Le député israélien Tsvi Succot du parti ‘Sionisme Religieux’ s’est vu refuser l’entrée aux États-Unis alors qu’il devait participer au congrès mondial des émissaires Loubavitch à New York il y a deux semaines, dans un incident diplomatique qui soulève des questions sur les relations entre parlementaires israéliens et autorités américaines.

 

 

Une demande de visa bloquée à la dernière minute

Le parlementaire avait planifié son voyage avec soin : billet d’avion réservé, programme établi incluant une visite au 770 Eastern Parkway et au Ohel du Rabbi de Loubavitch, suivant ainsi les traces de ses prédécesseurs au sein du parti, notamment le président Betsalel Smotri’h qui s’est récemment rendu à New York. Pourtant, sa demande ESTA – l’autorisation électronique que les citoyens israéliens peuvent solliciter en ligne pour obtenir un visa – n’a jamais abouti.

Tsvi Succot a suivi la procédure habituelle auprès de l’ambassade américaine, mais sa demande est restée en suspens. Les autorités consulaires américaines lui ont indiqué qu’elles devaient vérifier certains éléments et reviendraient vers lui, le laissant dans l’incertitude totale quant à l’issue de sa démarche.

Un parcours militant controversé qui complique la donne

Selon un reportage de Yaron Avraham diffusé sur Channel 12, le député a été interrogé sur d’éventuelles enquêtes policières et affaires pénales lors de sa demande de visa. Tsvi Succot a reconnu avoir eu des démêlés avec la justice à l’âge de 19 ans, des éléments qui auraient pu influencer la décision des autorités américaines.

Le passé de Tsvi Succot, né le 3 octobre 1990, résident de la colonie d’Yitzhar en Judée-Samarie où il vit avec son épouse et leurs trois enfants, est marqué par un activisme de droite intense. Ancien représentant du groupe d’extrême-droite « La Révolte » et ex-directeur exécutif du parti Otzma Yehudit (Force Juive), son parcours est jalonné d’incidents avec les forces de l’ordre.

En janvier 2010, il avait été arrêté avec neuf autres personnes dans le cadre d’une enquête sur l’incendie criminel d’une mosquée. En 2012, il fut expulsé de Judée-Samarie, soupçonné de faire partie d’un groupe de douze personnes ayant planifié et perpétré des attaques violentes contre des Palestiniens et leurs biens. L’organisation Honenu lui avait alors fourni une représentation légale.

Une série d’actions militantes sous surveillance

Le profil de Tsvi Succot s’est construit au fil d’actions militantes médiatisées. En décembre 2015, il organisa une manifestation contre le Shin Bet à Tel Aviv où il reconstitua les supposées tortures de prisonniers juifs suspectés d’implication dans l’incendie de Douma. En juillet 2017, il fut à nouveau arrêté pour suspicion d’activités de « price tag » – ces représailles anti-palestiniennes menées par des radicaux.

En décembre 2017, il filma des lanceurs de pierres arabes à Yitzhar et accusa l’organisation « Rabbins pour les Droits de l’Homme » d’avoir manipulé les images. Quelques jours plus tard, il fut arrêté pour avoir protesté contre la démolition d’une maison dans l’avant-poste de Yishuv HaDa’at. En janvier 2018, avec d’autres dirigeants d’Otzma Yehudit, il retira un panneau publicitaire qu’il qualifiait d' »incitation terroriste » et lança une campagne de financement participatif pour acquérir des drones destinés à filmer les lanceurs de pierres arabes.

L’affaire de Sde Teiman, catalyseur du refus américain

Plus récemment, le parlementaire a été convoqué par la police israélienne dans le cadre de l’affaire de l’intrusion à la base militaire de Sde Teiman. En juillet 2024, Succot avait appelé ses partisans à manifester devant ce centre de détention contre l’arrestation de neuf soldats israéliens suspectés de maltraitance d’un prisonnier terroriste palestinien. Il avait ensuite rejoint d’autres militants d’extrême-droite dans une invasion illégale du camp, déclarant sans ambages qu’on ne pouvait enquêter sur les soldats avant d’enquêter sur ceux qui avaient échoué à empêcher les attaques du 7 octobre.

Cette intrusion dans une installation militaire, combinée à son historique judiciaire, pourrait expliquer la réticence des services consulaires américains à lui accorder un visa, particulièrement sensibles aux questions de violations des droits de l’homme et d’atteintes à la sécurité des installations gouvernementales.

Un parcours politique marqué par la radicalité

Lors des élections législatives de 2022, Tsvi Succot occupait la seizième place sur une liste commune réunissant Otzma Yehudit, le Parti Sioniste Religieux et Noam, représentant le Sionisme Religieux. Deux semaines après les élections, au début du saccage de Huwara, Succot tweetait que « le nid d’assassins de Huwara doit être pris en charge », accompagnant son message d’une photo de lui-même au milieu d’un groupe de résidents des territoires rassemblés à la jonction de Tapoua’h, au sud immédiat de Huwara.

Entré à la Knesset le 8 février 2023 en remplacement de Betsalel Smotri’h qui avait démissionné selon la Loi Norvégienne, Succot fut nommé président de la sous-commission de la Knesset pour la Judée et la Samarie le 1er novembre 2023, un poste stratégique qui lui confère une influence considérable sur les questions liées aux territoires. Il quitta temporairement la Knesset le 21 janvier 2025 après le retour d’Amihai Eliyahu suite au retrait d’Otzma Yehudit du gouvernement, avant d’y revenir en avril en remplacement du député Almog Cohen.

Un espoir déçu et une intervention diplomatique

Malgré l’attente et le maintien de sa réservation pour le vol du lendemain, Tsvi Succot a finalement dû se résoudre à manquer son avion, profondément déçu de ne pouvoir participer au rassemblement annuel des émissaires Habad, l’un des plus importants événements de la communauté juive hassidique mondiale qui rassemble chaque année des milliers de participants venus du monde entier.

Face à cette situation inédite pour un membre de la Knesset, le député s’est tourné vers le ministère des Affaires étrangères israélien pour solliciter son intervention et obtenir de l’aide. Selon les publications sur le sujet, il s’agit d’un membre de la coalition gouvernementale dont les parents possèdent la citoyenneté américaine et dont l’épouse est également citoyenne américaine, des liens familiaux qui rendent d’autant plus surprenant ce refus d’entrée sur le territoire américain et qui compliquent la situation diplomatique.