Six jours après le drame évité de justesse à bord du vol FZ1073 de Flydubai, l’enquête conduite par les Émirats arabes unis livre des révélations saisissantes. Le copilote omanais aurait conçu son attaque avant même d’entrer dans la compagnie, avec pour cible l’aéroport Ben Gourion. En Israël, où l’on parle d’une chaîne de miracles, une commission de la Knesset vient de révéler que 1 240 membres d’équipage issus de pays sans relations diplomatiques avec le pays y ont atterri depuis le début de l’année.

 

 

Un projet mûri avant même l’embauche

C’est le développement le plus marquant de ces dernières quarante huit heures. Selon deux responsables israéliens informés de l’enquête émiratie et cités par l’agence Reuters, le suspect a déclaré à ses interrogateurs qu’il avait arrêté son plan avant d’être recruté par Flydubai. Il aurait passé en revue les compagnies desservant Tel Aviv, puis présenté sa candidature à la compagnie de Dubaï précisément parce qu’elle assurait cette liaison de façon régulière. Une troisième source, au fait du dossier, affirme que la cible était l’aéroport Ben Gourion lui même.

Les enquêteurs estiment par ailleurs que le 30 septembre n’était pas sa première occasion. L’homme aurait déjà envisagé de passer à l’acte lors d’un précédent vol vers Tel Aviv, plus tôt cette année, avant de renoncer au dernier moment. L’agence Associated Press évoque un projet initialement fixé au mois de juillet. La raison de ce recul demeure obscure, une source avançant qu’il connaissait peut être quelqu’un à bord. Plusieurs médias rapportent enfin qu’il aurait cherché, pendant l’attaque, à couper les deux moteurs de l’appareil.

Seize mille pieds de chute en trente secondes

Les faits remontent au mercredi 30 septembre 2026, en plein ‘Hol Hamoèd Souccot. Le Boeing 737 de Flydubai avait quitté Dubaï pour Tel Aviv avec plus de cent soixante dix personnes à bord, en très grande majorité des Israéliens. Après environ une heure et demie de vol, alors que l’avion abordait l’espace aérien jordanien, il a émis le code international de détresse, puis celui qui signale un détournement.

Dans le cockpit, le copilote venait de s’en prendre au commandant de bord, l’Indien Smit Machchhar, avec la hache de secours qui équipe le poste de pilotage. L’appareil a alors perdu plus de 5000 mètres d’haltitude en un peu plus de trente secondes. Grièvement blessé, le commandant est parvenu à déverrouiller la porte blindée, ce qui a permis à des passagers israéliens et à des membres d’équipage de se précipiter à l’intérieur et de maîtriser l’assaillant. Un passager a d’abord stabilisé l’avion, avant que deux pilotes de la compagnie qui voyageaient en cabine ne reprennent les commandes et ne posent l’appareil à Tabouk, dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite. À l’atterrissage, les passagers ont entonné Od Avinou ‘Haï. Ils ont regagné Israël le jour même à bord d’un avion de remplacement.

Un parcours jalonné de signaux d’alerte

Le suspect a été identifié par de nombreuses sources concordantes comme Hamam al Hammami, un ressortissant omanais de vingt neuf ans, bien que ni les autorités émiraties ni Flydubai n’aient confirmé officiellement son nom. Son itinéraire, reconstitué pièce après pièce, dessine une succession d’occasions manquées.

Titulaire d’un visa étudiant australien obtenu en 2014, il a étudié à Melbourne de 2015 à 2017, et ce visa aurait été révoqué en 2019. La police néo zélandaise a confirmé ce mardi qu’il avait séjourné près de six mois dans le pays, de novembre 2018 à mai 2019, pour y suivre une partie de sa formation de pilote. Il a ensuite obtenu à distance, en 2023, un diplôme britannique de gestion aéronautique.

L’épisode le plus troublant se situe en 2024. Alors qu’il était élève pilote chez Oman Air, il aurait été trouvé en possession de documents extrémistes, ce qui lui aurait valu une interdiction de voler et une affectation à des tâches administratives. En 2025, Royal Air Maroc ne l’a pas retenu à l’issue de trois mois de formation théorique, sans en donner le motif. Flydubai l’a pourtant engagé il y a environ huit mois, sans consulter les autorités omanaises selon la chaîne américaine CBS. Les enquêteurs émiratis entendent à présent les employés de la compagnie qui ont pris part à son recrutement.

Le Chin Beth aux Émirats et l’hypothèse d’un homme seul

Arrêté par les Saoudiens à sa descente d’avion, le copilote a été remis dès le lendemain aux Émirats, où il est détenu. Samedi, le procureur général des Émirats, Hamad Saif Al Shamsi, a qualifié officiellement les faits de tentative d’acte terroriste et confirmé l’usage de la hache. Selon la presse israélienne, l’intéressé encourt la peine capitale en droit émirati.

D’après le quotidien Israël Hayom, des agents du Chin Beth se sont rendus aux Émirats et ont interrogé le suspect lundi soir. Les premiers éléments, relayés par plusieurs médias américains, indiquent qu’il aurait agi seul, sans organisation ni État derrière lui, et aucun lien avec l’Iran n’a été établi à ce stade. Les responsables qui s’expriment soulignent toutefois que l’enquête n’en est qu’à ses débuts. Le président américain Donald Trump a pour sa part déclaré lundi soir qu’à son avis l’Iran se trouvait derrière cette tentative, tout en admettant que la question restait à l’étude, et il a prévenu que Téhéran s’exposerait à une riposte sévère si cette piste venait à se confirmer. En Australie, une cellule antiterroriste cherche à savoir si sa radicalisation remonte à ses années d’études à Melbourne.

En Israël, chacun se renvoie la responsabilité

L’affaire a mis au jour une brèche béante dans le dispositif israélien. Oman n’entretient pas de relations diplomatiques avec Israël, et Flydubai s’était engagée par écrit à n’affecter sur cette ligne que des pilotes issus de pays qui en ont. Or la liste des passagers et de l’équipage, nationalités comprises, avait bien été transmise à Israël avant le décollage, conformément à une loi adoptée par la Knesset en 2023. Personne ne l’a examinée.

Le ministère des Transports affirme ne pas être un organe de renseignement et ne jamais avoir reçu cette liste. La ministre Miri Regev en fait porter la charge au Mossad, tandis que le Chin Beth renvoie vers son ministère. Selon le site Ynet, celui ci n’a jamais consulté la base de données depuis sa création, de sorte que nul ne peut assurer que le cas soit unique. Un rapport du contrôleur de l’État avait pourtant signalé ces lacunes dès mai 2024. Le Premier ministre Binyamin Netanyahou a demandé au chef du Conseil de sécurité nationale de désigner un examinateur chargé de passer en revue l’ensemble de la sécurité des vols étrangers vers Israël, tandis que des voix de l’opposition réclament que toute la lumière soit faite.

À la Knesset, un chiffre qui change la donne

Ce mardi, la sous commission du renseignement de la commission des Affaires étrangères et de la Défense s’est réunie sous la présidence du député Boaz Bismuth pour examiner l’affaire et la préparation des services de sécurité. Les données qui y ont été présentées, révélées par la chaîne C14, ont fait l’effet d’une déflagration. Depuis le début de l’année, 1 240 membres d’équipage ressortissants de pays qui n’entretiennent aucune relation diplomatique avec Israël sont entrés sur le territoire, parmi lesquels des Syriens, des Libanais et des Omanais. On compte dans ce nombre des pilotes et des copilotes.

Le cas du copilote de Flydubai n’avait donc rien d’une exception isolée, et c’est tout le contrôle des équipages étrangers qui se trouve mis en cause. À l’issue de la séance, Boaz Bismuth a assuré que « le visage de l’aviation civile en Israël changera à partir d’aujourd’hui ». Il a exigé de tous les organismes concernés qu’ils achèvent leurs vérifications internes et apportent des réponses claires, en précisant que la commission poursuivrait son suivi jusqu’à l’obtention de l’ensemble des conclusions.

Des liaisons suspendues et un commandant salué en héros

Les vols de Flydubai entre Dubaï et Tel Aviv restent suspendus pour la durée de l’enquête. Le directeur général de la compagnie, Ghaith Al Ghaith, a demandé qu’on laisse les investigations établir les faits, et Flydubai s’abstient depuis de tout commentaire.

La compagnie assurait d’ordinaire une dizaine de vols quotidiens entre Dubaï et Israël, et son retrait a laissé des milliers d’Israéliens bloqués aux Émirats. Le gouvernement devait approuver ce mardi une participation de l’État, plafonnée à neuf millions de shekels, aux frais des compagnies israéliennes qui organisent leur retour. Cette aide couvrira le coût des vols aller, que les avions effectuent à vide sur instruction des services de sécurité.

Le commandant Smit Machchhar se rétablit dans un hôpital des Émirats. Il s’est entretenu en visioconférence avec le Premier ministre indien Narendra Modi, à qui il a confié qu’il se battait pour sa propre vie tout en sachant qu’il ne pouvait pas laisser périr les autres. Le président Its’hak Herzog a annoncé qu’il remettrait une distinction pour acte d’héroïsme aux quatre Israéliens qui ont maîtrisé l’assaillant. Binyamin Netanyahou a pour sa part estimé qu’un nouveau 11 septembre avait été évité, et il a parlé d’une chaîne de miracles accomplis avec l’aide de D.ieu. D.ieu.