Pour le mérite du Rav Yonathan Shpitzer et de son épouse Dvora-Léa

 

L’Admour Hazaken explique le jour pendant lequel ‘Vous vous tenez debout, vous tous aujourd’hui’ est celui de Roche-ha-Chana, et en Ce jour l’Eternel dévoile l’Essence de l’âme des enfants d’Israël. C’est à ce sujet qu’il est dit que ‘tout Ton peuple est un peuple de Justes’ car la force de l’Essence de l’âme est la même pour chaque juif, pour ‘tout homme d’Israël’, qu’il soit un chef ou qu’il soit un simple porteur d’eau. En ce jour de Roch-Ha-Chana chaque Juif ‘Se tient debout devant l’Eternel’ et le lien le plus profond de son âme avec l’Essence divine se dévoile. A ce sujet la partie profonde de la Torah met laccent sur le fait que nous sonnons du Choffar le jour de Roche-Ha-Chana pour exprimer notre profond désir que L’Eternel règne sur nous.

De nombreux discours des Maîtres de la ‘Hassidout ‘Habad nous parlent du sens profond du son du Choffar, car il est comme un cri qui provient de la profondeur du cœur. Ce cri exprime l’attachement profond de l’âme Juive avec D.ieu. Rabbi Yossef-Itz’hak a souvent exprime son attachement à son père le Rabbi Rachab.

Il écrit par exemple dans son ouvrage intitulé Likouteï Dibbourim que l’intellect ‘l’intellect et les sentiments du Rabbi en leur essence échappent à notre perception et à notre compréhension. Pour ce qui nous concerne, il est dit, à ce propos (‘Haguiga, 13a) : ‘ne recherche pas ce qui t’est inaccessible, n’examine pas ce qui t’est caché.

En revanche, ce que nous pouvons percevoir et comprendre, au moins jusqu’à un certain point, c’est son action. On peut donc observer le comportement du Rabbi avec ses disciples, avec ses Hassidim, avec les simples Juifs.

En chaque attitude, en chaque mot d’Iguéret-Ha-Kodech, les lettres dans lesquelles il commente le sens de la prière, le service de D.ieu profond qu’elle implique, la sévère mise en garde de ne pas parler pendant la prière, en chaque directive permettant d’acquérir des traits de caractère favorables, est cachée une part de l’Essence, une part de Vie’.

En lisant ces lignes du Rabbi Yossef-Itz’hak nous prenons conscience que d’une part ‘l’intellect et les sentiments du Rabbi en leur essence échappent à notre compréhension’, et d’autre part que ‘nous pouvons percevoir et comprendre, au moins jusqu’à un certain point, son action’.

A ce sujet Rabbi Yossef-Itz’hak décrit en quelques lignes, d’une force extraordinaire, la force des ‘mots du Rabbi’ :

‘A l’heure actuelle, les mots du Rabbi ont été écrits, imprimés sur du papier, mais ces mots écrits et imprimés vivent, d’une vitalité profonde. Ces mots eux-mêmes poussent un cri. Ces saintes paroles, qui sont issues d’un cœur brûlant, brûlent encore actuellement, D.ieu merci, d’une sainte flamme, comme lorsqu’ils émanaient de leur source et de leur origine. Ces mots poussent un cri, demandent, ordonnent. Quand on étudie quelques lignes d’une lettre du Rabbi, imprimée ou manuscrite, quand on assimile ses mots, ceux-ci mettent en éveil et ils exercent une influence, sur la tête comme sur le cœur’.

En attachant notre esprit a ces mots de Rabbi Yossef-Itzhak nous pouvons établir une comparaison entre les mots du Rabbi et le son du Choffar. Comme les ‘saintes paroles du Rabbi sont issues d’un cœur brûlant’ le son du Choffar émane de la profondeur du cœur.

‘Les mots du Rabbi poussent un cri’ et le son du Choffar est lui-même un cri. Les mots du Rabbi ‘mettent en éveil et exercent une influence, sur la tête comme sur le cœur’ et le son du Choffar éveille le cœur de chaque Juif à une vraie et profonde Téchouva.

Dans son ouvrage intitulé ‘Bé chaa ché hikdimou’ (‘Et Yaakov sortit de Béer Chéva’, deuxième tome, page 750) le Rabbi Rachab explique que l’Essence de l’âme divine d’un juif est appelée : ‘la fille du Roi’. Le Roi désigne le Machia’h du fait qu’il est effectivement la source de toutes les âmes d’Israël. Plus précisément il est la source de l’Essence de l’âme de chaque juif, c’est-à-dire de la partie de l’âme qui ne s’habille pas dans le corps.

La partie de l’âme qui s’habille dans le corps et qui n’est qu’un reflet de l’Essence de l’âme est appelée Eved (Esclave) car elle est en exil, prisonnière du corps et de l’âme animale. Le travail de l’homme est de raffiner et de purifier sans cesse cette âme animale afin de se libérer de son état d’Eved.

Par ailleurs le Rabbi Rachab explique que l’âme qui s’habille dans le corps est telle un esclave qui n’agit pas de son propre gré et qui travaille malgré lui sans pouvoir exprimer sa propre volonté.

A l’opposé, la partie de l’âme qui ne s’habille pas dans le corps n’est pas et n’est jamais en exil. Du fait qu’elle ne s’habille pas dans le corps, elle n’est jamais prisonnière de l’âme animale. Elle n’est jamais la proie de l’âme animale, n’est jamais liée à elle et n’a jamais le moindre lien avec elle.

Le Rabbi Rachab écrit que ‘la fille du roi’ désigne donc ‘le point du cœur’, ou encore ‘le point de vérité’ de l’âme d’Israël, et c’est à cela que se rapporte le verset : ‘Je dors en exil mais mon cœur est éveillé’ car la caractéristique de la vérité est qu’elle ne s’arrête jamais.

Elle ne connaît aucune interruption ni aucune dissimulation et de la même façon l’Essence de l’âme est liée à D.ieu d’un lien éternel. Elle ressent constamment sa source et ne s’en sépare jamais. Elle désire continuellement D.ieu : ‘mon cœur est éveillé’.

C’est aussi peut-être à ce niveau qu’il est fait allusion dans la Torah lorsque l’Eternel s’adressa pour la première fois à Moché ‘du milieu du buisson’, ainsi qu’il est écrit (Chemot, 3, 2) : ‘L’ange de l’Eternel lui apparut dans une flamme de feu du milieu du buisson’.

Rachi écrit que cette ‘flamme de feu’ désigne ‘le cœur du feu’ et il nous est permis de supposer qu’il y a ici une allusion au ‘point du cœur’, ‘le point de vérité’ de l’âme d’Israël au sujet duquel il est dit : ‘Je dors en exil mais mon cœur est éveillé’.

Ainsi et contrairement au niveau d’Eved de l’âme, laquelle n’agit pas de son propre gré et travaille malgré elle sans pouvoir exprimer sa propre volonté, le niveau de ‘la fille du roi’ de l’âme exprime la volonté propre de l’Essence de l’âme, qualifiée de ‘pachout’ (simple) et de ‘atsmi’ (essentiel), qui est de s’unir à l’Essence divine.

Tout au long de tous les jours de l’année chaque Juif s’efforce de raffiner et de purifier son corps en le soumettant à la royauté de son âme divine. Ce travail est celui de l’âme qui s’habille dans le corps mais durant tout le mois d’Elloul, et le jour de Roche-ha-Chana, nous entendons le son du Choffar, lequel a le pouvoir d’unir l’essence de l’âme (‘la fille du roi’) à l’âme qui s’habille dans le corps (Eved).

A l’évidence, la force de la révélation de l’Essence de l’âme qui exprime la royauté du Machia’h (puisqu’il est la source de l’essence de l’âme de tous les enfants d’Israël) dépend du travail de chaque juif tout au long de l’année.

Ce travail, que l’on appelle ‘Réouta dé Liba’ (la Volonté du cœur) est réalisé au moyen de la prière et par le fait de méditer à la grandeur du Saint béni soit-Il, à Sa lumière bénie qui entoure les mondes, à Son Essence par laquelle Il crée les mondes à partir du néant.

Tous les efforts qu’un juif accomplit en ce sens ont le pouvoir d’attirer à Roche-ha-Chana la Royauté de l’Eternel, du Méle’h- Ha-Kadoch (Le Roi Saint) laquelle s’exprimera avec la plus grande clarté lors de la royauté du Machia’h.

Il est écrit au début de la Paracha Nitsavim (29, 9-10) :
‘Vous vous tenez debout, vous tous aujourd’hui, devant l’Eternel votre D.ieu : vos chefs, vos tribus, vos anciens, vos officiers, tout homme d’Israël. Vos jeunes enfants, vos femmes et ton converti qui est à l’intérieur de ton camp, depuis celui qui taille ton bois jusqu’à celui qui puise tes eaux’.

Dans le Dvar Mal’hout sur la Paracha Nitsavim, le Rabbi rapporte l’enseignement des Sages selon lequel Adam-Ha-Richon, le jour où il fut créé, appela et dit à toute la Création (à tous les règnes de la Création : l’inanimé, le végétal, l’animal) : ‘Venez, nous nous inclinerons, nous nous courberons et nous nous prosternerons devant L’Eternel, qui nous a fait’.

Le Rabbi explique que ‘L’Eternel, qui nous a fait’ évoque le niveau du divin qui est relatif à ce monde, qui permet de le créer et de le maintenir en vie. Par ailleurs, il existe un autre niveau du divin, bien plus élevé que celui-ci.

Le Rabbi explique en effet qu’Adam-Ha-Richon fit prosterner toute la Création devant le couronnement du Saint béni soit-Il, ainsi qu’il est dit (Téhilim, 93, 1) : ‘L’Eternel règne, Il est revêtu de Majesté’.

Ce verset évoque ‘la Royauté de D.ieu qui fut alors dévoilée dans le monde. C’est le niveau du divin qui est bien au-delà et sans aucune mesure avec ce monde.

Le dévoilement de la racine de l’attribut de Mal’hout (l’attribut de la Royauté), laquelle dépasse toutes les autres Séfirot, le niveau de Kéter (la Couronne qui surplombe tout l’enchaînement des mondes), et jusque dans la partie la plus profonde de Kéter, et jusqu’à L’Essence divine elle-même’.

Il existe donc le dévoilement divin qui s’accorde à la Création et à tout ce qu’elle contient (y compris l’homme lui-même). Puis il y a le dévoilement qui dépasse totalement les limites de ce monde.

Ces deux dévoilements divins existent aussi dans la Torah. De fait, la partie révélée de la Torah s’accorde à ce monde matériel et aux limites qu’il nous impose, et la partie profonde de la Torah est liée à tout ce qui dépasse les limites de ce monde.

Ces deux dévoilements existent également dans l’âme elle-même : les forces de l’âme qui s’habillent et se révèlent dans le corps, et les forces de la partie la plus profonde et la plus intérieure de l’âme : l’Essence de l’âme qui ne s’habille pas dans le corps et qui est enracinée dans L’Essence divine.

De manière plus générale, ces deux dévoilements correspondent à la lumière d’Or-Mémalé qui s’habille dans les mondes (‘L’Eternel, qui nous a fait’), et à la lumière d’Or-Sovev qui ne se révèle pas dans le monde, et ne fait que l’entourer (‘L’Eternel règne, Il est revêtu de Majesté’).

Dans le Dvar Mal’hout sur notre Paracha, le Rabbi met donc l’accent sur notre devoir de nous attacher, non pas seulement aux aspects extérieurs de tous les sujets de ce monde, comme la partie révélée de la Torah et la partie révélée de notre âme, mais il consiste aussi à nous attacher à leurs aspects profonds, à dévoiler la Royauté de L’Eternel et de Son envoyé, le Roi Machia’h.

En révélant la partie profonde de la Torah et la partie profonde notre âme nous avons le mérite de faire de ce monde une demeure pour D.ieu, par le don total de nous-même le dévoilement de notre Juste Machia’h, présent, avec l’aide de D.ieu.

 

Paracha Nitsavim
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