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Sur l’étude quotidienne du Rambam instaurée par le Rabbi de Loubavitch

“Comme les jours de l’arbre sont les jours de mon peuple” – l’histoire du peuple juif, dans son ensemble, est comparable à un grand arbre dont les racines seraient les Patriarches et qui se développerait jusqu’à la fin des temps.

L’analogie utilisée par le prophète peut être interprétée de manières diverses. D’une part, elle exprime le fait que l’histoire de notre peuple constitue une continuité unique dont tous les éléments, du passé le plus reculé à l’avenir le plus lointain, sont liés les uns aux autres.

D’autre part, de même que l’arbre est composé de différentes parties, à telle enseigne que d’une seule branche montent des feuilles qui s’orientent dans des directions variées, de même au sein du peuple juif existent des différences essentielles selon les périodes de son histoire, chacune d’entre elles ayant eu un sens particulier. Néanmoins, ces évolutions ne sont pas une succession de contradictions. Au contraire, elles apportent chacune leur contribution à un processus plus global.

A propos de la chaîne de la tradition, il nous est enseigné que la Torah donnée au mont Sinaï fut transmise successivement par Moïse à Josué, par Josué aux Anciens, par les Anciens aux Prophètes, par ceux-ci aux hommes de la Grande Assemblée puis aux Sages de l’époque talmudique et, ainsi de suite, jusqu’aux dernières générations. Cette transmission, bien que son contenu ait été unique, s’est accompagnée de modalités différentes au cours de temps.

Que celles-ci aient été dues aux caractéristiques de la période considérée ou aux qualités diverses des hommes de l’époque, des aspects nouveaux de la Torah sont ainsi progressivement apparus.

Lorsque le Rabbi lança la campagne pour l’étude de Maïmonide (appelé aussi par l’acrostiche “Rambam”, pour Rabbi Moché Ben Maïmon), il pouvait sembler qu’il ne s’agissait là que d’un point certes nouveau mais de détail, d’un moyen supplémentaire d’encourager l’étude régulière de la Torah. Des initiatives de ce type avaient d’ailleurs déjà été prises pour d’autres textes par des Maîtres contemporains.

Pourtant, une telle analyse reste très superficielle tant ces deux cas sont dissemblables. En effet, dans l’étude de Maïmonide demandée par le Rabbi, il y a bien plus. Ce n’est pas qu’un ajout mais bien le début d’une approche et d’une époque nouvelles pour l’étude du Michné Torah. Car si cette œuvre de Maïmonide est étudiée dans toutes les communautés juives depuis près de 900 ans, ce n’est qu’en notre temps qu’on commence à la voir de manière différente.

Cette vision nouvelle était, en fait, présente dès l’origine, elle correspond à l’intention de Maïmonide lui-même, qui ne put se concrétiser pendant toutes ces générations. Mais, comme l’enseignent les Sages dans le Talmud de Jérusalem (Traité Péah 1, 1) “Tout ce dans quoi les premiers Sages se sont totalement investis, bien que cela s’oublie et disparaisse parfois, finit par être redécouvert par les Sages postérieurs, comme il est dit: “à Moïse du Sinaï ”.

L’époque a été celle de ces “Sages postérieurs”; elle s’est différenciée par de nombreux points dont l’un des plus importants a été le développement et l’approfondissement de l’étude de la Torah dans ses détails. En effet, de manière générale, les maîtres des dernières générations n’ont pas développé de domaine radicalement nouveau. Ils ont plutôt approfondi les enseignements du Talmud et des premiers Sages, y découvrant de nouvelles idées.

La moindre pousse plantée par les premiers Sages a ainsi été abondamment développée jusqu’à produire feuilles et fruits. Les pierres précieuses cachées jusqu’ici parmi les trésors d’Israël ont été redécouvertes et taillées, faisant briller de nouvelles facettes.

C’est également ainsi que les œuvres de Maïmonide ont été traitées. Les Sages les ont étudiées, en ont recherché les sources et y ont trouvé de nombreuses lois et des réflexions nouvelles. Toutes ces démarches ont présenté un point commun, caractéristique des Maîtres des dernières générations: la volonté d’élargissement et d’approfondissement des détails.

En revanche, le Rabbi a ouvert une période nouvelle qui caractérise la volonté de Maïmonide lui-même telle qu’il l’exprime dans l’introduction à son livre: la voie de “l’étude de toute la Torah”.

Il convient ici de souligner une idée importante. Parmi les livres relatifs à la Torah Orale, aussi bien la Michna que le Talmud, le Midrach que les œuvres des commentateurs talmudiques, il n’en existe aucun qui traite de la Torah dans son ensemble. Malgré l’importance tant qualitative que quantitative de ces ouvrages, tous ont choisi de limiter leur champ de réflexion. Certes, il y eut pour cela des raisons parfaitement légitimes en chaque génération.

Force est cependant d’observer que même la Michna, dont les six traités recouvrent pourtant l’ensemble de la vie, depuis les lois relatives à la terre d’Israël jusqu’à celles qui traitent de pureté rituelle, ne contient pas toute la Torah. Même si tout y figure en allusion, comme, par exemple, l’ordonnancement de la prière ou le détail des lois relatives aux commandements des Tsitsit ou des Téfilines, cependant de tels domaines n’y sont pas explicités.

Seul Maïmonide inclut dans son Michné Torah, la Torah tout entière, depuis les fondements de la foi juive jusqu’aux lois concernant le Machia’h. Cette démarche ne correspond pas simplement à la réalisation d’un ouvrage quantitativement important, apte à collecter tous les détails contenus dans la Torah. Il s’agit d’une autre manière de voir, d’une vision de la Torah comme un ensemble unique et complet.

En effet, même à supposer que l’on étudie de nombreux ouvrages qui se complètent l’un l’autre de telle manière qu’au bout de cette étude on ait abordé l’ensemble des sujets traités par la Torah, il n’en reste pas moins qu’il se sera agi de livres séparés dont chacun aura pris pour thème un domaine plus ou moins restreint.

En tout état de cause, aucun n’aura vu la Torah comme un ensemble unique. En d’autres termes, les ouvrages en question sont comparables à des éléments parcellaires, même lorsqu’ils s’attachent à un champ relativement important, tandis que l’œuvre de Maïmonide constitue une globalité dans sa conception même. Ce fait entraîne une différence non seulement en ce qui concerne l’œuvre globale, mais également les parties dont elle est constituée. En effet, celui qui possède un élément partiel, même dans sa totalité, ne détient pas plus que l’élément en question. En revanche, celui qui possède une partie d’une œuvre globale détient, au moins implicitement, toute cette globalité.

L’étude du Michné Torah de Maïmonide menée avec la vision claire qu’il s’agit d’une œuvre globale constitue le moyen de percevoir la Torah non comme une collection de détails mais en tant que globalité parfaite. Ainsi, elle n’est pas que le recueil de parties éparses mais un tout dont les éléments correspondent, se complètent et se nourrissent d’un bout à l’autre du texte, tel “l’arbre de Vie” dont les branches et les feuilles s’unissent en une seule essence.

La nouvelle période ainsi ouverte rompt avec les précédentes consacrées aux détails; elle envisage ces derniers inclus dans la globalité. Toutefois, celle-ci ne les nie pas dans la mesure où le Michné Torah les contient tous. Ils sont à présent compris sans perdre l’ensemble de vue. Il n’est pas anodin que la plupart des commentaires de Maïmonide aient désigné leurs lois en utilisant le mot “roi”. Ils ont vu, dans le Michné Torah, la “royauté” de la Torah, l’ensemble unique qui inclut avec grandeur tous les éléments parcellaires.

L’étude du Michné Torah de Maïmonide exprime à la fois la manière d’étudier la Torah de notre époque et le contenu essentiel de la période. Le temps qui passe nous rapproche de la venue de Machia’h, qui dépend du fait que le peuple juif accepte la Torah dans sa totalité.

En d’autres termes, l’acceptation de toute la Torah par tout le peuple constitue le moyen de faire venir la Délivrance.

De la même manière que les Juifs acceptèrent la Torah au mont Sinaï, par les Dix Commandements qui portent enracinés toutes ses lois et ses enseignements, ainsi convient-il d’agir aujourd’hui: que chacun accepte l’ensemble de la Torah dans tous ses détails, le peuple tout entier, les petits et les grands, hommes, femmes et enfants. Bien entendu, chacun ne comprend qu’en fonction de ses capacités et des connaissances.

Cependant, accepter la Torah c’est l’accepter tout entière, non comme une collection d’éléments parcellaires mais comme un tout. Ce n’est pas en vain que le peuple juif a donné pour titre à l’œuvre de Maïmonide le nom de “Yad Ha’hazaka – la main forte”. Il a entendu faire ainsi référence au verset: “et pour toute la main forte que fit Moïse aux yeux de tout Israël”.

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