Enfant d’émissaires au Brésil, Miki Halperine a grandi dans l’isolement, entre insécurité et brimades, avec un seul rêve : rejoindre le Rabbi à New York. Arrivé à Crown Heights à 14 ans, il découvre avec amertume que la solitude l’a suivi jusque-là. Jusqu’au soir où, au milieu de la foule, le Rabbi a posé son regard sur lui et a tout changé.
Une enfance au Brésil marquée par la solitude et l’adversité
Mon nom est Miki Halperine. Je suis né au Brésil, où le Rabbi a envoyé mes parents il y a plus de soixante ans. Ils furent les premiers Chlouhim et sont aujourd’hui les émissaires principaux du Brésil. São Paulo, la ville où j’ai grandi, compte plus de vingt millions d’habitants. C’est le centre du commerce, mais aussi une ville gangrenée par la criminalité.
Nous ne pouvions pas circuler librement dans les rues à cause des risques de vols et d’enlèvements. De plus, l’un de nos voisins était profondément antisémite ; son fils, bien plus grand que nous, prenait plaisir à nous frapper. Le seul endroit où nous pouvions jouer était à l’intérieur de l’immeuble. À l’époque, nous fréquentions l’école de la communauté Satmar qui, en ce temps-là, était en conflit ouvert avec Habad. Nous étions les seuls enfants Habad et nous subissions des brimades constantes : pour eux, puisque notre famille adressait la parole à des Juifs non pratiquants, nous étions considérés comme des « Goyim ». Mon enfance a été terriblement difficile, tant sur le plan social que sécuritaire et émotionnel.
Le départ vers New York : entre espoir immense et cruelle désillusion
Ce qui nous faisait tenir, c’est que nos parents nous promettaient qu’après notre Bar Mitsva, nous irions étudier auprès du Rabbi à New York, où nous nous sentirions enfin à notre place. J’ai attendu ce moment avec une impatience dévorante. À quatorze ans, je suis enfin parti. J’étais tellement excité que je n’en dormais plus les nuits précédant le départ.
Mais une fois arrivé, le rêve s’est brisé. À l’école Habad près du Rabbi, les autres enfants me traitaient comme un étranger bizarre. Je ne parlais pas la langue et je n’avais aucune compétence sociale, car je n’avais jamais vraiment eu d’amis au Brésil. C’était un sentiment terrible. En y repensant aujourd’hui, quarante ans plus tard, j’en ai encore les larmes aux yeux. Je pensais être arrivé au paradis, mais tout s’est effondré.
À cette époque, il n’y avait plus d’audiences privées (Ye’hidout) et la distribution de dollars n’avait pas encore commencé. Je ne pouvais pas parler au Rabbi. J’avais l’impression qu’il ne savait même pas que j’existais. Je me demandais comment l’homme qui était censé m’aimer le plus au monde pouvait me laisser traverser une telle épreuve sans le moindre signe de reconnaissance. Je courais à toutes les prières, à tous les Farbrenguen, et j’essayais de communiquer avec lui par la pensée. Je le regardais et je lui disais en silence : « Rabbi, s’il te plaît, donne-moi un signe que tu sais que je suis là, un signe que tu comprends ma douleur. »
Le miracle de la bénédiction de la lune
Environ deux semaines après mon arrivée, c’était le moment de la sanctification de la lune (Kiddouch Levana). Le Rabbi sortait dehors. La foule était dense, les secrétaires étaient collés à lui, et il était quasiment impossible de s’approcher. Moi, l’adolescent de quatorze ans, je me tenais loin derrière.
Le Rabbi a prononcé « Chalom Ale’hem » une première fois vers sa droite, une deuxième fois vers sa gauche, puis il a pivoté de cent quatre-vingts degrés vers l’arrière. Il n’a pas adressé la troisième salutation à ceux qui l’entouraient de près. Ses yeux cherchaient quelqu’un. La foule des Hassidim s’est littéralement ouverte, rangée après rangée, créant un couloir. Tout au bout se tenait un jeune garçon au cœur brisé : moi. Le Rabbi m’a regardé intensément dans les yeux et m’a dit : « Chalom Ale’hem. »
Une force pour toute la vie
Je me suis demandé : « Qu’est-ce qui vient de se passer ? Le Rabbi m’a entendu ? » Parmi tous ces grands Hassidim, il m’avait cherché, moi, un petit garçon de quatorze ans. Cela m’a donné une force incroyable. J’ai senti que quelqu’un se souciait de moi et m’écoutait. Les autres garçons m’ont alors soulevé sur leurs épaules et ont commencé à danser avec moi.
Le mois suivant, la même scène s’est reproduite. Le Rabbi s’est de nouveau retourné vers l’arrière, la foule s’est ouverte, et il a attendu de me trouver pour me dire son troisième « Chalom Ale’hem ». À la troisième reprise, les autres élèves m’ont dit de venir me tenir plus près afin de ne pas faire perdre de temps au Rabbi. Pendant toute cette année, chaque mois, le Rabbi m’a ainsi « soulevé » jusqu’à ce que j’apprenne à m’adapter et à tisser des liens avec les autres.
Aujourd’hui, ceux qui me connaissent voient en moi un homme très fort, et ils ont du mal à croire que j’ai été cet enfant vulnérable. Cette expérience a transformé ma vie. Le Rabbi m’a enseigné que nous portons en nous la force de nous élever et de nous transformer. Savoir que le Rabbi m’entendait et me comprenait m’a donné des forces pour toute ma vie, jusqu’à ce jour.
















