Trois récits extraordinaires révèlent la philosophie révolutionnaire du grand maître talmudiste. Le Rav Meir Klein dévoile comment le Rav Adin Steinzaltz transformait les situations les plus délicates en opportunités d’apprentissage. Une vision qui place l’humain au cœur de la pratique religieuse.
Le Rav Meir Klein partage trois anecdotes marquantes illustrant l’approche unique du Rav Adin Steinzaltz face aux défis religieux du quotidien. Ces récits, allant du Kidouch sur pain aux funérailles d’un chien, en passant par un cours à l’Institut Van Leer, révèlent une philosophie où la Torah doit s’adapter aux réalités humaines plutôt que l’inverse.
Le Kidouch sur pain : pragmatisme et pédagogie
Dans un campus universitaire américain, le Rav Klein se trouvait confronté à un dilemme. Chargé d’effectuer le Kidouch du vendredi soir devant 180 étudiants, il ne pouvait utiliser de vin dans la cafétéria casher qui servait également une population musulmane. « Je cachais du vin dans une bouteille de jus de raisin », confie-t-il.
Consulté sur cette situation délicate, le Rav Steinzaltz apporta une réponse surprenante : « Pourquoi ne pas faire le Kidouch sur les ‘hallots ? C’est exactement la même chose sur le plan halakhique. »
Mais la véritable leçon vint ensuite. « Il y a même un avantage », expliqua le maître. « Ces jeunes vont se disperser partout dans le monde. Certains se retrouveront dans des endroits reculés sans infrastructure juive. S’ils savent qu’on peut faire le Kidouch sur le pain, cela pourra résoudre bien des problèmes. »
Cette réflexion révèle la vision pédagogique profonde du Rav Steinzaltz : anticiper les besoins futurs de chaque individu et leur donner les outils pour maintenir leur lien avec la tradition.
Le Kaddich pour un chien : compassion et créativité
Yoel, enseignant dans une école pluraliste, reçut un jour la visite d’un élève endeuillé. Son chien venait de mourir et le jeune homme souhaitait réciter le Kaddich en sa mémoire. Face à cette demande inhabituelle, Yoel consulta le Rav Steinzaltz.
La réponse fut inattendue : « Récitez le chapitre du ‘Perek Shira’ consacré aux chiens. » Ce texte mystique décrit le chant unique de chaque créature dans l’univers.
« Le principe du Kaddich », expliqua plus tard le Rav, « c’est de continuer sur la voie de celui qui nous a quittés, de combler le vide qu’il laisse. Il faut maintenant dire le chant que le chien ne peut plus prononcer. »
Cette approche révolutionnaire transformait un moment de détresse en opportunité d’enseignement sur la place de chaque être dans la création divine.
L’amateur de porc du Chabbat : transformer la transgression en observance
À l’Institut Van Leer de Jérusalem, le Rav Steinzaltz donnait des cours réguliers. Un jour, il interpella un membre du personnel qui n’y assistait jamais. « Je ne suis pas concerné par ces sujets », répondit l’homme. « Pour que vous compreniez à quel point je suis éloigné de tout cela, sachez que je mange du porc tous les Chabbats. »
« Vraiment, tous les Chabbats ? », s’enquit le Rav. « Pourquoi pas en semaine ? » « Je n’ai pas le temps en semaine, je suis trop occupé. Le Chabbat, j’ai du temps libre. »
La réponse du Rav fut magistrale : « Il y a une Mitsva dans la Torah : ‘Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier.’ Cette Mitsva consiste à faire des choses spéciales en l’honneur du Chabbat. Je n’aurais pas choisi cette méthode, mais vous devez savoir qu’en agissant ainsi, vous accomplissez peut-être cette Mitsva. »
Cette interaction eut deux conséquences inattendues : l’homme se mit à fréquenter les cours et fit un don généreux à la yeshiva.
Une philosophie révolutionnaire
Ces trois récits illustrent l’approche unique du Rav Steinzaltz, résumée parfaitement par le Rav Klein : « Là où la réaction habituelle d’un orthodoxe classique serait de se crisper ou de chercher l’interdiction, la réaction du Rav était inverse à 180 degrés. »
Cette philosophie s’enracine dans un passage du ‘Tanna Devei Eliyahou’ que le Rav citait souvent. Interrogé sur la priorité entre la Torah et Israël, le prophète Élie répond : « Les gens disent que la Torah précède, mais moi je dis qu’Israël précède, car il est écrit : ‘Saint est Israël pour l’Éternel, prémices de sa récolte.' »
Pour le Rav Steinzaltz, cette priorité accordée au peuple juif signifiait qu’il fallait adapter la Torah aux réalités humaines plutôt que forcer les individus à s’adapter à une pratique rigide.
Un héritage vivant
« La question n’est pas de savoir comment amener le peuple juif vers la Torah, mais comment amener la Torah vers le peuple juif », souligne le Rav Klein. « Il faut penser de manière créative pour atteindre chaque Juif là où il se trouve, avec ses préoccupations, son univers conceptuel, et trouver comment établir ce lien de manière surprenante, non conventionnelle. »
Cette approche révolutionnaire continue d’inspirer ceux qui œuvrent pour maintenir le lien entre tradition et modernité. Elle rappelle que la grandeur d’un maître ne se mesure pas seulement à sa connaissance, mais à sa capacité à voir D.ieu dans chaque situation humaine et à y répondre avec créativité et compassion.
L’héritage du Rav Steinzaltz nous enseigne qu’au-delà des règles et des textes, la Torah est avant tout une sagesse vivante qui doit toucher le cœur de chaque individu, où qu’il se trouve sur son chemin spirituel.













