Dans cette analyse profonde de la paracha Tazria, le Rabbi explore la dimension paradoxale des lois de la Tsaraat (affection cutanée mentionnée dans la Torah) pour nous enseigner une leçon fondamentale sur les relations humaines. Au cœur de cet enseignement se trouve une vérité puissante : seul celui qui est empli de bonté et d’amour inconditionnel peut porter un jugement sur autrui. Cette réflexion spirituelle nous invite à cultiver un regard bienveillant envers nos semblables et à reconnaître que la guérison personnelle et collective ne peut advenir que par l’amour désintéressé.
Likoutei Sihot, volume 17 – Adapté d’un discours prononcé lors du Chabbat Parshat Toldot, 5745 [1984]
Introduction
Il existe une dimension paradoxale dans les lois de la Tsaraat. L’identification des lésions de Tsaraat sur une personne, un vêtement ou un bâtiment doit être faite par un érudit formé dans ce domaine de connaissance, « instruit par son maître et parfaitement versé dans toutes les lésions et leurs noms. »
Cependant, la désignation de cette personne comme pure ou impure dépend entièrement d’un Cohen. C’est la déclaration du Cohen, « tu es pur » ou « tu es impur », qui détermine son statut.
Dans son explication de ce paradoxe, le Rabbi nous enseigne comment considérer un autre Juif. La Tsaraat n’est pas une simple affection physique ; c’est un état grave d’impureté qui oblige la personne affectée à être complètement séparée des autres. « Il doit demeurer seul, en dehors du camp où il vit. »
Qui peut déterminer si un autre Juif doit être banni de tout contact avec les autres personnes ? Uniquement un Cohen.
Un Cohen est « un homme de bonté », dont la fonction fondamentale est de « bénir Son peuple Israël avec amour ». Seule une telle personne, qui possède la sensibilité nécessaire pour apprécier l’impact véritable qu’une décision aussi sévère aura sur la personne qui la reçoit, peut la prononcer. Et si un Cohen doit rendre une telle décision, nous pouvons également être certains qu’il investira toute son énergie pour s’assurer qu’ensuite, la personne affligée changera sa conduite et se débarrassera de son affliction.
Quelle leçon pour chacun d’entre nous !
Pourquoi un Cohen est-il intégralement lié à l’impureté de la Tsaraat
- Il existe deux lois générales concernant l’impureté rituelle des lésions de Tsaraat :a) L’évaluation d’une lésion pour déterminer si elle est impure ou non doit être effectuée par un érudit formé dans ce domaine de connaissance, quelqu’un qui « a été instruit par son maître et est parfaitement versé dans toutes les lésions et leurs noms, y compris celles qui affectent une personne et celles qui affectent les vêtements et les maisons. » L’érudit n’a pas besoin d’être un Cohen. Au contraire, « tout [érudit compétent] est apte à examiner les lésions. »b) La désignation d’une personne, d’un vêtement ou d’un bâtiment comme impur ou pur dépend entièrement d’un Cohen. Même après que l’érudit détermine qu’une lésion sur la chair d’une personne est impure, celle-ci ne devient pas impure jusqu’à ce que le Cohen déclare : « Tu es impur. » De même, concernant sa purification, même lorsqu’elle est guérie de la lésion de Tsaraat, elle « reste dans un état d’impureté jusqu’à ce que le Cohen lui dise : ‘Tu es pur’. »
La déclaration du Cohen est le facteur déterminant qui établit l’état d’impureté ou de pureté de la personne (ou d’un objet). Par conséquent, même lorsqu’un « Cohen ne sait pas comment évaluer les lésions » – et « même si le Cohen est mineur ou mentalement déficient » – il « s’appuie sur les paroles de l’érudit » – « l’érudit examine la personne affligée et dit au Cohen, ‘Dis impur’, et le Cohen dit ‘Impur’, ou il lui dit, ‘Dis pur’… etc. »
Une clarification est nécessaire :
a) Puisque le Cohen s’appuie en fin de compte sur les paroles de l’érudit, pourquoi la déclaration du Cohen est-elle le facteur déterminant ?
b) Quel est l’aspect unique de l’impureté des lésions de Tsaraat pour que spécifiquement à leur égard, la Torah introduise ce concept novateur – que l’impureté et la pureté dépendent d’un Cohen ?
Certes, c’est un décret scripturaire – un chok, un décret divin qui transcende la logique humaine – néanmoins, comme l’a enseigné le Rambam, même si les choukim (lois irrationnelles) de la Torah « sont des décrets, il convient de les contempler, et chaque fois qu’il est possible de fournir une raison, une telle raison devrait être fournie. » En particulier, cela s’applique à une raison qui nous permet d’améliorer notre caractère, comme l’affirme le Rambam, « la plupart des lois de la Torah ne sont rien d’autre que des conseils pour… améliorer notre caractère et rendre [tous les aspects de] notre conduite droits. » Ou pour se référer aux paroles de la Torah, « D.ieu nous a commandé… tous ces statuts afin que nous craignions D.ieu », c’est-à-dire que chaque loi dans la Torah est une instruction, enseignant la crainte de D.ieu.
Un Cohen et l’impureté ?!
- La dimension fondamentale novatrice du décret de la Torah selon lequel la pureté et l’impureté rituelles d’une personne ou d’un objet affecté par la Tsaraat dépendent d’un Cohen s’exprime principalement par le fait qu’il détermine que la personne ou l’objet est impur, et moins par le fait que c’est lui qui détermine son état de pureté.
La purification de la Tsaraat n’est possible que lorsqu’il y a eu un état d’impureté provoqué par cette affliction auparavant. Par conséquent, il est logique de dire que le fait que la purification d’une personne affligée dépend d’un Cohen est une conséquence du fait que son impureté était à l’origine dépendante du Cohen. Puisque l’impureté est provoquée par la déclaration d’un Cohen, la purification de cet état d’impureté est également provoquée spécifiquement par la déclaration d’un Cohen.
Ceci est encore plus difficile à comprendre : Si la dimension fondamentale novatrice du décret de la Torah était liée à sa purification, on comprendrait pourquoi cela dépend d’un Cohen – puisque la fonction d’un Cohen est associée à un état de pureté rituelle – comme le reflète la loi que le Cohen ne doit pas intentionnellement contracter d’impureté rituelle – les kohanim sont ceux qui font descendre la pureté rituelle sur le peuple juif. Cependant, pourquoi est-ce que c’est un Cohen qui détermine et fait qu’un Juif devienne rituellement impur ?
Qui peut décider qu’un Juif doit être isolé ?
- Il est possible d’offrir l’explication suivante : Il y a une dimension de sévérité associée à l’impureté de la Tsaraat qui n’existe pas concernant d’autres états d’impureté rituelle. Une personne affligée de Tsaraat doit « demeurer seule, en dehors du camp où elle vit. » Elle est envoyée en dehors des trois camps qui définissaient la communauté juive. De plus, elle doit être totalement isolée ; « les autres personnes impures ne doivent pas demeurer avec elle. » L’endroit où une personne affligée de Tsaraat doit demeurer est séparé même du lieu où les autres personnes impures demeurent.
Et cela est aussi la signification spirituelle de l’impureté de Tsaraat – c’est un état d’impureté si grave qu’il provoque l’éloignement complet de la personne affligée du camp de sainteté. Elle est, pour ainsi dire, isolée de toute connexion avec le peuple juif, la sainte nation de D.ieu.
Étant donné la gravité d’un tel état, la Torah demande : qui peut déterminer si un autre Juif doit être banni, à D.ieu ne plaise, du camp de sainteté ? Seulement un Cohen.
La fonction fondamentale d’un Cohen est de « bénir Son peuple Israël avec amour. » Il est « un homme de bonté » qui bénit le peuple juif avec amour. Ce n’est qu’une telle personne, qui possède la sensibilité pour apprécier la véritable sévérité de l’impact qu’une décision aussi dure aura sur la personne à qui elle est adressée, qui peut la rendre. Et si un Cohen doit rendre une telle décision, nous pouvons aussi être certains qu’il investira toute son énergie pour s’assurer qu’ensuite, la personne affligée changera sa conduite et se débarrassera de son affliction.
Très certainement, la décision prononcée par le Cohen doit être basée uniquement sur les lois de la Torah. Pour cette raison, tout d’abord, la lésion doit être examinée par un érudit, versé dans la sagesse de la Torah et « parfaitement versé dans toutes les lésions. » De plus, cet érudit doit avoir reçu une formation de son maître. Cependant, quand il s’agit de l’application concrète de la décision, cette étape doit être réalisée par un Cohen, un homme de bonté. C’est spécifiquement lui qui a la sensibilité nécessaire pour apprécier la véritable gravité de la délivrance d’une décision aussi sévère à un autre Juif. Par conséquent, il ne négligera aucun effort et examinera minutieusement et questionnera l’érudit concernant son évaluation, suivant le motif sous-entendu par le verset, « la collectivité jugera… et la collectivité sauvera. »
Pour citer un sujet connexe : Comme il est bien connu, le Hassidisme interprète l’adage populaire, « Nul n’est aussi sage qu’une personne d’expérience » pour signifier qu’étudier un sujet avec la connaissance que le processus d’analyse aboutira à une directive ou à une décision à appliquer dans l’expérience concrète motive une personne à creuser plus profondément et à travailler pour atteindre la compréhension fondamentale et véritable du sujet.
De plus, lorsqu’un Cohen, un homme de bonté – après avoir travaillé dans l’investigation et l’analyse de la question dans toute sa profondeur – décide que la personne est impure, nous pouvons être certains que c’est la vraie décision que la Torah ordonne. En même temps, nous pouvons aussi être certains que le Cohen investira toutes ses énergies pour voir à ce que, par la suite, la personne affligée soit en mesure d’être purifiée.
Corriger sa vision
- Il y a une directive claire qui découle de ce qui précède, applicable à chaque époque et en tout lieu : Quand on voit qu’un autre Juif a une qualité indésirable, à D.ieu ne plaise, au point qu’il semble être dans un état si déplorable qu’il « s’est exclu de la collectivité » et qu’il est donc indigne d’être avec le peuple juif, une décision hâtive ne doit pas être prise.
La Torah dicte que même un grand érudit, instruit dans toute la Torah, dont l’analyse issue de la sagesse de la Torah mène à l’évaluation qu’une telle personne doit être éloignée des autres et envoyée « hors du camp où elle vit », ne peut pas immédiatement rendre un tel jugement concernant un autre Juif. Avant de le faire, il doit examiner attentivement son propre niveau de bonté et d’amour d’Israël, l’amour pour son prochain juif. Si une personne – c’est-à-dire si elle manque d’amour d’Israël authentique – n’a pas les qualités caractéristiques d’un Cohen, elle n’a pas le droit de rendre une telle décision concernant un autre Juif. Il est possible que son inclination à rendre une telle décision ne découle pas uniquement d’une analyse basée sur la sagesse de la Torah, mais résulte plutôt de ses propres traits de caractère non raffinés.
La Torah déclare que la lésion elle-même ne crée pas l’impureté, mais plutôt la décision et la déclaration du Cohen (l’homme de bonté) « Tu es impur » fait que le Metsora devient impur. Il s’ensuit que celui qui n’est pas un Cohen, un homme de bonté – et qui juge un autre Juif comme devant être « hors du camp où il vit » – dit un mensonge, et par conséquent, c’est lui qui est un « Metsora » – motzi shem ra (celui qui répand une calomnie) (comme le disent nos Sages concernant le verset « Ceci sera la loi concernant le Metsora » – « Ceci sera la loi concernant celui qui répand une calomnie ») : Non seulement il parle de lachon hara (médisance malveillante) sur un autre Juif (alors que le lachon hara est défini comme « même s’il dit la vérité ») – ce pour quoi la punition est des négaïm (Tsaraat) – mais il est « motzi shem ra », « disant un mensonge… sur son prochain. »
Et quel est son remède ? « Il doit demeurer seul en dehors du camp où il vit » : Jusqu’à ce qu’il s’habitue à regarder un autre Juif d’un bon œil, il doit se séparer des autres Juifs et ne pas les déranger avec ses paroles de lachon hara et de diffamation !
C’est seulement quand il se guérira de cette « lésion » – alors « il retournera et sera guéri. »
C’est en nous conduisant avec un véritable amour d’Israël – en manifestant un amour sans réserve et gratuit – que nous pouvons annuler l’exil, décrit comme la Tsaraat, qui a été causé par une haine sans fondement et gratuite. Alors, comme une conséquence naturelle, la vraie et ultime Rédemption, menée par Machia’h, arrivera immédiatement ; puisse-t-elle se produire rapidement, de nos jours.
















