Le Rav Jonathan Megyeri de l’association EMIH dirigée par Habad dévoile comment la communauté juive hongroise renaît de ses cendres après un siècle d’atrocités. De près d’un million de membres au début du 20e siècle à 100 000 aujourd’hui, cette résurrection témoigne d’une résilience exceptionnelle face aux pires traumatismes de l’histoire.
Dans un témoignage poignant sur i24 en anglais, le Rav Jonathan Megyeri de l’EMIH retrace l’histoire tragique et la renaissance miraculeuse de la communauté juive hongroise. De l’âge d’or budapestois aux déportations nazies, du régime communiste à la revitalisation actuelle, cette communauté incarne la force de la transmission face à l’adversité.
L’âge d’or budapestois : quand un million de Juifs faisaient vibrer la Hongrie
« Au tournant du 20e siècle, nous étions près d’un million », rappelle le Rav Megyeri en évoquant cette période faste. La communauté juive hongroise comptait alors parmi les plus prospères d’Europe, incluant des champions olympiques, médecins, journalistes et dirigeants sionistes.
Cette prospérité trouve ses racines dans l’émancipation juive de 1867, qui accordait aux Juifs hongrois la pleine citoyenneté. Budapest devient le symbole de cette réussite. En 1910, un habitant sur quatre de la capitale était juif. La communauté forme l’épine dorsale de la ville, avec pour figure emblématique Theodor Herzl, père du sionisme moderne, qui grandit au cœur de Budapest près de la synagogue de la rue Dohány.
Cette synagogue, aujourd’hui la troisième plus grande au monde en activité et la plus vaste d’Europe, attire des centaines de visiteurs quotidiens. « C’est véritablement un spectacle à contempler », souligne le Rav Megyeri. « Construite il y a près de 200 ans, elle témoigne de la grandeur architecturale de notre communauté. »
« Les Juifs hongrois se sentaient profondément hongrois », explique-t-il. « Contrairement à d’autres pays d’Europe de l’Est comme la Pologne, notre langue vernaculaire était le hongrois. Il y avait une vie juive florissante. »
L’étau nazi : de l’intégration à l’extermination
Mais les vents de l’antisémitisme soufflent de plus en plus fort sur l’Europe. Après la Première Guerre mondiale, la Hongrie perd les deux tiers de son territoire, alimentant instabilité politique et recherche de boucs émissaires.
« Après l’émancipation, les Juifs sont devenus relativement rapidement, relativement prospères, et cela a évidemment engendré une certaine haine envers les Juifs, qui était l’esprit du temps à cette époque », analyse le Rav Megyeri.
Bien que n’entrant pas immédiatement dans la Seconde Guerre mondiale, la Hongrie de Miklós Horthy s’allie étroitement à l’Allemagne nazie. Entre 1938 et 1942, quatre lois antisémites successives étranglent la communauté. La première limite à 20% la participation juive dans les professions libérales. La deuxième définit racialement l’identité juive. La troisième interdit les mariages mixtes. La quatrième bannit l’acquisition foncière.
L’invasion nazie de 1944 signe l’apocalypse. Des centaines de milliers de Juifs sont déportés vers Auschwitz et Bergen-Belsen. L’installation artistique « Les Chaussures sur le Danube » rappelle le sort atroce de ceux contraints de se déshabiller avant d’être noyés dans le fleuve.
« Bien qu’impliqués dans la guerre pendant seulement une année, environ 500 000 Juifs hongrois ont été tués dans la Shoah », témoigne le Rav Megyeri avec émotion. La population passe de près d’un million d’âmes à 140 000 survivants.
La collaboration forcée sous le communisme
Les rescapés peinent à reconnaître leur pays. Des milliers fuient vers les États-Unis, l’Australie ou Israël. L’arrivée des communistes et la révolution de 1956 provoquent de nouveaux exils massifs.
« Ceux qui sont restés étaient soit des Juifs religieux observants, soit ceux qui ne pouvaient partir – parents malades, trop de biens à abandonner -, soit des communistes convaincus, soit des personnes dont l’identité juive n’était pas assez forte pour justifier un départ », détaille le Rav Megyeri.
Le régime socialiste exploite cette communauté affaiblie. « Les dirigeants communautaires devaient être approuvés par le gouvernement socialiste. Ceux qui se révélaient pro-israéliens, sionistes – ce qui était presque un gros mot – étaient écartés de toute position de pouvoir. »
Cette période laisse des cicatrices profondes. « De nombreux Rabbanim néologues sont devenus des collaborateurs », confie le Rav Megyeri. La synagogue d’Óbuda, l’une des plus anciennes de Hongrie, est transformée en studio télévisuel national. Il faut attendre 2010 pour que l’EMIH la rachète et la restaure.
« Nous l’avons restaurée telle qu’elle était grâce aux photos d’archives que nous avons trouvées – les peintures, l’Aron Kodesh, toute la synagogue dans son ensemble », explique fièrement un responsable de l’EMIH.
La renaissance Habad : quand l’esprit triomphe du nombre
Comment une communauté ayant perdu 90% de ses membres parvient-elle à renaître ? L’EMIH, dirigée par Habad, illustre cette capacité de résurrection. La synagogue Kazinczy, près du Parlement, symbolise cette renaissance. Ancienne salle à manger parlementaire, elle est devenue une synagogue moderne avec restaurant, salles de classe, mikvah et espaces pour enfants.
« C’est une communauté très dynamique. Beaucoup de jeunes viennent ici. De nombreux Israéliens du quartier s’y rendent », témoigne un fidèle.
Cette renaissance s’épanouit dans un contexte européen difficile, marqué par une recrudescence de l’antisémitisme. « Les gouvernements occidentaux ne savent pas gérer le problème ou hésitent à affronter le fait qu’ils ont laissé entrer un grand nombre d’immigrants non contrôlés », observe le Rav Megyeri. « Et oui, c’est effectivement terrifiant. »
Paradoxalement, la Hongrie de Viktor Orbán offre un cadre protecteur : interdiction des manifestations pro-palestiniennes, lois anti-immigration strictes qui font du judaïsme la deuxième religion du pays.
Le quartier juif de Budapest incarne cette renaissance. Ancien ghetto de la Shoah, il est devenu l’un des quartiers les plus prisés, parsemé de bars, restaurants casher et inscriptions hébraïques.
« Il nous reste encore un long chemin avant d’atteindre les niveaux d’avant-guerre en termes numériques », reconnaît le Rav Megyeri. « Mais en termes d’esprit, nous restons aussi forts que jamais. »
Cette renaissance portée par l’EMIH et Habad démontre que la mémoire et la transmission peuvent triompher des pires épreuves. Dans les synagogues restaurées de Budapest résonne aujourd’hui l’écho d’un passé retrouvé et l’espoir d’un avenir perpétué.
















