Dix ans après avoir ébauché sa première conception de la sécurité, Benjamin Netanyahou en livre une version entièrement refondée, offensive et tournée vers l’initiative. Il affirme qu’Israël a écarté deux menaces existentielles — le nucléaire iranien et l’étau des milices supplétives — et qu’il a, ce faisant, changé le visage du Proche-Orient. Dans ce long exposé, il détaille les menaces majeures, les fronts et les dix principes censés guider l’État juif pour les années à venir.

 

 

Bonjour à tous.

Ben Gourion avait posé trois ou quatre principes qu’il appelait la doctrine de sécurité nationale. C’était important : cela a donné une direction et une boussole à nos forces, dès la fondation de l’État, en tenant compte des leçons tirées de la guerre d’Indépendance et de ce qui a suivi. Il y a une dizaine d’années, à peu près, j’ai moi aussi formulé une conception de la sécurité, que j’ai présentée aux chefs des différentes institutions. Depuis, elle a profondément évolué : des éléments s’y sont ajoutés, et dès la guerre de la Renaissance et ses suites, nous avons commencé à transformer cette doctrine. Je dirais qu’à son commencement déjà s’amorçait un changement d’orientation, que je vais bien sûr exposer ici.

L’attaque du Chabbat, en octobre, a d’abord contraint Israël à rendre coup pour coup. Par un combat continu, de Gaza au Yémen, du Liban à l’Iran, Israël a éloigné de lui le danger d’une destruction nucléaire proche et immédiate. L’Iran développait des bombes atomiques ; sans l’opération Am Kelavi (« Le lion dressé »), ils auraient disposé d’armes atomiques destinées à nous anéantir. Il faut le comprendre : c’est la donnée sécuritaire première et suprême, celle que nous devons sans cesse garder à l’esprit et traiter en permanence.

Deux menaces existentielles désormais écartées

Nous avons donc éloigné de nous ce danger de destruction atomique, proche et immédiat. En parallèle, nous avons aussi desserré l’étau que l’Iran avait construit autour de nous avec ses milices supplétives : nous les avons taillées en pièces, nous sommes même entrés sur leur territoire. Deux menaces existentielles ont ainsi été levées : la menace nucléaire et celle de l’étau des forces supplétives.

Le gouvernement et le cabinet de sécurité ont pris des décisions réfléchies, et je dois dire aussi très courageuses — car nous avons réellement changé toute la trajectoire du pays. Tsahal et les services de sécurité ont frappé avec force, et le front intérieur civil a tenu bon à nos côtés. Le début de cette guerre de la Renaissance a imposé de revoir plusieurs des fondements de notre doctrine de sécurité traditionnelle. Je vais en détailler quelques-uns.

D’abord, donner la priorité à la prévention et à l’offensive, plutôt qu’à la contention et à la défense. On n’absorbe pas : on agit activement pour prévenir les dangers, y compris par des frappes préventives destinées à déjouer les menaces qui mûrissent. Vous l’avez vu avec Nasrallah, avec les bipeurs, en Iran, en Syrie aussi. C’est une différence énorme, celle du premier coup — j’y reviendrai.

Ensuite, renforcer la défense du front intérieur face à des menaces nouvelles. Le front intérieur doit être protégé, et pour cela il faut agir par des moyens défensifs autant qu’offensifs, qui doivent sans cesse se perfectionner, y compris en ce moment même. Je vous livrerai beaucoup de détails — pas tout, hélas, pas même devant cette instance — mais l’essentiel, vous pourrez le saisir à travers ce que je dis.

Autre point : bâtir une autonomie croissante en matière d’armement. Nous avons vu, pendant cette guerre, ce qui peut arriver quand on dépend d’autrui. Nous ne voulons pas en arriver là. Notre conception de la sécurité exige donc de renforcer notre capacité autonome à produire nos armements et nos systèmes. On peut trouver des partenaires, mais ce sont eux qui doivent dépendre de nous, et non l’inverse. Et cet armement doit se faire dans des sites industriels et technologiques souterrains. Pour cela, nous avons alloué plus de 400 milliards — près de 450 milliards — en supplément à notre budget de défense, qui n’a cessé de croître.

Il faut bien sûr garantir notre avance dans les technologies les plus avancées. Nous sommes dans une course technologique immédiate, et nous devons être non pas un acteur parmi d’autres, mais un acteur de premier plan — comme nous le sommes déjà dans le cyber, deuxième au monde pour les investissements derrière les États-Unis. Nous devons atteindre une position comparable dans l’intelligence artificielle : c’est critique. Israël doit être une puissance régionale, et sur certains points même une puissance mondiale, car nous faisons face à un ensemble de menaces qui m’obligent à disposer d’une capacité excédentaire et d’une puissance hors du commun. C’est aussi ce qui nous permet de nouer de nouvelles alliances avec un très grand nombre de pays.

Ces principes, nous n’allons pas commencer à les appliquer : je ne fais que donner ici une formulation officielle à ce que nous faisons déjà et à ce que nous ferons encore. C’est une conception de la sécurité très active, très volontariste, destinée à changer le visage du Proche-Orient. Et je veux vous le dire : elle l’a déjà changé, et elle le change de jour en jour. Israël est plus fort que jamais, et l’Iran plus faible que jamais ; ses axes sont frappés, mais il reste du travail pour achever la tâche : d’abord faire tomber définitivement ce régime, puis — ou en parallèle — porter le coup final au Hamas et au Hezbollah. Tout cela est à notre portée et viendra en son temps. Mais d’abord la tête de la pieuvre : celle que personne n’avait osé frapper pendant quarante-sept ans, qu’aucun pays occidental n’avait attaquée, et que nous avons frappée grâce au changement opéré ici.

Nous avons changé le visage du Proche-Orient parce que nous nous sommes changés nous-mêmes. Tout cela représente une transformation de fond de notre doctrine de sécurité : son caractère offensif, son initiative, sa ruse, et sa projection vers le lointain — c’est-à-dire la capacité d’Israël d’atteindre des cibles très éloignées, y compris, s’il le faut, en établissant des bases loin de ses frontières.

Première menace : l’arme nucléaire

La menace principale et première, c’est l’arme nucléaire. Il faut comprendre ce qu’elle signifie : notre existence même. Il y a un an à peine, nous étions face au danger d’un régime islamiste fanatique et extrémiste sur le point d’achever quelques têtes nucléaires destinées à nous détruire. C’est de cela qu’il s’agit, dans le brouillard des campagnes électorales.

J’ai toujours considéré cela comme la menace première, car un dirigeant iranien avait dit : « Israël est un pays à une seule bombe. » Lancez une seule bombe et c’en est fini — non seulement parce qu’elle tuerait des centaines de milliers de personnes d’un coup, mais parce qu’elle anéantirait le pays. Il est très petit, très concentré : une bombe nucléaire, c’est la destruction de l’État. J’ai donc consacré ma vie, pendant des décennies, à empêcher ce régime d’obtenir l’arme nucléaire — au point qu’on a fini par appeler cela « la lubie de Netanyahou ». « Encore Netanyahou avec l’Iran, de quoi parle-t-il ? » Et j’ai dû lutter non seulement contre l’indifférence et le mépris venus de l’extérieur, mais aussi contre une opposition active de responsables sécuritaires chez nous. Pas tous, mais la plupart.

Car j’avais identifié dans le nucléaire iranien une menace existentielle, émanant d’un régime qui a inscrit sur son drapeau notre destruction, pour dominer le Proche-Orient puis pour avancer son projet de domination de l’Occident : « Mort à Israël, mort à l’Amérique. » Cette mort passe par des bombes atomiques, et les vecteurs pour les amener à destination sont des missiles balistiques et, au bout du compte, des missiles intercontinentaux — déjà capables d’atteindre l’Europe et visant les États-Unis. Voilà la situation à laquelle nous faisions face au début de cette campagne. Ce régime fanatique ne peut pas détenir l’arme nucléaire. Nous nous sommes dressés face à cette menace, et nous l’avons déjouée — j’y reviendrai.

Deuxième menace : les drones, du pays et de l’étranger

La deuxième menace — et son rang élevé vous surprendra peut-être — ce sont les drones, intérieurs et extérieurs. Alors que l’arme nucléaire est au sommet de la pyramide, technologique et d’une puissance explosive colossale, les drones démocratisent la capacité d’agir contre vous : n’importe quel enfant, n’importe quel acteur. Pire, on peut lancer des essaims, pilotés par l’intelligence artificielle, et concentrer des frappes sur les points faibles de l’adversaire : radars, nœuds de communication, infrastructures nationales, dirigeants. On peut dresser une liste de mille personnes et les atteindre une à une — ce n’est pas difficile.

Je dis « intérieurs et extérieurs ». Un drone extérieur, venu par exemple du Liban, nous devons en empêcher le passage à notre frontière. Il existe trois types. Les modèles ordinaires, nous savons les repérer et les abattre. Mais deux autres posent problème. L’un est le drone à fibre optique : il a pour nous un avantage, un « ventre », et nous organisons le long de toutes nos frontières des lignes de défense qui le sectionnent. L’autre type a des solutions électroniques, mais reste un défi. Et que se passe-t-il si la menace vient de l’intérieur — de Ramla, de Ramat Gan ? C’est un défi immense, un défi mondial auquel tous les pays sont confrontés. Nous avons créé une cellule spéciale. Voilà la deuxième menace : en haut la technologie de pointe, en bas une technologie simple que vos enfants pourraient actionner, et qu’on peut se procurer pour presque rien.

Troisième menace : les missiles de précision

La troisième menace, ce sont les missiles de précision — nous avons vu ici les missiles balistiques. Non plus une frappe statistique, déjà assez dure, mais la capacité de toucher précisément nos installations, nos quartiers généraux, n’importe quelle cible, en faisant tomber du ciel une charge de mille kilos, avec des têtes à ogives multiples. C’est une grande menace, à laquelle nous nous étions relativement bien préparés : sur près d’un millier de missiles lancés contre nous, les dégâts ont été limités. Mais cela peut changer. Nous ne voulons évidemment pas que l’Iran dispose de dizaines de milliers de missiles — c’était justement leur plan. Lors de l’opération Am Kelavi, nous avons détruit l’essentiel de leur capacité de production. Toutes ces menaces existent, nous les avons traitées, mais elles demeurent devant nous.

Quatrième menace : cyber, intelligence artificielle et quantique

La quatrième menace, c’est le cyber, l’intelligence artificielle et le quantique. Je la place au quatrième rang, mais je ne suis pas certain qu’elle n’atteindra pas la première place. L’intelligence artificielle « supérieure » donne un avantage énorme à celui qui la détient, car elle permet littéralement de paralyser un pays. Communications, énergie, transports, santé : tout repose sur des systèmes numériques dont on peut prendre le contrôle pour paralyser un État, son économie, la vie quotidienne, jusqu’aux feux de circulation. Si un acteur étranger — un État, une entreprise, les deux — acquiert une telle supériorité sur vous, il peut vous mettre à genoux.

Dans le cyber proprement dit, nous avons de grands atouts, parce que nous les avons construits. Il y a dix ans, j’avais annoncé que nous deviendrions une puissance cyber parmi les cinq premières ; on s’était moqué du « Premier ministre virtuel ». Aujourd’hui, nous sommes la deuxième puissance cyber mondiale en investissements, à la fois défensive et offensive. Mais la menace se renouvelle sans cesse. La combinaison de l’IA et du quantique, c’est la capacité de s’emparer d’un pays et de le paralyser. Nous devons rester parmi les trois premières puissances cyber au monde. Je ne dis pas première ou deuxième — inutile d’exagérer : nous ne pouvons rivaliser ni avec les États-Unis ni avec la Chine. Mais nous pouvons et devons être la troisième. Cela exige notamment de développer nos capacités énergétiques, condition de base.

Cinquième menace : les armes illégales

La menace suivante, ce sont les armes illégales en Israël. En Judée-Samarie aussi, il existe de vastes stocks d’armes. J’ai demandé et reçu de Tsahal un plan, présenté il y a environ trois semaines, d’une puissance hors du commun : conquérir et détruire tous les foyers de menace dirigés contre nous depuis la Judée-Samarie. Un plan parallèle est en préparation pour l’intérieur du pays, car certaines de ces menaces se sont déjà matérialisées et nous n’attendons pas qu’elles se concrétisent. C’est une très grande menace.

Sixième menace : missiles de croisière, sur terre comme en mer

Vient ensuite la menace des missiles de croisière et des munitions rôdeuses. Plus grands que les drones, ils modifient la guerre aérienne, tant défensive qu’offensive — nous ne sommes pas, nous non plus, à l’abri de leur emploi. Nous avons été les premiers à introduire ces engins dans les airs, mais les mêmes existent en mer : discrets, difficilement détectables. On peut ainsi menacer tout notre espace maritime, l’accès par Bab el-Mandeb comme l’accès par la Méditerranée. C’est une très grande menace, qui peut paralyser l’économie. Là encore, il faut traiter à la fois la défense et l’offensive, et j’y attache une très grande importance — c’est aussi la consigne donnée à Tsahal.

Le rythme accéléré de la menace

Autre point : le rythme d’évolution de la menace. Il change à une vitesse vertigineuse, à cause de l’intelligence artificielle. On ne peut plus se dire : « Je développerai telle capacité en cinq ans. » Il n’y a pas ce temps. J’ai invité ici Palmer Luckey, dirigeant d’Anduril — à mon sens la première entreprise d’armement au monde, très puissante aux États-Unis. Il évoque la possibilité d’engins souterrains, qui ne sont pas lancés mais se déplacent à l’intérieur du sol. Nous devons rester en permanence à la pointe, parce que tout bouge très vite. Il nous faut donc développer en parallèle ces défenses et ces capacités offensives, combiner l’IA au développement d’armes, raccourcir les délais, allouer les budgets et protéger tout cela sous terre pour pouvoir avancer sans entraves. Voilà le cœur des menaces majeures — celles que nous avons affrontées lors de l’opération Am Kelavi et de la guerre de la Renaissance, et celles que nous affronterons dans les années à venir.

Les fronts : l’axe iranien et l’axe turc

J’en viens aux fronts. Il y a d’abord un axe principal, que nous connaissons bien, et un axe « de résistance ». Ce dernier est en pratique dirigé par la Turquie : l’un de ses pôles est mené par l’Iran, dont nous devons faire tomber le régime, l’autre par Erdoğan.

La menace suivante, c’est l’embrasement de ces axes. Ils peuvent s’enflammer et créer autour de nous un faisceau de menaces qui pèserait sur toute la région. Or, l’une des choses qui jouent en notre faveur, c’est que cet embrasement n’inquiète pas que nous : il inquiète la plupart des pays de la région. Il arrive donc que ces pays nous condamnent publiquement, à pleine voix, puis nous disent en privé : « Nous ne le pensions pas vraiment, faisons quelque chose ensemble, aidez-nous. » Car ils le redoutent autant que nous. C’est donc aussi un catalyseur pour la création d’alliances, et ces alliances se nouent en ce moment même.

L’embrasement des axes et le terrorisme intérieur

Le troisième front, c’est le terrorisme et la sécurité intérieure. Les attaques peuvent venir de l’intérieur même d’Israël, de la Judée-Samarie, de ce qui reste de Gaza — mais c’est un défi que nous surmonterons. De même au Liban. Ce sont des menaces plus proches, que nous traitons avec un succès non négligeable, grâce à la même approche offensive et volontariste. C’est pourquoi nous sommes entrés dans ce qu’on appelait les camps de réfugiés — qui n’en étaient pas : c’étaient en réalité des bastions terroristes. Nous les avons détruits, nous y restons et nous avons ramené le niveau du terrorisme presque à zéro. Nous avons connu, hélas, quelques cas tragiques, mais le terrorisme a reculé d’environ quatre-vingts pour cent grâce à cette approche offensive, aux coups préventifs, à la ruse et à l’emploi initié de la force.

Le front international et la défense des frontières

Le front suivant est le front international, où l’on cherche clairement à nous délégitimer et à nous isoler de nos alliés. Une partie relève de phénomènes mondiaux qui touchent aussi l’Occident, y compris les États-Unis : la pénétration de courants islamistes très dominants, et l’alliance, au moins aux États-Unis, entre l’extrême gauche et les mouvements islamistes. C’est un phénomène mondial, que nous devons réduire par divers moyens — mais là encore, chaque menace est aussi une occasion de nouer des alliances avec ceux qui en pâtissent. C’est exactement ce que nous faisons, avec de grandes nations et avec d’autres pays.

Enfin, la défense des frontières. J’ai beaucoup parlé d’offensive, de ruse, mais nous consolidons aussi nos frontières. J’avais fait ériger la barrière terrestre entre Israël et l’Afrique, à la frontière égyptienne. Conçue au départ contre l’infiltration — sans elle, nous aurions déjà un million de clandestins de plus et nous ressemblerions à l’Europe —, elle est aussi un instrument défensif reposant sur un principe offensif : concentrer des forces pour porter un coup au-delà de l’obstacle et empêcher une invasion. Car l’Iran évoque une forme de troisième destruction, le renouvellement de l’étau par ses supplétifs, et l’invasion. Le pays est petit : si l’on peut amener un demi-million ou un million d’hommes à ses frontières, il faut pouvoir les arrêter partout.

Nous avons donc établi des zones de sécurité : d’abord à Gaza, à l’intérieur de la bande, jusqu’à l’élimination complète du Hamas ; au Liban, en territoire libanais nettoyé de sa population hostile ; en Syrie de même, du pied du Hermon jusqu’au Yarmouk. Il faut avant tout isoler les citoyens d’Israël des cellules terroristes : qu’elles ne puissent ni creuser de tunnels ni s’infiltrer chez nous. Nous complétons cela à la frontière orientale — j’y étais avant-hier, sur toute sa longueur —, où nous bâtissons un obstacle très solide, doté de dispositifs anti-drones, de points d’appui pour les forces et d’une couverture aérienne contre toute invasion : une combinaison de défense et d’offensive. Un pays qui ne contrôle pas ses frontières ne contrôle pas son avenir ; c’est ce que l’on voit en Europe et le combat qui se mène aux États-Unis. Cet ouvrage avance, et plus vite que prévu, car j’y ai placé un homme exceptionnel, qui avait fait ses preuves avec la barrière égyptienne.

Le principe suprême : la supériorité des capacités militaires

Je veux maintenant dérouler devant vous les dix principes qui guident notre action en matière de sécurité. Avant ces dix principes, il en est un, central : la supériorité des capacités militaires. Israël doit toujours avoir un coup d’avance sur ses ennemis, éviter d’absorber des attaques et la montée en puissance adverse, garantir sa supériorité face à tous ses ennemis, et ne jamais se fier aux intentions des ennemis comme des amis, car elles peuvent changer en un clin d’œil. Cette distinction est fondamentale. Peu importe qui « veut » ou « ne veut pas » : ce qui compte, c’est la capacité de l’ennemi à nous frapper, car les volontés changent en un clin d’œil. Nous devons donc garantir la supériorité de nos capacités — pour dissuader, pour trancher, et pour porter des coups préventifs. C’est une distinction de fond, et elle est différente de ce qui prévalait auparavant.

Prévention, dissuasion et alerte

Le premier principe est la prévention de l’arme nucléaire. Elle inclut une action offensive initiée : on n’attend pas. Enfant, dans mon quartier, on se battait, et j’ai découvert une règle très simple : celui qui frappe le premier a un avantage énorme. C’est exactement ce que nous avons fait lors de l’opération Am Kelavi : nous avons pris l’initiative. Je suis allé voir Trump et je lui ai dit : « Voici ce que je vais faire — je ne te demande pas ton autorisation. Il y a une action où, si tu veux te joindre à nous, j’en serais heureux : prends les B-2 et frappe Fordow. » Il s’est joint à nous le dixième jour. Nous avons porté un coup très dur : éliminé l’élite de leurs physiciens nucléaires et de leur commandement, et frappé leurs sites. C’est comme retirer un cancer : si on ne l’enlève pas, on meurt ; mais cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de métastases.

De fait, après cette frappe, Khamenei a engagé un réarmement et tenté de reconstruire un dispositif souterrain encore plus fortifié pour achever son programme nucléaire. Nous avons donc lancé l’opération Chaagat Haari (« Le rugissement du lion »), éliminé d’autres savants, d’autres installations, d’autres capacités — y compris de production de missiles balistiques. Mais tant que ce régime survit — même affaibli, son économie frappée, son armée frappée —, il peut reconstruire ses capacités nucléaires. Nous n’avons donc d’autre choix que de garantir qu’il n’y parvienne pas : c’est un objectif suprême. Ce n’est pas une parole en l’air ; c’est l’œuvre d’une vie. Et si nous devons agir seuls, nous agirons seuls, car nous ne pouvons pas vivre avec des États ennemis qui proclament vouloir nous détruire et œuvrent à nous détruire.

Le deuxième principe est la dissuasion : asseoir une menace crédible par une capacité de frappe précise et massive, et par le sabotage des systèmes militaires et civils adverses. La meilleure preuve en est ce qui se passe aujourd’hui : regardez nos ennemis. À Gaza, nous frappons, nous éliminons les commandants ; les combattants ont peur. Au Hezbollah, c’est pareil. Et regardez l’Iran : il attaque tout le monde — tous les pays de la région, les États-Unis, les navires du monde entier — mais il est un acteur qu’il n’attaque pas : Israël. La dissuasion n’est jamais acquise, mais elle tient tant que vous entretenez une capacité avérée de frapper vos ennemis. Entretenez-la, mais ne comptez pas uniquement sur elle.

Le troisième principe est l’alerte : obtenir et conserver un renseignement continu et efficace sur les capacités et les intentions de l’ennemi, afin d’empêcher avant tout la première frappe. La première frappe est si essentielle qu’il faut la comprendre, et cela exige un changement de conception profond. On redoutait les « erreurs de calcul » avec le Hamas, le Hezbollah, l’Iran. C’est l’inverse : frappe, et place-toi en situation de voir où mènent les intentions comme les capacités, et d’agir à temps.

Initiative, ruse et esprit critique

Le quatrième principe est peut-être le cœur du sujet : l’initiative, la ruse et l’esprit critique. Dans les réunions — Chemouel, ici présent, peut en témoigner —, j’encourage les différents organismes à dire ce qu’ils pensent, et j’encourage aussi, en leur sein, les voix divergentes à s’exprimer, chez moi y compris. Je consacre énormément de temps à écouter. On me dit : « Quelle patience ! » Ce n’est pas de la patience, c’est un devoir : écoute les avis, confronte-les. En temps de guerre, ce temps se contracte : « Vous avez deux minutes, dites l’essentiel — mais dites vraiment ce que vous pensez, pas d’un côté ceci, de l’autre cela. Et si vous avez une autre approche, exprimez-la, et ne faites pas taire vos gens. »

Au-delà de l’esprit critique, ce qui compte c’est l’initiative et la ruse : les surprendre. Nous les avons surpris avec les bipeurs, avec la destruction de leur arsenal de roquettes. Ils étaient convaincus que nous ne frapperions pas leur dépôt le plus dense — cent cinquante roquettes et missiles, dissimulés dans des maisons. J’ai dit à Tsahal : « Donnez-moi, en quarante-huit heures, un plan pour évacuer ces maisons. » Nous avons pris le contrôle d’une télévision libanaise et de tous les moyens de diffusion, et nous avons envoyé le message : « Madame Abdallah, dans deux heures votre maison sera bombardée ; votre salon abrite une rampe de tir contre Israël. » Nous les avons évacués, puis détruit un dépôt bâti en trente ans. Autre surprise : je me suis rendu à l’ONU, j’y ai parlé, et il paraissait clair que nous ne lancerions pas d’opération — et nous les avons pris de court. Ainsi avons-nous progressé, pas à pas. Je ne détaille pas tout ce que nous avons fait, ni tout ce que nous ferons, mais il faut être à l’initiative.

Quand le président Trump m’a demandé comment un si petit pays avait renversé la situation, je lui ai donné une image tirée du monde animal. Il existe un petit animal, le ratel, de cette taille, et il fait peur : il tient les grands prédateurs à distance. Il a des dents très acérées, sait atteindre les points faibles, et possède un esprit combatif hors du commun. J’ai vu un ratel faire reculer un éléphant : sa puissance, son initiative et ses ruses lui donnent cet avantage. Eh bien, nous, Israël, sommes le ratel des nations. Initiative, ruse et esprit critique : il faut cultiver ces principes dans Tsahal, au Mossad, au Chabak et dans tous les services, y compris la disponibilité à porter un coup préventif par surprise. C’est l’une des décisions les plus difficiles à prendre, car on ne pourra jamais expliquer ce qui serait arrivé si on ne l’avait pas fait. Mais c’est au cœur de la doctrine de sécurité que nous avons déjà appliquée, et je veux qu’elle nous accompagne à l’avenir.

Défense, alliances et technologie

Le cinquième principe est la défense : arrêter l’invasion aux frontières, maintenir au besoin des zones tampons, protéger le front intérieur contre les attaques venues de l’intérieur comme de l’extérieur, répondre à la menace des drones, et rester en permanence prêt à la guerre. Ce n’est plus seulement nous : le public, mais aussi nos voisins, des pays d’Europe et d’Asie, tout le monde l’a compris. Tu veux survivre, prépare-toi à la guerre. Tu veux empêcher la guerre, prépare-toi à la guerre. Tu veux empêcher tes ennemis de te frapper, frappe-les si nécessaire.

Le sixième principe est le soin apporté aux atouts d’Israël pour promouvoir des alliances régionales et internationales — un chantier qui bat aujourd’hui son plein.

Le septième principe est la technologie et l’autonomie dans l’édification de la force : réduire la dépendance à l’égard de facteurs extérieurs, renforcer la capacité propre dans la recherche, le développement et la production locale, dans des technologies critiques comme le quantique et l’intelligence artificielle — j’y ajoute l’espace, un domaine immense. Cela impose une hausse significative du budget de défense, donc une économie en croissance et une gestion économique très solide. Le Fonds monétaire international classe aujourd’hui Israël, après trois ans de guerre, au premier rang des pays de l’OCDE pour la croissance ; et le magazine « The Economist », qui ne me porte pas particulièrement dans son cœur, a classé l’économie israélienne parmi les trois économies les plus dynamiques au monde. Tout ce dont j’ai parlé — quantique, IA, avions, renseignement, chars, drones — coûte très cher. Il faut donc une économie initiatrice, libre et compétitive, avec des investissements publics là où c’est nécessaire.

La bataille de la conscience et l’idée de victoire

Le huitième principe est la bataille de la conscience : développer des capacités, y compris par l’intelligence artificielle, pour la guerre cognitive contre l’Iran et d’autres États ennemis qui s’emparent des réseaux sociaux — c’est la racine du problème. En Ukraine, par exemple, une part importante du trafic provient d’acteurs russes agissant contre nous. Même en démocratie, avec toutes les contraintes que cela impose, nous devons agir sur ce terrain, et nous commençons à le faire. C’est aussi le combat contre l’antisémitisme et l’antisionisme qui balaient la scène internationale : c’est le huitième front.

Le neuvième principe est l’idée de victoire. Qu’est-ce que la victoire ? Briser la puissance de l’ennemi et sa croyance en sa capacité d’être une menace réelle, par l’ensemble des principes énoncés. Il faut simplement l’amener à cesser : agir sur lui d’abord en brisant ses capacités, mais aussi son moral. Les deux sont liés, et c’est ce qui donne le résultat. Dans une large mesure, nous y sommes. Cela ne veut pas dire qu’ils n’essaieront pas, notamment avant les élections — ils en parlent, ils le planifient — mais ils sont dissuadés et savent ce qu’ils récolteraient ; et nous le déjouerons. C’est toutefois une victoire temporaire. Peut-être atteindrons-nous la fin des temps où tous forgeront leurs épées en socs et où viendra sur nous un Machia’h juste ; mais je vous le dis en toute lucidité : cela n’arrivera pas jeudi prochain. Nous devrons vivre par l’épée pour vivre de longues années, et il importe que cette épée soit aiguisée, forte, et supérieure à celles de nos adversaires.

L’esprit du peuple

Le dernier principe, c’est l’esprit du peuple : l’unité nationale et l’accord sur des principes fondateurs. D’abord, Israël comme État-nation du peuple juif. Nous avons aussi des minorités et des droits individuels, mais le droit national, l’hymne, le drapeau, les fêtes et tout ce qui nous rattache à notre héritage, nous appartiennent d’abord. Ensuite, un régime démocratique : c’est le peuple qui décide, dans un équilibre réel entre la Knesset — le corps législatif —, l’exécutif, le gouvernement et les juges. Cet équilibre, nous l’avons perdu ; il faut le rétablir, mais sans qu’aucun pouvoir n’en écrase un autre.

Il faut aussi, en tant que peuple, la volonté de se battre pour la sécurité de l’État tout en visant la victoire. Sans cela, nous ne subsisterons pas : on nous écraserait, on nous étoufferait, on nous anéantirait. Il faut la même détermination à combattre que celle montrée lors de la guerre d’Indépendance — et c’est une chose formidable que cette génération de la victoire, ces jeunes qui se battent. Il faut aussi encourager la pensée indépendante, le peuplement du pays, le soin porté à l’héritage d’Israël, le lien avec les communautés juives de la diaspora et l’encouragement de l’Aliya. Et il faut qu’aucun État palestinien ne voie le jour ici : c’est un principe fondateur, car il deviendrait le relais de l’Iran pour nous détruire.

Voilà l’essentiel. Je crois qu’on peut rassembler aujourd’hui la grande majorité du peuple — sinon sa totalité — autour de ces dix principes : prévention de l’arme nucléaire, dissuasion, alerte, initiative et ruse avec esprit critique, défense, alliances, technologie et autonomie de l’édification de la force, bataille de la conscience, inculcation de la conception de la victoire et foi en elle, enfin l’esprit du peuple. Tous sont subordonnés au principe premier que j’ai énoncé avant tout le reste : la supériorité des capacités militaires. Telle est la doctrine de sécurité, claire : la supériorité des capacités militaires. Voilà ce que je voulais vous dire.