Un moment poignant a marqué la Journée du Souvenir, lorsque l’ambassadeur d’Israël en Italie, Jonathan Peled, a renoué avec une tradition abandonnée depuis cinq décennies. Cette rencontre symbolique entre diplomatie et spiritualité s’est déroulée sous la guidance du Rav Menahem Mendel Lazar, émissaire ‘Habad à Rome dont l’engagement auprès de la communauté juive italienne s’inscrit dans une tradition familiale de dévouement. Le geste, simple mais profond, illustre comment les moments de crise peuvent raviver des connexions spirituelles oubliées et l’importance des émissaires dans le maintien de l’identité juive à travers le monde.

 

À l’issue d’une réunion particulièrement émouvante avec des familles d’otages lors de la Journée du Souvenir, un événement inattendu s’est produit à Rome. Le Rav Menahem Lazar, émissaire du mouvement ‘Habad dans la capitale italienne, a proposé à l’ambassadeur d’Israël en Italie, Jonathan « Yoni » Peled, de mettre les Tefilines. Ce geste, apparemment spontané, a pris une dimension particulière lorsque l’ambassadeur a révélé qu’il n’avait pas accompli ce rituel depuis sa bar-mitsvah, il y a plus de 50 ans.

« Après avoir écouté les témoignages déchirants des familles, j’ai ressenti le besoin de me reconnecter à quelque chose de plus profond », a confié l’ambassadeur Peled. « Quand le Rav Lazar m’a proposé de mettre les Tefilines, j’ai compris que c’était le moment de renouer avec cette tradition. »

Le contexte de cette rencontre était particulièrement chargé émotionnellement. La Journée du Souvenir en Israël est déjà un moment de recueillement intense, mais cette année, avec la situation des otages, l’atmosphère était encore plus lourde. « Nous avions passé des heures à écouter les familles parler de leurs proches captifs, de leur angoisse quotidienne », explique le Rav Lazar. « Proposer les Tefilines à ce moment précis me semblait être une façon d’apporter une lumière spirituelle dans ces ténèbres. »
des racines familiales ancrées dans la mission ‘Habad

Le Rav Menahem Mendel Lazar, protagoniste de cette rencontre significative, est né dans une famille profondément impliquée dans l’œuvre des émissaires du mouvement ‘Habad-Loubavitch. Son père, le Rav Moshe Lazar, compte parmi les principaux émissaires de Milan, ayant consacré sa vie à renforcer la présence juive dans cette métropole italienne.

Cette tradition familiale de service communautaire s’étend au-delà de l’Italie. Son frère, le Rav Berel Lazar, occupe la fonction prestigieuse de Grand Rabbin de Russie et d’émissaire principal dans ce vaste pays. Cette fratrie illustre l’étendue de l’influence ‘Habad à travers l’Europe et l’importance des liens familiaux dans la perpétuation de cette mission.

En 2007- 5767, Menahem Mendel Lazar a épousé Rivka Deren, fille du Rav Yossef Its’hak Deren, consolidant ainsi les liens entre familles d’émissaires dévoués à la cause du judaïsme mondial. Ce mariage, comme souvent dans la communauté ‘Habad, représente non seulement l’union de deux personnes, mais aussi celle de deux familles partageant le même engagement envers la mission confiée par le Rabbi de Loubavitch.

L’établissement d’une présence ‘Habad significative à Rome

C’est pendant la fête de Hanoukka de l’année 2009 (5769) que le Rav Menahem Mendel et son épouse Rivka se sont installés à Rome pour y commencer leur mission, sous la direction du Rav Its’hak Hazan, émissaire principal de la ville. Dès le début, le couple s’est investi avec détermination pour développer les activités du mouvement dans la capitale italienne.

Un tournant majeur dans leur mission est survenu en 2017 (5777), lorsque le Rav Lazar a obtenu un grand bâtiment pour établir le Beth ‘Habad qu’il dirige. Ce centre communautaire est rapidement devenu un lieu multifonctionnel au service de la communauté juive romaine. « Notre vision était de créer un espace où chaque juif puisse trouver réponse à ses besoins, qu’ils soient spirituels, pratiques ou communautaires », explique le Rav Lazar.

Dans ce bâtiment, il a mis en place de nombreux services essentiels : un fonds de bienfaisance (guemilout ‘hassadim), un poste de vérification pour Tefilines et mezouzot, une vaste bibliothèque, une salle pour les repas du Shabbat, et des points d’information pour les touristes juifs. Cette diversité de services reflète la philosophie ‘Habad d’accompagner chaque juif dans tous les aspects de sa vie.

La même année, le Rav Lazar a inauguré un mikvé (bain rituel) financé par la famille Pedlon, représentant un investissement de 500 000 dollars. Cette infrastructure essentielle pour la pratique de la pureté familiale a été spécialement conçue pour répondre aux besoins de la communauté juive locale. « Le mikvé est au cœur de la continuité juive », souligne le Rav Lazar. « Son établissement à Rome représente bien plus qu’une simple installation – c’est un pilier de la vie juive authentique. »

Un retour aux racines après cinquante ans

L’ambassadeur Jonathan Peled a expliqué que la dernière fois qu’il avait mis les Tefilines remontait à sa bar-mitsvah, il y a plus de cinq décennies. « C’est comme si j’avais retrouvé une partie de moi-même que j’avais laissée de côté pendant toute ma carrière diplomatique », a-t-il partagé après la cérémonie.

The ambassador | Ministry of Foreign AffairsNé à Jérusalem en 1961, Peled a grandi au kibboutz Neot Mordechai dans la région de la Haute Galilée, une zone récemment ciblée par des attaques terroristes du Hamas. Ce diplomate de carrière est loin d’être un novice dans le monde diplomatique : avant son affectation à Rome, où il a succédé à l’ambassadeur Alon Bar, Peled a représenté Israël en Australie, au Mexique et au Salvador. Il a également occupé les fonctions de porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères et de l’ambassade d’Israël à Washington D.C.

Ce retour aux traditions juives pour un diplomate de haut rang n’est pas anodin. Il illustre comment, dans les moments de crise nationale, beaucoup ressentent le besoin de se reconnecter à leurs racines spirituelles. Le Rav Lazar, qui œuvre à Rome depuis de nombreuses années, observe régulièrement ce phénomène. « Même les Israéliens les plus éloignés des pratiques religieuses ressentent parfois ce besoin de connexion, particulièrement dans les moments difficiles que traverse notre peuple », explique-t-il.

La mise des Tefilines, rituel quotidien pour les juifs pratiquants, symbolise la connexion entre l’esprit et le corps, entre les pensées et les actions. « C’est un acte qui nous rappelle notre alliance avec le divin, qui nous recentre sur l’essentiel », précise le Rav Lazar. « Pour beaucoup, c’est aussi une façon de se sentir connecté à la chaîne des générations, à tous ceux qui ont accompli ce même geste avant nous. »

Une mission diversifiée au service de tous les juifs

La mission du Rav Lazar à Rome se distingue par sa diversité et son étendue. Il s’est particulièrement investi dans les activités destinées à la jeunesse juive de la ville, conscient que l’avenir de la communauté repose sur les nouvelles générations. « Travailler avec les jeunes, c’est planter les graines qui fleuriront demain », partage-t-il souvent lors de ses interventions.

Dans cette optique, il a également fondé une antenne de ‘Habad sur le campus universitaire de Rome, créant ainsi un espace accueillant pour les étudiants juifs. Ce centre leur permet de maintenir un lien avec leur identité et leurs traditions tout en poursuivant leurs études supérieures. « À l’université, les jeunes sont confrontés à de nombreux défis identitaires », observe le Rav Lazar. « Notre présence leur offre un ancrage, un lieu où ils peuvent explorer leur judaïsme dans un contexte contemporain. »

Aujourd’hui, le Rav Lazar sert comme émissaire dans le quartier « Piazza Bologna » de Rome, une zone où réside une importante concentration de juifs originaires de Tripoli, en Libye. Cette communauté, avec son histoire et ses traditions spécifiques, bénéficie de l’attention particulière du Rav, qui s’efforce d’intégrer leur héritage culturel dans la vie juive contemporaine de Rome.

Parallèlement à son engagement auprès de la communauté locale, le Rav Lazar remplit également le rôle d’émissaire pour les nombreux touristes juifs qui visitent Rome. « Notre porte est toujours ouverte aux voyageurs », affirme-t-il. « Qu’ils aient besoin d’un repas casher, d’un lieu pour prier, ou simplement d’une conversation chaleureuse dans un environnement juif familier, nous sommes là pour eux. »

Le rôle des émissaires de ‘Habad dans le monde

Cette rencontre met également en lumière le travail des émissaires du mouvement ‘Habad à travers le monde. Présents dans plus de 100 pays, ces Rabbanim et leurs familles se dévouent pour maintenir une présence juive et offrir des services religieux aux communautés locales ainsi qu’aux voyageurs.

À Rome, le Rav Lazar est une figure bien connue, tant de la communauté juive locale que des nombreux Israéliens de passage, qu’ils soient touristes ou diplomates. « Notre mission est d’être là pour chaque juif, peu importe son niveau de pratique ou sa position sociale », explique-t-il. « De l’étudiant backpacker à l’ambassadeur, nous sommes là pour offrir un moment de judaïsme, un repas casher, ou simplement une oreille attentive. »

Les émissaires de ‘Habad sont souvent les premiers à répondre présents lors des crises qui touchent les communautés juives à l’étranger. En temps de guerre ou de catastrophe naturelle, ils servent de pont entre Israël et la diaspora, organisant soutien matériel et spirituel.

« Notre présence dans des dizaines de pays nous permet d’être des ambassadeurs informels du judaïsme », poursuit le Rav Lazar. « Nous créons des espaces où les juifs peuvent se sentir chez eux, même loin de chez eux. »

La diplomatie et la spiritualité en temps de crise

La scène inhabituelle d’un ambassadeur mettant les Tefilines après une réunion officielle soulève des questions sur les relations entre diplomatie et spiritualité, particulièrement en temps de crise. Jonathan Peled, dont la carrière diplomatique s’étend sur plusieurs décennies, a reconnu que ce moment représentait pour lui une forme de réconciliation entre ses fonctions officielles et ses racines personnelles.

Sa nomination à Rome n’a d’ailleurs pas été sans rebondissements. Initialement destiné à devenir ambassadeur à Budapest, Peled a finalement été nommé en Italie après un imbroglio diplomatique. Selon la presse israélienne, Benny Kashriel, ancien maire de Maale Adumim (l’une des plus grandes colonies israéliennes de Cisjordanie comptant plus de 40 000 habitants), avait d’abord été proposé pour le poste à Rome par le gouvernement de Jérusalem, mais aurait dû renoncer face à l’opposition du président italien Sergio Mattarella. Diplômé en sciences politiques et économiques de l’Université de Tel-Aviv, Peled a déjà fait ses preuves dans la gestion de crises diplomatiques sensibles, notamment lors de son mandat à Mexico City en 2017.

« En tant que diplomates, nous représentons l’État d’Israël dans sa dimension politique et géostratégique », explique Peled. « Mais dans ces moments de crise profonde, nous ressentons aussi le besoin de puiser dans nos traditions pour trouver de la force. »

Cette dualité est particulièrement présente pour les diplomates israéliens qui, au-delà de représenter un État, portent souvent l’héritage de millénaires d’histoire juive. « Dans ma fonction, je dois parler à des interlocuteurs de toutes confessions, expliquer des situations complexes, défendre des positions parfois difficiles », poursuit l’ambassadeur. « Retrouver ce geste ancestral m’a rappelé pourquoi tout cela est important. »

L’impact du Rav Menahem Mendel Lazar à Rome va bien au-delà des services religieux traditionnels. Par sa présence constante et son approche bienveillante, il est devenu une figure respectée tant au sein de la communauté juive que dans le paysage interreligieux romain. Des événements comme celui-ci, avec l’ambassadeur d’Israël lors de la Journée du Souvenir, illustrent sa capacité à créer des ponts entre le monde diplomatique et la spiritualité juive.

« Notre travail d’émissaire ne connaît pas de frontières », conclut le Rav Lazar. « Que ce soit auprès d’un étudiant découvrant ses racines, d’un touriste de passage ou d’un diplomate représentant Israël, notre message reste le même : chaque acte de judaïsme illumine non seulement l’individu qui l’accomplit, mais aussi le monde entier. »

Cette rencontre entre l’émissaire Habad et le diplomate, au carrefour des mondes séculier et spirituel, illustre comment les moments de crise nationale peuvent conduire à des retours aux sources inattendus, même après un demi-siècle d’éloignement.