Plus de trente ans après l’attentat meurtrier commis sur le pont de Brooklyn, où le jeune Ari Halberstam הי’ד trouva la mort, le département américain de la Justice le reconnaît officiellement dans une lettre historique. L’administration admet que l’agression aurait dû être instruite et qualifiée, dès le premier jour, de crime de haine fédéral et de violation caractérisée des droits civiques. Ce revirement met un terme à des décennies de combat mené sans relâche par la mère de la victime.
Une reconnaissance officielle après trois décennies
La boucle est enfin bouclée. Plus de trois décennies après que du sang innocent eut été versé sur le pont de Brooklyn, le département de la Justice des États-Unis reconnaît officiellement que l’assassinat abject du jeune Ari Halberstam הי’ד, survenu en 5754 (1994), constituait sans ambiguïté un crime de haine fédéral. Cette reconnaissance vient couronner des dizaines d’années d’un combat acharné mené par sa mère, Devora Halberstam תחי’, qui n’a connu ni repos ni répit jusqu’à ce que l’administration fédérale admît enfin cette amère vérité.
Le drame du pont de Brooklyn
L’événement tragique, à jamais gravé dans la mémoire du monde Habad, se produisit alors que le jeune Ari הי’ד, âgé d’à peine seize ans, regagnait son domicile au retour de l’hôpital, en compagnie d’un groupe de Temimim de la Yechiva qui s’étaient rendus auprès du Rabbi. Un chauffeur de taxi d’origine libanaise, Rashid Baz, prit en filature le véhicule où avaient pris place les jeunes gens et ouvrit sur eux un feu meurtrier en plein cœur du pont de Brooklyn. Grièvement atteint, Ari rendit peu après son âme à son Créateur, dans un authentique Kiddouch Hachem.
Un refus prolongé de qualifier l’attentat
Bien que le terroriste eût été appréhendé puis condamné à cent quarante et un ans de réclusion, peine qu’il purgeait encore lors de son décès en détention, voici environ trois ans, les autorités américaines refusèrent durant des années de reconnaître l’agression comme un acte de terrorisme ou comme un crime de haine antisémite, la réduisant à un simple fait divers criminel de portée locale.
Le combat d’une mère
Depuis ces jours effroyables, Devora Halberstam s’est assigné une véritable mission de vie : perpétuer la mémoire de son fils, combattre l’antisémitisme et réclamer justice, sur les plans juridique comme moral, jusqu’aux plus hauts échelons de l’administration. C’est dans cet esprit qu’elle a fondé le Musée juif des enfants, le Jewish Children’s Museum, dans le quartier de Crown Heights, avant de devenir une figure de référence dans la formation des forces de l’ordre américaines à la lutte contre le terrorisme.
Une lettre qui referme le cercle
C’est ainsi que la boucle s’est refermée lorsqu’elle reçut une lettre officielle du procureur fédéral sortant, Jay Clayton, rédigée quelques jours seulement avant sa nomination à la tête du Renseignement national. « Il ne fait aucun doute que si le meurtre de votre fils, Ari Halberstam, s’était produit aujourd’hui, nous l’aurions instruit et aurions traduit son auteur en justice au titre d’un crime de haine fédéral », écrivait-il. Le magistrat précisait avoir longuement évoqué la question avec son successeur, Jamie McDonald, et soulignait que tous deux partageaient pleinement cette position. Ces déclarations faisaient suite à une rencontre personnelle que la mère d’Ari avait eue avec le procureur fédéral, au sein même du Musée juif des enfants, à Brooklyn.

Pont de Brooklyn, 1994 : l’attentat antisémite qui emporta le jeune Ari Halberstam
Le 1er mars 1994, sur la rampe d’accès du pont de Brooklyn, un homme ouvrit le feu sur une camionnette transportant quinze étudiants juifs orthodoxes du mouvement Habad-Loubavitch. L’attaque coûta la vie à Ari Halberstam, âgé de seize ans, et fit trois autres blessés. D’abord tenue pour un accès de fureur au volant, elle ne fut requalifiée en attentat terroriste que six ans plus tard.
Le déroulement de l’attaque
Le 1er mars 1994, Rashid Baz, né au Liban, prit pour cible une camionnette à bord de laquelle quinze étudiants juifs orthodoxes du mouvement Habad-Loubavitch traversaient le pont de Brooklyn, à New York. Il arrosa le véhicule au moyen d’un pistolet mitrailleur Cobray MAC-11, puis fit feu sur les jeunes gens avec un pistolet semi-automatique Glock 17 de 9 mm. Un fusil à pompe Armsel Striker de calibre 12 se trouvait en outre dans son coffre.
Quatre étudiants furent atteints. Les deux plus grièvement touchés étaient Ari Halberstam, seize ans, qui succomba cinq jours plus tard à une blessure à la tête, et Na’houm Sasonkin, né en Israël, lui aussi blessé à la tête et qui conserva de graves et définitifs troubles de l’élocution.
De la rage au volant à l’attentat
Amir Abudaif, un mécanicien automobile, alerta la police. Lors de son arrestation, Baz fut trouvé en possession de littérature antijuive, d’un pistolet semi-automatique de calibre .380, d’un pistolet paralysant, d’un gilet pare-balles et de deux chargeurs de cinquante balles. Il affirma d’abord qu’une altercation routière l’avait poussé à agir, et le Federal Bureau of Investigation classa dans un premier temps l’affaire comme un simple accès de fureur au volant. Des témoins rapportèrent pourtant que, le jour même de la fusillade, Baz avait assisté à un violent sermon antisémite à la Société islamique de Bay Ridge. Ce n’est qu’en novembre 2000 que l’attaque fut officiellement requalifiée en attentat terroriste.
Le procès et la condamnation
Baz plaida non coupable pour cause de démence. Sa défense avança par ailleurs la thèse d’une réaction aux événements du Proche-Orient, et notamment à l’attaque perpétrée moins d’une semaine plus tôt contre le Caveau des Patriarches, à ‘Hévron, par un colon israélien extrémiste. Le jury écarta l’une et l’autre de ces défenses. Le 1er décembre 1994, Baz fut reconnu coupable de meurtre au deuxième degré et de quatorze chefs supplémentaires de tentative de meurtre par la Cour suprême de l’État de New York. Il fut condamné à une peine allant de cent quarante et un ans de réclusion à la perpétuité.
Ari Halberstam, la victime
Ari Halberstam, étudiant de Yéchiva, était le fils de Devora et David Halberstam, issus de familles éminentes liées au mouvement Habad-Loubavitch. Il fut élevé sous la supervision personnelle du septième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson. La famille Halberstam entretenait des liens étroits avec le Rabbi, le père d’Ari, le Rav ‘Hessed Halberstam (1951-2025), l’ayant servi en qualité de majordome et d’intendant personnel. Elle descend du Rav ‘Haïm Halberstam, fondateur de la dynastie hassidique de Sanz.
Les circonstances du drame
Le 1er mars 1994, Ari Halberstam était venu rendre visite au Rabbi souffrant, hospitalisé au Manhattan Eye, Ear and Throat Hospital, et regagnait son domicile de Brooklyn par le pont. Sur la rampe d’accès, Rashid Baz ouvrit le feu sur la camionnette, qui transportait plus d’une douzaine d’étudiants hassidiques. Armé d’un pistolet mitrailleur, de deux armes de 9 mm et d’un fusil à pompe surnommé « street sweeper », il poursuivit le véhicule à travers le pont en tirant trois rafales distinctes, criblant les deux flancs de la camionnette avant de se fondre dans la circulation. Pendant sa course meurtrière, l’assaillant aurait crié en arabe « Tuez les Juifs », clamant sa volonté de venger le massacre de vingt-neuf fidèles musulmans commis quatre jours plus tôt au Caveau des Patriarches de ‘Hévron par Baroukh Goldstein. L’attaque blessa grièvement deux des jeunes gens et en atteignit deux autres.
Transporté d’urgence à l’hôpital St. Vincent, Halberstam, le plus gravement touché, avait reçu une balle dans la tête. Victime de lésions cérébrales massives, il s’éteignit le 6 mars, cinq jours après la fusillade.
Des funérailles suivies par des milliers de personnes
Le cortège funèbre s’ébranla sur Eastern Parkway, devant la synagogue centrale de Loubavitch, au 770 Eastern Parkway, en présence de quelque dix mille personnes venues rendre un dernier hommage. Plus de deux cent cinquante policiers avaient été déployés pour assurer la sécurité. Ari Halberstam fut inhumé au cimetière de Montefiore, dans le Queens.
D’après l’article « 1994 Brooklyn Bridge shooting » de Wikipédia.
















