Par le Rav Haïm Mellul

 

Kavana générale

La particularité de la Mitsva de la prière est la suivante. Même si elle est prononcée, par la parole, elle intègre, en outre, une certaine forme d’action. Il est dit, en effet, que : « un homme doit implorer et prier chaque jour ». Dans ce contexte, implorer signifie servir D.ieu avec émotion, de tout son cœur, non uniquement par l’action ou par la parole.

L’objet de la prière est donc : « implorer et prier », c’est-à- dire mettre en éveil la Kavana de son cœur. Selon les termes du Rambam, « c’est après cela que l’on formule ses besoins personnels, en demandant et en implorant ».

Et, l’entrée en matière de tout cela consiste à : « chasser toutes les pensées de son esprit, se dire que l’on se tient devant D.ieu ». C’est après cela que, pendant la prière, on peut demander et implorer.

Si l’on ne met pas tout cela en pratique, non seulement on n’a pas accompli la Mitsva, mais, en outre, la parole elle-même n’est pas celle de la prière.

(Likouteï Si’hot, tome 22, page 117)

Devant Qui tu te tiens

De façon générale, il est dit, à propos de la prière : « Sache devant Qui tu te tiens ». C’est la Kavana la plus globale. La prière est adressée au Saint béni soit-Il. Il faut en avoir conscience avant même de comprendre le sens des mots que l’on prononce.
la kavana de la prière

En la matière, une différence existe, cependant, entre le premier verset du Chema Israël, la première bénédiction du Chemoné Essré et le reste de la prière, comme l’explique le Choul’han Arou’h et comme l’indique également le Tanya, au début du chapitre 30. Il est donc nécessaire d’avoir une Kavana, d’ordre général, celle d’adresser sa prière au Saint béni soit-Il.

Bien entendu, il n’est pas question ici de la Kavana qui est en relation avec la connaissance de l’enchaînement des mondes et de tout ce qui concerne les Sefirot. La Kavana, en l’occurrence, est, au sens le plus simple, la conscience du fait que : « je prie comme le ferait un enfant », en concentrant sa pensée, globalement, sur le Saint béni soit-Il.

Et, point n’est besoin d’avoir recours à la ‘Hassidout, pour adopter une telle attitude. C’est une Hala’ha tranchée par le Choul’han Arou’h. Bien plus, comme l’indique le début du Siddour de l’Admour Hazaken, il est nécessaire, avant même de dire le Modé Ani, « je Te rends grâce, Roi » et de se laver les mains, alors qu’il est encore interdit de mentionner l’un des sept Noms de D.ieu que l’on ne peut pas effacer, de penser au Roi suprême, le Saint béni soit-Il.

Plus encore, cette Kavana de portée générale, « Sache devant Qui tu te tiens », est une obligation de la Torah. Toute la discussion tendant à déterminer si la prière est instaurée par la Torah ou bien d’ordre rabbinique s’applique uniquement avant que l’on ait commencé à prier. On peut alors se demander si c’est la Torah qui impose de prier précisément à ce moment.

En revanche, quand on se trouve, d’ores et déjà, en prière devant le Saint béni soit-Il, que l’on dit Barou’h Ata, « Béni sois-Tu, Eternel », il est alors bien évident qu’il est une Mitsva de la Torah de penser au Saint béni soit-Il. Bien entendu, c’est là un principe général, s’appliquant à toute la prière, dans son ensemble.

De ce fait, quand on habitue un jeune enfant à dire le Modé Ani,
« je Te rends grâce, Roi », on doit lui expliquer qu’il est nécessaire de penser au Saint béni soit-Il, quand on prononce ces mots, car c’est à Lui que l’on s’adresse en disant : « Je Te rends grâce ».

(Discours du Rabbi, Séfer Itvaadouyot 5743-1983,
tome 1, page 144)

Comment atteindre la Kavana

On sait ce qui est couramment admis, concernant la Kavana de la prière. Ceux qui ont des difficultés à l’atteindre, par manque de connaissance, ou bien parce qu’ils ne parviennent pas à se rappeler les détails, quand ils prient, peuvent se contenter d’une seule Kavana, d’ordre général :

« Que ma prière soit entendue par D.ieu, béni soit-Il, comme si elle avait été dite avec toutes les formes de Kavana exposées dans les livres de la Kabbala ».

(Hayom Yom, 11 Adar Richon)

Kavana et prière publique

Vous m’interrogez sur l’habitude que vous avez prise de prolonger votre prière. De ce fait, vous n’entendez pas la Kedoucha de l’officiant. Vous me demandez si vous devez maintenir cette pratique, ou bien raccourcir votre prière afin d’entendre la Kedoucha.

La Kavana est essentielle dans la prière et il en est une, de portée générale, sans laquelle la prière n’en est pas une. On peut en déduire qu’il n’y a pas lieu de raccourcir la méditation de la prière ou de cesser de la prolonger, y compris pour entendre la Kedoucha.
la kavana de la prière

C’est aussi ce que l’on peut déduire de la décision hala’hique figurant dans les responsa du Tséma’h Tsédek, qui est également imprimée dans le Chaar Ha Milouïm, au chapitre 11. Vous consulterez cet ouvrage et tous ceux que vous mentionnez.

(Lettre du Rabbi, Iguerot Kodech, tome 11, page 176)

*

Je fais réponse à votre lettre, dans laquelle vous m’exposez l’organisation de votre journée. Vous concluez par une question. Vous avez l’habitude de prier lentement et, de ce fait, vous ne priez pas avec la communauté. Parfois même, vous dépassez l’heure de la prière.

Voici ma réponse. On connaît l’usage des ‘Hassidim, très souvent basé sur les directives de nos saints maîtres et chefs, consistant à assister à la prière publique, à répondre au Bare’hou, à la Kedoucha, à écouter la lecture de la Torah, puis, par la suite, à prier lentement, parfois même longuement.

Et, l’on connaît aussi l’explication figurant dans le recueil Ha Tamim, au nom du Rabbi de Avroutch, le fils du Rabbi Tséma’h Tsédek, selon laquelle prier avec la communauté signifie réunir la communauté de ses forces, toutes les dix forces de son âme, pour les investir pleinement dans la prière.

(Lettre du Rabbi, Iguerot Kodech, tome 4, page 478)

Les pensées qui troublent

Vous m’écrivez que des pensées étrangères vous troublent, de temps à autre, notamment pendant le moment de la prière. Vous devez prier en tenant un Siddour. Même lorsqu’une réflexion est nécessaire, ce Siddour devra rester ouvert devant vous. Quand vous sentirez ces pensées surgir en vous, vous regarderez aussitôt

le Siddour et, selon l’expression de nos Sages, dont la mémoire est
une bénédiction, les mots sont lumineux pour vous.

Vous devez avoir quelques notions de ‘Hassidout gravées en votre mémoire, mot à mot, notamment le commentaire ‘hassidique intitulé : « Tu honoreras l’ancien », figurant dans le Likouteï Torah, à la fin de la Parchat Kedochim.

De même, avant la prière du matin, pendant les jours de semaine, vous donnerez quelques pièces à la Tsedaka, de temps à autre. Par ailleurs, vous demanderez que l’on vérifie vos Tefillin.

Que D.ieu, béni soit-Il, fasse que votre service de D.ieu soit fructueux, de même que votre étude de la partie révélée de la Torah et de la ‘Hassidout. Ne recherchez pas ce qui est grand et merveilleux. Servir D.ieu implique un intense effort, comme l’expliquent le Tanya et les discours ‘hassidiques.

(Lettre du Rabbi, Iguerot Kodech, tome 7, page 362)

*

Pour ce qui est des pensées étrangères, il est nécessaire de multiplier les mots de la Torah et de la prière. Vous aurez donc quelques chapitres du Tanya et de la Michna gravés en votre mémoire. Ceci protège, y compris quand on ne les récite pas, pas même en sa pensée. C’est ce que l’on peut déduire du Likouteï Torah, à la fin de la Parchat Kedochim. Il serait bon d’étudier également, par cœur, ce discours ‘hassidique, qui est intitulé : « Tu honoreras l’ancien ».

Bien souvent, de telles pensées troublent précisément pendant le temps de la prière et de l’étude. Il est donc judicieux, en ces moments, d’avoir le Siddour ou le livre que l’on étudie ouvert devant soi, à la bonne page. Quand on sent que ses pensées s’éparpillent,
la kavana de la prière

on observera ce Siddour ou ce livre. Les lettres qui y sont inscrites permettront alors de se maîtriser.

(Lettre du Rabbi, Iguerot Kodech, tome 5, page 259)

Prier avec un siddour

Pendant la prière, il est nécessaire de penser au Saint béni soit- Il, de même qu’à la signification des mots que l’on prononce. Et, il y a un moyen simple d’y parvenir. C’est de prier en tenant un Siddour. Il est alors plus aisé de ne pas s’écarter de la Kavana de la prière et, bien entendu, de ne pas en avaler les mots.

Certains pensent qu’ils ne doivent pas prier avec un Siddour à la main, car ils connaissent la prière par cœur, surtout s’il s’agit d’un passage usuel, comme Achreï, par exemple. Mais, quand on dit Achreï par cœur, on doit également penser au Saint béni soit-Il. A fortiori en est-il ainsi quand il s’agit d’autres prières, en lesquelles il est interdit de s’interrompre. Il est certain qu’il faut alors penser au Saint béni soit-Il.

Mon beau-père et maître, le Rabbi avait l’habitude de prier en tenant un Siddour, sauf dans des cas particuliers, même si, sans le moindre doute, il connaissait toutes les prières par cœur. C’est aussi ce que je fais moi-même, puisque j’ai vu le comportement de mon beau-père et maître, le Rabbi.

(Discours du Rabbi, Séfer Itvaadouyot 5743-1983,
tome 1, page 144)

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