Le 28 mars 2025, un tribunal des Émirats arabes unis a condamné à mort les meurtriers du Rav Zvi Kogan, émissaire Habad, enlevé et assassiné en novembre 2024. Ce crime, attribué à des Ouzbeks agissant sous ordres iraniens, a bouleversé le monde juif et mis en lumière les défis d’une communauté en plein essor dans le Golfe.

 

Une sentence historique a été rendue le 28 mars 2025 par un tribunal des Émirats arabes unis : la peine de mort a été prononcée contre les assassins du Rav Zvi Kogan, de mémoire bénie (z »l), émissaire Habad dans ce pays du Golfe. Ce jeune Rav, enlevé et assassiné au cours du mois de Heshvan 5785 (novembre 2024), a été victime d’un crime odieux qui, selon les conclusions de l’enquête, aurait été commandité par l’Iran et exécuté par des ressortissants ouzbeks. L’annonce de ce verdict a résonné comme un coup de tonnerre, plongeant le monde juif dans un deuil profond tout en provoquant une indignation internationale face à cet acte de violence ciblée.

Une vie dédiée à la mission Chabad

Le Rav Zvi Kogan était un homme d’une énergie et d’un dévouement rares. Né en Israël dans une famille imprégnée des valeurs du mouvement Loubavitch, il avait choisi dès son jeune âge de consacrer sa vie à la mission des émissaires Chabad, ces ambassadeurs spirituels envoyés par le Rabbi de Loubavitch pour raviver la flamme juive aux quatre coins du monde. Aux Émirats arabes unis, il travaillait sous la direction du Rav Levi Yitzchak Duchman, le Rav en chef de la communauté juive locale, un pionnier qui avait bâti une infrastructure religieuse dans cette nation autrefois dépourvue de présence juive organisée.

Zvi Kogan était bien plus qu’un assistant : il gérait avec soin un restaurant casher à Dubaï, certifié selon les normes les plus strictes (glatt kosher), qui servait de point de rencontre pour les Juifs résidents et les nombreux visiteurs attirés par le dynamisme économique des Émirats. Il organisait également des cours de Torah, des offices de prières et des événements communautaires, offrant un refuge spirituel dans un pays où la vie juive était encore en pleine émergence, notamment depuis les accords d’Abraham signés en 2020.

Avant son mariage, il avait déjà passé plusieurs années dans cette mission solitaire, s’adaptant à une culture étrangère avec un mélange d’audace et de douceur. Puis, il était revenu aux Émirats avec son épouse, une femme dont les racines familiales portaient elles-mêmes une histoire tragique : elle était la nièce du Rav Gavriel et de Rivky Holtzberg (z »l), émissaires Habad assassinés lors de l’attaque terroriste de Bombay en 2008. Ce lien semblait renforcer leur détermination à transformer les ténèbres en lumière, un idéal au cœur de la philosophie Chabad.

Un drame qui a secoué la communauté

Le drame a débuté le jeudi 21 novembre 2024, lorsque le Rav Kogan a soudainement disparu. Ce jour-là, il avait quitté son domicile pour une journée de travail ordinaire, mais il n’est jamais rentré. Sa famille et ses collègues, inquiets, ont alerté les autorités locales. Pendant trois jours, une recherche intense a mobilisé les forces de sécurité émiraties, tandis que des appels à la prière étaient lancés dans les communautés juives du monde entier.

Le dimanche 24 novembre (23 Heshvan 5785), les services de renseignement des Émirats ont fait une annonce déchirante : le corps sans vie de Zvi Kogan avait été retrouvé dans la ville d’Al-Aïn, à environ 150 kilomètres de Dubaï. La découverte était macabre : des marques de coups et de strangulation couvraient son corps, et son véhicule, abandonné non loin, portait des traces évidentes d’une lutte désespérée. Les enquêteurs ont rapidement conclu à un enlèvement suivi d’un assassinat prémédité.

Une enquête révélatrice

Les investigations menées par les autorités émiraties, avec le soutien d’experts internationaux, ont permis d’identifier les coupables : trois hommes originaires d’Ouzbékistan, connus pour leurs antécédents criminels. Selon les conclusions, ces individus n’auraient pas agi de leur propre chef, mais sous les ordres directs de l’Iran, une puissance régionale souvent accusée de financer des opérations clandestines contre des cibles juives ou israéliennes. Les assassins auraient surveillé les déplacements du Rav pendant des semaines, profitant de sa routine pour planifier leur attaque.

Après le meurtre, les suspects ont tenté de fuir vers la Turquie, un pays connu pour être une plaque tournante pour les réseaux criminels en transit. Cependant, grâce à une coopération rapide entre les Émirats, Interpol et les autorités turques, ils ont été appréhendés et extradés vers Abou Dabi pour y être jugés. Les preuves, incluant des enregistrements téléphoniques et des témoignages, ont établi leur culpabilité sans l’ombre d’un doute.

Le verdict et ses échos

Le 28 mars 2025, après un procès suivi de près par la communauté internationale, le tribunal émirati a prononcé la peine capitale contre les trois meurtriers. Ce verdict a été validé par les plus hautes instances judiciaires des Émirats, un pays où la peine de mort, bien que rarement appliquée, reste en vigueur pour les crimes les plus graves. Lors de l’audience, un moment inattendu a marqué les esprits : les accusés, jusque-là impassibles, auraient fondu en larmes à l’annonce de leur sort, un geste interprété par certains comme des « larmes de crocodile », dénuées de véritable repentir.

Une tragédie qui unit et interpelle

L’assassinat du Rav Zvi Kogan a eu un impact profond, bien au-delà des frontières des Émirats. En Israël, le Premier ministre a qualifié cet acte de « nouvelle preuve de la haine antisémite orchestrée par l’Iran », promettant de travailler avec les alliés pour contrer cette menace. À New York, au siège mondial Habad, des milliers de personnes se sont rassemblées pour une veillée en son honneur, tandis que des prières spéciales, notamment le récital des Tehilim (Psaumes), ont été organisées dans les synagogues du mouvement à travers le globe.

Aux Émirats, où la communauté juive reste modeste mais croissante, la perte de Zvi Kogan est un coup dur. Il incarnait l’esprit des accords d’Abraham, qui ont ouvert une ère de coexistence entre Juifs et Arabes dans la région. Son restaurant casher, aujourd’hui fermé temporairement, était un symbole de cette harmonie. Pourtant, son meurtre rappelle aussi les défis persistants, notamment la menace de forces extérieures cherchant à déstabiliser cette paix fragile.

Un héritage de lumière

Malgré la douleur, l’héritage du Rav Zvi Kogan perdure. Sa famille, ses collègues et ses élèves se sont engagés à poursuivre son œuvre, avec des projets pour rouvrir le restaurant et renforcer la présence juive aux Émirats. « Zvi nous a appris à ne jamais abandonner, même face à l’adversité », a déclaré un proche lors d’une cérémonie commémorative. Dans un monde marqué par les conflits, son histoire est un appel à la résilience et à l’espoir, des valeurs qu’il portait jusqu’à son dernier souffle.