En ce jour de Sim’hat Torah 5735 (1974), le Rabbi de Loubavitch dévoila une histoire bouleversante où se mêlent la folie d’un homme, le sacrifice de Justes oubliés et le pouvoir réparateur d’un mérite révélé. À travers le récit du Prophète Zacharie et de ceux qui le mirent à mort, il enseigna que juger favorablement son prochain ne relève pas de l’invention, mais de la révélation d’un mérite déjà présent. Une leçon où la parole, capable de tuer par la médisance, se fait ici instrument de délivrance et de guérison.
D’après une histoire contée par le Rabbi de Loubavitch à Sim’hat Torah 5735 (1974).35-1974.
Révéler un mérite déjà présent
Certains pourraient s’étonner que l’on s’efforce de trouver une justification à la conduite d’autrui. C’est pourtant la Michna qui enseigne de juger chacun à l’aune de ses mérites. La Torah nous ordonne de chercher le mérite de tout Juif : non pas d’inventer un mérite, mais de révéler celui qui préexiste au jugement, celui qui peut se trouver à l’origine de la chose jugée. Le fait de l’énoncer expressément permet de faire éclater la vérité de la chose.
L’enseignement du Lachon Hara
Il en va comme du Lachon Hara, le colportage, dont nos Sages enseignent qu’il tue trois personnes : celui qui le prononce, celui qui l’écoute et celui dont on parle. En quoi ce dernier serait-il responsable, au point d’être atteint par la médisance ? Il est clair que le Lachon Hara n’est pas un mensonge, car il porterait alors le nom de calomnie. Il s’agit de rapporter, de colporter la vérité, et pourtant celui dont on jase peut en être frappé. L’explication est qu’il mérite peut-être une punition, mais que celle-ci pourrait demeurer virtuelle, latente, et ne jamais se réaliser. Celui qui attise le feu fait ressortir cette faute et peut précipiter la concrétisation du châtiment.
De la même manière, évoquer le mérite d’un homme tire de l’oubli ses mérites et peut hâter la récompense qui leur est attachée. C’est à ce propos que le Rabbi introduisit son récit.
Un homme frappé de folie
Cet homme avait été jusque-là tout à fait normal : Juif pratiquant, érudit, craignant D.ieu, prompt à donner la Tsedaka et recherchant l’accomplissement des Mitsvot. Jusqu’au jour où il perdit la raison. Il criait, s’agitait, brisait tout sur son passage. Si sa vie n’était plus une vie, celle de sa famille ne l’était pas davantage.
Tout son entourage se mobilisa autour de lui et des siens pour alléger leurs peines quotidiennes. On consulta les meilleurs médecins, on demanda des prières aux Rabbanim. Tous espéraient que cette folie subite disparaîtrait comme elle était venue, sans raison, ou du moins qu’elle s’atténuerait. Vain espoir. Il n’était pas question de le livrer à l’asile, où il serait privé de toute vie juive, enfermé dans un cachot ou parmi de dangereux malades.
Le voyage vers Liadi
On leur conseilla finalement de se rendre chez l’auteur du Tanya, Rabbi Chnéour Zalman, à Liadi, distante de quelques heures de calèche. Son épouse et ses fils parvinrent à le maintenir calme durant le trajet, et ils furent rapidement introduits dans la demeure du maître.
L’homme s’assit face à Rabbi Chnéour Zalman, émettant de temps à autre un grognement et des gestes désordonnés des mains. Le maître lui jeta un regard, comprit aussitôt de quoi il retournait, et se tint prêt à proposer une solution.
Une histoire pour toute réponse
« Asseyez-vous tous, veillez sur lui, je vais vous conter une histoire. » Une histoire ? se dirent-ils. Serions-nous venus de si loin pour entendre les récits d’un Rav ‘hassidique ? Mais ils comprirent vite qu’ils n’avaient d’autre choix que de tendre l’oreille.
« Le Talmud, dans le traité Guittin, rapporte que lorsque Nabuchodonosor détruisit le Premier Temple, l’un de ses généraux remarqua dans la Cour une flaque de sang bouillonnant. Comme il demandait ce que c’était, on lui répondit qu’il s’agissait du sang d’un Prophète nommé Zacharie. »
Il ne s’agit pas ici du Prophète Zacharie mentionné dans le Tanakh, qui revint pour sa part de l’exil de Babel. Ce Zacharie-là avait été assassiné en ce lieu, et depuis, son sang n’avait jamais séché. On explique communément que ce Prophète s’était mis à énumérer durement tous les péchés des Juifs, les avertissant du châtiment divin en des termes si sévères que l’assistance, saisie de fureur, l’avait lapidé.
Le véritable visage des meurtriers
En réalité, l’histoire est un peu différente et mérite d’être vue sous un éclairage positif. Rabbi Chnéour Zalman marqua une pause, se tournant vers le malade puis vers sa famille, pour s’assurer que tous l’écoutaient.
La vérité est que ces hommes qui lapidèrent Zacharie étaient des Justes, des Tsadikim, des hommes droits, peut-être les seuls de leur génération à n’avoir point fauté. Ils œuvraient pour que leurs frères juifs cessent de fauter, se repentent et reviennent à D.ieu.
Dès que Zacharie commença sa harangue, ils comprirent ce qui allait suivre : une prophétie annonçant la destruction du Temple à cause des fautes des Juifs de la génération, et l’exil à Babel. Ils savaient qu’une fois la prophétie prononcée, le sort en serait scellé de façon irréversible.
Le sacrifice des Justes
Ils décidèrent alors d’interrompre Zacharie avant que les mots décisifs ne franchissent ses lèvres. Ils mesuraient pleinement ce que signifiaient leur décision et leur geste : la mort dans ce monde pour meurtre, et l’exclusion du monde futur. Mais ils choisirent de faire don de leur propre destin par amour du Peuple juif, afin de retarder tant soit peu l’échéance et d’offrir à leurs frères quelques jours de plus pour se repentir. La seule façon d’y parvenir était de faire taire Zacharie.
Mais, pourrait-on objecter, pourquoi le Prophète lui-même n’a-t-il pas refusé de prononcer cette prophétie ? Il savait bien qu’une fois les mots dits, la Parole divine ne pouvait que s’accomplir. Il lui suffisait de se taire. Certes, un Prophète qui ne livre pas sa prophétie est passible de mort ; mais pourquoi ne s’est-il pas lui-même sacrifié en refusant de parler ? Ce n’était certes pas l’amour de ses frères juifs qui lui faisait défaut.
Pourquoi le Prophète ne s’est pas tu
La réponse est qu’un véritable Prophète n’a pas d’ego. Il n’est que le canal par lequel D.ieu s’exprime. Lorsque D.ieu déposa ces paroles dans sa bouche, il n’eut pas la possibilité d’agir autrement, tout son être n’étant plus que le véhicule de la Parole divine. Ceux qui le mirent à mort, en revanche, disposaient de leur libre arbitre, et ils en usèrent pour tenter de sauver le Peuple juif de la tragédie et de l’exil.
La guérison et le Tikoun
C’est à cet instant que le « malade » se mit à trembler quelques secondes, ferma les yeux, puis les rouvrit avec un sourire de soulagement. Son souffle avait changé. Il était guéri.
Rabbi Chnéour Zalman posa sur lui un long regard, puis expliqua à la famille stupéfaite : les âmes de ces Justes étaient en souffrance depuis près de deux mille cinq cents ans. Elles ne pouvaient entrer au Gan Eden à cause de ce meurtre, mais les portes du Guéhinom ne s’ouvraient pas davantage, en raison de la pureté de leur intention. Elles cherchaient un Tikoun, une réparation. Elles s’étaient incrustées dans le corps de votre père, dans l’espoir qu’il serait mené auprès de quelqu’un capable de plaider la justesse de leur intention lorsqu’elles péchèrent, et de les délivrer ainsi de cette longue errance entre les portes du Gan Eden et celles du Guéhinom. Voilà pourquoi vous êtes venus jusqu’à moi.
En énonçant un mérite de ceux qui ont tué Zacharie, j’ai opéré un Tikoun de leurs âmes ; et elles, autant que votre père, ont été sauvées.
Une audience de quelques minutes avec le Rabbi de Loubavitch, un dollar pour la mère, un autre pour la fille, et une directive inattendue : « Parlez au Rav Chmouel Azimov à Paris. » Cette histoire extraordinaire montre comment la sagesse du Rabbi et la foi de son émissaire transformèrent ce qui semblait être une tragédie familiale en un remarquable retour au judaïsme.
Rav Chalom Dovber Kalmenson
Cette histoire s’est déroulée il y a plus de 30 ans dans une banlieue de Paris. Un jeune père était tragiquement décédé, laissant derrière lui une épouse et deux enfants, un fils et une fille. Cela avait motivé la mère à renouer avec les traditions religieuses qu’elle avait observées enfant. Elle commença à aller à la synagogue, ce qu’elle n’avait pas fait depuis des années. Les offices et le mode de vie juif lui rappelaient des souvenirs positifs et elle y trouvait du réconfort.
La mère devint pleinement une « baalat techouva » (revenue à la pratique religieuse) et voulait que sa fille suive son exemple, mais non seulement sa fille ne la suivit pas, elle s’éloigna davantage. La mère expliquait passionnément que la voie qu’elle avait choisie était la vérité et que tout ce avec quoi sa fille avait été élevée était un mensonge. Elle regrettait l’éducation mal orientée qu’elle avait infligée à ses enfants.
Les rabbins dont elle était proche l’encourageaient à continuer. « Chaque jour où votre fille n’est pas religieusement observante vous met toutes les deux en danger. »
Un jour, la fille quitta la maison furieuse et alla vivre sur le campus. Elle coupa les liens avec sa mère. La mère apprit que sa fille fréquentait un non-juif noir qui étudiait la physique avec elle, et elle était désespérée. Elle courut voir ses rabbins et quand ils entendirent ce qui s’était passé, ils l’informèrent gravement qu’elle devrait faire le deuil et déchirer ses vêtements pour sa fille car elle s’était elle-même exclue du peuple juif.
La mère essaya de parler à sa fille et de lui expliquer la gravité de ce qu’elle faisait, mais la fille n’était pas réceptive. Elle essaya de gagner sa mère en décrivant combien son petit ami était favorable à son judaïsme. Il voulait qu’elle soit religieusement observante et elle pratiquait davantage avec lui qu’à la maison.
La mère ne fut pas apaisée par cette nouvelle et pleura amèrement pendant des jours. Ses amies partageaient sa peine, mais personne ne pouvait rien faire face à cette situation. La fille refusait d’écouter quiconque la mère lui envoyait. Et la mère devint désespérée.
« PARLEZ AU RAV CHMOUEL AZIMOV, L’EMISSAIRE A PARIS »
La mère devait se rendre à New York pour affaires. Ses amies l’incitèrent à voir le Rabbi de Loubavitch et à demander sa bénédiction. Elles lui parlèrent de sa grandeur et des miracles qu’il accomplissait. Elles dirent que s’il y avait quelqu’un qui pouvait l’aider, ce serait le Rabbi. Elle fut convaincue.
Un dimanche après-midi, elle se rendit à Brooklyn et rejoignit une longue file de personnes. Elle fut étonnée par le nombre et la diversité des gens qui attendaient pour voir le Rabbi.
Quand son tour arriva, elle raconta brièvement la situation au Rabbi. Le Rabbi lui donna un dollar pour elle-même et un autre dollar pour sa fille et lui dit de parler au Rav Chmouel Azimov, l’émissaire à Paris.
Elle ne comprenait pas pourquoi le Rabbi l’envoyait vers quelqu’un d’autre, mais son saint visage la convainquit d’obtempérer. Quand elle revint à Paris, elle prit rendez-vous avec le Rav Chmouel Azimov au local de la rue Lamartine. Elle lui parla de sa visite au Rabbi et que le Rabbi l’avait dirigée vers lui. Le Rav Chmouel Azimov lui demanda tous les détails de la situation et elle passa beaucoup de temps à lui raconter l’histoire. Elle mentionna que son Rav lui avait dit qu’elle devait faire le deuil et déchirer ses vêtements.
Le Rav Chmouel Azimov ne voyait pas comment il pourrait l’aider alors que la fille ne voulait écouter personne et restait éloignée d’eux, mais il savait que si le Rabbi disait quelque chose, même si on ne le comprenait pas immédiatement, les choses finiraient par devenir claires. Il lui parla de la grandeur du Rabbi et dit qu’une chose qu’il savait – c’est qu’elle devait se rapprocher de sa fille, non pas s’en éloigner davantage, et certainement pas déchirer ses vêtements ni faire le deuil.
Elle accepta son approche et ne fit pas le deuil, mais toutes les tentatives de réconciliation avec sa fille menaient encore à la déception. Sa fille décida de voyager avec son petit ami à Montréal où il terminerait son diplôme en physique. Personne ne put l’empêcher de le rejoindre.
De façon surprenante, quand elle arriva à Montréal, la fille prit contact avec le Beth Habad local, dirigée par le Rav Mendel Raskin, avec l’encouragement de son petit ami non-juif. Elle y allait pour les repas de Chabbat et des fêtes. Son petit ami non-juif n’était bien sûr pas invité, mais il l’encourageait constamment à manger cachère et à observer les autres Mitsvot dont elle lui parlait. Il la flattait constamment d’être membre du Peuple Élu.
Quand il termina son diplôme, il obtint un poste dans une université à Cincinnati comme professeur assistant, et ce ne fut pas long avant que son brillant esprit lui vaille un poste plus élevé. C’est à ce moment que je fis leur connaissance, après avoir reçu un appel téléphonique du Rav Raskin. Il me raconta leur histoire et me demanda de garder le contact avec eux.
Je les invitai chez moi et dès ma première conversation avec eux, je réalisai que ce non-juif noir était spécial. Je gardai le contact et étudiai avec eux, n’hésitant jamais à leur dire ce que le judaïsme disait sur les non-juifs. Une fois, alors que nous étudiions la Paracha Noa’h, je leur parlai de la malédiction sur les enfants de ‘Ham, qu’ils n’auraient pas de fierté et manqueraient toujours de confiance en eux. Il me dit que c’était une connaissance commune en Afrique, bien que là-bas ils l’associaient seulement à quelques tribus considérées comme dégradées. Bien que je n’aie pas eu peur de dire la vérité, il n’en fut pas troublé et voulait en savoir plus.
Un jour, il me dit qu’il voulait se convertir. Je lui demandai s’il réalisait ce que cela impliquait et il sourit. Il savait. Je sentis qu’il ne se convertissait pas pour des raisons superficielles mais parce qu’il avait étudié le judaïsme et en savait plus que beaucoup de juifs. Il était arrivé à la conclusion qu’il voulait vivre cette vie. Il était évident qu’il était très attiré par le fait de devenir juif et je l’envoyai donc au Beth Din de Crown Heights, où il passa beaucoup de temps et finit par se convertir.
LES PRÉPARATIFS DU MARIAGE
Quand il revint à Cincinnati en tant que juif, il savait qu’il devait se séparer physiquement de sa petite amie juive avec qui il avait vécu toutes ces années. Après trois mois, ils décideraient s’ils voulaient se marier selon la Halakha et c’est exactement ce qu’ils décidèrent.
Quand la mère de la jeune fille apprit sa conversion et sa décision d’épouser sa fille, elle fut très émue. Elle supplia sa fille de faire le mariage en France et dit qu’elle organiserait un grand événement. Le marié accepta à condition que je sois celui qui célébrerait le mariage. Bien sûr, j’acceptai.
La veille du mariage, nous étions dans un hôtel à Paris. Avant que j’aille me coucher, il vint me voir et dit qu’il voulait se marier comme un ‘hassid et me demanda si je pouvais le guider. Je lui dis qu’il aurait besoin d’un chapeau et d’un sirtuk (redingote), que nous pourrions acheter le lendemain dans le quartier juif. Pour l’aspect spirituel, je lui dis qu’il y avait un long maamar (discours ‘hassidique), « Lekha Dodi », qui est récité par cœur. Il insista pour le dire et demanda si je l’avais avec moi. Par chance, j’en avais une copie sur moi, que je lui donnai.
Le lendemain matin, nous nous occupâmes des derniers arrangements pour le mariage, puis achetâmes le chapeau et le sirtuk et nous rendîmes à la salle. Le kabbalas panim (réception avant la cérémonie) fut suivi par plusieurs ‘hassidim locaux, dont le Rav Chmouel Azimov. Je supposais que le ‘hatan (marié) sortirait le maamar que je lui avais donné et le lirait à l’intérieur. Comme je fus stupéfait quand il ferma les yeux et commença à réciter le maamar par cœur ! Et il le fit en français. En une seule nuit, non seulement il avait étudié l’intégralité du profond maamar, mais il l’avait traduit de l’hébreu, qu’il n’avait appris que récemment, en français et pouvait le réciter par cœur.
Cela nous stupéfia tous. Un Loubavitch du nom de Rav Chalom Gary Cohen, qui traduit les enseignements du Rabbi en français, me dit qu’il voulait que je le présente au ‘hatan car il devait utiliser ses talents pour diffuser le ‘hassidisme en français. Les gens n’en revenaient pas de l’exploit du ‘hatan.
Après la ‘Houpa (cérémonie de mariage), le Rav Chmouel Azimov me confia : « Je vais vous dire quelque chose d’étonnant sur ce couple que j’ai gardé pour moi pendant dix ans. Quand la mère est venue me voir la première fois, et que je lui ai dit de ne pas déchirer ses vêtements et couper les liens avec sa fille, j’avais vraiment des sentiments mitigés puisque le jeune homme n’était pas juif. Je m’inquiétais que peut-être le Rabbi me l’avait envoyée pour que je puisse faire quelque chose pour séparer ce couple. Peut-être aurait-elle dû couper les ponts avec sa fille, ce qui secoue souvent suffisamment un enfant pour le faire revenir. Pendant de nombreuses années, j’ai eu des doutes et même de la culpabilité concernant ce que j’avais dit.
« Maintenant, le voyant réciter le maamar comme le fait un ‘hassid, je comprends ce que le Rabbi avait prévu en m’envoyant la mère. Le Rabbi a vu que cette neshama (âme) était liée à la nation juive et il me l’a envoyée en mettant des paroles douces dans ma bouche, non pas pour briser les liens mais pour les maintenir, car le Rabbi savait que ce couple était destiné à être ensemble. »
Le Rav Chmouel Azimov ajouta qu’il avait une fois connu un homme noir aux États-Unis qui s’était converti. Ce converti s’était plaint au Rabbi en Ye’hidout (audience privée) que les gens le regardaient de travers, apparemment à cause de sa couleur de peau. Le Rabbi lui dit de ne pas y prêter attention, car seuls les corps ont une couleur, pas les neshamot.
Quant au couple, ils quittèrent Cincinnati après un moment et déménagèrent au Michigan. Il y a six mois, ils ont fait leur alya en Israël.
Luba Ahuva Perlov est une artiste peintre hassidique, auteur et illustrateur. Elle vit aujourd’hui en Californie avec son mari Barou’h et ses enfants. Elle écrit des roman sur le thème du Mikvé pour inspirer les femmes à apprendre et observer cette Mitsva, de l’héroïsme des mitsvot dans la Russie soviétique aux récentes histoires de miracles et des traductions des lettres du Rabbi sur Taharat Hamishpaha.
Quand nous avons décidé de nous marier, en 1990, nous avons rencontré des obstacles de taille. Barou’h Perlov, mon futur mari, avait perdu sa citoyenneté soviétique car il avait exprimé le désir de quitter le pays et il nous était donc impossible de célébrer un mariage civil.
Or j’avais besoin d’être légalement sa femme pour pouvoir quitter le « paradis soviétique » avec lui qui avait déjà acheté son billet pour Israël. Le « rideau de fer » s’était entrouvert mais pouvait tout aussi bien se refermer à n’importe quel moment. Quand aurions-nous une deuxième chance ?
Un ami nous conseilla de nous rendre à Moscou : Israël n’y possédait pas d’ambassade mais ses représentants travaillaient dans les locaux de l’ambassade de Hollande. Nous étions en plein hiver mais à six heures du matin, nous avons pris place dans la longue queue devant l’ambassade qui n’ouvrit qu’à huit heures. La foule se précipita à l’intérieur et nous avons encore patienté jusqu’à ce qu’on annonce, devant nous, qu’aucun autre visiteur ne serait plus admis !
Résignés, les gens quittèrent les lieux mais nous étions trop choqués pour bouger. Un fonctionnaire sortit le nez d’une porte et nous demanda :
– Vous venez pour une affaire personnelle ? – Oh oui ! – Très personnelle ? insista-t-il. – Oui, très, très personnelle ! – Entrez !
Il écouta notre histoire puis conseilla : « Procédez à une ‘Houppa ! La prochaine fois que vous venez au consulat, apportez votre Ketouba ! En Israël, c’est considéré comme un document officiel et vous serez enregistrés comme un couple marié. La prochaine fois, brandissez juste votre Ketouba au-dessus de vos têtes et vous n’aurez pas besoin d’attendre votre tour ! ».
Ni Barou’h ni moi-même ne savions ce qu’étaient une ‘Houppa ou une Ketouba. Que devions-nous faire ? Est-ce que cela faisait mal ? Nous ignorions absolument tout du judaïsme, nous étions ces ossements desséchés qui espéraient revivre. L’homme du consulat nous conseilla de contacter une synagogue où on nous expliquerait tout cela.
Nous avons appelé celle d’Odessa puis celle de Kiev. Mais on nous répondit unanimement : « Nous n’organisons de ‘Houppa que pour les couples mariés civilement ! ». Bref nous tournions en rond. Finalement quelqu’un nous conseilla : « N’allez surtout pas dans une synagogue officielle ! Allez à Marina Rochtsa ! ».
Ce fut donc la première synagogue dans laquelle nous sommes entrés, plutôt une baraque en bois datant d’il y a au moins deux siècles. Quelques vieillards aux barbes grises et blanches y étaient penchés sur de vieux livres ; leurs vêtements étaient usés jusqu’à la corde, les bancs craquaient de partout. On aurait dit des mendiants attendant la distribution d’une soupe populaire.
Rav David Karpov
Le Rav David Karpov écouta notre histoire, posa quelques questions puis déclara qu’il était prêt à nous marier même si c’était contraire à la loi : « Un mariage juif est très important ! C’est la volonté de D.ieu ! ».
Nous, qui n’avions pas la force de prononcer le mot juif sans baisser la voix, nous avons été stupéfaits de l’entendre parler ainsi. Nous vivions encore sous le régime communiste mais lui parlait librement de D.ieu, de ce qu’Il exige de nous ! Et il n’avait pas peur !
Il me tendit un paquet enveloppé d’un élastique. Non, ce n’était pas des photos, c’était un livre sur la Pureté Familiale. A cette époque, tout livre religieux était interdit en Union Soviétique ; même les photocopieuses étaient surveillées, bien qu’on fût en 1990 : le gouvernement parlait de changement et de démocratie mais les fonctionnaires étaient encore en place et on ne change pas si facilement les mentalités.
Rav Karpov me recommanda de faire très attention à ce livre : si j’en perdais une seule page, de nombreuses personnes connaîtraient des ennuis. Si j’acceptais de me conformer à tout ce qui était écrit dans ce livre, nous pourrions fixer la date du mariage. Bien que les concepts évoqués dans ce livre me semblaient d’un autre âge, je le lus jusqu’au bout, en acceptai les conditions et le mariage fut fixé pour le 4 février.
La ‘Houppa fut dressée dans la cour arrière de Marina Rochtsa, entre des congères de neige. Il faisait si froid que j’avais revêtu d’épaisses bottes et une pelisse de mouton peu élégante sur ma robe de mariée. Nous étions entourés de gens que nous ne connaissions pas : pour eux aussi, c’était la première fois qu’ils assistaient à un mariage ‘hassidique ! Tous tenaient des bougies allumées, les étoiles scintillaient dans le ciel et nos cœurs scintillaient sous la ‘Houppa.
Vingt-cinq ans plus tard, nous avons rencontré à nouveau Rav Karpov, à San Francisco. Nous avons été si fiers de lui présenter nos fils portant la Kippa et nos filles habillées de façon pudique, tous fréquentant des écoles juives. Nous lui avons montré une photo du mariage de notre fille aînée qui s’était déroulé devant le 770 Eastern Parkway, la synagogue du Rabbi. L’arrière-grand-père de son mari avait contribué à la construction de la petite synagogue en bois Marina Rochtsa et avait donné sa vie pour maintenir vivante la flamme du judaïsme russe.
Je tendis à Rav Karpov un livre sur la Pureté Familiale, imprimé en toute légalité, que j’avais écrit en russe et qui a depuis été traduit en hébreu et en anglais : « Entre vous et moi… ».
La boucle était bouclée.
Luba Ahuva Perlov – N’shei Chabad Newsletter N° 7805 Traduit par Feiga Lubecki
Page Facebook de Luba Ahuva Perlov :https://www.facebook.com/Luba-Ahuva-Perlov-171227670164/
Un richissime homme d’affaires russe avait organisé une fête grandiose pour le mariage de son fils unique. Après plusieurs verres des meilleurs vins, le milliardaire prit la parole devant tous les convives : » Mon cher enfant, aujourd’hui est le plus beau jour de ma vie. Enfin je te vois marié et heureux, demande moi ce que tu veux ici et maintenant, et je m’engage devant tout le monde à accéder à ta requête »
Le fils prit le micro devant tous les invités pour répondre à son père : » Papa, il y a bien un cadeau qui me ferait plus plaisir que tous les cadeaux du monde. Si tu m’aimes, je voudrais que tu fasses ta Brit Mila ! ‘’
Après un long silence dans la salle, le père accepta de faire ce cadeau à son fils. Et aussitôt dit, le rendez vous était pris à l’hôpital et avec un Mohel.
Le jour dit, le Mohel était très ému par cet événement. C’était la première fois qu’il faisait le Brit Mila à un homme d’un âge aussi avancé. Aussi, le Mohel dit au milliardaire que l’émotion était tellement grande qu’il voulait lui faire un cadeau d’une valeur inestimable.
Le Mohel sortit de sa poche un dollar et le tendit au milliardaire en lui expliquant que ce dollar était bénit par le Rabbi de Loubavitch.
L’homme accepta le dollar et, avant même que le Mohel ne le lâche de sa main, le milliardaire se mit à pleurer à chaudes larmes pendant un très long moment. Personne ne réussissait à le calmer et personne ne comprenait non plus pourquoi il pleurait ?
Après s’être calmé, le milliardaire leur dit, je vais vous expliquer : ‘’ Il y a une trentaine d’année j’étais à New York et je suis allé voir le Rabbi pour qu’il bénisse mes affaires. Le Rabbi me donna un Dollar et me dit : « Prends ce dollar, et sache que le jour où tu feras ta Brit Mila, je t’en donnerai un deuxième !!…’’
Une histoire, un enseignement du Rabbi Rayats, beau-pere du Rabbi
Une fois, alors que le Rabbi Rayats était hospitalisé, un médecin lui prescrivit une injection et il observa l’infirmière qui la préparait. Celle-ci se lava les mains, nettoya l’aiguille et la seringue. Il lui demanda ce qu’elle faisait et l’infirmière lui expliqua qu’avant de faire une piqure, il fallait s’assurer que tout était parfaitement stérélisé, afin d’éviter une infection.
Le Rabbi Rayats dit alors a son secrétaire, qui se trouvait près de lui :
« Il y a la un enseignement merveilleux pour le service de D.ieu. Avant de faire une « injection » a un homme, de formuler un reproche a celui qui a mal agi, il faut avoir la certitude d’etre même « propre ». Le reproche doit etre formulé sans rechercher le moindre intérêt personnel. Il faut rechercher sincèrement le bien de son prochain.
Tout comme une aiguille qui n’est pas stérilisée peut provoquer une infection, c’est-a-dire le contraire du résultat recherché, ce qu’a D.ieu ne plaise, de même, un reproche formulé par quelqu’un qui n’est pas parfaitement « propre » conduit aussi a l’effet contraire de celui qui est souhaitable.
Un voyageur âgé se présenta un jour à l’aéroport Ben Gurion en Israël, au stand tenu par Loubavitch. Il se dirigea en souriant à l’accueil et on lui proposa une tasse de café en attendant son avion. Il accepta mais à la condition que cette tasse soit pleine à ras bord.
Etonnés, les ‘Hassidim ne posèrent pas de question et lui servirent une tasse pleine au point que le moindre mouvement la ferait se renverser. Et à leur grande stupéfaction, l’homme – pourtant âgé – souleva la tasse sans en renverser une goutte et but son café.
L’homme souria fièrement et expliqua : «J’ai fait cela pour vous prouver combien vous avez un grand Rabbi !»
«Voyez-vous, il y a très longtemps, j’étais le rabbin d’une grande synagogue de New York. Il y avait un Minyane tous les jours pour la prière, des cours et beaucoup d’activités. Et notre bâtiment abritait également un Mikvé (bain rituel) pour femmes.
Mais à cette époque, de nombreux fidèles quittèrent New York pour s’établir dans des banlieues plus sûres et plus huppées et les fidèles plus âgés disparurent. Bref, le comité de la synagogue me fit comprendre qu’il ne servait à rien d’entretenir un si grand bâtiment juste pour quelques personnes.
Je m’opposais à cette décision, suivant en cela la recommandation de Maïmonide: «On ne vend pas une synagogue sauf si c’est pour en construire une autre plus grande». «De fait, quelques personnes continuaient à fréquenter aussi bien l’oratoire que les classes de cours. De plus le Mikvé accueillait tous les soirs des dames de tous les quartiers de New York.
Un jour, la dame responsable du Mikvé me raconta que pratiquement chaque soir, le Rabbi de Loubavitch lui téléphonait, lui demandait comment elle se sentait et l’encourageait à continuer son travail avec dévouement.
Ceci dura plusieurs mois jusqu’à un soir: j’étais en train de donner mon cours quotidien de Guemara, la dame responsable du Mikvé entra en trombe dans la pièce et, presque hystérique, annonça que quelqu’un avait placé un gros cadenas sur la porte du Mikvé !
Je compris que c’était sans doute le seul moyen qu’avait trouvé le comité pour décourager les femmes de venir. J’ignore ce qui m’a pris mais je me suis précipité vers ma voiture, j’y trouvai les outils nécessaires et me rendis devant le Mikvé. Au bout d’une heure d’efforts surhumains, je parvins à faire sauter le verrou : les femmes qui m’avaient observé de loin purent alors pénétrer dans le bâtiment.
Le lendemain, la responsable du Mikvé me raconta que le Rabbi l’avait appelée la nuit précédente – comme à son habitude – et elle lui avait expliqué ce que j’avais été obligé de faire. Le Rabbi remarqua: «Bénies soient les mains qui ont brisé ce verrou!» Et c’est cela que je voulais vous montrer, conclut l’homme. J’ai maintenant plus de 91 ans et mes mains ne tremblent pas grâce à cette bénédiction!»
Rav Tuvia Bolton / Le’haïm www.ohrtmimim.org/torah La Sidra de la semaine, traduit par Feiga Lubecki
Tous les vendredis, nous avons l’habitude d’aller mettre les Tefilines à plusieurs personnes et, souvent, c’est l’occasion de leur remonter le moral, de leur donner du courage et de leur amener de la nourriture cachère pour Chabbat.
Ces personnes sont tellement accoutumées à ces visites que si l’on en rate une, c’est un très grand manque pour eux.
Ce vendredi 15 mars, veille de שבת זכור, le Rav Ihia Lahiany, Chalia’h du Rabbi à Grenoble et à ses alentours, est allé rendre visite à Mr.Cohen.
A son grand étonnement personne ne vint lui ouvrir la porte, ni même ne répondit aux nombreux appels téléphoniques. Le Rav Lahyani appela donc les pompiers, qui se rendirent au domicile de Mr Cohen.
Ils le trouvèrent allongé par terre, mais D’ merci, il était vivant! Son état de santé était critique, car, depuis 2 jours déjà, il était allongé par terre, sans pouvoir boire ni manger.
Les pompiers félicitèrent le travail du Rav Lahyani qui a permis de sauver une vie.
Comme le Rabbi nous l’a enseigné, les Mivtsaim sauvent la vie Spirituellement mais aussi matériellement !
_Machiah Now_
Cette histoire nous a été transmise par le Rav Ihia Lahiany
J’ai rencontré le Rabbi pour la première fois un mois avant ma Bar Mitsva. Mon grand père, né en Amérique, était un des seuls à garder les vieilles traditions ‘hassidiques, à l’époque où l’Amérique était une « terre qui dévore ses habitants ». (… une époque où il n’était question que de s’intégrer à l’Amérique).
Mon père et ma mère, eux-mêmes, n’étaient plus tellement attachés au judaïsme. Ils m’envoyaient de temps en temps le Chabbat accompagner mon grand père à la Schul, à Manhattan, dans le East Side. J’avais avec lui également trois cours par semaine de judaïsme, en sortant de l’école communale. Je dois dire que ce qui m’a permis de garder ma conscience juive au travers des péripéties de ma jeunesse, ce sont bien ces cours, ces visites du Chabbat et toute l’atmosphère qui s’en dégageait.
En 1954, avant ma Bar Mitsvah, mon grand père m’emmena chez deux Admourim: le Rabbi de Boyan et le Rabbi de Loubavitch.
Je me souviens encore de ma surprise en découvrant le visage encore jeune du Rabbi de Loubavitch: pour moi, un Rabbi était un vieux monsieur, au visage décoré d’une longue barbe forcément blanche. Mon grand père tendit au Rabbi un « petek » (courte lettre mentionnant le prénom, le prénom de sa mère et le sujet de sa visite).
Le Rabbi s’entretint quelques instants avec mon grand père, en Yiddish, dont je comprenait quelques bribes seulement. Puis il se tourna vers moi, et me questionna sur le sujet le plus inattendu de la part d’un Rabbi:
– « Quel est ton sport préféré? »
– « Le base-ball », répondis je sans hésitation.
– « Et comment préfères ce jeu: quand une seule des parties joue, ou quand les deux parties jouent ? »
C’était cette fois mon tour d’apprendre au Rabbi les règles élémentaires du base ball…
– « Rabbi, c’est impossible de jouer au base ball avec une seule équipe ».
– « Et pourquoi donc ? » demanda le Rabbi d’un ton sérieux.
Ma patience faillit disparaître. Allez expliquer à un rabbin ce que chaque enfant sait depuis qu’il marche… Enfin j’essayais de ma plus exquise politesse:
– %Rabbi, tout le truc, c’est justement que l’un soit plus fort que l’autre! Et il faut donc être deux pour cela! »
Visiblement le Rabbi avait compris, et je fus très soulagé.
– « Et qui gagne ? » demanda le Rabbi
– « Le meilleur joueur ! », m’esclaffait-je, heureux de cette répartie si spontanée.
Je n’ai aucune idée de ce qui se passait dans la tête de mon grand père durant cet entretien si particulier. Le Rabbi, lui, continua « son enquête »:
– « Est ce que tu joues quelquefois avec tes amis au base ball ?
– « Bien sur, Rabbi! » j’étais déjà certain que j’allais bientôt lui raconter mes hauts faits sur le terrain.
– Et tu vas quelquefois voir jouer les grandes équipes ?
– « Bien sûr ! »
– Et qu’y a-t-il de plus que dans les matchs avec tes copains à l’école ?
Je m’armais de courtoisie pour répondre:
– « Rabbi, nous, on joue pour s’amuser. Mais dans les stades, ils jouent pour de vrai! »
J’aurais pu penser, jusque là, que le Rabbi s’intéressait au base ball; je dus vite déchanter:
-« Et bien vois tu Yossef, tu as dans le coeur un grand terrain. Jusqu’à ce jour, deux adversaires y jouaient. Le bon penchant, et le mauvais penchant. Mais c’était pour s’amuser. A partir de ta Bar Mitsva, ce sera pour de vrai. Et pour ce combat tu reçois de D.ieu le cadeau le plus précieux: un « vrai » bon penchant ! Avec des forces spéciales que D.ieu te donne. Tu devras toujours t’efforcer de vaincre le mauvais penchant, et pour cela te souvenir, comme au base ball, que c’est toujours le meilleur qui gagne. Il suffit que tu le veuilles, et tu pourras gagner. Je te donne ma bénédiction pour que ton grand père et tes parents aient toujours beaucoup de satisfaction de toi ».
Mon grand père répondit Amen et me fit signe d’en faire autant.
« Amen ! »
Il faut être fin psychologue pour savoir à quel point ce qu’entend un garçon de treize ans peut se graver dans son esprit et trouver sa place au fond de sa conscience !
Quoi qu’il en soit, je dois avouer que les mots du Rabbi sur le base ball et sur la guerre des penchants n’occupèrent pas alors une grande place dans mes réflexions… C’est vrai que mon grand père eut l’occasion de me les rappeler dans le discours qu’il fit le jour de ma Bar Mitsva, et c’est vrai aussi que j’évoquais parfois avec émotion le souvenir de cette visite, sans pour autant m’en remémorer tout le contenu. Mais dans mon subconscient, ces mots restèrent gravés au delà de tout ce que j’aurais pu m’imaginer.
Durant toute mon adolescence, au collège puis à l’université, j’eus deux occasions de voir resurgir mon entretien avec le Rabbi. Dans un de ces cas ce fut un moment capital de mon parcours, au point que je me demande si ce n’est pas en vue de cet instant là que le Rabbi me fit tout son discours sur le base ball.
Dans les deux cas, l’irruption brutale dans le champ de ma conscience du souvenir des paroles du Rabbi m’amena à modifier du tout au tout certaines décisions, et il est bien curieux que le base ball eut un lien direct avec ces souvenirs.
Le premier évènement eut lieu durant ma seconde année de collége. J’avais 16 ans, et notre classe avait mérité au classement annuel d’être la meilleure classe de l’établissement.
Notre récompense était un week end dans un club de jeunes très fameux – et quasiment inaccessible- de la Nouvelle Orleans. Un rêve à ne manquer sous aucun prétexte. Quand je racontais à ma mère ce qui allait se passer, elle me dit :
« Jo, il y a un problème, ce week end, c’est Yom Kippour. Tu sais que nous y tenons; un fois par an on se doit bien de jeûner et d’aller à la synagogue. Nous n’avons jamais failli à cette règle et je compte sur toi pour ne pas rompre la chaîne de cette sainte tradition. »
Un choc ! -« Mais maman, comprends moi, toute l’année on en a rêvé ! Je ne pourrai jamais me pardonner d’avoir raté un tel évènement. »
Toute la semaine se passa dans la confusion et les disputes. Mes parents comprenaient l’importance de l’évènement, et ce qu’il représentait pour moi, mais disaient ils, il y des choses sacrées auxquelles on ne peut pas renoncer. Pour moi, qui avait toujours respecté le jeûne de Kippour, et qui me promettait de le respecter à l’avenir, je demandais un peu de souplesse devant une occasion unique dans la vie.
Mes parents, qui avaient toujours été très libéraux dans mon éducation me laissèrent finalement le libre choix, c’est à dire se firent à l’idée que je ne renoncerai pas au voyage.
La veille du départ, jeudi soir, je suivais chez un ami un match de base ball à la télévision et, de façon inattendue une équipe de seconde division emporta le tournoi. Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre le commentateur s’esclamer : « c’est finalement le meilleur qui gagne »!
Je ne sais comment, mais je me revis devant le Rabbi: « souviens toi: c’est toujours le meilleur qui gagne. Il suffit que tu veuilles, et tu pourras. »
Depuis trois ans, tout ceci était oublié. Et voila qu’au pied du mur, ces souvenirs étaient revenus. Et au même instant, la décision ferme fut prise: je ne transgresserai pas le jour de Kippour!
La seconde fois fut un évènement bien plus décisif, quelques cinq années plus tard, au début des années soixante. Un jeune étudiant à l’université en questionnement perpétuel cherchait un sens à sa vie. Un groupe de missionnaires mormons avait infiltré le campus, et faisait des ravages, notamment chez les jeunes juifs. Deux de mes meilleurs amis avaient déjà cédé au charme des discours du « moniteur », et eurent vite fait de me faire apprécier la « douceur » de leur nouveau paradis.
De semaine en semaine je prenais goût et étais attiré: j’avais enfin trouvé un sens à ma vie. Il ne me restait plus qu’à accéder au stade ultime, la conversion. Un petit tracas toutefois, je ne savais pas comment j’allais m’y prendre avec mes parents. Ils avaient toujours été ouverts, libéraux, mais je mesurais toute la peine qu’ils auraient. Je m’étais décidé à ne pas leur en parler, ce qui me laisserait toute latitude pour les convaincre progressivement et peut être avec une dose de savoir faire, de les amener à la « vérité » que je découvrais.
La veille de la cérémonie de conversion, je participais à un match amical de base ball, que mon équipe perdit. J’allais congratuler le capitaine de l’équipe adverse, et je m’entendis dire « c’est normal, c’est toujours le meilleur qui gagne ! »
J’eus du mal à terminer la phrase. Personne ne comprit pourquoi j’étais devenu tout pâle, ou tout rouge, ému jusqu’au fond de moi. Ni le « moniteur » ni mes amis ne comprirent pourquoi je rompis soudain tout contact avec eux.
Ce n’est que bien plus tard que je repris contact avec mes deux amis, pour les soutirer aux mormons. Eux aussi doivent directement leur attachement actuel au judaïsme à l’intérêt que le Rabbi porta un jour au base ball…
Ma seconde rencontre avec le Rabbi eut lieu quelques jours avant la Guerre des Six Jours.
Comme beaucoup de mes amis, nous avions été bouleversés par la crise de Cuba, lorsque notre univers nord américain avait été ébranlé par la menace des missiles et la Guerre Froide qui s’en était suivie. Nous avions alors opté pour des études de sciences politiques, à la fin desquelles nous étions parvenus à des postes importants dans divers états majors politiques et diplomatiques: des amis à moi tenaient alors des postes clés à la Maison Blanche, d’autres parmi les conseillers et collaborateurs des Sénateurs. Pour ma part, je faisais partie des proches de Mr Arthur Goldberg, Ambassadeur des Etats Unis auprès de l’Organisation des Nations Unies.
Un matin, de ce début de juin 1967, quelques jours avant le début de la guerre des 6 jours, je reçu un appel d’une de mes cousines qui m’appelait d’urgence chez elle. Je les trouvais, elle et son mari très soucieux: leur fils unique, Avraham, avait fait Téchouva depuis un an, et se trouvait dans une Yéchivah Loubavitch en Israël. Malgré l’insistance de ses parents, effrayés par les menaces qui pesaient sur l’Etat d’Israël, il se refusait à rentrer à la maison: le Rabbi avait dit de ne pas quitter Israël.
« Nous avons essayé de rencontrer le Rabbi », me rajoutèrent ils, « pour lui expliquer qu’il est notre fils unique, notre seul espoir, notre raison de vivre. Sans succès. Il est inabordable. Nous lui avons écrit, et pour seule réponse, il n’a eu qu’un phrase, qui ne nous convainc pas: « Il ne sommeille, ni ne dort, le Gardien d’Israël ». A ce propos, Jo, nous t’avons appelé pour en discuter, toi qui connais beaucoup de monde et tu es au courant avant nous. La situation est elle aussi grave qu’on le dit ? »
Il m’aurait été pénible d’accroître les angoisses de ces parents, mais comment leur mentir ? On s’attendait au pire. Nul ne pouvait savoir l’issue de la guerre qui était imminente, mais au cas où les armées arabes l’emportaient, ce qui semblait le plus probable, il valait mieux ne pas réfléchir quel serait le sort des juifs. Si j’étais inquiet en tant que juif, je l’étais dix fois plus en tant que plongé dans le vif de l’actualité. Le « boss » lui même, Arthur Golberg, n’en dormait pas de la nuit.
« Il faut absolument que Avraham rentre ! Mais ne vous souciez pas, je vais me servir de mon titre de diplomate pour aller voir le Rabbi moi même et je vais le persuader de laisser Avraham rentrer. »
Ma secrétaire, à qui j’avais confié la tâche de me débrouiller les choses me prévint rapidement: « seul le secrétaire particulier du Rabbi, le Rav Hadakov, pouvait me mettre en contact avec le Rabbi ».
Par téléphone, je l’avisais qu’en tant que principal collaborateur d’Arthur Goldberg, je souhaitais un rendez vous urgent avec le Rabbi. Moins d’une demi heure plus tard, le Rav Hadakov me rappelait pour me proposer de rencontrer le Rabbi le lendemain à 2 heures du matin.
« Mais c’est urgent ! » protestais je.
« C’est bien pour cela que vous pourrez voir le Rabbi du jour au lendemain ..! » répondit le Rav Hadakov
Malgré les treize années écoulées, le visage du Rabbi avait peu changé. Quoi que vieilli, la barbe blanchie, le regard était toujours aussi alerte et pénétrant. Après avoir serré la main chaleureuse du Rabbi, je lui rappelais que j’étais déjà rentré en Ye’hidout treize ans plus tôt, avec mon grand père, avant ma Bar Mitsva. Le sourire du Rabbi eut tout fait de me convaincre qu’il s’en souvenait.
« Rabbi, je dois m’excuser d’avoir usé de mon titre pour vous demander ce rendez vous, mais je viens pour une affaire personnelle. »
Un nouveau sourire me redonna les forces pour raconter l’histoire du fils unique, Avraham, et de ses parents à juste titre si inquiets. Il fallait que le Rabbi autorise Avraham de rentrer à New York. Le sourire du Rabbi disparut d’un seul coup.
« Moi, j’ai des milliers de fils uniques en Israël. Et si je leur dis de rester, c’est parce que j’ai la certitude qu’il ne leur arrivera rien. Dites à votre cousine et à son mari qu’ils peuvent se tranquilliser. « Il ne sommeille, ni ne dort, le Gardien d’Israël ». D.ieu veille sur chaque juif où qu’il soit, et plus particulièrement en Eretz Israël ».
« Rabbi, avec tout le respect que je vous dois, elle ne se calmera pas avec ces paroles, et moi non plus. Le Rabbi sait il à quel point nous sommes conscients dans les milieux bien informés du danger terrible qui menace Israël ? »
« Israël, reprit le Rabbi – et je fus surpris par la tranquillité qui émanait de lui -, n’est pas confronté au grand danger dont vous parlez. Nous nous trouvons avec l’aide de D.ieu à la veille d’une grande victoire, et ce mois ci va se transformer en un mois de grandes bontés et de miséricorde pour tout le peuple juif. Maintenant, si vous voulez bien, dites au père d’Avraham qu’il peut lui aussi faire quelque chose pour nos frères en Erets Israël: mettre les Tefilines chaque jour. Et vous aussi, je ne sais pas dans quelle mesure vous pouvez faire quelque chose pour aider Israël à partir de votre poste à l’ambassade, mais ce qui est certain c’est qu’en mettant les Tefilines chaque jour vous aidez effectivement, et là il n’y a pas de problème de conscience, ce n’est pas de la double allégeance !! Encore une chose, lorsque tout ceci se sera bien terminé, j’aimerais vous revoir pour parler avec vous. »
Je restai fasciné. Combien de temps cela dura-t-il ? Quelques secondes, quelques minutes ? Je me revois debout, à contempler cet homme en face de moi dont se dégageait une telle force, qui avait pris sur lui une si grande responsabilité. Je saisis à cet instant là pourquoi tant de juifs s’en remettaient à lui les yeux fermés.
« Rabbi, en tant que juif je suis heureux qu’il y ait un homme comme vous dans ces instants si critiques et si éprouvants. Je vous remercie pour le temps que vous m’avez accordé ».
« Qu’on entende des bonnes nouvelles », répondit le Rabbi.
J’étais déjà sur le pas de la porte lorsque le Rabbi me fit signe avec un grand sourire: « A propos, vous aimez encore le base ball ? »
Quelques jours plus tard le monde entier retint sa respiration: Israël, face à tous ses ennemis, combattait sur trois fronts, et anéantissait les armées ennemies en un éclair, d’une victoire sans précédant dans l’histoire militaire. J’étais aux Nations Unies aux côtés d’Arthur Goldberg lorsque la télévision nous montra le Mur des Lamentations libéré, les soldats en larmes sur les pierres du Mur, et le Rabbin Goren soufflant du Choffar.
Arthur Goldberg ne put retenir ses larmes … et moi non plus. Le secrétaire personnel d’Arthur Goldberg, qui n’était pas juif, nous regardait avec un étonnement certain, mais comprit qu’il se passait quelque chose pour le peuple juif. Les yeux encore humides, je me tournai vers le boss:
« Arthur, vous savez, nous avons eu très peur. Les juifs et les amis d’Israël ont été très inquiets. Mais il y a un juif qui en toute tranquillité avait prophétisé cette victoire. » Je lui racontai toute mon entrevue avec le Rabbi.
Peu de temps après, comme le Rabbi l’avait demandé, je me remis en contact avec le Rav Hadakov. Cette fois j’attendis près d’une semaine pour revoir le Rabbi.
Je m’attendais à le trouver souriant et triomphal du genre « vous avez vu que j’avais raison ». Je le trouvai grave. Après une poignée de mains, le Rabbi rentra sans plus dans le vif du sujet.
« C’est un grand moment pour le peuple juif. Nous sommes un peuple habitué aux miracles tout au long de notre histoire. Notre seule existence est déjà une longue suite de miracles. Mais rares sont les occasions où l’intervention divine se fait aux yeux des peuples de façon si éclatante, où D.ieu manifeste de façon si dévoilée que c’est lui qui tire les ficelles pour le bien de Son Peuple. C’est ainsi que s’est passée la sortie d’Egypte, c’est ainsi que nous avons vécu quelques rares occasions de notre histoire, et c’est ce qu’ont vu les juifs de notre génération la semaine passée. Il est des époques où D.ieu semble se cacher de ses fils, mais il est des instants où bontés et prodiges se manifestent aux yeux de tous, et c’est ce que nous avons vécu cette dernière semaine ».
« D.ieu, qui a créé le monde et le dirige, a donné la terre d’Israël au peuple d’Israël. Pour un certain temps, un temps trop long, Il nous a repris cette terre et l’a confiée aux Nations. La semaine dernière il a repris son bien et nous l’a redonné. Et pour que nul ne doute que c’est D.ieu qui nous la redonné, Il a multiplié les signes et les miracles. Au moment où tous les ennemis d’IsraÎl avaient projeté d’exterminer le peuple juif qui y vit, et que tous les juifs du monde et les autres nations se demandaient comment Israël allait échapper aux ennemis qui l’entouraient de tous côtés, D.ieu a montré des prodiges et en un temps record, a balayé toutes les menaces pour lui rendre la terre d’Israël et ses lieux les plus saints ».
Mais les juifs ont le libre arbitre, et il faut se garder maintenant de deux choses. La première serait de penser que c’est « ma force et mon courage », et que c’est par notre puissance militaire que nous avons emporté cette confrontation. Elle n’en a été que l’instrument. La victoire dans sa totalité c’est D.ieu et seulement D.ieu.
La deuxième, vous concerne et c’est pourquoi j’ai choisi de vous en parler. Je connais la nature des juifs, y compris ceux qui sont actuellement à la tête du gouvernement. Je crains beaucoup que dans les jours qui viennent, ils ne se hâtent d’envoyer une délégation à Washington pour déclarer qu’ils sont prêts à rendre les territoires conquis. Ils ne comprennent pas qu’ils n’ont rien conquis et que c’est D.ieu qui leur a donné ce grand cadeau avec force miracles, et que c’est une terre qui leur revient. Et ceci il faut l’éviter par tous les moyens ».
Durant ces dix minutes que le Rabbi m’avait accordées, je restai bouche bée d’admiration pour le Rabbi et tout autant stupéfait qu’il ait jugé bon de me parler de choses si décisives pour Israël.
« Vous rencontrez des Israéliens qui viennent à l’ONU, et aussi l’ambassadeur d’Israël et autres. Vous avez certainement des entrées au Ministère des Affaires Etrangères et ailleurs, et vous pouvez voir venir les choses. Ce que je vous demande, c’est lorsque vous rencontrerez des Israéliens qui baissent les bras, répétez leur sur un ton décidé ce que vous venez d’entendre ici. »
Semblant lire dans mes pensées, le Rabbi poursuivit: » Je ne vous demande pas un travail d’agent double sur le compte des Etats Unis, envers lequel vous êtes assermenté, et dont vous devez défendre les intérêts. D’ailleurs les Etats Unis n’ont aucun intérêt à ce qu’Israël rende les territoires, ce serait plutôt l’inverse. C’est en tant que juif voire comme simple citoyen que vous exprimerez votre opinion ».
Et si les IsraÎliens vous demandent d’ou vous tenez une telle certitude, comment pouvez vous, vous, savoir ce qui est bon pour Israel et ce qui ne l’est pas, racontez l’histoire de ce fils unique que ses parents ont voulu faire rentre aux Etats-Unis, et comment, d’ici, on leur a garanti qu’il n’arriverait rien à leur fils unique ni à des milliers d’autres fils uniques. Et sur la base de quoi a-t-on une si grande assurance ici dans cette pièce ? Parce qu’il y a un Créateur au monde, qui le dirige, et qui a décidé de donner en cadeau la Terre d’Israël au peuple juif. Et lorsque le Créateur décide de faire un cadeau, on se doit de l’apprécier et le garder et non de chercher des moyens de s’en débarrasser ! »
Je sortis du bureau du Rabbi perturbé et pensif. Jamais je n’avais éprouvé de tels états d’âme, et cette demi heure que le Rabbi m’avait consacré fut pour moi non seulement une expérience inoubliable, mais surtout un bouleversement de toutes mes valeurs.
Le Rabbi avait planté en moi un sentiment juif et une identification très forte à la cause juive. Pour la seconde fois en peu de temps, j’eus le même sentiment : heureux le peuple qui possède un tel homme!
Je ne saurais vous dire de quelle façon et dans quelle mesure j’ai accompli la mission que le Rabbi m’a donnée. Ce que je sais c’est qu’à plusieurs reprises, le Rabbi s’en est montré satisfait.
Le premier témoignage que j’en reçus me fut donné par l’Ambassadeur d’Israël à l’ONU, qui me dit un jour: « j’étais l’autre soir aux Hakafot de Sim’hat Torah chez le Rabbi de Loubavitch, et il m’a demandé de vous passer un chaud « chalom », ainsi que ses meilleurs remerciements! »
En 1971, après mon mariage avec une israélienne de l’ambassade, nous partâmes habiter en Israël. Durant un certain temps je fus employé à l’Ambassade des Etats Unis à Tel Aviv, puis je passai au service de l’Etat d’Israël. Je fus affecté à diverses tâches dont je ne peux révéler la teneur, même aujourd’hui, et pour lesquelles je voyageais beaucoup. J’eus encore l’occasion de découvrir plus encore le rôle du Rabbi dans le monde: je peux témoigner que le sort de nombreuses communautés juives dans le monde était lié aux interventions du Rabbi; même l’Etat d’Israël doit au Rabbi beaucoup dans des domaines décisifs dont il ne m’est pas permis de parler. Durant toutes ces années, je restais en contact direct avec le Rabbi, avec la bénédiction de mes supérieurs, et dans des circonstances particulières que je ne peux détailler.
Ma dernière rencontre avec le Rabbi, c’était un dimanche matin, ou j’étais venu avec un ami pour le « dollar ». Il m’arriva ce que les ‘Hassidim appellent un « miracle ». Je fis part au Rabbi de mon intention de partir en Allemagne durant la semaine suivante. Le Rabbi comprit le but de mon voyage, et me tendit un dollar de plus: « Et celui là, vous le donnerez en Tsedaka à Stuttgart ». J’eus beau protester que je ne passais pas par Stuttgart, le Rabbi ignora ma remarque. « Bonne réussite ».
Déjà il s’était tourné vers le suivant dans la queue.
Quelques instants après notre décollage de Francfort, l’équipage annonça un atterrissage d’urgence à… Stuttgart. Je me souvins du dollar surprenant que j’avais dans ma poche. Comment accomplir la demande du Rabbi ? A qui donner dans cet avion un dollar en Tsedaka ? J’étais encore en train d’y penser, lorsqu’un petit vieux vint s’asseoir près de moi. Nous avions rapidement sympatisé, et … en deux verres de bière, je savais déjà tout de sa vie: né de parents juifs, seul survivant de sa famille au lendemain de la Shoah, il s’était converti par réaction, ou par crainte et avait rompu tout lien avec le judaïsme. Au fil des années il avait amassé une fortune considérable etc … C’est là que monta en moi une idée saugrenue, sauvage presque. Je sortis le dollar de mon porte feuille, et lui expliquais:
« Il y a à New York un grand Rabbin, chez qui j’étais il y a quelques jours, et qui m’a donné ce dollar pour donner en charité à Stuttgart, alors que je n’avais pas l’intention de passer par Stuttgart. Je saisis bien que vous n’avez pas besoin d’un dollar, mais puisque vous êtes le seul juif que j’ai rencontré à Stuttgart et comme l’avion va bientôt redécoller, je suis persuadé que c’est à votre intention que le Rabbi me l’a donné ».
– Mais je ne suis pas juif ! » (Jusque là, il ne s’était pas imaginé que je pouvais être juif.)
– Ecoutez, peut être le Rabbi veut au moins que vous mourriez en juif ! »
Je ne sais pourquoi ces mots sont sortis de ma bouche, ni ce que devint le vieux. Mais les larmes qui coulèrent de ses yeux lorsque je lui dit – sans y pense r- ces mots, me laissent penser que le Rabbi avait atteint son but.
Encore une fois je venais de sentir à quel point le Rabbi avait la vue longue.
M. Mayer Zeiler est un homme d’affaires et un industriel. Voici l’histoire de sa réussite fulgurante en Israel.
Ma famille, malgré notre sens des affaires bien rodé, a investi dans une entreprise textile en Israël, sachant que ce serait un fiasco. Nous avons pensé à cela comme un don de bienfaisance, une perte à court terme, car il était impossible que cette entreprise puisse réussir à long terme.
Pourquoi l’avons-nous fait alors que nous savions que nous ne devrions pas le faire? Nous l’avons fait parce que le Rabbi nous a dit de le faire, et nous étions des disciples du Rabbi. Et malgré toutes les prévisions négatives, malgré nos pires attentes, l’entreprise a réussi. Et elle a réussi de façon miraculeuse, D.ieu merci.
La seule explication que j’ai de cette réussite, là où elle aurait logiquement du échouer, est que la Terre d’Israël est particulièrement bénie par D.ieu (quelque chose que le Rabbi a mieux compris que tout homme d’affaires) et a été bénie par le Rabbi lui-même.
L’histoire commence avec le décès de ma mère en 1951, alors que j’avais quatre ans. Mon père, un veuf, un survivant de l’Holocauste, un fils de Bobover – qui avait trois petits enfants alors qu’il vivait dans le quartier de Bushwick à Williamsburg – est allé demander une bénédiction, sur le conseil d’un ami, au nouveau Rabbi de Lubavitch. Le Rabbi a essayé de lui donner cinquante dollars, ce qu’il a refusé parce qu’il était trop fier pour prendre l’argent, mais le Rabbi l’a béni et cette bénédiction a suivi notre famille à ce jour.
Je me suis marié dans une famille Habad. Mon beau-père, Reb Dovid Deitsch, était particulièrement proche du Rabbi et il travaillait dans le secteur des plastiques.
Après la guerre dévastatrice de Yom Kippour en 1973, mon beau-père a demandé au Rabbi ce qu’il devait faire pour aider Israël. Il était sûr que le Rabbi lui dirait d’envoyer un chèque à une organisation Loubavitch faisant de bonnes œuvres en Terre Sainte, mais la réponse du Rabbi s’est révélée radicalement différente.
« Ouvrez une entreprise en Israël », a-t-il dit. « Les nouveaux immigrants ont besoin d’emplois. Construisez une usine là-bas – vous aurez beaucoup de succès et cela profitera à de nombreuses familles. »
Mon beau-père ne pensait pas qu’une telle entreprise avait un sens et il n’a rien fait au début. Mais le Rabbi a persisté. Chaque fois que nous allions chercher une bénédiction, le Rabbi demandait: « Reb Dovid, que se passe-t-il avec les affaires en Israël? »
À vrai dire, aucun de nous – ni mon beau-père, ni ses enfants, ni ses gendres – n’avaient été intéressé par ce projet. Nos conseillers nous avaient dit que ce serait une perte totale. Donc, l’explication que mon beau-père a donnée au Rabbi était que nous essayions – et nous avons effectivement essayé – mais que nous avions des problèmes avec la bureaucratie israélienne.
Pour créer cette entreprise en Israël, nous avons rencontré une épreuve après l’autre – nous avions besoin des autorisations du gouvernement, des approbations des ministères, etc. C’était un projet très difficile, et j’en avais été chargé. Je voyageais dans les deux sens et j’en étais las. Alors, j’ai essayé de convaincre mon beau-père de convaincre les Rabbi que nous devions nous en éloigner.
En fait, j’ai moi-même discuté de ces problèmes avec le Rabbi lors d’une audience à l’été 1976. Mais au lieu d’accepter mon argument selon lequel nous devrions abandonner, le Rabbi a déclaré: « Comment comptez-vous gérer une entreprise si vous ne le faites pas sur place? «
Ce n’était pas du tout la réponse que j’espérais. Mais le Rabbi a souligné que, depuis l’été, c’était le moment idéal pour déménager en Israël pour l’année, car les enfants pouvaient commencer l’école en septembre.
C’était très dur pour moi d’accepter, mais ma femme a bien pris les choses. Donc, suite à la recommandation du Rabbi, nous avons déménagé dans un appartement à Nachlat Har Chabad à Kiryat Malachi, qui était un quart de la taille de notre maison à Crown Heights.
Après un an là-bas, j’ai dit au Rabbi que je ne pouvais pascontinuer à cause de toutes les frustrations que je rencontrais constamment, et j’ai essayé de le convaincre de rentrer chez nous. En réponse, le Rabbi m’a dit: « Les temps difficiles sont derrière vous maintenant; à partir de maintenant, ce sera plus facile. «
Soudain, les portes qui étaient fermées ont commencé à s’ouvrir – avec les fonctionnaires du ministère, avec les fonctionnaires des douanes, avec les banques. Je me faisais beaucoup de nouveaux amis. A un moment, j’ai été présenté au Premier ministre Menachem Begin qui m’a surpris en disant: « La dernière fois que j’ai visité le Rabbi, il m’a parlé de vous. J’espère que vous n’aurez plus de problèmes à partir de maintenant. «
Et c’est ainsi que notre usine à Nachlat Har Chabad – Flocktex Industries, et plus tard les producteurs des célèbres tissus Impal – a commencé à fonctionner à la fin des années 1970.
Nous avons été les premiers fabricants au monde à fabriquer un tissu de type velours pour rideaux, un tissu spécial dense qui ne laisserait pas passer la lumière et ne nécessiterait pas de doublure. En plus de cela, c’était un tissu souple, un produit unique qui est devenu très demandé en Angleterre et dans le monde entier.
Au début, l’Angleterre s’est avérée difficile à vendre ce produit car elle exigeait que les tissus d’ameublement soient ignifuges. L’application du produit chimique ignifuge a rendu le tissu rigide, mais nous avons trouvé un moyen de le contourner. Nous avons effectué des tests dans notre laboratoire, et nous étions sûrs que notre tissu respectait toutes les normes, mais ces clients n’étaient pas satisfaits. Ils voulaient un certificat d’un laboratoire anglais, qui a échoué à plusieurs reprises.
J’ai demandé au Rabbi sa bénédiction trois fois avant que le laboratoire anglais n’approuve finalement notre produit. Lorsque je lui ai demandé la troisième bénédiction et vu à quel point il était déconcerté par la demande, j’ai réalisé que le test anglais n’était pas fait correctement. Alors j’ai envoyé notre chimiste en chef là-bas et nous avons reçu l’accord.
À mesure que la demande mondiale augmentait, nous avons construit une deuxième puis une troisième usine, augmentant tout le temps la production. Aujourd’hui, bien que – en tant qu’entreprise privée – nous ne sommes pas la plus grande entreprise en Israël, nous sommes l’un des producteurs de textiles les plus prospères du pays – notre velours est considéré comme le meilleur velours en termes de contrôle de qualité. Cela a construit notre réputation dans le monde entier.
Est-ce que cela se serait passé sans l’insistance du Rabbi?
Bien sûr que non. Nos conseillers financiers nous ont dit que cette entreprise ne fonctionnerait pas. Ils ont dit: « Retournez à votre Rabbi et expliquez-lui qu’il ne comprend pas l’industrie et qu’il ne comprend pas le financement. Vous ne pouvez pas gagner de l’argent en Israël. Vous ne pouvez pas avoir une industrie prospère en Israël. Ce qu’il vous dit n’a aucun sens. «
Je remercie D.ieu que, même si nous pensions tous que nous allions être un échec en Israël, nous avons suivi les conseils du Rabbi. Parce que nous l’avons fait, nous sommes ici aujourd’hui à la tête d’une entreprise qui fournit des moyens de subsistance à plus de cent familles. Et pour cela, le Rabbi en reçoit tout le crédit.
M. Mayer Zeiler réside avec sa famille à Nachlat Har Chabad, en Israël, où il dirige Flocktex Industries. Il a été interviewé en janvier 2008.
Un Israélien raconte, dans une video, une histoire qu’il venait de vivre alors qu’il revenait du Yichouv Har Bracha, en Samarie.
« Je vais vous raconter, une histoire intéressante qui vient de m’arriver à l’instant. Je reviens maintenant de Har Bracha et mon Waze me fait prendre la route qui traverse Huwara (un village arabe située au sud de Naplouse, sur la route principale reliant Naplouse à Ramallah et Jérusalem).
Pour quelqu’un qui ne voyage pas tous les jours à Huwara, c’est un trajet «intéressant». Surtout quand je me suis retrouvé en plein milieu de Huwara dans un embouteillage, avec des voitures ayant des plaques d’immatriculation blanches (palestiniennes) autour de moi sans pouvoir avancer.
Un peu stressé, je commençais à réciter des Tehillim, je regardais à droite et à gauche, lorsqu’un arabe, assez âgé, s’est approché de moi. J’étais certain que la situation devenait compliquée et qu’il fallait bientôt réciter le Vidouy… Soudain, il met la main dans sa poche et sort une photo du Rabbi. Je l’ai regardé choqué. « Quel rapport entre un arabe de Huwara et le Rabbi?? »
j’ai ouvert la fenêtre et il me dit: « Ne t’inquiète pas. Tu as l’air stressé. Ne sois pas stressé, ici personne ne te fera de mal. »
Je lui ai demandé pourquoi. Il a commencé à me raconter qu’il connaissait un Habad qui fait réparer son Transit dans son garage. Il a ajouté que lors d’une de ces visites, le Loubavitch lui avait demandé pourquoi il était triste. Il a répondu que sa fille était très malade et que les médecins ne voient pas d’issue.
Le Loubavitch lui répond, « des bêtises viens on va écrire à mon Rabbi ». Il écrit une lettre au Rabbi de Loubavitch et demande une bénédiction de guérison pour la fille du garagiste de Huwara. Puis le garagiste me raconte qu’après avoir écrit au Rabbi sa fille a commencé a aller beaucoup mieux et avait guérie. Tous les habitants de Huwara savent que près de son garage on ne fait pas de mal aux juifs… Ein Od Milvado!… Ein Od Milvado!! »
Les deux jeunes étudiants de Yechiva Loubavitch échangèrent un regard interrogateur en lisant le nom affiché à la porte de cette maison : David O’Malley-Keyes. Ils hésitaient : que penser de ce nom ?
On était en été, pendant les vacances, période que les étudiants Loubavitch mettent à profit pour aider des Chlou’him (émissaires du Rabbi) dispersés aux quatre coins du monde. Sur leurs conseils, ils rendent visite à des petites communautés isolées ou même à des Juifs qui vivent dans des villages loin de tout. C’est ainsi que Lévi Levertov et Israël Teirtel se rendirent loin de New York pour assister les Chlou’him en Alaska, un territoire immense mais faiblement peuplé du fait de la rigueur de son climat. Cependant, quand on cherche bien, avec opiniâtreté, on trouve !
Ce jour-là, ils s’étaient rendus dans la localité de Big Lake, non loin de la ville de Wasilla où réside la famille du jeune Rav Menahem Mendel Greenberg (le fils du Grand Rabbin d’Alaska, le Chalia’hRav Yossef Its’hak Greenberg basé à Anchorage).
Dès son arrivée dans la ville, Rav Menachem Mendel avait entrepris toutes sortes de démarches pour localiser les Juifs qui ne figuraient pas sur les listes officielles de la communauté. Grâce à un véritable travail de fourmi, il avait ainsi réussi à trouver encore un Juif et encore un Juif : maintenant il bénéficiait de l’aide précieuse que lui apporteraient ces deux jeunes gens enthousiastes qui se mettraient eux aussi à contacter d’autres coreligionnaires.
Quand ils se décidèrent finalement à sonner à la porte, ils aperçurent un homme assis dans la cour tandis que, de l’intérieur de la maison, une voix s’exclamait : « Hé ! Regarde ! Des gens qui portent la Kippa ! ». En entendant ce mot, les deux jeunes gens se félicitèrent intérieurement de leur bonne intuition : ils avaient eu raison de sonner, ils ne s’étaient pas trompés d’adresse.
Une dame âgée leur ouvrit la porte ; ils demandèrent poliment la permission d’entrer pour faire connaissance mais elle leur suggéra plutôt de revenir une autre fois. Elle murmura : « Mon frère souffre d’une maladie incurable ; il est en phase terminale et, en ce moment, il ne peut vraiment recevoir personne ! Laissez-moi vos coordonnées et je vous contacterai plus tard ! »
Gênés, les deux jeunes gens s’apprêtèrent à lui obéir mais l’un d’entre eux insista et s’adressa directement au vieux monsieur malade : « Savez-vous ce que sont des Téfilines ? » – « Non ! répondit l’homme du fond de la pièce. » – « Avez-vous fêté votre Bar Mitsva à l’âge de treize ans ? continua le jeune étudiant. » – « Non ! répondit l’homme dans un souffle. » – « Alors nous pourrions la célébrer maintenant ! proposa-t-il. Cela ne prendra que quelques minutes ! » – « Entrez ! »
David O’Malley-Keyes avait accepté la suggestion. Quand les deux jeunes gens entrèrent, ils ne purent que constater la gravité de son état. Le malade ne parvenait même plus à manger tout seul, sa sœur Julia devait le nourrir à la cuillère. Lévi et Israël s’approchèrent du lit pour mettre les Téfilines au malade. Quand ils enroulèrent la lanière autour de son bras, David ne cacha pas son émotion, son visage changea d’expression et, avec une grande concentration, il récita les mots du Chema Israël que lui soufflaient gentiment les deux jeunes gens, aussi émus que lui.
C’était la première fois de sa vie et David ressentait intensément l’importance du geste qu’on l’aidait à accomplir. Et, pour bien marquer la joie que représentait cette cérémonie, les deux jeunes gens se mirent à danser joyeusement autour du lit où gisait le «Bar Mitsva» qui ne pouvait s’empêcher de pleurer : de souffrance ou peut-être de joie…
« Tu te souviens, David », remarqua pensivement Julia, « tu avais souhaité prendre quelque chose avec toi dans le Monde Futur ? Voilà ! Tu as reçu ce que tu demandais ! »
Durant de longues minutes, David ne parvint pas à calmer son émotion.
« C’est vrai », reconnut-il en éclatant en sanglots. « Rien que pour cet instant, cela valait la peine que vous effectuiez ce long voyage depuis New York ! »
Quelques jours plus tard, David O’Malley-Keyes envoya une lettre de remerciements à ses deux jeunes visiteurs avec des photos qui avaient été prises lors de la «Bar Mitsva». Avec quelques mots en guise de légende : « Le plus beau jour de ma vie ! ».
Mais avant que les deux jeunes gens ne retournent à New York, Rav Greenberg organisa – pour les remercier – un « Chabbat plein » avec tous les Juifs de la région. Bien entendu, David O’Malley-Keyes et sa soeur Julia furent invités eux aussi. Malgré ses difficultés dues à sa maladie, David insista pour participer à cette grande réunion communautaire. Durant le repas qui se déroula dans une très bonne ambiance puisque tous étaient heureux de se retrouver « en famille », Rav Greenberg demanda à David d’adresser quelques mots à l’assistance. Celui-ci raconta alors brièvement sa vie et évoqua sa terrible maladie. Tous étaient bouleversés.
« Quand j’ai compris qu’il n’existait aucun remède à ma maladie, j’ai ressenti un besoin urgent de me procurer quelque chose du domaine de l’esprit avant de quitter ce monde. J’ai prié à ma façon, j’ai demandé à D.ieu qu’Il m’accorde un signe ! »
David O’Malley-Keyes sentait sa gorge se serrer et les participants sortaient leurs mouchoirs…
« C’est alors qu’un jour, on a frappé à ma porte. Ces deux jeunes gens extraordinaires étaient venus de loin, de New York afin de fêter ma Bar Mitsva ! Je n’ai aucun doute qu’ils m’ont été envoyés par D.ieu ! Je ressens que j’ai enfin retrouvé mes origines ! »
Inutile de préciser que personne ne resta insensible dans l’assistance ! Tous étaient bouleversés.
Les jours suivants, il était clair que David O’Malley-Keyes n’entendait pas en rester là. Il demanda qu’on vienne l’aider tous les jours à mettre les Téfilines et il éprouvait de la peine quand il fallait les enlever.
Mais sa situation ne faisait qu’empirer et Rav Greenberg décida qu’il serait judicieux d’aborder avec David la question délicate de son enterrement.
Curieux, David demanda à Rav Greenberg quelle était la position du judaïsme en ce qui concerne l’incinération :
« D.ieu préserve ! laissa échapper Rav Greenberg. Le corps d’un Juif est saint et il faut l’inhumer selon les lois et traditions, dans un cimetière juif ! »
-« Si c’est ainsi, je vais faire amender mon testament et demander à être enterré selon ma religion ! », promit David sans exiger davantage d’explications.
A l’approche des fêtes de la nouvelle année, David se rendit à Tacoma dans l’état de Washington, là où habitait sa fille. Rav Greenberg l’avait mis en relation avec le Chalia’h local, Rav Zalman Heber. David O’Malley-Keyes put prendre part aux offices de Roch Hachana et Yom Kippour. Il eut même le privilège et le mérite de tenir dans ses bras le rouleau de la Torah pendant qu’on sonnait du Choffar.
« J’ai souffert pendant quatre ans », expliqua-t-il à Rav Heber. « Je rêvais de pouvoir encore prendre part aux élections américaines mais maintenant je réalise quel était mon véritable souhait : me rapprocher de D.ieu ! »
Le vendredi 26 Tichri, voyant que David O’Malley-Keyes vivait ses derniers instants dans ce monde, Rav Heber revint lui rendre visite et conclure les préparatifs en vue de l’enterrement : « David ! Quelle sorte de discours funèbre désirez-vous que je prononce ? »
David réfléchit un instant puis déclara d’une voix étrangement ferme : « Annoncez qu’il n’est jamais trop tard d’être fier d’être juif ! »
Il avait beaucoup de mal à s’exprimer mais, au prix d’un grand effort, il ajouta : « Tant que mon âme sera en moi, je souhaite être le digne vecteur de la lumière divine ! Racontez mon histoire à quiconque veut l’entendre et cela procurera à mon âme une continuation même quand je ne serai plus là ! »
Le mardi 29 Tichri, David rendit son âme, purifiée et apaisée à son Créateur.
Puisse son souvenir être une bénédiction pour quiconque lira son histoire !
Le Rav David Aaron Neuman vit avec sa famille dans le quartier de Williamsburg à Brooklyn. Il raconte sa première rencontre avec le Rabbi en 1941 à Marseille.
Je suis né en 1934 dans le village de Vizhnitz, en Ukraine. Quand j’étais un petit garçon, mes parents ont immigré à Anvers, en Belgique. La Belgique comptait une importante communauté juive, quelques 50.000 Juifs vivaient à Anvers à l’époque et ils espéraient avoir une vie meilleure.
Malheureusement, notre séjour n’a pas duré longtemps. En 1940, les allemands ont envahi la Belgique et ont immédiatement commencé à déporter et à tuer des juifs. Les gens ont essayer de s’enfuir et nous nous sommes enfuis vers la frontière avec la France. Je n’avais que six ans à l’époque, mais j’étais assez mûr pour me rendre compte que notre survie dépendait de notre fuite.
Nous sommes arrivés à Marseille où vivait ma grand-mère et la sœur de ma mère. Un groupe de Hassidim Loubavitch vivaient là, et nous avons été accueillis chaleureusement. Mais le problème est qu’il n’y avait rien pour nous là-bas. Il n’y avait pas assez de nourriture et pas assez de logements pour gérer l’afflux de tous les réfugiés. Nous sommes passés de maison en maison, d’un endroit à l’autre. Quelques mois plus tard, les nazis ont envahi Paris, et la situation s’est alors empirée.
Au milieu de tout ce chaos et de ces bouleversements, ma famille a été obligée de se séparer. Ce n’est qu’après la guerre que j’ai pu revoir les membres de ma famille. Pendant ce temps, je ai été envoyé dans un orphelinat juif de Marseille où logeaient une cinquantaine d’enfants, dont le plus grand nombre avaient entre trois et quatre ans. Certains d’entre eux savaient que leurs parents avaient été tués, d’autres ne savaient pas ce qu’étaient devenus leur mère et leur père. Souvent, on entendait les enfants pleurer ou appeler leurs parents qui n’étaient pas là pour répondre.
Comme les jours passaient, la situation devenait de plus en plus désespérée, et la nourriture devenait de plus en plus rare. Nous étions de plus en plus affamés lorsque, au début de l’été 1941, un homme est entré dans l’orphelinat. Nous ne connaissions pas son nom, nous l’appelions « Monsieur ». Tous les jours, « Monsieur » arrivait avec des sacs de pain, des longues baguettes françaises, du thon ou des sardines et parfois, des pommes de terre. Il restait jusqu’à ce que chaque enfant ait mangé.
Certains des enfants étaient tellement découragés, qu’ils ne voulaient plus manger. « Monsieur » avait l’habitude de les prendre sur ses genoux, de leur raconter une histoire, de chanter avec eux, et de leur donner à manger. Il s’assurait toujours que tous les enfants avaient bien mangé. Avec certains des enfants, il s’asseyait à côté d’eux sur le sol, les cajolait et leur donnait à manger à la cuillère. Il était comme un père pour ces petits enfants malheureux.
Il connaissait chaque enfant par son prénom, mais nous ne connaissions pas le sien. Nous l’aimions et attendions avec impatience sa venue. Je me souviens d’un enfant qui était jaloux, il voulait aussi s’asseoir sur les genoux de « Monsieur » et écouter des chansons et des histoires. Il feignait de ne pas manger, afin d’attirer son attention.
« Monsieur » vint tous les jours pendant plusieurs semaines. Et je dirai que la plupart des enfants qui vivaient à l’orphelinat à ce moment là, lui doivent la vie. Sans lui, aucun de nous n’aurait survécu.
Finalement, ce fut la fin de la guerre, et j’ai retrouvé ma famille. Nous avons quitté l’Europe et avons recommencé notre vie. En 1957, nous sommes venus vivre à New York et à cette époque mon oncle, qui vivait à Anvers était devenu un Hassid Habad, il m’a suggéré de rencontrer le Rabbi de Loubavitch. Bien sûr, j’acceptai et programmai un rendez-vous avec le secrétaire du Rabbi.
A la date fixée, je vins au 770 Eastern Parkway et m’assis pour attendre mon tour. Je lus quelques psaumes et regardai le défilé d’hommes et de femmes de tous les horizons venus pour voir le Rabbi. Enfin, on me dit que c’était mon tour, et j’entrai dans le bureau du Rabbi. Le Rabbi, avec un grand sourire me salua immédiatement : « Dos de Dovidélé ? C’est Dovidélé ? »
Surpris, je me demandai comment le Rabbi connaisait mon nom ? Je faillis m’évanouir et c’est ainsi que je réalisai que je me trouvais devant « Monsieur » ! Le Rabbi était « Monsieur » ! Et il m’avait reconnu immediatement!. C’était absolument incroyable.
Plus tard, j’ai appris comment le Rabbi était venu à Marseille. Le Rabbi et la Rabbanite Haya Mouchka essayaient d’échapper à l’Europe nazie. Afin de fournir les documents nécessaires, ils faisaient des aller-retours entre Nice où ils vivaient et Marseille. Il avait entendu parler de l’orphelinat et était venu à notre secours.
J’ai entendu dire que, après le 3 Tamouz 5754, plusieurs carnets contenant des notes et des écrits ont été découverts. Ces notes recouvraient tous les aspects de la Torah, puisés dans la philosophie juive, la Kabbale et le Talmud. Beaucoup de ces notes ont été écrites au moment où le Rabbi se trouvait en France, au début de la guerre. Même au milieu de tout ce chaos, le Rabbi se consacrait à écrire des commentaires extraordinaires sur toutes les parties de la Torah.
Mais ce qui est encore plus remarquable pour moi, c’est qu’un Tsaddik d’une telle ampleur livrait des sacs de nourriture et se préoccupait de nourrir personnellement des petits orphelins. Il n’a jamais oublié que sauver des vies est la préoccupation majeure. Je serai toujours reconnaissant qu’il a sauvé la mienne et que grâce à lui, j’ai pu avoir beaucoup d’enfants, de petits-enfants et d’arrière-petits-enfants.
Deux semaines avant Roch Hachana en 1734, le jour de son 36ème anniversaire, Rabbi Israël Baal Chem Tov, se révéla comme une personne extraordinairement sainte et comme leader du mouvement hassidique naissant. Avant cela, il veillait à dissimuler aux yeux du public ses qualités spéciales. Il s’habillait, parlait et se comportait comme tous les autres Juifs pauvres simples et incultes d’Ukraine. Pour subvenir à ses besoins, il travaillait comme un ouvrier ordinaire. Ses intenses prières, sa méditation et sa profonde étude de la Torah étaient toutes réalisées dans le plus grand secret. En parlant avec d’autres Juifs, il lui arrivait souvent de les encourager avec des enseignements et des histoires du Midrache et du Talmud qui soulignaient la valeur de servir D.ieu simplement, mais de tout son cœur. Il s’efforçait de nourrir en eux l’amour de D.ieu, de la Torah et de tout le peuple juif. Mais quand il le faisait, c’était toujours dans le langage des gens du commun. Personne ne le soupçonnait d’être plus que ce qu’il paraissait être. Seule sa femme connaissait ses capacités.
Parfois, il arrivait qu’il fût forcé d’utiliser ses pouvoirs extraordinaires pour sauver des Juifs en détresse, ou même des communautés entières. Chaque fois que c’était le cas, dès que le danger était écarté, il partait immédiatement pour un endroit lointain où personne ne le connaissait. L’un de ces événements eut lieu à Lag BaOmer.
À cette époque, les communautés juives d’Europe de l’Est étaient souvent l’objet d’attaques par des hordes de violents cosaques et d’autres antisémites sauvages du même acabit. Ils battaient les hommes juifs, parfois à mort, ils violaient les femmes et pillaient ou détruisaient tous les biens juifs sur lesquels ils pouvaient mettre la main. Une fois, la ville où le Baal Chem Tov vivait eut vent qu’une bande de ces maraudeurs se dirigeait dans leur direction. L’ensemble de la communauté juive décida d’abandonner ses maisons et de se cacher dans les collines pendant quelques jours, jusqu’à ce que les cosaques se calment et s’en aillent. Le Baal Chem Tov les accompagna. Les gens se réfugièrent dans les nombreuses grottes qui parsemaient les hauteurs accidentées.
De leur point d’observation, les Juifs pouvaient voir que la horde cosaque était arrivée en ville. Ne trouvant pas de Juifs à agresser physiquement, ils déversèrent leur colère et leur frustration sur leurs biens. Ils ouvrirent l’entrepôt de vin, burent jusqu’à sombrer dans une ivresse folle, brisèrent le reste des tonneaux et mirent le feu au bâtiment. Les Juifs tremblaient tous de peur à l’idée que les cruels cosaques décident d’inspecter les collines et découvrent leurs cachettes.
Quelques jours passèrent. Les envahisseurs avaient empilé des tas de butin pillé dans les maisons et les magasins juifs. Les Juifs craignaient encore d’être découverts. Quelle ne fut pas leur surprise de voir que le simple Yisroelik (surnom d’Israël, le nom du Baal Chem Tov) rassemblait de leurs enfants en groupes à l’extérieur de la grotte, en plein jour !
Ils protestèrent vivement, ce à quoi le Baal Chem Tov répondit que c’était le saint jour de Lag BaOmer, un jour où l’on sort dans les champs pour célébrer joyeusement le jour de Rabbi Chimone bar Yo’haï. Il leur assura que non seulement ils ne seraient pas en danger, mais que le mérite de leur observance de Lag BaOmer contribuerait à protéger et à sauver l’ensemble de la communauté.
Son enthousiasme et sa conviction finirent par avoir raison de l’inquiétude des parents et ceux-ci donnèrent leur permission. Le Baal Chem Tov passa de caverne en caverne et rassembla pratiquement tous les enfants.
Alors que la plupart des adultes ruminaient encore cette surprenante tournure des événements, le Baal Chem Tov organisa une mini-parade. Les enfants défilèrent en chantant joyeusement derrière leur nouveau chef charismatique. Au début, ils avaient un peu peur et chantaient seulement à voix basse, mais en peu de temps, leur crainte s’évanouit à mesure qu’ils élevaient leurs voix en chantant les joyeux airs traditionnels en l’honneur de Rabbi Chimone bar Yo’haï.
Les parents regardaient leurs enfants avec une affection nerveuse, mais leur attention fut rapidement captée par le Baal Chem Tov. C’était comme s’ils ne l’avaient jamais vu auparavant. Son visage rayonnait de ravissement quand il chantait et tous ses mouvements reflétaient l’extase du Divin alors qu’il dansait avec le cercle des enfants. Le simple Yisroelik qu’ils connaissaient s’était transformé à leurs yeux en le plus saint des hommes. Sa voix s’associait à celles des enfants innocents et purs pour produire un chant qui semblait aussi sublime que celui des anges dans le ciel.
Le défilé et les chants se poursuivirent longtemps. Ensuite, le Baal Chem Tov conduisit les enfants à un petit plateau, les fit s’asseoir dans l’herbe et leur distribua à tous des goûters qu’il avait amenés avec lui. Il fit en sorte que chaque enfant prononce haut et fort la bonne bénédiction pour la nourriture qu’il recevait. Puis, après qu’ils eurent mangé, il leur raconta de fascinantes histoires du Talmud et du Midrach sur Rabbi Chimone bar Yo’haï et sur Rabbi Akiva. Les enfants écoutèrent attentivement et ressentirent le puissant amour que le Baal Chem Tov avait pour chacun d’eux, y répondant avec une grande affection.
Les parents et les autres adultes du village demeuraient très inquiets. Comment Yisroelik pouvait-il rester si longtemps à découvert avec leurs enfants ? Leurs regards apeurés passaient rapidement de la fureur et de la fumée qui s’élevaient du village en dessous aux rangées d’enfants assis en face du Baal Chem Tov. Ils murmuraient des prières pour que tout se termine bien et que tous soient en sécurité.
Soudain, ils virent le gang de cosaques décamper du village et se disperser dans toutes les directions, courant de toutes leurs forces. Ils partirent si brusquement qu’ils n’emportèrent rien avec eux, abandonnant leur immense butin. Au début, les Juifs craignirent que les envahisseurs se fussent de nouveau mis à leur recherche, mais la rapidité avec laquelle l’ennemi avait disparu du voisinage eut tôt fait de calmer leur peur. Peu de temps après, tous les Juifs étaient revenus dans leur village. Le danger était passé !
Ils purent bientôt éclaircir ce qui s’était passé. On ne sait comment, les vandales avaient découvert – ou cru qu’ils avaient découvert – qu’une troupe de soldats gouvernementaux s’approchait rapidement du village. Saisis d’effroi, ils avaient pris leurs jambes à leur cou, abandonnant tout ce qui pouvait ralentir leur fuite.
Les Juifs s’en retournèrent joyeusement dans leurs foyers, émerveillés par le miracle dont ils avaient bénéficié. Ils ne doutaient pas que le miracle avait eu lieu par le mérite de la célébration joyeuse par leurs enfants de Lag BaOmer, le jour de joie du grand sage Rabbi Chimone bar Yo’haï, avec le saint mystique jusqu’ici caché, le Baal Chem Tov… qui s’était déjà éclipsé pour s’installer dans un autre village.
Adapté de Si’hat HaShavoua n ° 176.
Copyright 2003 par KabbalaOnline.org. Tous droits réservés, y compris le droit de reproduire cette œuvre ou des parties de celle-ci, sous n’importe quelle forme, sauf avec la permission écrite de Kabbala Online.
En 1977, alors que j’avais toujours joui d’une excellente santé, j’ai commencé à ressentir de vives douleurs dans le dos. Les médecins que j’ai consultés dans mon pays, au Brésil, ont diagnostiqué un problème avec un certain os du dos qu’ils n’étaient pas capables de traiter. Ils m’ont conseillé de me rendre aux Etats-Unis.
Sachant que le traitement, là-bas, prendrait sûrement des semaines, je repoussais l’échéance car je ne pouvais me permettre de laisser mon affaire à l’abandon si longtemps. De plus, je ne parlais pas l’anglais. Mais les douleurs se firent si intenses que je fus bien obligé de prendre contact avec une clinique à New York. En même temps, j’ai téléphoné à un de mes neveux, Victor Dana qui, habitant Montréal, savait bien sûr parler anglais. Il accepta de s’occuper de nous à New York.
Dans la clinique, mon épouse et moi-même fûmes très bien accueillis. On nous expliqua la situation et l’opération qu’il fallait effectuer, sans cacher le fait qu’elle ne connaissait alors que 50% de réussite, ce qui signifiait que la moitié des patients ne s’en relevait jamais !
Ma femme décida sur le champ qu’il n’était pas question de procéder à l’opération dans ces conditions. Mais que faire d’autre? Mon neveu Victor qui était pratiquant, mais pas Loubavitch, nous suggéra timidement de prendre conseil auprès du Rabbi. Cette proposition me semblait saugrenue car si les meilleurs médecins n’avaient pas de solution pour nous, que pouvait ajouter un rabbin ?
Encore une fois, ce fut ma femme qui me pressa d’accepter et nous avons obtenu un rendez-vous avec le Rabbi à une heure avancée de la nuit.
Nous avons attendu longtemps devant la porte du bureau avec des centaines d’autres personnes. Ma douleur était si forte qu’un des secrétaires me proposa une chaise pour m’asseoir. je ne réussis qu’avec peine à me traîner dans le bureau du Rabbi quand est arrivé notre tour. Ma femme dit : «Chalom Rabbi !».
Mais avant qu’elle puisse ajouter quelque chose, le Rabbi me regarda et dit : «Chalom et bénédiction. Votre médecin ne se trouve pas aux Etats-Unis mais au Brésil . Vous devez y retourner !».
Peut-être le secrétaire avait-il informé le Rabbi que nous venions du Brésil, mais il n’avait sûrement pas connaissance des détails de ma santé…
Le Rabbi nous avait parlé en hébreu, une langue que je connais bien puisque j’avais participé à la Guerre d’Indépendance en 1948. J’avais même été fait prisonnier au Liban.
Quoi qu’il en soit, nous étions stupéfaits de l’assurance avec laquelle le Rabbi nous avait parlé. Il est évident que nous ne nous attendions pas à pareille directive. Ma femme bredouilla que si nous étions venus demander conseil au Rabbi, c’était parce qu’on nous avait affirmé que personne au Brésil ne pouvait nous aider ! Mais le Rabbi insista : «Comme je l’ai déjà dit, votre médecin se trouve au Brésil et D.ieu vous guérira très bientôt !».
Mon neveu m’attendait fidèlement à l’extérieur de la synagogue. Dès que je l’aperçus, je lui dis sans ambages ce que je pensais : «Où m’as-tu amené à deux heures du matin ? Ton Rabbi ne m’a même pas demandé quel était mon problème. Comment peut-il savoir où se trouve le meilleur médecin pour mon cas ?».
Interloqué, mon neveu ne savait que répondre mais ce fut ma femme qui fit preuve d’une surprenante confiance dans les paroles du Rabbi : «Nous rentrons dès demain au Brésil. J’ai confiance dans le Rabbi ! De toute manière, je n’accepterai pas que tu subisses une opération qui n’a que 50% de chances de réussir».
Je n’avais pas la force de m’opposer et je n’avais aussi aucune envie de subir cette opération.
Quand nous avons atterri au Brésil, ma douleur s’est réveillée et j’ai vraiment dû me traîner jusqu’au tapis pour récupérer nos bagages. Alors que nous attendions nos valises, un homme qui nous était complètement étranger s’est approché de moi : il avait remarqué que je souffrais du dos et il connaissait un médecin qui pourrait m’aider, à Campinas. Nous étions suffoqués ! Il inscrivit sur un papier les cordonnées de ce médecin et s’en alla !
La ville de Campinas se trouve à sept heures de route en voiture de Rio de Janerio où nous venions d’arriver. Malgré ma fatigue et mes doutes, ma femme s’était déjà décidée : certainement cet étranger avait été sans le savoir l’envoyé du Rabbi ! Pour m’éviter la fatigue d’un vol régulier, ma femme loua un avion privé qui nous amena le lendemain à Campinas.
Après une heure d’examens approfondis et douloureux, le médecin déclara : «Vous n’avez absolument rien !».
J’ai éclaté de rire. C’était bien la première fois que je riais depuis longtemps ! Mais le médecin ne s’offusqua pas. Durant une longue heure, il expliqua exactement à mon épouse les difficiles exercices de physiothérapie que je devais suivre matin et soir; d’ailleurs il effectua lui-même une manœuvre sur mon pauvre dos qui m’arracha un cri de douleur : heureusement pour lui que je n’avais pas la force de lui rendre la pareille… !
Epuisé, je rentrai le même jour dans le jet privé à Rio de Janeiro. Pendant 24 heures, je fus incapable de bouger. Mais au bout de quelques jours, grâce aux exercices, je ressentis une amélioration notable. Bientôt, toutes les douleurs avaient disparu !
J’étais bien conscient que je devais ma guérison au Rabbi. Nous sommes retournés, ma femme et moi à New York pour le remercier. Cette fois-ci, je n’eus pas besoin de chaise et je me tenais bien droit. Quand j’entrai dans le bureau et remerciai le Rabbi, il sourit et dit qu’il fallait remercier le bon D.ieu qui est le Guérisseur de toute souffrance. Puis il ajouta : «Si on veut remercier le Tout Puissant, cela doit se manifester par l’observance de Ses commandements. Je propose que vous commenciez à veiller particulièrement à la cacheroute et D.ieu vous bénira avec une longue vie, en bonne santé !».
Inutile de préciser que, depuis lors, comme le disent nos Sages : «Une Mitsva a entraîné une autre Mitsva !» et notre famille s’est renforcée progressivement dans toutes les Mitsvot. Ma fille Ra’hel a épousé un jeune Loubavitch, Rav Yaakov Salomon de Safed.
Cela fait déjà plus de 25 ans que j’ai vu le Rabbi pour la première fois et, D.ieu merci, je n’ai plus jamais ressenti de douleur dans le dos!
Moché Klili, Rio de Janeiro Magazine Kfar Chabad – traduit par Feiga Lubecki