Sarah Even-Israël (Steinsaltz), épouse du célèbre Rav Adin Steinsaltz, vient de nous quitter. Le Rav Pin’has Allouche rend hommage à cette femme exceptionnelle qui fut bien plus qu’une simple compagne : une Sage à part entière, une force tranquille et l’âme d’un foyer où chaque visiteur repartait béni et transformé.
par le Rav Pin’has Allouche, Congregation Beth Tefilla, Phoenix Arizona
« Un ami est quelqu’un qui connaît la chanson dans ton cœur et peut te la chanter quand tu en as oublié les paroles. »
Pendant des années, ce poème était accroché à la porte d’entrée de la maison du Rav Adin Even-Israël Steinsaltz זי »ע (affectueusement appelé « Rav Adin ») et de son épouse, ‘Haya Sarah, qui vient de nous quitter il y a quelques heures.
Quel symbole on ne peut plus parfait ! Sarah peut aussi se lire aussi « chanter ». Et en effet, Sarah et son mari, Rav Adin, ont rempli leur humble maison du quartier de la Moshav Hagermanit à Jérusalem d’une mélodie d’amour et de bonté pour tous. Chaque visiteur était accueilli avec un sourire sincère et une invitation à déguster des noix de cajou, du chocolat, des fruits ou d’autres douceurs.
Avant leur départ de ses invités, Sarah insistait pour les bénir : une bénédiction pour la parnassa, une autre pour la santé, et encore une pour le bonheur. Si quelqu’un cherchait une bénédiction pour le mariage, elle avait aussi une recette secrète : elle lui servait un verre de Cointreau, lui demandait de dire « Lé’haïm », puis le bénissait pour qu’il trouve son bashert(âme sœur). Et comme ses bénédictions avaient une dimension presque prophétique, quelques mois, parfois même quelques semaines plus tard, la personne trouvait son parfait partenaire…
Mais surtout, lorsque Sarah et Rav Adin vous saluaient, que ce soit chez eux ou n’importe ailleurs au monde, vous deveniez leur ami. Et ils ne vous quittaient pas avant que la « chanson de votre cœur » — celle qui porte tout le bien que vous pouvez et devez accomplir — soit réveillée.
« ESHET ‘HAVER »
Sara n’était certes pas une femme ordinaire. Le Rabbi de Loubavitch l’avait d’ailleurs dénommée « Eshet ‘Haver » — un titre talmudique désignant l’épouse d’un Sage. Ce titre ne lui fut certainement pas attribué à la légère.
Oui, elle était issue d’une illustre famille ‘Habad. Elle était aussi l’épouse de l’un des plus grands érudits juifs de l’histoire, qui révolutionna la connaissance juive avec sa traduction et ses commentaires sur l’ensemble du canon de la bibliothèque juive et les dizaines de livres publiés et qui continuent de voir le jour. Mais Sarah était aussi une Sage à part entière. Psychologue de formation, elle maîtrisait les sciences, la culture et la littérature. Elle parlait plusieurs langues. Mais surtout, son esprit et son cœur étaient entièrement imprégnés de Torah et des enseignements de nos maîtres hassidiques.
« SON LIEN AVEC LE RABBI DE LOUBAVITCH »
Sarah entretenait également une relation très spéciale avec le Rabbi de Loubavitch.
Il y a quelques années, Rav Adin m’a confié qu’il avait eu, avec Sara, une audience privée avec le Rabbi (ce récit est d’ailleurs rapporté dans son livre paru en français : Mon maître le Rabbi) .Sarah tenait leur fille Esther dans ses bras en entrant dans le bureau du Rabbi. Submergée par l’émotion, elle se mit à pleurer et à trembler, refusant de s’asseoir comme le voulait la coutume. Le Rabbi la pria alors de s’asseoir dans un savant mélange de fermeté et de tendresse : « Assieds-toi ! », comme un père soucieux du bien-être de sa fille et de son bébé.
Lors d’une autre rencontre, Sarah entra dans le bureau du Rabbi vêtue d’un manteau de fourrure. Le Rabbi lui demanda : « Est-ce un manteau de vison ? » Rav Adin expliqua plus tard que ce n’était pas une question, mais une bénédiction, qu’un jour, elle puisse se permettre d’acheter un tel manteau.
Et en 1990, lorsque le Rabbi demanda à Rav Adin de changer son nom de famille de Steinsaltz à Éven-Israel, il précisa que cela ne devait se faire qu’avec l’accord de son épouse. Telle n’était pas moins l’estime du Rabbi envers elle.
LA FORCE TRANQUILLE QUI PORTAIT SON MARI
Mais peut-être que la plus grande qualité de Sara était son humilité.
Dès son mariage avec Rav Adin, elle lia sa vie avec modestie et dévouement à sa mission sacrée et universelle. Nuit après nuit, elle restait éveillée jusqu’aux petites heures du matin, prête à accueillir son mari et à être sa force tranquille qui le porterait de plus en plus haut. Elle était son ancre, sa confidente, et comme Rav Adin me l’a dit un jour, sa « meilleure amie ».
Il y a deux mille ans, lorsque Rabbi Akiva revint chez lui après 24 ans d’étude, accompagné de ses 24 000 disciples, son épouse Rachel se tenait à l’écart de la foule. Elle avait enduré pauvreté et solitude pour que son mari devienne l’un des plus grands leaders du peuple juif. Rabbi Akiva la vit, arrêta tout le monde, la désigna et proclama : Chéli véchélakhem — chéla hou » ! Ce qui m’appartient et ce qui vous appartient, revient à elle ! »
Il en était de même pour Rav Adin. Son érudition et son influence mondiale étaient portées par elle. Elle était le roc sur lequel il s’appuyait, l’encouragement discret derrière sa mélodie, sa force tranquille. « Ce qui est à Rav Adin, et ce qui est à nous, lui revient ! »
UN RÊVE MERVEILLEUX
Lors d’un récent voyage en Israël, j’ai eu le privilège de revoir Sarah. Elle m’a accueilli avec un sourire radieux, m’a demandé des nouvelles de mon épouse et de chacun de mes enfants, et m’a exhorté, comme le faisait son mari, à accomplir « toujours plus ».
Au cours de notre conversation, elle m’a confié qu’une semaine auparavant, elle avait ressenti un immense manque de son mari, Rav Adin, décédé il y a environ cinq ans. Elle leva alors les yeux vers le ciel et demanda un signe. Cette nuit-là, elle fit un rêve merveilleux : elle vit son mari debout dans leur cuisine, lui souriant largement. À son réveil, elle sut : son mari était, et serait toujours, avec elle.
Sarah et Rav Adin se trouvent désormais réunis. Ensemble, leurs bénédictions continueront de nous accompagner, depuis leur demeure céleste, plaidant en faveur de leur famille, de leurs élèves, de notre peuple et de notre monde.
Quant à nous, nous devons continuer à agir pour les rendre fiers, en multipliant les actes de bonté et de générosité en leur mémoire, et en accomplissant « toujours plus ».
Jusqu’à ce que nous méritions bientôt de voir s’accomplir la promesse : « D.ieu anéantira la mort, et ainsi Il séchera les larmes sur tout visage» (Isaïe 25, 8), alors que les morts reviendront à la vie… ceux qui dorment dans la poussière entonneront des cantiques (Isaïe 26, 19), parmi eux Sarah et Rav Adin.
Puisse ce jour venir rapidement. Amen














C’était un couple exemplaire et complémentaire qui a changé notre vie. Merci Sarah et Adin, vous serez toujours avec nous et dans notre fort intérieur et à très bientôt. De Victoria et Solly Perlow et famille, Bon courage à toute leur famille