Un soldat d’élite condamné à trente jours de prison pour avoir cousu sur son uniforme un insigne représentant le Machia’h : l’incident, en apparence dérisoire, a déclenché une onde de choc bien au-delà des casernes. Derrière la sanction se profile une crise plus profonde — celle de la confiance fracturée entre les combattants et leur hiérarchie, exacerbée par deux ans d’une guerre qui n’en finit pas. À l’heure où la loi sur la conscription des ultra-orthodoxes agite la société israélienne, la question du sens même du combat revient avec une acuité brûlante.
L’affaire du patch : trente jours de prison pour un symbole
L’événement qui a mis le feu aux poudres est en apparence anodin : un soldat d’une unité de combat a été sanctionné de trente jours d’incarcération militaire pour avoir cousu sur son uniforme un patch représentant le Machia’h. La nouvelle a immédiatement déclenché une tempête. Pour l’invité, ce qui s’est passé est proprement « hallucinant » et « complètement fou ».
« Cette unité a traversé des épreuves inimaginables, souligne-t-il. Ce sont des gens qui ont vu des choses qu’ils ne peuvent pas raconter. Ce ne sont pas des recrues fraîchement sorties de chez leurs parents. » Lorsque le chef d’état-major leur rend visite et leur tient un discours solennel, un soldat appose sur son uniforme un patch que l’on croise dans pratiquement chaque base militaire du pays — et il se retrouve en prison. « Ce sera une tache éternelle sur l’armée, martèle l’invité. Qu’on ait arrêté un soldat pour un patch et qu’on l’ait jeté en cellule — pour toujours. »
Ce qui aggrave encore le sentiment d’injustice, c’est le contexte humain qui l’entoure. L’invité évoque son propre conseiller parlementaire, actuellement déployé au Liban, qui n’est rentré chez lui qu’une seule journée avant de repartir au front. Des milliers de soldats israeliens vivent cette réalité quotidiennement, avec femmes et enfants qui les attendent, sans savoir quand ils reviendront. « Ces gens attendent un minimum de leur armée : qu’on les laisse respirer. Et alors, qu’est-ce que ça change si quelqu’un porte un patch ? »
La confiance brisée : Tsahal avant et après le 7 octobre
Au-delà de l’incident lui-même, l’affaire du patch révèle une crise plus profonde : la fracture de confiance entre les soldats et leur hiérarchie. « La justice militaire s’est fissurée, reconnaît l’invité, mais pas en raison de l’indiscipline. Elle s’est fissurée parce que la confiance s’est brisée bien avant le 7 octobre 2023. » Pendant des années, des valeurs erronées ont été inculquées aux soldats. Tsahal n’a pas cherché à vaincre. Cette réalité a commencé à changer, mais la confiance, elle, n’est pas revenue.
Dans ce contexte, envoyer un combattant trente jours en prison pour un insigne est la dernière chose susceptible de la restaurer. « Ce n’est pas ainsi qu’on regagne le cœur des hommes », insiste l’invité. Et pourtant, le chef d’état-major a choisi cette voie — une décision que beaucoup, dans les rangs comme en dehors, peinent à comprendre.
Un autre élément joue, selon lui, un rôle essentiel : la motivation. Le soldat qui porte ce patch n’est pas un provocateur — c’est un homme habité par une conviction profonde. « Et la motivation, c’est précisément ce qui manquait avant. »
Gaza : quand l’ennemi sait pourquoi il se bat
C’est en entrant dans les maisons de Gaza que quelque chose a basculé dans la conscience de nombreux soldats. Ils ont découvert dans chaque foyer de grandes affiches glorifiant l’idéologie jihadiste. Face à cela, une question s’est imposée d’elle-même : notre ennemi sait pourquoi il se bat. Et nous ? « Nous, en tant que peuple d’Israël, nous avons une vocation, une direction, une vision, explique l’invité. Ce n’est pas seulement une question de survie. »
C’est précisément ce message que certains ont tenté de brouiller. Des voix se sont élevées pour promouvoir une vision du conflit sans camp du bien ni camp du mal — un simple affrontement régi par des règles de guerre. Pour l’invité, cette lecture est profondément fausse : « Il y a un bon côté et un mauvais côté. Nous sommes le bon côté. Hamas est le mauvais côté. Nous sommes là pour l’anéantir. » C’est cette certitude que le commandement militaire n’a pas encore pleinement intégrée, déplore-t-il, et c’est là l’un des grands chantiers qui restent ouverts.
La loi sur la conscription : un tournant historique possible ?
La loi sur la conscription des ultra-orthodoxes est l’autre grand sujet qui occupe les esprits. Peut-elle véritablement changer la donne ? L’invité, qui se définit comme un homme du milieu — croyant et partisan de l’intégration des Haredim dans Tsahal — le croit sincèrement. Et il s’appuie sur un argument concret : la commission Shakedaï, mise sur pied par le ministre de la Défense Gallant au lendemain immédiat du 7 octobre 2023 pour réfléchir aux moyens d’intégrer les ultra-orthodoxes dans l’armée. Pendant cinq mois, cette commission — sans un seul membre Haredi en son sein — a travaillé et rendu ses recommandations.
Sa conclusion : la voie pour amener les Haredim dans Tsahal passe par le programme des Hasmonéens, par la modification des directives militaires et par un système d’incitations. « Tout cela est inscrit dans la loi actuelle, affirme l’invité. Et cela fonctionnera. » Chaque jour qui passe sans loi est un jour de plus où ces jeunes hommes ne s’enrôlent pas — et où les réservistes mobilisés depuis des mois n’obtiennent aucun relâchement.
Son second frère vient d’apprendre hier soir qu’il ne passera pas les prochaines fêtes chez lui. Sa femme est en crise. « Ces gens ont besoin d’un soutien que la société civile leur doit. La vérité, qu’on l’aime ou non, c’est que sans loi, rien ne bougera. »
Soldats ou agendas : la question qui fâche
Mais la loi sur la conscription porte en elle une clause qui a fait bondir l’invité : un article stipulant que le texte ne pourra en aucun cas nuire à l’intégration des femmes dans Tsahal. Pour lui, la question s’impose d’elle-même : « Voulez-vous des soldats, ou voulez-vous réaliser des agendas ? » Il cite un exemple concret : un programme pilote dans les blindés, où cent soldats ultra-orthodoxes se sont présentés contre cinq candidates dans le cadre de l’intégration féminine. Soudainement, le manque de personnel ne semble plus préoccuper personne.
« Je suis en faveur d’un changement de cette clause, confie-t-il, et j’espère que nous y parviendrons. Il faut comprendre une réalité simple : nous sommes en guerre. »














