvith, la prière du soir. Rachi remarque que sa vie est marquée par de nombreuses souffrances : son conflit avec Essav, son frère, ses vingt ans passés chez Lavane, le rapt de sa fille Dina, la disparition de Yossef et d’autres encore.
Ces tourments obscurcissent sa vie à l’instar d’Arvith qui est dite dans la nuit. Jusque là, le rapport est évident mais comment lier cette obscurité avec la lumière qu’apportera le troisième Temple ?
La réponse met l’accent sur la continuité de l’histoire juive : obscurité et lumière ou exil et délivrance, ne sont pas des temps cloisonnés.
Bien au contraire. Ils sont profondément liés, au point de dépendre l’un de l’autre. Ce qui signifie, en peu de mots, que l’éclat de la lumière messianique dépend de l’effort de chaque Juif durant l’exil (l’obscurité) pour rester attaché au Créateur.
Yaakov est lié au troisième Temple parce que sa capacité à affronter l’adversité, sans jamais abdiquer ses convictions, provoque l’édification du troisième Temple.
On l’aura compris : Yaakov, au-delà du personnage historique, c’est le Juif de l’exil qui parviendra à se hisser au-delà des difficultés de l’existence juive pour édifier son Temple intérieur qui conduira à la construction du troisième Temple. Très prochainement.
Note
Loubavitch.fr
Le verset ‘Hayé Sarah 24, 4 dit : «C’est dans mon pays et dans ma patrie que tu iras et prendras une femme pour mon fils, pour Its’hak(1)».
La première mission dont il est fait état dans la Torah est celle qu’Avraham confia à Eliézer. En effet, notre père Avraham délégua son serviteur fidèle, Eliézer, à ‘Haran, afin d’y trouver une épouse pour le fils qu’il aimait tant(2), Its’hak.
De fait, la finalité de cette mission était d’assurer la pérennité du peuple d’Israël, de donner naissance à d’autres Juifs, les fils du peuple d’Israël. Et, afin d’atteindre cet objectif,
Avraham n’hésita pas à envoyer son serviteur fidèle, Eliézer, dans un endroit aussi inférieur, aussi dévoyé, aussi écarté des valeurs morales que `Haran(3).
Il est significatif de constater que cette mission est la première dont la Torah fait état(4). En effet, elle délivre un message éternel, pour toutes les générations, s’appliquant à la mission que chaque Juif reçoit, dans ce monde. Celle-ci consiste à rapprocher les autres Juifs des valeurs juives traditionnelles(5). Car, cette activité doit concentrer l’essentiel des efforts de chacun. Un Juif doit donner d’autres fils à notre Père Qui se trouve dans les cieux(6), apporter aux Juifs qui se sont éloignés la Lumière de la Torah et des Mitsvot, pour leur permettre de réintégrer les sentiers de la Tradition.
Pour cela, il faut se rendre dans les endroits les plus éloignés(7), spirituellement, les plus étrangers à la sainteté et à la Torah, afin d’y trouver un Juif qu’il sera possible de rapprocher du service de D.ieu. Celui-ci, à son tour, fera revenir d’autres âmes juives(8), qui, de la sorte, figureront également parmi les familles du peuple d’Israël.
(Discours du Rabbi, Séfer Ha Si’hot 5748, tome 1, page 84)
Notes :
(1) C’est dans ces termes qu’Avraham confia à son serviteur Eliézer la mission de trouver une épouse pour son fils, Its’hak.
(2) Comme en atteste le verset, quand le Saint béni soit-Il demande à Avraham de le sacrifier : «ton fils, ton unique, que tu aimes, Its’hak».
(3) Nos Sages, dont la mémoire est une bénédiction, expliquent que liaran est de la même étymologie que liaron, la colère. Ils en déduisent que cet endroit était : «la colère de D.ieu dans le monde». Ils précisent aussi que Rivka s’y trouvait : «comme une rose parmi les ronces». Néanmoins, Avraham insista, tout particulièrement, pour que l’épouse de son fils soit issue de sa famille, au point que, quand Eliézer proposa sa propre fille, si sa mission à liaran s’avérait infructueuse, Avraham lui répondit : «Mon fils est béni et ta fille est maudite» !
(4) Ce qui lui confère un caractère prioritaire, une importance particulière.
(5) Tout comme Eliézer reçut pour mission de permettre le mariage d’Its’hak, afin qu’il donne naissance au peuple d’Israël.
(6) Leur donner naissance spirituellement.
(7) Au point d’être comparables à liaran.
(8) Conformément à l’expression de nos Sages, dont la mémoire est une bénédiction : «humide au point d’humecter».
En attendant de rencontrer le Rabbi : Its’hak Rabin (assis au centre), à l’époque ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, attend d’être reçu par le Rabbi à son quartier général de Brooklyn. Assis à droite se trouve le secrétaire du Rabbi, Rav Hodakov. Debout (de gauche à droite) : les rabbins Abraham Shemtov, Shlomo Cunin et Moché Hecht, et l’auteur de cet article, Yéhouda Avner.
Yéhoudah Avner, diplomate israélien, fut l’assistant et le conseiller de quatre premiers ministres israéliens (Golda Méir, Its’hak Rabin, Menahem Begin et Chimon Peres) et ambassadeur d’Israël en Irlande et en Australie.
Itsh’ak Rabin était un agnostique invétéré, et timide à l’excès. C’est pour cela qu’en ce jour de printemps en 1972 où il dut longuement attendre son entrevue avec le Rabbi de Loubavitch au 770 Eastern Parkway à Brooklyn, il était passablement tendu.
Sa gêne était d’autant plus apparente qu’il se tenait parmi une multitude d’hommes barbus qui s’affairaient autour de lui, tous identiquement vêtus de redingotes et de chapeaux noirs et tous pareillement indifférents à la peinture craquelée, au lino fissuré et à l’indéfinissable odeur qui régnait dans cet édifice de style Tudor qui abritait le quartier général du mouvement Loubavitch mondial.
Itsh’ak Rabin était à l’époque ambassadeur d’Israël à Washington et son président, Zalman Shazar, lui avait demandé de transmettre en personne ses vœux au Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneersohn, à l’occasion de son soixante-dixième anniversaire. Il était donc là, avec sa kippa de bar-mitsva bleue et or précairement perchée sur sa tête qui lui donnait un air de touriste dans un pays exotique.
Lorsqu’il fut enfin introduit dans le sanctuaire, le visage du Rabbi rayonnait. C’était un visage angélique, à moitié recouvert d’une barbe grise et couronné du célèbre Borsalino, qui lui conféraient l’impression d’une citadelle protégeant l’esprit des invasions négatives.
Mais ce qui marqua le plus Rabin, ce furent les yeux du Rabbi. Leur teinte était celle de l’azur des mers profondes, intense et engageante, exhalant sagesse, conscience, bonté et fraternité. Cependant, comme je devais l’apprendre plus tard, ces yeux pouvaient virer au gris menaçant d’un ciel de plomb.
C’étaient là les yeux de quelqu’un qui pouvait voir le mystère à travers l’évidence, la poésie à travers le trivial et les questions capitales dans les petites choses. Des yeux qui fascinaient les croyants au point de susciter en eux le bonheur, la joie, et l’abnégation – choses qui paraissaient folles au très cartésien, l’inébranlable laïc, Itsh’ak Rabin.
Il s’entretint principalement avec le Rabbi des affaires de Washington mais lorsque le sage évoquait des sujets plus célestes comme la Torah, l’éternité et le devenir spirituel, les yeux de l’ambassadeur devenaient vitreux. Ce genre de dogmes était trop impénétrable pour cet austère soldat, ce vétéran du Palmah, pour qui la réalité était un phénomène physique et non une merveille métaphysique.
Il était cependant impressionné. En sortant, il me confia « Cet homme sait mieux ce qui se passe en Israël que la plupart des députés de la Knesset. »
Le président Shazar fut heureux des nouvelles qu’il eut de cette rencontre. Dans sa prime jeunesse, celui-ci avait été élevé dans la tradition Loubavitch et, au crépuscule de sa vie, il exultait de redécouvrir son enchantement de jadis, comme la gemme oubliée d’un joyau brisé.
Lors de ses rares visites à New York, Zalman Shazar, faisant fi du protocole diplomatique, préférait se présenter devant le Rabbi à Brooklyn comme le ferait un disciple, plutôt que de solliciter que ce soit le Rabbi qui lui rende visite au Waldorf Astoria comme il eut été seyant à un chef d’État. Cette attitude souleva la colère de certains membres du gouvernement israélien et de la presse, ce qui exaspéra Zalman Shazar. Ainsi, quand, un soir de Pourim, il roulait en direction du 770 dans sa limousine encadrée par des motards de la police new-yorkaise toutes sirènes hurlantes, il s’exclama « Mais que me veulent-ils au pays ?! Je suis peut-être le président d’Israël, mais je suis aussi un simple ‘hassid qui rend visite à son Rabbi. Qui peut objecter à cela ? »
Quelques temps plus tard, par une douce journée de juillet 1977, Menahem Begin dut affronter la même situation. Un journaliste à l’épaisse tignasse et en costume bouffant lui demanda effrontément « Vous êtes le nouveau premier ministre d’Israël, pourquoi êtes-vous donc venu chez le rabbin Schneersohn ? Le protocole exige certainement que ce soit lui qui vienne vers vous. »
Cette altercation eut lieu sur le seuil du quartier général de Loubavitch où le Rabbi accueillait M. Begin au dans un embrasement de flashes photographiques. « Pourquoi, vraiment ? » commença le premier ministre, l’air détendu. « Une bonne question… »
Et alors, avec un air extrêmement déférent, il poursuivit « Je suis venu ici car je suis en route pour Washington où je vais rencontrer le président Jimmy Carter pour la première fois. Il est donc naturel que je vienne chercher la bénédiction d’un grand sage du peuple juif. Rabbi Schneersohn est l’une des plus importantes personnalités juives de notre temps. Son statut est unique dans notre peuple. Donc, oui, certainement, ses bénédictions me renforceront alors que j’entame une mission de la plus haute importance pour notre futur. »
« M. le rabbin souhaite-t-il commenter cette réponse ? » demanda le reporter.
« Seulement pour réitérer toutes mes bénédictions, répondit le Rabbi. Et pour ajouter que je considère la visite du premier ministre, non pas comme une manifestation d’honneur envers moi, mais comme une marque de reconnaissance de l’œuvre du mouvement Loubavitch en faveur de la diffusion de l’amour de D.ieu et de Sa Torah auprès de nos frères juifs, où qu’ils se trouvent. »
Les deux hommes, amis de longue date, s’enfermèrent pour une bonne heure, au terme de laquelle M. Begin informa Rabbi Schneersohn que je reviendrais à New York après notre séjour à Washington pour l’entretenir des discussions de la Maison Blanche.
Ainsi, c’est cinq jours plus tard que je me retrouvais seul avec le Rabbi dans son bureau lambrissé avec son mobilier simple et d’un autre âge. Des tomes du Talmud et d’autres épais volumes écornés par l’usage s’alignaient sur ses étagères, évoquant des siècles d’érudition et de débats menés par des générations de Juifs en kippa se balançant, psalmodiant et jouant du pouce, habitants d’un monde où les étudiants n’étudient pas et les enseignants n’enseignent pas, car tout le monde apprend.
Nous conversâmes en hébreu. Celui du Rabbi était classique, le mien moderne. Et, à mesure qu’il analysait méthodiquement mon compte-rendu des évènements de Washington, son expression d’autorité naturelle s’approfondissait sur son visage. Elle provenait d’un niveau de l’être qui dépasse l’entendement. C’était en lui : quelque chose qu’il possédait dans son âme, quelque chose qui lui avait été donné sous les châtaigniers et les érables de Brooklyn plutôt que sous les peupliers et les pins de Jérusalem – où, mystérieusement, il n’avait jamais séjourné.
La présentation, l’interrogation et la clarification avaient pris près de trois heures. Il était deux heures du matin passées et j’étais épuisé. Le Rabbi, plein d’entrain et de vigueur, me demanda de transmettre ce message à M. Begin : « En maintenant à la Maison Blanche votre position ferme au sujet d’Erets Israël, vous avez donné de la force à tout le Peuple Juif. Vous avez réussi à sauvegarder l’intégrité d’Erets Israël tout en évitant une confrontation avec les États-unis. C’est là la véritable qualité d’homme d’état juif : direct, courageux, sans prétention, mais jamais sur la défensive. Soyez fort et courageux. »
Il dicta cela d’une voix douce, mais enflammée.
Puis, tout à fait détendu, il fit une tente des ses doigts fins, me regarda droit dans les yeux, et me dit avec un sourire étonnamment doux, « Vous nous rendez visite si souvent et vous êtes manifestement si proches de nous. Pourquoi n’êtes-vous jamais devenu un hassid Loubavitch ? »
Je m’assis au fond de mon siège, abasourdi par cette franchise. C’était vrai. C’était probablement ma troisième ou ma quatrième rencontre avec le Rabbi. Au fil des ans, j’étais devenu un agent de liaison officieux entre plusieurs premiers ministres israéliens et le Rabbi de Loubavitch.
J’ai avalé ma salive et murmuré « C’est peut-être parce que j’ai rencontré tellement de gens qui confèrent au Rabbi des pouvoirs que le Rabbi ne s’attribue pas lui-même. »
Alors même que je parlais, j’ai réalisé que j’avais trop présumé. Je pouvais entendre ma voix s’estomper
Les sourcils du Rabbi se froissèrent et ses yeux bleus et profonds se grisèrent de tristesse. Doucement, il répondit, « yech kanireh anochim hazekoukim lekobayim – Il y a manifestement des gens qui ont besoin de béquilles. »
Un long et prégnant silence s’ensuivit. Peut-être que ses fils secrets de perception et de communication étaient en train de sonder mes pensées, car ce qu’il dit ensuite répondit aux questions que je me posais intérieurement.
Soulevant sa paume dans un geste rassurant et avec un sourire encourageant, il dit « Laissez-moi vous dire ce que j’essaie de faire. Supposez que vous regardiez une bougie. Ce que vous voyez n’est qu’un simple bloc de cire parcouru par une mèche en son milieu. À quel moment la cire et la mèche deviennent-elles une bougie ? Ou, en d’autres termes, quand accomplissent-elles ce pour quoi elles ont été créées ? Lorsque vous mettez une flamme sur la mèche, c’est là que la bougie devient une bougie. »
Alors qu’il parlait, sa voix se marqua d’une cadence à la manière d’un talmudiste qui se plonge dans son texte, si bien que ce qu’il dit ensuite paraissait un chant : « La cire est le corps, et la mèche est l’âme. Allumez l’âme avec le feu de la Torah et quelqu’un accomplira alors le but pour lequel il ou elle a été créé. Et c’est ce que j’essaie de faire : allumer les âmes de notre peuple avec le feu de la Torah. »
Une sonnette avait retenti à intervalles réguliers, indiquant que d’autres attendaient leur entrevue. Alors je me suis levé et j’ai pris congé, m’arrêtant à la porte pour demander : « Ma bougie, le Rabbi l’a-t-il allumée ? »
« Non, répondit-il, serrant ma main. Je vous ai donné l’allumette. Vous seul pouvez allumer votre bougie. »
De façon générale, on considère que ces stades sont au nombre de cinq. Ils sont appelés des mondes. Les différentes radiations de la Lumière divine au sein de ces mondes, qui se voilent de plus en plus, d’un stade à l’autre, sont les Sefirot.
Le processus créatif résultant du Tsimtsoum présente ainsi quatre aspects, le En Sof, la Divinité proprement dite, le Or En Sof, l’émanation de D.ieu pour Lui-même, le monde fini et l’ensemble des niveaux intermédiaires.
Comme on l’a vu, aucune définition ne peut être donnée du En Sof, si ce n’est qu’Il est infini. Les Noms divins et Ses Attributs s’appliquent uniquement à Ses manifestations, aux aspects révélés de la Divinité dans la création et pour elle. Le Midrach (Chemot Rabba 3, 6) dit ainsi: « Tu désires connaître Mon Nom? Sache qu’il est fonction de Mes accomplissements ».
Le Tanya (2, 10) dit aussi: « Tous les Attributs du Saint béni soit-Il, Sa Volonté et Sa Sagesse, portent des Noms qui varient selon les niveaux, plus ou moins élevés ». Le Rambam explique, dans son Guide des égarés (1, 58-60), que « percevoir D.ieu est impossible. Ceci reviendrait à dire d’une sagesse abstraite et profonde que l’on ne peut pas la toucher de ses mains, du fait de sa profondeur. Quiconque entendrait une telle affirmation se moquerait, car le toucher peut être envisagé uniquement pour ce qui est matériel. Et, de fait, notre intellect et notre vision, par rapport à la perception de D.ieu, peuvent être considérés comme matériels ».
Les manifestations ou attributs de D.ieu, émanations du En Sof, sont donc appelés des Sefirot, pluriel de Sefira. Ce terme Peut être rapproché de Mispar, le nombre, de Séfer, le livre, de Saper, raconter, de Safir, pierre précieuse et brillante, de Sefar, la frontière et de Safra, le scribe. Toutes ces interprétations ne sont pas contradictoires. Elles décrivent l’action des Sefirot à différents stades. Celles-ci sont également définies comme des lumières, des piliers, des niveaux, des couleurs, des vêtements, des éclairages, des couronnes, des guirlandes, des rois, des visages.
Les dix Noms de D.ieu qu’il est interdit d’effacer correspondent aux dix Sefirot. Pour autant, on ne peut identifier le Nom et la Sefira. On verra, en effet, qu’une Sefira est constituée d’une Lumière et d’un réceptacle, alors que le Nom peut être identifié à la Lumière, mais non au réceptacle.
Les Sefirot réalisent, si l’on peut ainsi s’exprimer, la jonction entre le Or En Sof et le monde créé. En d’autres termes, la Lumière du En Sof doit s’introduire dans les Sefirot, pour pouvoir insuffler l’existence à des créatures finies. En ce sens, les Sefirot peuvent être définies comme les réceptacles de la Lumière divine, qui agit, dans le monde, par leur intermédiaire.
La Lumière du En Sof, s’introduisant dans les Sefirot des stades intermédiaires créés par le Tsimtsoum, peut, à l’issue de ce processus, donner naissance à un monde physique et fini. Ainsi, le principe du Tsimtsoum et des Sefirot est essentiel pour comprendre le processus de la création, expliquant comment des créatures finies et différenciées peuvent dériver d’une origine unique et infinie, justifiant l’existence d’une divine Providence et montrant qu’elle peut être personnelle et individuelle, bien que la Divinité soit transcendante.
Les Sefirot sont donc des émanations célestes et constituent les diverses phases des manifestations divines. En les décrivant, il convient toutefois de ne pas commettre l’erreur d’imaginer une dualité ou une pluralité de la Divinité. Il doit être clair que les Sefirot ne sont en aucune façon des entités distinctes, séparées du En- Sof. Elles- sont, bien au contraire, très profondément unifiées à Lui.
Le Sefer Yetsira (1, 7) souligne cette unité intrinsèque et fondamentale: « Les dix Sefirot sont dénuées de tout (Beli Ma, c’est à-dire sans substance, insaisissables). Leur fin est liée à leur début et leur début, à leur fin, comme la flamme est attachée à la mèche. Car, D.ieu est Un, Il n’a pas de second et peut-on compter ce qui précède l’unité? ».
Le Zohar (3, 70a) souligne encore plus clairement la même idée: « Le Saint béni soit-Il émit dix couronnes supérieures et saintes. Par celles-ci, Il se couronne et en elles Il s’investit. Il s’identifie à elles et elles Lui sont identiques, tout comme la flamme est liée à la mèche, sans la moindre division », laquelle n’est envisageable que de notre point de vue, selon notre perspective, car D.ieu est Un, immuable et éternel, ainsi qu’il est dit (Mala’hi 3,6): « Moi, D.ieu, Je n’ai pas changé ».
Ainsi, les Sefirot ne sont en aucune façon des autorités intermédiaires, mais bien des concepts abstraits, des manifestations divines et rien d’autre. Il est important de s’en souvenir, en particulier lors de la prière. Il convient alors de s’adresser à D.ieu et non à Ses Attributs. Commentant le verset (Devarim 4, 7) « pour tout, nous L’appelons », nos Sages expliquent, en effet: « A Lui et non à Ses Attributs ».
La célèbre affirmation du Maïmonide selon laquelle l’Essence de D.ieu, Son Existence et Sa Connaissance constituent une seule et même unité, qui n’est en aucune façon composée, s’applique, de la même manière, aux Attributs divins et à tous les Noms de D.ieu, qui forment une unité absolue, celle de Son Essence et de Son Existence. Mais, le Maïmonide précise: « Cette idée ne peut être exprimée par les mots, ne peut être captée par l’oreille et elle dépasse l’entendement humain ».
Notre intellect ne peut donc comprendre de quelle manière Dieu et Ses Attributs, les Sefirot, ne font qu’un. Le Zohar définit ce concept comme « le secret de la foi », qui transcende la raison.
Le langage anthropomorphique de la Torah a donc uniquement pour but de faciliter la compréhension des hommes. C’est la raison pour laquelle les Kabbalistes parlent, de manière allégorique, des Sefirot. C’est ainsi que le rayon du soleil est partie intégrante du soleil, avant même d’avoir été émis par lui Dans cette image, le soleil est le luminaire et le rayon, la lumière En effet le rayon, lorsqu’il se trouve dans le soleil, ne peut en être dissocié, de sorte que l’unité entre eux est véritable. De la même manière: les Attributs de D.ieu, Sa Volonté et Sa Sagesse ne sont désignés par ces Noms que par rapport aux créatures.
Cette définition des Sefirot justifie leur création. Etant partie intégrante de l’unité de D.ieu, elles interviennent uniquement au sein de la création. Ainsi, pour mettre en action ces potentiel divins, si l’on peut ainsi s’exprimer. Sa Sagesse Sa Bonté Sa Compassion, Sa Royauté, D.ieu créa l’univers dans lequel peuvent se manifester. De la sorte, II peut avoir des sujets, sur lesquels II exerce Sa Bonté, Sa Compassion, Sa Royauté.
De même, la création permet à D.ieu d’exprimer Son pouvoir et Sa perfection dans l’entité finie au même titre que dans a dimension infinie. C’est de cette manière qu’il est réellement omnipotent.
Tout cela ne signifie pas que la création impose un changement à D.ieu, qu’elle Lui apporte une perfection qu’il ne possédait pas auparavant. Car, Ses Attributs sont immuables, parties de Son Essence et de Son Existence, totalement unifiés à Lui . La création leur apporte seulement la possibilité de se manifester.
Le En Sof est, comme on l’a vu, la perfection véritable; sans aucun défaut et il est dit que « Tu étais le Même avant la création et Tu restes le Même après celle-ci », sans aucune modification ainsi qu’il est dit: « Moi, D.ieu, Je n’ai pas changé ». Il en résulte qu’il n’y a pas de raison réelle de la création. Elle est un effet de la Volonté divine, transcendant la compréhension.
L’ordre des Sefirot
Les Sefirot sont dix sphères, dix groupes et le Sefer Yetsira (1, 4) souligne: « Dix et pas neuf, dix et pas onze ». On les classe dans l’ordre suivant: Kéter, la couronne, ‘Ho’hma, la sagesse, Bina, la compréhension, ‘Hessed, la bonté, la grâce, la bienveillance, Guevoura, le pouvoir, la force, la domination, Tiféret, la beauté, Nétsa’h, l’endurance, la victoire, Hod, la splendeur, la majesté, Yessod, le fondement et Mal’hout, la souveraineté, la royauté.
Parfois, Kéter n’est pas comptée parmi les dix Sefirot, pour des raisons qui seront ultérieurement exposées. ‘Ho’hma est alors la première Sefira et, après Bina, est intercalée Daat, la connaissance.
Les dix Sefirot sont généralement classées en deux catégories que le Tanya (1, 3) appelle « les trois mères et les sept multiples ». Ainsi, les trois premières Sefirot, les « mères », parfois également appelées les « pères », sont les plus importantes, les sept dernières en étant les dérivées.
Si l’on retient ‘Ho’hma comme début des Sefirot, les trois premières sont les attributs de l’intellect, les « cerveaux », Mo’hin et les sept dernières, ceux de l’émotion, Midot. Néanmoins, dans une acceptation plus large, toutes les Sefirot peuvent être appelées Midot.
Les trois premières Sefirot sont également appelées Richonot, premières ou supérieures, alors que les sept autres sont les Ta’htonot, inférieures. Ces dernières se subdivisent, à leur tour, en trois groupes, le premier étant constitué de ‘Hessed, Guevoura et Tiféret, le second de Nétsa’h, Hod et Yessod et le troisième de la seule Sefira de Mal’hout. Les deux premiers groupes forment les six Ketsavot, extrémités.
La Kabballa mentionne plusieurs autres regroupements entre les Séfirot et certains d’entre eux seront définis ultérieurement. Néanmoins, ceux qui viennent d’être définis sont les principaux et les plus courants.
‘Ho’hma, Bina et Daat
Ces trois Sefirot forment un groupe appelé, en acrostiche, ‘Habad. Elles correspondent aux trois facultés intellectuelles de l’homme, qui portent le même nom et sont la sagesse, la compréhension et la connaissance. ‘Ho’hma, le premier attribut, est à l’origine des deux autres.
C’est en ce sens que ‘Ho’hma est appelée Rechit, commencement. Bien plus, même lorsque Kéter est comptée parmi les Sefirot, ‘Ho’hma reste appelée Rechit et il y a alors deux commencements.
‘Ho’hma est la première action créative de D.ieu. En ce sens, comparée à Kéter qui est définie comme Aïn, néant, ‘Ho’hma est Yech, ce qui existe. ‘Ho’hma est l’instrument premier de la création matérielle. Grâce à la médiation de Kéter, le En Sof s’introduit dans ‘Ho’hma et, dès lors, la création peut commencer.
Il est dit (Tehilim 104, 24) que « Tu les fis tous par ‘Ho’hma » et « D.ieu fit reposer la terre sur ‘Ho’hma ». Dans ces deux versets, le mot ‘Ho’hma reçoit deux interprétations, toutes deux significatives dans ce contexte. Selon la première, ‘Ho’hma fut l’instrument de la création, duquel toute chose découle. Cet Attribut est donc immanent, vivifie chaque être, ainsi qu’il est dit (Michlé 7, 12): « ‘Ho’hma donne la vie à celui qui la possède ».
En ce sens, ‘Ho’hma peut être définie comme la substance fondamentale de la création, la première pouvant être définie comme Yech, ce qui existe. Kéter, par contre, porte en elle les éléments de la création seulement de manière potentielle.
La seconde interprétation est la suivante. La création se trouve d’ores et déjà en ‘Ho’hma, qui porte en elle les différentes possibilités se développant par la suite, dans le monde créé. En effet, ‘Ho’hma se décompose en Koa’h Ma, la potentialité de ce qui existe. Définie de cette façon, ‘Ho’hma est la graine de la création, son commencement, sa première révélation.
Néanmoins, ‘Ho’hma est si condensée et concentrée qu’elle ne peut pas être appréhendée, telle qu’elle est en elle-même. Elle est donc un stade d’obscurité, également appelé Mo’ha Setimaa, le cerveau caché.
Parmi les lettres du Tétragramme, celle qui correspond à ‘Ho’hma est le Youd, un simple point, sans aucune dimension, comparé à l’Eden, duquel le Tanya (4, 5) dit: « aucun oeil ne l’a vu ». En conséquence, on ne peut dire que peu de chose de ‘Ho’hma qui, de ce fait, est elle-même appelée Aïn, le néant, bien que, dans sa relation avec Kéter, elle soit effectivement présentée comme Yech, ce qui existe, comme nous l’avons vu.
Bina, la seconde Sefira, tire le potentiel de ‘Ho’hma de sa totale obscurité et lui permet de s’exprimer. Nous le comprendrons en faisant, encore une fois, référence aux facultés de l’intellect. ‘Ho’hma correspond à l’éclair intuitif de l’illumination intellectuelle, à la pensée profonde portant en elle l’idée qui sera développée par la suite. A ce stade, les détails de l’idée ne sont pas différenciés, ni exprimés, mais fortement concentrés dans cet éclair.
Puis, une longue méditation permet de révéler toutes les facettes et toutes les implications de ce concept qui, dès lors, devient pleinement compréhensible. Ainsi, les détails, auparavant cachés, se révèlent et prennent forme dans l’esprit. L’intellect caché peut être compris à l’issue de cette phase de réflexion. C’est alors le stade de Bina.
Bina apporte donc le développement et le décryptage de ‘Ho’hma qui, parvenue à ce stade, se révèle et devient compréhensible. Bina permet de « comprendre un élément à partir d’un autre élément ». C’est le principe de l’induction et de la déduction.
Parmi les lettres du Tétragramme, Bina est représentée par le Hé. A la différence du Youd, un simple point dépourvu de toute dimension, le Hé possède une largeur, une longueur et une hauteur, trois dimensions qui font allusion à l’explication, à la compréhension et à la révélation. C’est pour cela que le Zohar définit la relation entre ‘Ho’hma et Bina en ces termes: « Le point se trouve dans le palais », image qui décrit bien l’union de ces deux phases.
Mais, ‘Ho’hma et Bina, par eux-mêmes, sont abstraits. Ils permettent, certes, de comprendre parfaitement une idée, mais cette compréhension est purement intellectuelle, intérieure, sans incidence externe. C’est, du reste, à l’une et à l’autre que s’appliquent les termes du verset (Devarim 29, 30): « Les choses cachées sont pour l’Eternel notre D.ieu ». De ce point de vue, Kéter, ‘Ho’hma et Bina procèdent toutes trois du Aïn, néant.
Le concept, lorsqu’il est purement intellectuel, ne conduit à aucune conclusion, ne se réalise pas pleinement. Sagesse et compréhension restent potentielles, sans application effective. En effet, un désir doit se faire jour pour que cette application soit possible, comme le souligne, en particulier, le Guide des égarés.
De plus, ‘Ho’hma et Bina restent deux facultés différentes, l’éclair intuitif et le développement intellectuel, le potentiel de compréhension et le pouvoir d’induire ou de déduire. Comment, en revanche, les relier? Comment extérioriser et formaliser le « point » pour l’introduire dans le « palais »?
Ces deux stades, l’union de ‘Ho’hma et de Bina, d’une part, l’application effective du concept perçu, d’autre part, sont introduits par la faculté de Daat. De fait, il faut, en conséquence, distinguer deux parties de Daat, son plan supérieur, Daat Elyon et son plan inférieur, Daat Ta’hton.
Au sens étymologique, Daat signifie attachement, union. Daat est donc le principe unificateur qui réalise la jonction entre ‘Ho’hma et Bina. Plus précisément, cette jonction est obtenue grâce à Daat Elyon, qui transcende ‘Ho’hma et Bina, étant un stade dérivé de Kéter, qui souhaite l’union de ‘Ho’hma et de Bina, qui la recherche et qui possède donc les moyens de la réaliser.
Mais, cette union n’est pas une fin en soi. Elle doit permettre à ‘Ho’hma de se révéler en Bina, afin de prendre une expression concrète. Ainsi, le traité Bera’hot 17a dit: « La finalité de ‘Ho’hma est le repentir et les bonnes actions ». Le traité Kiddouchin 40b précise: « L’étude est plus importante, car elle conduit à l’action ». Et le Zohar (1, 266a) ajoute: « Il n’est pas d’action sans ‘Ho’hma ».
Posséder la sagesse et la compréhension, en effet, ne signifie pas que l’on en fera concrètement bon usage. Ainsi, dit le traité Bera’hot 63a, un voleur, avant d’aller commettre un larcin, pourra demander à D.ieu de lui venir en aide. En effet, sa foi en D.ieu, sa conviction qu’Il peut l’aider, sont autant de connaissances qu’il possède sans pour autant en tirer la conclusion qui s’impose, la condamnation du vol.
On ne peut se contenter d’une perception intellectuelle de ce qui est sage. Il faut, en outre, la ressentir profondément, en pénétrer les attributs de l’émotion pour qu’ils ajustent le comportement à cette compréhension, pour qu’ils recherchent ce que la sagesse définit comme bon et rejettent ce qu’elle condamne.
La concentration profonde et l’attachement au message que ‘Ho’hma transmet à Bina est le sentiment intense qui découle de Daat Ta’hton. Cette faculté a pour effet de susciter une union profonde entre l’intellect et l’émotion, qu’elle génère, forme et dirige. La conclusion logique reçoit alors une application concrète. En ce sens, Daat Ta’hton fait suite à ‘Ho’hma et Bina et le traité Avot (3, 17) dit, à ce propos: « Sans Bina, il n’y a pas de Daat ». En effet, ‘Ho’hma et Bina sont, par nature, cachées. Seule Daat peut donc leur servir de révélateur.
Dans la terminologie métaphorique de la Kabballa, ‘Ho’hma est appelée Abba, le père et Bina, Ima, la mère. Ainsi, la graine d’Abba est implantée en Ima, qui la développe, l’exprime et lui donne sa forme définitive.
Daat est Ben, le fils, fruit de l’union de ‘Ho’hma et Bina. En Daat, le concept originel a mûri et, dès lors, il porte en lui les Midot, les potentiels émotifs, attributs des Sefirot suivantes. Ainsi, les Midot sont elles-mêmes les enfants de ‘Ho’hma et Bina. Plus précisément, Tiféret est le « fils » et Mal’hout, la « fille », comme on le montrera. Les Midot expriment et révèlent les dispositions qui prennent leur source dans l’intellect, lesquelles deviennent alors ‘Hessed, Guevoura, Tiféret, Nétsa’h, Hod, Yessod et Mal’hout.
Lorsque Daat est à l’origine des Midot, elle ne peut être comptée comme une Sefira indépendante. Elle doit donc être remplacée par Kéter, dès lors qu’elle ne possède plus de définition propre.
Ainsi, la caractérisation des Sefirot peut être obtenue par référence aux forces de l’âme. Kéter, volonté transcendante, conduit à ‘Ho’hma, éclair intellectuel et intuitif, qui, par l’intermédiaire de Daat Elyon, s’unit à Bina, la faculté de comprendre et d’analyser. Le fruit de cette union, grâce à Daat Ta’hton, est à l’origine des Midot. Néanmoins, il y a bien là, chez l’homme, un processus temporel et progressif qui, à l’évidence, n’a pas son équivalent dans la révélation divine.
Comme le souligne Rabbi Ichaya Horovitz, précédemment cité, l’analogie atteint ici sa limite, pour deux raisons. D’une part, D.ieu n’est pas soumis à la dimension du temps. Ces stades sont donc simultanés et Sa Volonté, dès lors qu’elle se manifeste, est satisfaite.
La chronologie, dans ce processus, n’est nullement temporelle, mais purement liée à la dimension qualitative. De plus, il convient de distinguer, chez l’homme, sa sagesse et la réalisation de sa volonté, malgré le lien qui existe entre ces deux éléments. Chez D.ieu, en revanche, elles constituent une seule et même unité et sont indissociables.