Un enseignement traditionnel révèle pourquoi les astres demeurent éternellement identiques à eux-mêmes tandis que les créatures terrestres assurent leur continuité par le renouvellement des générations. Cette sagesse ancienne explique le prodige quotidien qui défie les lois naturelles de la corruption.

 

Par le Rav Yossef Itshak Havlin, Rav de lq communaute Habad du 770 Ramat Shlomo

 

Le décret divin d’éternité

Dans nos prières quotidiennes, nous proclamons : « Et Il les établit pour toujours, à jamais. » Ces mots désignent les merveilles célestes que D.ieu a placées au firmament : les cieux, le soleil, la lune et toutes les étoiles. Le texte précise ensuite avec force : « Qu’ils louent le nom de l’Éternel, car Il a commandé et ils ont été créés, et Il les a établis pour toujours, à jamais. Il a donné une loi qui ne passera point. »

Cette permanence mérite nos louanges car elle constitue un véritable miracle. Le Saint béni soit-Il n’a pas créé un monde temporaire voué à disparaître, mais a gravé dans la création même une loi d’existence éternelle. L’existence perpétuelle des créatures représente une loi impossible à annuler.

Le soleil, la lune et les étoiles ne brillent pas pour une durée limitée, mais pour l’éternité absolue.

L’interprétation des sages d’Israël

Cette vérité trouve son écho dans l’explication de nos sages sur le verset de la Genèse : « Voici les générations des cieux et de la terre quand ils furent créés (be-hibar’am). »

Pourquoi cette formulation particulière, demandent les maîtres, qui semble indiquer une création actuelle alors que les cieux et la terre ont été créés au commencement ?

Leur réponse éclaire tout : « Be-hibar’am » signifie « robustes comme au jour de leur création. » Malgré le passage des millénaires, les œuvres célestes n’ont ni faibli ni changé. Elles conservent aujourd’hui la même vigueur qu’au premier jour, inaltérées par le temps.

Les sages établissent ensuite une distinction capitale : « Les armées célestes existent individuellement, et les armées terrestres existent en espèce. »

La permanence individuelle des corps célestes

Les armées célestes comprennent le système solaire dans son ensemble : notre soleil, la lune et l’ensemble des étoiles. Ces astres jouissent d’une existence individuelle permanente.

Le soleil qui nous éclaire aujourd’hui est exactement le même que celui des premiers jours de la création. La lune actuelle est identique à celle qui fut créée à l’origine. Les étoiles que nous observons sont les mêmes astres qui furent placés au firmament au commencement.

Cette permanence individuelle signifie que chaque corps céleste conserve son identité propre, sa substance particulière, son essence inchangée à travers les âges. Ils demeurent précisément ce qu’ils étaient lors de leur création divine.

La continuité par l’espèce des créatures terrestres

Sur terre règne un ordre différent. Les armées terrestres – l’ensemble des végétaux, des animaux et des êtres humains – existent selon le mode de l’espèce, non de l’individu.

Les hommes ne vivent pas éternellement, les animaux ne traversent pas indéfiniment les siècles, les arbres ne défient pas toujours les saisons. Contrairement aux astres immortels, les créatures terrestres connaissent la mortalité individuelle.

Pourtant, quelle stabilité dans cette apparente fragilité ! Tandis que les individus disparaissent, l’espèce perdure sans faille. Les hommes meurent mais l’humanité continue. Les plantes se flétrissent mais la végétation renaît. Dans ce cycle perpétuel de naissance et de mort, chaque espèce maintient sa vitalité intacte, sa capacité de reproduction sans limites.

Les lois naturelles de la création

Pour comprendre la profondeur de ce miracle divin, il faut examiner les lois qui gouvernent la création naturelle. La philosophie universelle, du Rambam à Aristote, proclame un principe fondamental : « Tout ce qui naît doit périr. »

Cette loi repose sur une logique rigoureuse. Ce qui n’existait pas et qui vient à l’existence porte en soi le principe de sa propre fin. Car seul possède l’être véritable ce qui existe de toute éternité. Le Saint béni soit-Il seul échappe à cette règle, Lui qui n’a ni commencement ni fin.

Toute créature ayant eu un début doit nécessairement connaître une fin. Tel est l’ordre naturel.

La tendance naturelle à la décomposition

Cette vérité s’explique par une seconde considération : tout être composé tend naturellement vers la décomposition. Comme une image dans un miroir qui disparaît quand on s’éloigne, toute réalité qui dépend d’une cause extérieure retourne au néant dès que cette cause cesse.

Les créatures terrestres, composées des quatre éléments de base – feu, air, eau et terre – subissent cette attraction vers la désintégration. Chaque élément cherche à retrouver sa source : le feu monte vers les hauteurs, l’air se disperse dans l’atmosphère, l’eau descend vers les profondeurs, la terre retourne à sa masse originelle.

L’exemple du bois qui brûle

Observons un tronc d’arbre dans les flammes : parfaite illustration de cette loi ! Le feu consume le bois et révèle sa nature composite. Les quatre éléments qui le constituaient se séparent et retournent chacun à sa source.

Le feu libéré s’élève vers sa demeure naturelle. La fumée se mêle à l’air environnant. L’humidité qui s’échappe s’infiltre dans le sol pour rejoindre les eaux souterraines. La cendre qui subsiste retourne à la terre.

Ainsi, ce qui formait une unité apparente se révèle n’être qu’un assemblage temporaire d’éléments distincts, chacun conservant en lui l’aspiration à retrouver son origine.

Le processus graduel de dégradation

Cette dissolution ne s’opère pas brutalement mais selon un processus lent et continu. Rabbénou Béhayé l’exprime avec justesse : « Dès qu’un enfant naît, il commence à se dessécher. »

Paradoxe frappant ! Cet être qui grandit et se développe porte déjà en lui les germes de sa propre fin. Sous l’apparence de la croissance se cache un affaiblissement imperceptible mais constant qui le conduira vers sa fin naturelle.

Cette loi s’applique à toute la création : les arbres les plus vigoureux, qui donnent leurs plus beaux fruits et déploient leur plus belle ramure, s’affaiblissent secrètement jusqu’à leur disparition.

Le miracle quotidien de la permanence

Face à ces lois naturelles implacables, quel prodige représente donc ce que célèbre notre prière ! « Il a donné une loi qui ne passera point, et Il les a établis pour toujours » – ces mots proclament un miracle qui transcende l’ordre naturel.

Le Saint béni soit-Il a créé dans l’univers une permanence qui contredit les lois mêmes qu’Il a établies. Dans les cieux, Il maintient les astres dans leur identité éternelle. Sur terre, Il assure la continuité des espèces malgré la mortalité des individus.

Voilà le double miracle qui mérite nos louanges : la permanence individuelle des corps célestes et la permanence spécifique des créatures terrestres. Dans les deux cas, l’éternité triomphe de la corruption naturelle.

Cette victoire divine sur les lois de la nature constitue le fondement de notre émerveillement. En contemplant ce prodige quotidien, nous saisissons la puissance de Celui qui, par Sa volonté, maintient l’univers dans l’existence contre toutes les forces qui tendent à sa destruction.