Le Rav Eliezer Layne de Crown Heights dévoile ses souvenirs des repas de la fête de Chavouot dans l’appartement du Rabbi précédent, en compagnie du Rabbi, où il eut le privilège d’être présent.
Quelques jours avant la fête de Chavouot 1969, le Rav David Raskin, directeur spirituel de la Yéchiva centrale ‘Tomchei Temimim’ du 770, s’approcha d’Eliezer Layne, un jeune homme de 20 ans d’origine israélienne, arrivé à la cour du Rabbi un peu plus d’un an auparavant. Il lui demanda de monter, le soir de la fête après la prière de Maariv, à l’appartement du Rabbi précédent situé au deuxième étage du 770, pour participer au repas de fête.
L’appartement du Rabbi précédent n’était nullement étranger au jeune Eliezer Layne. Lors de la fête de Pessa’h cette année-là, il avait assisté à tous les repas de fête comme invité dans l’appartement et s’était assis autour de la table où dînait le Rabbi, accompagné d’un petit groupe d’invités comprenant quelques-uns des anciens hassidim. Les souvenirs du Rav Eliezer Layne de ces repas de Pessa’h, ainsi que les raisons de sa présence privilégiée — l’un des rares à avoir eu cet honneur au fil des ans, et certainement à son jeune âge — ont été publiés dans « Kfar Habad » dans l’édition de Chavouot de cette année.
Un témoignage précieux
Maintenant, à la veille de la fête de Chavouot, le Rav Eliezer Layne, résident de Crown Heights, continue de raconter avec son style imagé ce qui s’est passé lors des repas de la fête de Chavouot en 1969 avec le Rabbi. Ces souvenirs n’avaient pas été publiés jusqu’à présent.
Le Rav Eliezer Layne est l’un des rares aujourd’hui à pouvoir fournir un témoignage direct, « Kéli Richon », de ces repas avec le Rabbi dans l’appartement du Rabbi précédent lors des fêtes et jours saints, qui demeuraient fermés et inaccessibles au grand public. En effet, tandis que les portes de l’appartement s’ouvraient aux jeunes et aux élèves durant les Sedarim de Pessa’h avec le Rabbi — qui se hâtaient après avoir organisé leur propre Seder dans la cantine de la Yéchiva pour monter au deuxième étage du 770 et se tenir près de la table autour de laquelle le Rabbi était assis avec quelques autres invités, observant de près les événements — lors des autres repas de fêtes et jours saints, l’appartement restait fermé au public. Seuls ceux ayant reçu une invitation personnelle pouvaient y entrer.
Documentation des conversations
En 1993, deux volumes intitulés « המלך במסיבו – Les repas du roi » (publié par Kehot), édités par le Rav Menashe Morde’hai Laofer, émissaire du Rabbi à Ashdod, documentèrent et rassemblèrent les conversations du Rabbi avec les présents lors des différents repas de fête. Ce qui est rapporté dans ces livres se base sur des enquêtes auprès de ceux qui étaient présents lors des repas et sur les sujets principaux consignés par les étudiants de la Yéchiva de l’époque, selon ce qu’ils répétaient devant eux.
Le Rav Eliezer Layne contribua à documenter ces conversations. « La coutume était généralement », explique-t-il, « qu’après les repas, le Rashag (beau-frère du Rabbi), qui avait lui-même conversé avec le Rabbi lors des repas et posé diverses questions, descendait dans la grande Shul du 770 et répétait devant les Ba’hourim les sujets abordés lors des repas. Parmi les étudiants assemblés autour de lui — l’un d’entre eux, qui me vient particulièrement à l’esprit, est le Rav Yehuda Leib Schapiro, devenu plus tard directeur de la Yéchiva à Miami —, certains prenaient des notes. J’étais assis à côté, et plus d’une fois j’ai ravivé sa mémoire sur divers sujets abordés, et le Rashag se souvenait et répétait. »
Les repas de Chavouot 1969
Le Rav Eliezer Layne était présent aux repas de fête avec le Rabbi lors des repas de Pessa’h de 1969, les repas de nuit et de jour de la première et dernière fête, puis également lors des quatre repas de la fête de Chavouot de 1969. Plus de cinquante ans se sont écoulés depuis.
« Quand le Rav David Raskin s’approcha de moi au début du mois de Sivan 1969 pour m’inviter aux repas de fête avec le Rabbi dans l’appartement du Rabbi précédent, » raconte le Rav Eliezer Layne, « il me révéla que la Rabbanit Haya Mouchka lui avait spécifiquement demandé que je participe également aux repas de Chavouot. »
« Le Rav David Raskin me fit part de son intuition selon laquelle je préférerais peut-être éviter d’assister à ces repas privés en tant qu’invité. Cependant, la Rabbanit insistait, et il était donc nécessaire que j’y participe. De mon côté, je n’opposai aucune résistance cette fois-ci et l’assurai de ma présence. Bien à l’avance, il me précisa que j’étais invité à tous les repas de fête, les deux nuits et les deux jours. »
Le premier soir de Chavouot
Lorsque la prière d’Arvit prit fin durant la première nuit de fête, le jeune Eliezer Layne gravit les escaliers jusqu’au deuxième étage du 770 et pénétra dans le salon de l’appartement du Rabbi précédent. « Encore une fois, la table était placée au même endroit que pour Pessa’h et le nombre d’invités officiels était similaire.
Dès le début, les invités se rendirent auprès de l’épouse du Rabbi précédent (qui nous quitta en 1971), la Rabbanit Ne’hama Dina, affectueusement appelée « הזקנה – la vieille », pour lui souhaiter un ‘Gut Yom Tov’. Je suivis leur exemple.
Après un court instant, le Rabbi entra, son Sidour à la main, et souhaita ‘Gut Yom Tov’ à chaque personne présente, à haute voix et de manière personnalisée, tout en se dirigeant vers sa place. Celle-ci se trouvait à gauche d’une chaise vide située à l’extrémité de la table — la chaise où s’asseyait autrefois le Rabbi précédent.
La tradition voulait que Shalom Baer Ginzburg, le Shamash du Rabbi, se rende dans le bureau du Rabbi une fois tous les invités arrivés à l’appartement. Il annonçait alors au Rabbi que toute l’assemblée était présente. Suite à cela, le Rabbi montait à l’appartement du Rabbi précédent. »
Les invités présents
Le Rav Eliezer Layne ne se souvient pas précisément de tous les invités présents ce soir-là, mais certains noms lui restent en mémoire. Parmi eux, certains qui n’avaient pas participé aux repas de Pessa’h avaient été conviés pour les repas de Chavouot.
Parmi les présents se trouvaient le Rav Shmuel David Reitchik, ancien élève de la Yéchiva Tom’hei Temimim d’Otvozk et, plus tard, émissaire à Los Angeles. Bien qu’il n’ait pas assisté aux repas de Pessa’h, il était présent lors des repas de Chavouot dans l’appartement. Le Rav Zalman Jaffe, venu d’Angleterre, ainsi que le Rav Yaakov Katz de Chicago, qui avait également participé aux repas de Pessa’h et avait pour habitude de lire la Haggadah, étaient aussi parmi les convives. Le Rav Eliyahu Yekhil Simpson et le Rav Shneor Zalman Teibel étaient également présents. Ce dernier, homme d’affaires dévoué parmi les hassidim du Rabbi précédent et du Rabbi actuel, résidait à New York à cette époque. Auparavant, il avait été envoyé par le Rabbi au Maroc puis avait vécu en France. Il décéda en 1988, à l’âge de 99 ans. Le Rav Shneor Zalman Teibel assistait presque toujours aux repas de fête dans l’appartement du Rabbi précédent.
« J’ai choisi une place dans le coin de la table », décrit le Rav Eliezer Layne. « C’était l’endroit même où j’étais assis lors de la fête de Pessa’h. Ma place se trouvait dans la rangée où le Rabbi était assis, mais à l’extrémité opposée de la table. Je ne me souviens pas précisément de qui était assis à côté de moi, mais je me rappelle que le Rav Shneor Zalman Teibel et le Rav Itché Hurgin étaient également assis dans cette rangée. Le Rav Itché Hurgin, hassid solitaire, eut la chance de se rendre chez le Rabbi en 1957 lorsqu’il résidait en Israël, à Petah Tikva, et demeura à Crown Heights depuis lors. Le Rabbi l’avait rapproché de lui, en faisant l’un de ses invités réguliers. En face de moi se trouvaient le Rashag, ainsi que le Rav Zalman Jaffe, le Rav Yaakov Katz et le Rav Raichik. »
Le déroulement du repas
« Lorsque le Rabbi entra dans l’appartement, tout était déjà prêt pour le repas et tous les invités étaient à leur place. Le Rabbi s’approcha de sa place et commença immédiatement à faire le Kiddoush », raconte le Rav Eliezer Layne. « Le Rabbi fit d’abord le Kiddoush, puis les autres invités firent chacun individuellement le leur. Pendant que les invités faisaient le Kiddoush, le Rabbi attendait patiemment que tout le monde ait terminé. C’était généralement le cas lors des repas du soir et du jour. Ensuite, ils allaient se laver les mains. »
« Au début du repas, on servit du poisson. Lors de la fête de Chavouot, le Rabbi avait coutume de découper le poisson en plusieurs morceaux et de les saupoudrer de sel avant de les manger, comme lors de la fête de Pessa’h (l’explication de cette coutume, selon les souvenirs du Rav Eliezer Layne, est donnée dans l’édition du Kfar Habad de Pessa’h). Ensuite, on servit la soupe, et c’est entre le service du poisson et de la soupe que les conversations avec le Rabbi eurent lieu. »
« Le repas en lui-même n’était pas très long. En général, ces repas ne s’étendaient pas sur une longue durée. D’après mon expérience personnelle, on pouvait ressentir une différence notable entre les repas de Pessa’h, empreints de diverses coutumes et traditions spécifiques au Rabbi, et les repas des autres fêtes (je n’étais présent qu’à la fête de Chavouot), qui se déroulaient d’une manière plus habituelle et familière en comparaison, comme des repas de fête classiques. »
Les conversations
La première nuit de Chavouot, il semblait qu’il y avait eu un effort pour ne pas « surcharger » le Rabbi avec trop de questions et de discussions, car le plan était que tard dans la nuit, au petit matin, le Rabbi descende à la synagogue du 770 en bas et prononce un discours hassidique, connu des Hassidim sous le nom de « discours de la Réception de la Torah ». Ils essayèrent donc de ne pas trop déranger le Rabbi avec des questions et discussions lors de la première nuit, sachant qu’il se préparait pour le discours.
« Cette année-là, lors de la première nuit de fête, je me souviens que le Rashag avait dit au Rabbi qu’à chaque fête, il y a un commandement spécifique et particulier, comme manger de la Matsa à Pessa’h ou prendre les Quatre Espèces à Souccot, etc. Il demanda donc quel était le commandement spécifique de la fête de Chavouot. Le Rabbi lui répondit que le commandement de Chavouot était de recevoir la Torah. Le Rashag entendit cela et répliqua que recevoir la Torah était du côté de D.ieu, car c’est D.ieu qui la donne aux enfants d’Israël. Mais quelle était notre obligation en tant que récipiendaires ? À cela, le Rabbi répondit que notre devoir était de décider et d’accepter de recevoir la Torah par nous-mêmes. Il me semble que c’était même le premier sujet abordé lors du repas. »
Je soulignerai qu’à ce moment-là, je compris l’essence du souhait que le Rabbi avait l’habitude d’exprimer avant la fête de Chavouot : « קבלת התורה בשמחה ובפנימיות », c’est-à-dire « recevoir la Torah avec joie et en profondeur ». Il semblait que nous avions la décision de recevoir la Torah de notre propre chef, et cela devait se faire dans la joie et en approfondissant notre connexion intérieure.
Le Rav Eliezer Layne relate d’autres moments de conversation avec le Rabbi lors de ce repas de fête. « En général, lorsque le Rashag discutait avec le Rabbi pendant le repas, il ne le faisait pas à voix basse et tout le monde pouvait comprendre les propos sans effort. Je me souviens qu’au cours du repas, le Rashag demanda au Rabbi si tout le monde avait l’habitude de dire le Tikoun Leil Chavouot la nuit de la fête, c’est-à-dire dans quelles communautés cela était coutumier. Le Rabbi lui répondit que tout le monde avait effectivement cette coutume, à part les ‘Mitnagdim’. Et le Rabbi ajouta qu’il avait entendu d’une certaine source qu’au moment où nous avons l’habitude de dire le Tikoun, ils ont coutume d’étudier le Daf Hayomi.
« Et le Rabbi poursuivit, disant que l’étude du Daf Hayomi était une Takana du Rav Meir Shapiro, qui était, comme le Rabbi l’exprima, ‘זייער א פיינער חסידישער איד — un Juif très hassidique’. Et le Rabbi dit qu’il avait connu le Rav Shapiro à Varsovie, et bien qu’il ne fût pas un Mitnagued, sa Takana s’était répandue même parmi les cercles des Mitnagdim. »
















