La Knesset a récemment approuvé en lecture préliminaire une loi visant à commémorer l’héritage du Rabbi de Loubavitch, suscitant un engouement médiatique immédiat. Cette initiative provoque de sérieuses inquiétudes au sein de la communauté Habad. Le Rav Shmuel Oirechman, directeur des relations gouvernementales de l’Association des Hassidim Habad en Israël, soulève les problèmes fondamentaux que pose cette démarche législative.
Une commémoration qui menace l’authenticité
Ces derniers mois, nous avons tous été émus par l’annonce d’une loi visant à perpétuer l’héritage du Rabbi. Les sites d’information, les groupes de discussion et les comptes sociaux se sont empressés de célébrer : « Incroyable ! La Knesset a approuvé en lecture préliminaire la loi sur l’héritage du Rabbi de Loubavitch ! » pouvait-on lire sur divers portails. Ou encore : « Les ministres ont approuvé la loi commémorant le Rabbi de Loubavitch : important qu’elle passe à l’unanimité », annonçait le site ‘Behadrei Haredim’.
En tant qu’émissaire du Rabbi et responsable des affaires publiques concernant le mouvement Habad, je me suis interrogé : pourquoi tant d’effervescence ? Que pourrait accomplir une loi de l’État d’Israël que nous, émissaires et fidèles du Rabbi, n’avons pas réussi jusqu’à présent ? J’ai donc étudié attentivement cette proposition de loi intitulée « Loi pour la transmission de l’héritage du Rabbi de Loubavitch et de la dynastie du mouvement Habad ».
Un centre de commémoration sous contrôle politique
L’objectif annoncé est de « créer un centre qui perpétuera pour les générations le travail et l’héritage du Rabbi, et de la dynastie du mouvement Habad ; ainsi que la contribution exceptionnelle du Rabbi… »
Concrètement, cette loi prévoit la création d’un centre comprenant un musée commémoratif, des archives et un institut de recherche. Mais qui dirigera ce centre ? Des politiciens et des fonctionnaires – pas Habad.
Selon le projet de loi, un « conseil public » de 13 membres, tous nommés directement par le ministre du Patrimoine – un responsable politique – avec l’approbation du gouvernement, sera responsable du centre. En d’autres termes, ce sont des représentants publics, des universitaires, des Rabbanim et des associations choisis uniquement par le ministre qui détermineront la composition du conseil, la direction du centre, ce qui sera exposé au musée et le contenu des programmes éducatifs.
« Le Rabbi n’est pas du passé, il est toujours présent »
Les termes employés dans l’exposé des motifs révèlent la problématique fondamentale. On y lit : « Rabbi Menahem Mendel Schneerson était le septième dirigeant du hassidisme Habad et l’un des leaders juifs les plus influents de l’histoire du peuple juif… »
L’expression « était le dirigeant » souligne précisément la difficulté conceptuelle. Le Rabbi de Loubavitch n’a pas « été » le leader du mouvement Habad, il en est le guide éternel jusqu’à la venue du Machiah. Notre Rabbi vit – sa vie se perpétue à travers ses émissaires, nous sommes ses enfants, nous sommes sa vie – et même davantage que durant son existence physique !
En d’autres termes : « L’héritage du Rabbi de Loubavitch est vivant, laissez-le vivre. »
Le 27 Adar 5752 (1992), seul les livres des émissaires étaientt sur le bureau du Rabbi. C’était et cela reste son héritage et sa vie. Avec toutes les différences qui s’imposent, Loubavitch n’est pas Hannah Senesh, Ben Gourion ou le Centre Peres pour la Paix !
Remplir la chaise vide : la véritable vision du Rabbi
Je conclurai par une anecdote bien connue. Lors d’une rencontre privée avec le Rabbi, au début des années 1950, un leader influent de la Fédération juive d’Amérique du Nord proposa que toutes les familles juives placent une chaise vide à côté de leur table du Séder, en mémoire des millions de Juifs qui ont péri dans la Shoah.
Le Rabbi répondit : « Votre idée est intéressante, mais, avec tout le respect que je vous dois, au lieu de laisser cette chaise vide – remplissons-la ! Invitons un Juif qui ne célèbre pas le Séder et faisons-le asseoir à notre table de fête. Ce sera un véritable héritage vivant et une victoire pour le peuple juif. »
Si le gouvernement israélien souhaite réellement soutenir Habad, il sait parfaitement comment s’y prendre. L’héritage du Rabbi, ce sont ses émissaires – tout désir d’honorer le Rabbi passe par le renforcement de ses émissaires et l’aide concrète dont ils ont besoin pour maintenir leurs institutions.
« Que le vivant prenne à cœur. »














