Le 28 sivan demeure gravé dans l’histoire comme l’une des dates les plus significatives du judaïsme moderne. Il y a quatre-vingts ans jour pour jour, le Rabbi de Loubavitch et la Rabbanit Haya Mouschka posaient le pied sur le sol américain après une odyssée périlleuse à travers l’Europe en guerre. Cette arrivée ne constitue pas seulement un sauvetage miraculeux, mais marque véritablement le début d’une révolution spirituelle sans précédent qui continue de rayonner dans le monde entier.

Chapitre I : L’Europe en flammes – Le début de l’exode

De Berlin à Paris : Les premiers signes de l’orage

L’histoire commence dans l’euphorie de l’après-guerre. Après leur union bénie le 14 kislev 5689 (1928), cérémonie qui avait rassemblé l’élite spirituelle de l’époque, le Rabbi et la Rabbanit s’installent à Berlin, capitale intellectuelle de l’Allemagne de Weimar. Le Rabbi y poursuit ses études d’ingénieur tout en approfondissant sa connaissance de la Torah et de la ‘Hassidout.

Mais l’idylle berlinoise tourne court. Dès février 5693 (1933), avec l’ascension d’Hitler au pouvoir, l’atmosphère change radicalement. Les mesures antisémites se multiplient, et en mars de la même année, des pogromes éclatent contre les juifs de Berlin et d’autres villes allemandes.

« Et Mardochée ne s’agenouillera pas et ne se prosternera pas »

Un épisode de cette période révèle toute la grandeur d’âme du futur Rabbi. La Rabbanit raconta plus tard qu’un jour, alors qu’ils marchaient dans les rues de Berlin, ils aperçurent un groupe de nazis en uniforme s’approchant d’eux. Inquiète, la Rabbanit suggéra au Rabbi de se réfugier momentanément dans une boutique. Mais le Rabbi refusa catégoriquement. Il continua son chemin avec une dignité royale, ignorant totalement la présence de ces hommes, comme s’ils n’existaient simplement pas.

Cette attitude rappelle celle de son grand-père, Rabbi Levi Its’hak, père du Rabbi, qui à Yekaterinoslav avait défié les autorités communistes en proclamant publiquement la foi juive lors d’un recensement où beaucoup cachaient leurs convictions religieuses.

Le 11 adar 5693, le Rabbi arrive à Paris. Un mois plus tard, le 10 nissan, la Rabbanit le rejoint. Ils établissent leur nouvelle résidence dans la Ville Lumière, ne se doutant pas que cette étape ne sera qu’une escale dans leur long voyage vers la liberté.

Paris sous l’ombre de la guerre

Les années parisiennes (5693-5700 / 1933-1940) constituent une période d’intense activité intellectuelle pour le Rabbi. Il fréquente les bibliothèques, continue ses recherches en sciences exactes tout en rédigeant des novelles talmudiques remarquables. Parallèlement, il maintient une correspondance soutenue avec son beau-père, le Rabbi précédent, resté en Europe de l’Est.

Ces lettres, d’une richesse spirituelle exceptionnelle, témoignent de la profondeur de sa pensée et de son attachement indéfectible aux valeurs de la Torah. Dans une lettre du 24 nissan, le Rabbi écrit à Rabbi Dov’er ‘Haskind : « J’ai de la peine de ce qu’on économise, dans les lettres qui nous sont adressées, les nouvelles concernant la santé de mon beau-père le Rabbi. Je vous demande instamment de m’écrire à ce sujet en détail, et la situation telle qu’elle est en réalité. »

Cette correspondance révèle également son souci constant pour la diffusion de la ‘Hassidout. Il demande des copies des discours du Rabbi précédent, s’enquiert des activités du mouvement, manifestant déjà cette préoccupation qui caractérisera plus tard sa direction.

Chapitre II : L’engrenage du sauvetage

Les premières démarches américaines

Dès l’hiver 5699 (1939), bien avant l’invasion de la Pologne, le Rabbi précédent fait une demande presciente d’organisation de papiers d’immigration vers les États-Unis. Dans une lettre du 28 nissan 5699, son secrétaire Rabbi Yeh’ezkel Feigin écrit à Rabbi Israël Jacobson, président de l’Agoudat ‘Hassidey ‘Habad en Amérique :

« Concernant la préparation des papiers pour le Rabbi… aujourd’hui le Rabbi m’a dit à ce sujet… que vous devez savoir que l’ensemble de cette affaire constitue une préparation, car selon la situation actuelle et les bouleversements dans ces pays, cela oblige à préparer des préparatifs, afin que si la situation oblige à déménager, il n’y ait pas d’obstacles, que D.ieu nous en préserve. Mais si la situation reste calme dans les pays, il n’y a pas encore de décision ferme de déménagement. »

Cette clairvoyance s’avère prophétique. Le 17 eloul 5699, quelques jours avant l’invasion de la Pologne, Rabbi Jacobson entre en audience privée chez le Rabbi précédent, qui lui déclare : « Quand tu arriveras en Amérique, tu organiseras tout de manière bonne et ordonnée, sur des bases solides, et dans environ six mois, avec l’aide divine, nous arriverons en Amérique. »

Le labyrinthe bureaucratique

Les lois d’immigration américaines de l’époque sont particulièrement restrictives. Établi en 5684 (1924), le système de quotas limite drastiquement l’immigration en provenance d’Europe de l’Est. Cependant, certaines catégories échappent à ces quotas : les femmes et enfants de citoyens américains, les résidents de l’hémisphère occidental, et surtout les hommes de religion et les professionnels académiques.

L’avantage d’un visa « spécial » religieux réside dans le fait que le nombre de bénéficiaires n’est pas limité à l’avance, contrairement aux « immigrants de quota » dont l’obtention du visa n’est pas garantie.

En décembre 5700 (1940), le Rabbi et la Rabbanit déposent leur première demande de visa américain au consulat de Paris en tant que citoyens russes, demandant un visa d’immigration régulier. Dans cette demande, le Rabbi mentionne sa profession d’ingénieur électricien, ce qui facilitera théoriquement son intégration économique en Amérique.

Parallèlement, les efforts se multiplient pour obtenir un visa « spécial » en tant qu’homme de religion. Cette double démarche créera plus tard des complications, les autorités consulaires s’interrogeant sur cette « contradiction » apparente entre ingénieur et rabbin.

Les intermédiaires providentiels

Plusieurs personnalités jouent un rôle crucial dans ces démarches. L’avocat Max Rhoade, chargé du dossier au bureau d’immigration de Washington, reçoit l’instruction de Rabbi Jacobson de déployer des efforts particuliers pour le Rabbi, dans l’espoir que son sauvetage facilitera celui de son beau-père.

Un autre avocat, Asher Rabinowitz, fils du notable ‘hassid Rabbi David Meir de Massachusetts, se joint aux efforts. Le Rabbi précédent témoigne de son efficacité : « Mon ami, son fils Monsieur Asher, mérite les éloges et non les reproches, car il fait et continue de faire son travail avec une fidélité d’artisan. »

Du côté français, Meir B. Hartan, lui-même descendant d’une famille ‘hassidique, fournit un affidavit de soutien financier, attestant que le Rabbi pourra subvenir à ses besoins en Amérique grâce à sa profession d’ingénieur.

Chapitre III : L’exode sous les bombes

La chute de Paris

Juin 5700 (1940) marque un tournant dramatique. L’armée allemande défonce les lignes françaises et se dirige vers Paris. Un général français de haut rang, voisin du Rabbi et de la Rabbanit, propose alors au couple de se réfugier dans son château à l’extérieur de la ville, « le temps que passe la colère ».

Cette proposition, bien intentionnée, révèle l’incompréhension des Français face à la nature véritable du régime nazi. Mais le Rabbi, avec une prescience remarquable, refuse catégoriquement. Il préfère l’exode vers l’inconnu plutôt que cette fausse sécurité. Les événements lui donneront raison : les Allemands arriveront précisément du côté où se trouvait le château.

Le discours d’adieu

Avant de quitter Paris, le Rabbi prononce un discours d’adieu devant son cercle d’auditeurs. Il les encourage et les exhorte à maintenir leur confiance en D.ieu et Son service dans toutes les circonstances. Sa propre conduite personnelle sert déjà d’exemple vivant : depuis son arrivée à Paris, les juifs parisiens racontent sur lui des récits édifiants, témoignant de sa fierté juive sans compromis et de son observance méticuleuse des commandements dans leur moindre détail.

L’odyssée vers Vichy

Quelques jours avant la fête de Chavouot, le Rabbi et la Rabbanit quittent Paris dans l’un des derniers trains à pouvoir sortir de la ville. Le fait que le Rabbi soit enregistré dans l’armée française facilite leur voyage, alors que la gare regorge de personnes tentant de fuir Paris.

Un voisin de leur immeuble, officier de haut rang, utilise son autorité pour faire monter le Rabbi et la Rabbanit dans l’un des trains, malgré leur saturation complète.

Le Rabbi emporte avec lui son Talit et ses Tefilin, ainsi qu’une valise contenant sa collection de livres et de manuscrits, y compris les cahiers de ses « Notes » personnelles. Ce bagage spirituel, préservé à travers tous les dangers, constituera plus tard un trésor inestimable pour les générations futures.

Ils arrivent à Vichy en fin d’après-midi, veille de Chavouot. La Rabbanit voyage en charrette tirée par un cheval, tandis que le Rabbi, après avoir confié la valise à la Rabbanit, marche parallèlement à la charrette après la tombée de la nuit, se dirigeant vers le même hôtel.

« Depuis le début de la guerre en France… »

Avec la guerre en France, toute correspondance cesse entre le Rabbi et son beau-père. Ce n’est que le 9 tamouz que le Rabbi précédent reçoit un télégramme du Rabbi et de la Rabbanit les informant qu’ils se trouvent à Vichy.

Dans une lettre du 25 sivan, le Rabbi précédent écrit à Rabbi Shlomo Yehuda Leib Eliezarov : « J’espère qu’en tout temps de sa présence dans les lieux saints, il mentionne… notre fille du milieu et son époux… car nous avons tous besoin de grande miséricorde pour le renforcement de la santé et la protection de tout mal… »

Et dans une lettre du 19 tamouz à Rabbi David Meir Rabinowitz : « Depuis le début de la guerre en France, je ne savais pas ce qui arrivait à ma fille Madame ‘Haya Mouschka et à mon gendre le Rabbi le Gaon Rabbi Mena’hem Mendel. Et loué soit D.ieu, le 9 de ce mois nous avons reçu un télégramme d’eux qu’ils sont dans la ville de Vichy – France – et qu’ils sont en paix… »

Chapitre IV : L’épreuve de la « fierté juive »

L’incident de l’enregistrement

À Vichy, un épisode révèle toute la grandeur spirituelle du Rabbi. Lorsque les autorités ordonnent à tous les juifs de s’enregistrer en mentionnant leur nom et adresse, les policiers se présentent à l’hôtel où séjourne le couple. Ils demandent à la Rabbanit quelle religion inscrire dans le formulaire.

La Rabbanit répond « orthodoxe », terme qui peut s’interpréter comme appartenant à la religion grecque orthodoxe, ce que comprennent effectivement les policiers. Quand le Rabbi rentre à l’hôtel et que la Rabbanit lui raconte l’incident, sa réaction est immédiate et catégorique : il refuse de se séparer du Saint béni soit-Il, même sur le papier !

Sans hésitation, le Rabbi se rend au poste de police et déclare clairement qu’ils sont « juifs orthodoxes » ! Cette attitude rappelle un épisode similaire impliquant son père, Rabbi Levi Its’hak, à Yekaterinoslav, qui avait publiquement proclamé la foi juive lors d’un recensement où beaucoup dissimulaient leurs convictions religieuses.

Les manuscrits préservés

Les notes du Rabbi de cette période, miraculeusement conservées, témoignent de sa constante activité intellectuelle même dans les circonstances les plus difficiles. Parmi les manuscrits préservés figurent des études sur les portions hebdomadaires : ‘Houkat, Balak, Pin’has, Matot-Massey, Na’hamou, et d’autres encore.

Une note particulièrement émouvante, datée du 16 sivan (veille du départ), porte simplement la mention : « 16 sivan 5701. Lisbonne. » Cette sobriété cache l’intensité dramatique du moment : l’embarquement vers l’inconnu, laissant derrière eux un continent en flammes.

Chapitre V : Nice sous l’occupation italienne

Le transfert vers le sud

Vers la fin du mois de ménah’em av 5700, le Rabbi et la Rabbanit déménagent de Vichy, sous contrôle allemand, vers Nice, sous administration italienne. Cette zone d’occupation italienne offre temporairement de meilleures conditions de vie pour les juifs.

Le 25 ménah’em av, ils déposent une demande d’extension de permis de séjour à Nice. Simultanément, les efforts se poursuivent pour obtenir les précieux visas américains.

La correspondance avec le réseau de sauvetage

Durant cette période, le Rabbi maintient une correspondance codée avec les organisateurs du sauvetage. Le 15 kislev, il écrit à Rabbi Alexander Sender Rein à Marseille, en utilisant un langage voilé :

« Il porte le nom du Tséma’h Tsédek et sa femme porte le nom de l’épouse du Tséma’h Tsédek, et ils doivent venir rejoindre leur associé Erel [Rabbi ‘Haskind], et puisque maintenant c’est très difficile avec les visas, tant ceux qu’il faut pour entrer que ceux qu’il faut pour sortir… l’ami voyage souvent dans le lieu où vit l’ami de Mouschka [Rabbi Gourarie], et cet ami s’efforcera de les aider à pouvoir partir. »

Cette correspondance révèle l’existence d’un véritable réseau clandestin de sauvetage, orchestré depuis New York par le Rabbi précédent et ses émissaires.

L’autorisation consulaire

Le 15 eloul 5700, moment décisif : le consul américain à Nice écrit au Rabbi que sa demande de visa spécial pour lui et la Rabbanit a été acceptée. Dans sa lettre, il précise :

« Votre demande officielle pour recevoir un visa d’immigration vers les États-Unis a été acceptée, ainsi que celle de votre épouse ‘Haya Schneersohn. Le consulat est prêt à vous donner vos visas dès que vous aurez en votre possession les visas de sortie. Vous recevrez également un visa spécial car vous devez voyager vers les États-Unis pour servir en tant que rabbin. »

Mais l’obtention de ces autorisations de sortie françaises s’avère encore plus complexe que celle des visas américains…

Chapitre VI : Les derniers obstacles

Les complications consulaires

En novembre 5700, de nouvelles difficultés surgissent. Le Rabbi écrit aux organisateurs américains qu’il y a eu un changement d’ambassadeur américain à Nice, et que le nouveau représentant refuse d’approuver le visa. Les autorités soulèvent une contradiction apparente : comment peut-il être à la fois ingénieur (comme mentionné dans sa première demande) et rabbin (comme requis pour le visa spécial) ?

Cette « contradiction » illustre parfaitement la complexité de la personnalité du Rabbi : à la fois homme de sciences et génie de la Torah, ingénieur formé dans les meilleures universités et maître incontesté de la ‘Hassidout.

Les dernières démarches

Le 31 décembre 5700 (1er tevet 5701), le Rabbi soumet une demande officielle d’autorisation de sortie au préfet du département des Alpes-Maritimes :

« Monsieur le Préfet du département des Alpes-Maritimes, Nice.

Le soussigné Schneersohn Mendel né le 1.3.1895 à Nikolaiev (Russie) et mon épouse Schneersohn ‘Haya née le 13.8.1901 à Smolensk (Russie), tous deux réfugiés russes, avons l’honneur de demander à Votre Excellence de bien vouloir nous accorder une autorisation de voyage pour l’Espagne, le Portugal et l’Amérique du Nord, ainsi qu’un visa pour notre autorisation de sortie de France…

J’ai été sollicité pour servir comme rabbin pour la communauté de Brooklyn – New York, et pour cette raison, un visa spécial pour l’Amérique m’a été accordé… Tous les documents concernant mon départ ont été complétés, et je n’attends plus qu’un billet de voyage et l’autorisation de sortie de France… »

Le transfert du dossier à Marseille

Vers la fin de kislev 5700, le Rabbi demande le transfert de ses dossiers de Nice à Marseille. Cette demande intrigue d’abord les organisateurs américains, qui ignorent la raison de ce changement. Le motif devient clair plus tard : le consul de Nice était connu pour son attitude antisémite, utilisant toute occasion pour entraver les démarches des juifs, tandis que le consul de Marseille était réputé pour sa bienveillance envers les réfugiés juifs.

Le 17 tevet 5701, l’organisation HICEM informe le Rabbi depuis Marseille que son dossier est finalement arrivé de Nice et qu’elle a reçu pleins pouvoirs pour traiter l’affaire. L’organisation exprime l’opinion qu’obtenir un visa comme réfugié russe sera beaucoup plus facile que d’obtenir un visa spécial de rabbin.

Chapitre VII : L’envoi de matsot et la persistance de la foi

La sollicitude du beau-père du Rabbi

Un épisode touchant illustre la sollicitude constante du Rabbi précédent pour son gendre et sa fille, même dans les circonstances les plus difficiles. Depuis le navire qui l’emmène vers l’Amérique, le Rabbi précédent écrit le 27 adar 5700 à l’un des organisateurs à Jérusalem :

« En votre honneur, 27 adar 5700, navire Drottningholm.

Mon ami et honorable…

Je vous demande immédiatement à la réception de ma lettre de m’envoyer… des matsot surveillées (naturellement de la plus belle qualité avec tous les embellissements)… dix livres à envoyer par avion express à Paris pour mon gendre Rabbi Mena’hem Mendel… »

Simultanément, le Rabbi envoie une demande similaire à Rabbi Mordekhaï ‘Hafets – que son souvenir soit béni – qui séjournait alors à Riga, demandant d’envoyer des matsot au Rabbi.

Cette préoccupation pour l’observance méticuleuse des commandements, même dans les circonstances les plus précaires, témoigne de l’échelle des priorités spirituelles qui anime cette famille exceptionnelle.

« De toutes les grandes promesses… rien n’est encore sorti »

Dans une lettre poignante du 6 kislev 5701, le Rabbi précédent exprime sa frustration face aux lenteurs administratives :

« Malheureusement, de toutes les grandes promesses et des belles paroles qui vous sont dites, rien n’est encore sorti pour l’instant. Je suis très brisé et j’ai une grande peine de cela. »

Cette correspondance révèle l’angoisse terrible de ce père et beau-père, dirigeant spirituel de milliers de ‘hassidim, impuissant face à la bureaucratie qui retient ses proches en Europe occupée.

Chapitre VIII : L’obtention finale et l’embarquement

Le dénouement à Marseille

Après des mois d’attente angoissante, le dénouement arrive enfin. Le 12 adar 5701, l’avocat Butler informe depuis Washington les organisateurs ‘hassidiques :

« Le département d’État vient de me téléphoner pour m’informer qu’il a reçu un télégramme de l’ambassade américaine à Marseille, France, informant que Mendel Schneersohn et sa femme ont été trouvés aptes à recevoir un visa sur quota, qui leur sera donné prochainement. »

Le jour de Pourim, l’organisation HICEM télégraphie au Rabbi précédent : « Mendel Schneersohn recevra un visa le 17 avril [20 nissan]. »

Les derniers préparatifs

Le 20 nissan 5701, le Rabbi et la Rabbanit reçoivent finalement leurs visas d’entrée aux États-Unis à Marseille. Dans une lettre du 4 iyar, le Rabbi précédent écrit :

« Ma fille Madame ‘Haya Mouschka et mon gendre le Rabbi le Gaon Rabbi Mena’hem Mendel sont encore en France dans la ville de Nice, et loué soit D.ieu ils ont déjà reçu l’autorisation d’entrée dans ce pays, que D.ieu leur accorde un voyage facile et réussi dans le matériel et le spirituel. »

Mais il faut encore obtenir les visas de transit portugais et réserver des places sur un navire, ressources devenues extrêmement rares.

Le miracle des billets

Un épisode providentiel permet l’obtention des billets de navigation. Rabbi Mordekhaï Bistritzky possédait deux billets qu’il avait achetés pour son beau-père Rabbi Levi Legovier et sa belle-mère Madame Ra’hama. Ce couple, réfugié d’Anvers à Nice, se voit refuser les visas d’entrée au Portugal.

La veille de l’appareillage depuis le Portugal, les Legovier se trouvent encore en Espagne, incapables d’atteindre le port d’embarquement. Dans la nuit précédant le départ, Rabbi Bistritzky visite le Rabbi précédent et l’informe qu’il possède deux billets de voyage sur le navire partant le matin même du Portugal vers l’Amérique, et qu’il est prêt à les céder pour la fille et le gendre du Rabbi.

L’offre est acceptée avec reconnaissance. Sur instruction appropriée envoyée au Portugal, les noms sur les billets sont changés de « Legovier » à « Schneersohn », et notification en est envoyée au Rabbi. (Plus tard, les époux Legovier périront dans le camp d’extermination d’Auschwitz – que leur souvenir soit béni).

Chapitre IX : La traversée périlleuse

L’embarquement historique

Le 17 sivan 5701, date gravée dans l’histoire, le Rabbi et la Rabbanit montent à bord du navire « Serpa Pinta » qui appareille de Lisbonne, Portugal, en direction des États-Unis. Sur la valise avec laquelle voyagent le Rabbi et la Rabbanit figure un autocollant indiquant que le propriétaire voyage en première classe.

Dans le registre des passagers du navire est inscrit :

« 15) Schneersohn Mendel, âge 46, masculin, marié, rabbin, lit et écrit le français, nationalité : réfugié russe, juif, né à Nikolaiev Russie, visa reçu à Marseille le 17 avril 1941 [20 nissan 5701], dernier lieu de résidence Marseille France, billet payé par son beau-père, destination finale N.Y. chez son beau-père Rabbi Joseph Schneersohn, 770 Eastern Parkway. Signe distinctif : porte une barbe.

  1. Schneersohn ‘Haya Mouschka, âge 40, féminin, mariée, lit et écrit l’anglais, nationalité : réfugiée russe, juive, née à Smolensk Russie, visa reçu à Marseille le 17 avril 1941, billet payé par le père, dernier lieu de résidence Marseille France, destination finale N.Y. chez Rabbi Joseph Schneersohn, 770 Eastern Parkway. »

Les dangers de la traversée

La navigation est extrêmement périlleuse. Ce n’est que par la grâce divine que le navire n’est pas endommagé par les tirs nazis. Pendant la traversée, le navire est arrêté par un navire de reconnaissance britannique pendant trois jours, durant lesquels une fouille est effectuée parmi les passagers à la recherche de citoyens allemands.

Depuis le pont du navire, le Rabbi envoie un télégramme à son beau-père le Rabbi précédent pour l’informer qu’ils ont quitté les eaux territoriales européennes.

« Ils sont arrivés en paix »

Le lundi matin 28 sivan 5701, à 10h30, le navire accoste au port de New York à Staten Island, quai numéro 8. L’état de santé du Rabbi précédent ne lui permet pas d’accueillir personnellement sa fille et son gendre, mais il veille à envoyer à leur rencontre une délégation d’honneur composée des plus vénérables anciens ‘hassidim de ‘Habad : les Rabbanim Jacobson, Kazarnovsky, Simpson et Levitin, ainsi qu’un groupe d’étudiants de la Yechiva.

En plus, naturellement, des membres de la famille du Beit HaRav : la Rabbanit du Rabbi précédent et la famille de son gendre le Rachag.

La joie du Rabbi précédent ne connaît pas de limites en apprenant que les efforts de sauvetage ont porté leurs fruits. Il veille à partager cette joie avec ses proches, leur révélant même un aperçu des qualités exceptionnelles de son gendre : « Mon gendre maîtrise parfaitement le Talmud avec les Tossafot, le Roch et le Ran, et tous les livres de ‘Hassidout imprimés ! »

Chapitre X : L’arrivée historique au 770

« La première fois que le Rabbi entre au 770 ! »

Rabbi Leib Pozner témoigne de ses souvenirs :

« Je me souviens parfaitement, et c’est comme si je voyais encore maintenant la scène émouvante de l’arrivée du Rabbi au 770. J’étais alors élève dans la classe de Rabbi Shnéour Zalman Gourary. La classe se trouvait dans la pièce où se trouve aujourd’hui le secrétariat. Je n’oublierai jamais comment tous les élèves sont sortis accueillir le Rabbi et la Rabbanit.

Et est-ce peu de chose à vos yeux – la première fois que le Rabbi entre au 770 ! »

Vers 11 heures, les voitures arrivent au 770. Immédiatement après leur arrivée, Rav Leibouch Heber arrive sur les lieux. Rav Leibouch avait été à Paris à l’époque où le Rabbi et la Rabbanit y résidaient. Quand il apprend leur arrivée, il se dépêche de venir pour rencontrer le Rabbi.

Lorsqu’il rencontre le Rabbi, il récite immédiatement la bénédiction « Ché-hé’héyanou vé-kiyémanou vé-higi’anou laz’man hazé » (qui nous a fait vivre et exister et arriver à ce temps), embrasse le Rabbi et dit avec émotion : « On ne peut imaginer à quel point ce jour est un jour de joie pour moi », et éclate en larmes de joie.

La Rabbanit, qui se tenait à côté et observait la scène, s’exclame : « Ce sont de vrais bons amis ! »

La première rencontre avec le beau-père

Pendant les premiers jours, le Rabbi et la Rabbanit logent dans le bâtiment du 770, dans la pièce qui devint par la suite le bureau du Rabbi.

Une rencontre particulièrement émouvante a lieu entre le Rabbi précédent et son gendre. Rabbi Gershon Ber Jacobson raconta qu’en une occasion rare, le Rabbi lui confia :

« En chemin, j’ai réfléchi s’il fallait entrer chez mon beau-père le Rabbi avant d’aller au mikvé ou après : car il y a un argument pour entrer immédiatement à cause du principe de ‘saisis et mange’, etc., mais d’un autre côté – on entre tout de même chez le Rabbi.

Chez le beau-père, on ne pouvait tout de même pas entrer ainsi, et c’est pourquoi quand je suis arrivé, j’ai fait savoir cela et j’ai attendu que mon beau-père le Rabbi m’appelle, mais il ne m’a pas appelé.

Entre-temps, j’ai eu le temps d’aller au mikvé, et j’ai aussi prié Min’ha… et il ne m’avait toujours pas appelé.

Le beau-père et aussi les autres membres de la famille étaient là, et nous avons passé toute la nuit ensemble. ‘Une petite chose ?! Les enfants ont été sauvés des nazis !’

Pendant tout ce temps, mon beau-père le Rabbi était assis dans la pièce d’à côté, et malgré cela il ne nous a pas appelés, et même le lendemain il ne nous a pas appelés. Le troisième jour de notre arrivée, vers midi, mon beau-père le Rabbi a envoyé nous appeler pour entrer chez lui, mais séparément.

La raison de cela, puisque mon beau-père était, comme on le sait, une personne très émotive, et on peut imaginer l’ampleur de l’émotion qui l’aurait saisi si nous étions entrés immédiatement et ensemble, etc. Or la ‘Hassidout exige que l’esprit domine le cœur – c’est pourquoi il a attendu quelques jours, sans égard pour l’immense peine – qu’on peut imaginer – qu’il éprouvait du fait d’être obligé d’attendre quelques jours avant de nous voir… »

Cette anecdote révèle la profondeur spirituelle et la maîtrise de soi extraordinaire du Rabbi précédent, capable de dominer ses émotions les plus intenses pour respecter les principes de la ‘Hassidout.

Chapitre XI : Une nouvelle ère commence

le premier Farbrenguen

Le vendredi soir 2 tamouz, soit quelques jours seulement après son arrivée, le Rabbi accède à la demande des ‘hassidim et participe à une assemblée hassidique organisée en l’honneur de sa venue. Pendant plus de six heures, ‘hassidim et étudiants de la Yechiva se pressent autour de lui dans le Beth Hamidrach de « Loubavitch », buvant avec soif chaque parole sortant de sa bouche.

Pour beaucoup d’entre eux, il est évident que ce jour marque la fin, d’un certain point de vue, d’une longue période de repli et de solitude, et que se préparent désormais des jours nouveaux et un changement révolutionnaire dans tout ce qui concerne la diffusion de la ‘Hassidout dans « l’hémisphère inférieur ».

L’assemblée du Rabbi précédent

Le Chabbat suivant – Chabbat Kora’h, 3 tamouz – a lieu le premier Farbrenguen du Rabbi précédent en Amérique à laquelle assiste le Rabbi. Au milieu de l’assemblée, le Rabbi précédent demande si quelqu’un connaît la mélodie du saint Rav Michel de Zlotchov dans la version de Rav Michel Dworkin, et le Rabbi commence à chanter cette mélodie.

Cet épisode illustre parfaitement la transmission vivante de la tradition hassidique : le Rabbi, qui avait appris cette mélodie en Europe, devient le pont entre l’ancien monde et le nouveau, préservant et transmettant les trésors spirituels du passé.

La fondation des institutions centrales

Avec l’arrivée du Rabbi s’amorce une dynamique nouvelle dans la diffusion de la Torah et du judaïsme. Le Rabbi précédent fonde les institutions centrales qui révolutionneront l’approche du judaïsme en Amérique :

« Ma’hané Israël » – dont l’objectif déclaré est « le renforcement du judaïsme et l’observance pratique de la Torah et des commandements ; éveiller les cœurs des enfants d’Israël et les rapprocher du repentir, de la Torah et des bonnes actions », avec également l’aspiration de « proclamer la vérité qu’immédiatement au repentir – immédiatement à la délivrance complète par notre Juste Machia’h ».

« Kehot » (Éditions Kehot) – qui deviendra la maison d’édition hassidique la plus importante au monde, incluant la bibliothèque « Otzar Ha’hassidim Loubavitch ».

« Merkaz LeInyané ‘Hinoukh » (Centre pour les Affaires d’Éducation) – dont la mission est de veiller à éduquer les fils et filles d’Israël dans l’esprit d’Israël ancestral.

La direction de toutes ces institutions est confiée au Rabbi, établissant ainsi les fondations de ce qui deviendra le mouvement hassidique le plus dynamique et le plus étendu de l’histoire moderne.

Chapitre XII : L’impact spirituel immédiat

« Nous sommes déjà en Amérique »

Dans une lettre du 14 tamouz, le Rabbi écrit à Rabbi ‘Haïm Yossef Rosenbloom et à son épouse :

« Vous voyez que nous sommes déjà en Amérique, après beaucoup d’épreuves. Nous avons trouvé tout le monde dans un état relativement bon, si l’on prend en compte ce qu’ils ont traversé ces deux dernières années. »

Cette simple phrase – « nous sommes déjà en Amérique » – résume toute la transformation qui vient de s’opérer. L’Amérique ne sera plus jamais la même après l’arrivée du Rabbi.

La révolution de l’attente messianique

Dès son arrivée, le Rabbi intensifie considérablement l’accent mis sur l’imminence de la venue du Machia’h. Cette préoccupation, qui caractérisera toute son action future, trouve ses racines dans ces premiers jours américains.

Dans une conversation rapportée des années plus tard, le Rabbi explique : « C’est un sujet que ‘nos pères n’ont jamais vu’… Il n’a jamais entendu de son père, et certainement pas de son grand-père, que son père ou son grand-père allaient dans la rue ou se tenaient dans la synagogue au milieu de la journée en criant ‘jusqu’à quand’, ‘est-il possible que le Machia’h notre Juste ne soit pas encore venu’ ?!…

Et d’où est-ce que je sais qu’ils protesteront ainsi ? Car moi non plus je n’ai pas entendu cela de mon père… et certainement pas de mon grand-père… et même de moi-même je n’ai pas entendu cela avant ma venue en Amérique (j’ignore la raison de cela, mais telle est la réalité), et l’essentiel – que dans les faits c’est un sujet qui apporte de bons résultats… »

L’organisation du réseau mondial

Immédiatement après son arrivée, le Rabbi commence à tisser un réseau qui s’étendra progressivement sur tous les continents. Sa vision dépasse largement les frontières américaines : il s’agit de « diffuser les sources vers l’extérieur » dans le monde entier.

Cette vision globale se concrétise rapidement. Dès les premières années, des émissaires sont envoyés en Europe pour aider les survivants de la Shoah, en Afrique du Nord, en Israël, et progressivement dans tous les pays où vivent des juifs.

Chapitre XIII : La reconnaissance progressive du 28 Sivan

Les décennies d’oubli

Paradoxalement, pendant des décennies, la date exacte de l’arrivée du Rabbi et de la Rabbanit reste méconnue du grand public hassidique. Dans la deuxième édition du « Hayom Yom » publiée en 5717 (1957), on mentionne seulement que le Rabbi est arrivé en Amérique « au mois de sivan 5701 », sans préciser le jour.

Ce n’est qu’avec la publication des lettres du Rabbi précédent, particulièrement le volume contenant les années 5700-5701 publié à la fin de 5743 (1983), que la lettre du 28 sivan 5701 est révélée au public, confirmant la date exacte de l’arrivée.

L’émergence d’une nouvelle fête (5745/1985)

La reconnaissance du 28 sivan comme jour de célébration émerge de manière remarquable en 5745 (1985). Le dimanche 27 sivan, avant la prière de Min’ha, un visiteur entre dans le hall du 770 tenant le cinquième volume des lettres du Rabbi précédent, et montre aux présents la lettre du 28 sivan 5701 annonçant l’arrivée du Rabbi et de la Rabbanit.

Plusieurs étudiants commencent à débattre : d’un côté, le Rabbi parle du 9 adar comme jour d’arrivée du Rabbi précédent en Amérique, donc nous aussi devons suivre son exemple concernant le 28 sivan. D’un autre côté, dans le « Hayom Yom » ne figure que le fait que le Rabbi est arrivé en Amérique au mois de sivan, sans mentionner de date précise.

Finalement, ils décident d’organiser une assemblée hassidique non officielle dans la salle du haut, et de chanter la marche de Roch ‘Hodech Kislev avant l’entrée du Rabbi pour la prière du soir, établissant un parallèle entre le miracle du sauvetage du 28 sivan et celui de Roch ‘Hodech Kislev.

Quand le Rabbi entre pour la prière, il encourage vigoureusement le chant, donnant ainsi son approbation tacite à cette initiative.

L’institutionnalisation progressive (5746-5751)

5746 (1986) : Grande assemblée hassidique organisée pour les 45 ans. Le Rabbi montre clairement son approbation en donnant une bouteille de vin pour la célébration et en prononçant une allocution sur l’importance de la « diffusion des sources vers l’extérieur » depuis « l’hémisphère inférieur ».

5748 (1988) : Publication du premier fascicule spécial « 28 Sivan 5748 » contenant un discours hassidique que le Rabbi corrige spécialement pour l’occasion.

5749 (1989) : Le Rabbi prononce une longue allocution explicitement consacrée au 28 sivan, qualifiant cette date de particulièrement importante et encourageant son observance.

5751 (1991) : Pour le jubilé des cinquante ans, événement exceptionnel : le Rabbi ordonne la publication d’un recueil spécial et le distribue personnellement à des milliers de personnes, événement sans précédent dans l’histoire du mouvement.

Chapitre XIV : Le jubilé mémorable de 5751

Les préparatifs exceptionnels

L’année 5751 marque le cinquantième anniversaire – « Yovel Chanim » – du sauvetage et de l’arrivée en Amérique. Les préparatifs commencent des mois à l’avance. Rabbi Yossef Its’hak Gontnik prépare une annonce publicitaire sur la grandeur de ce jour, qui paraît dans plusieurs journaux juifs.

Un groupe d’étudiants du « Comité des Comptes-rendus » entreprend de préparer un recueil spécial : « 28 Sivan – Jubilé de Cinquante Ans ». Dirigé par Rabbi Simon Jacobson, le groupe rassemble des allocutions et discours relatifs à ce jour, des documents historiques sur le sauvetage, et des témoignages de anciens qui ont vécu l’arrivée du Rabbi.

L’approbation rabbinique

Le 20 sivan, Rabbi Simon Jacobson soumet le projet au Rabbi. Celui-ci répond : « Comme la direction d’Agoudath ‘Hassidei ‘Habad et Tzeirei Agoudath ‘Hassidei ‘Habad, et que ce soit avec un grand succès. »

Mais l’événement le plus extraordinaire se produit le jour même du 28 sivan : le Rabbi annonce qu’il distribuera personnellement le recueil le soir même !

L’événement historique

Le lundi soir 28 sivan 5751, après les prières et deux allocutions spéciales, le Rabbi distribue personnellement le recueil « 28 Sivan – Jubilé de Cinquante Ans » à des milliers de personnes. Chaque exemplaire est accompagné d’un dollar de « mission de mitsva pour la charité ».

La distribution dure plus de trois heures, de 21h20 à minuit et dix. Événement sans précédent : c’est la première fois que le Rabbi distribue un recueil comprenant non seulement des discours hassidiques, mais aussi des récits et des faits historiques.

L’assemblée de toute la nuit

Après la distribution, une grande assemblée hassidique commence au 770, dirigée par Rabbi Meir Harlig. Rabbi Yoel Kahn enseigne le nouveau discours hassidique publié dans le recueil, puis plusieurs orateurs partagent leurs souvenirs des premières années du Rabbi en Amérique.

Malgré l’heure tardive, une foule nombreuse reste à table jusqu’à l’aube, dans une atmosphère particulièrement élevée, comme il convient à ce grand jour.

Chapitre XV : L’héritage transformateur

La révolution éducative

L’arrivée du Rabbi marque une révolution dans l’approche juive de l’éducation. Contrairement à l’attitude défaitiste qui prévalait alors (« l’Amérique n’est pas différente »), le Rabbi proclame que précisément en Amérique, dans cet « hémisphère inférieur », la diffusion du judaïsme peut atteindre sa perfection.

Les institutions éducatives ‘Habad se multiplient : écoles primaires, collèges, Yechivot, séminaires pour jeunes filles. Chaque institution porte l’empreinte de cette vision révolutionnaire : former des juifs fiers de leur identité, maîtrisant à la fois les sciences profanes et les sciences sacrées.

L’expansion mondiale sans précédent

De Brooklyn, le mouvement s’étend progressivement au monde entier. Les émissaires du Rabbi s’établissent d’abord dans les grandes villes américaines, puis au Canada, en Europe, en Israël, en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie, en Océanie.

Aujourd’hui, plus de 5000 émissaires perpétuent cette mission dans plus de 100 pays. Chaque nouvel établissement porte en lui l’étincelle de ce 28 sivan historique.

La transformation de l’Amérique juive

L’Amérique juive d’avant 1941 était largement sécularisée. L’observance religieuse déclinait, l’assimilation progressait. L’arrivée du Rabbi et l’action qui s’ensuit transforment radicalement ce paysage.

Des milliers de juifs redécouvrent leurs racines, des communautés entières retrouvent leur vitalité spirituelle. Le mouvement de retour au judaïsme (« Baalé Techouva ») prend une ampleur inédite.

L’influence sur le judaïsme mondial

L’impact dépasse largement les frontières du mouvement ‘Habad. L’approche pioneère du Rabbi influence l’ensemble du monde juif orthodoxe : importance de l’action communautaire, nécessité de « sortir vers l’autre », utilisation des technologies modernes pour la diffusion du judaïsme.

Des concepts comme les « Maisons ‘Habad », les « Mobiles Mitsva », les campagnes mondiales pour l’observance des commandements, deviennent des modèles repris par d’autres mouvements.

Chapitre XVI : La signification mystique du 28 Sivan

« La force du 28 »

Dans ses enseignements, le Rabbi explique la signification profonde de la date du 28 sivan. Le nombre 28 (כח en hébreu) signifie « force ». Cette force se manifeste dans le troisième mois (sivan), qui lui aussi évoque la force du « triple lien » – référence au peuple d’Israël, à la Torah et à la Terre Promise.

Cette force spirituelle se révèle particulièrement dans le fait que le sauvetage physique devient le prélude à une expansion spirituelle sans précédent.

« Dix exils a connu Loubavitch »

Le Rabbi enseigne que le mouvement ‘Habad a traversé « dix exils » depuis ses origines : Loubavitch, Rostov, Leningrad, la Pologne, et finalement l’Amérique – le dixième et dernier exil. Mais ce dernier exil, dans « l’hémisphère inférieur », permet paradoxalement l’accomplissement le plus complet de la mission de diffusion.

L’Amérique devient ainsi non pas un lieu d’exil, mais le centre à partir duquel rayonne la lumière vers le monde entier.

La dimension messianique

Le Rabbi lie constamment le 28 sivan à la préparation à l’ère messianique. L’établissement du mouvement ‘Habad en Amérique constitue l’étape finale avant la révélation complète, quand « la terre sera remplie de la connaissance de D.ieu comme les eaux recouvrent les océans ».

Cette dimension messianique explique l’urgence qui caractérise toute l’action du Rabbi : chaque jour compte, chaque action peut hâter la délivrance finale.

Chapitre XVII : Les leçons pour notre époque

La persévérance face à l’adversité

L’histoire du sauvetage enseigne une leçon fondamentale : aucune situation n’est désespérée. Malgré la guerre, l’occupation, la bureaucratie hostile, la Providence divine ouvre des chemins inattendus.

Cette leçon résonne particulièrement dans notre époque d’incertitudes. Les défis contemporains – assimilation, antisémitisme, crise spirituelle – ne sont pas insurmontables.

L’importance de chaque individu

Le sauvetage d’un homme et d’une femme transforme l’histoire du judaïsme mondial. Cela illustre le principe hassidique selon lequel chaque âme juive porte en elle un potentiel infini.

Cette vision s’oppose radicalement aux idéologies totalitaires qui sacrifient l’individu aux masses. Ici, sauver un individu sauve le monde entier.

La synthèse entre tradition et modernité

Le Rabbi incarne parfaitement cette synthèse : ingénieur formé dans les meilleures universités européennes et maître incontesté de la ‘Hassidout. Cette combinaison devient le modèle pour des générations de disciples.

Le judaïsme authentique n’exige pas le rejet de la modernité, mais sa sanctification au service des valeurs éternelles.

La dimension universelle

Bien que profondément enraciné dans la tradition juive, le message du Rabbi s’adresse à l’humanité entière. Les « Sept Lois Noahides », l’éthique universelle, la préparation du monde à l’ère messianique concernent tous les peuples.

Cette vision universaliste, née de l’expérience particulière du 28 sivan, offre un modèle de leadership spirituel pour le XXIème siècle.

Épilogue : « Et tu t’étendras… »

Le verset prophétique « Ou-faratzta » (et tu perceras) devient le leitmotiv de l’action du Rabbi. Depuis ce 28 sivan historique, la « percée » se poursuit dans toutes les directions : géographique, spirituelle, intellectuelle.

Quatre-vingts ans plus tard, nous mesurons l’ampleur de cette transformation. Un couple de réfugiés, arrivant dans un monde en guerre avec pour tout bagage leur foi inébranlable, a changé la face du judaïsme mondial.

Leur héritage nous interpelle : que faisons-nous de cette liberté qu’ils ont conquise au prix de tant d’épreuves ? Comment perpétuons-nous cette mission de « diffuser les sources vers l’extérieur » ?

Le 28 sivan n’est pas seulement un anniversaire, mais un appel constant à l’action. Il nous rappelle que l’histoire juive continue de s’écrire, et que chacun d’entre nous en est un acteur responsable.

« De même qu’il y a quatre-vingts ans est apparu notre Roi dans la splendeur et la majesté de Sa force sur la surface du monde, ainsi mériterons-nous bientôt de voir vraiment la lumière du visage du Roi vivant, le Roi dans Sa beauté, et ‘au lieu de faire une interruption’ que ‘j’ai caché Ma face de toi’, ‘on fera maintenant une continuation’ que ‘ceci peut certainement… notre dirigeant de génération exiger et accomplir, qu’en tout premier lieu soit révélé ‘le Sanctuaire de D.ieu, Tes mains l’ont établi’ en ce lieu (sept cent soixante-dix)’ immédiatement et véritablement. »

Puissions-nous mériter de voir bientôt la réalisation complète de cette vision, avec la venue du Machia’h, maintenant !