Plus de 250 émissaires se sont réunis à Paris pour marquer un demi-siècle d’actions spirituelles initiées par le Rabbi. Ce 26ème congrès annuel, organisé lors de la date symbolique du 2 Iyar, s’est déroulé dans une atmosphère d’unité parfaite, reflétant le principe fondateur « comme un seul homme avec un seul cœur ». L’événement a mis en lumière les accomplissements des cinquante dernières années tout en préparant l’avenir du mouvement en France.

 

Par notre correspondant à Paris

Ce jeudi 1er mai 2025, proche de la date symbolique du 2 Iyar, plus de 250 émissaires œuvrant sous la direction du Rav Mendel Azimov, émissaire principal de Paris et sa région et directeur du Beth Loubavitch, se sont rassemblés pour leur 26ème congrès annuel. Cette date revêt une importance particulière car elle marque l’anniversaire de Rabbi Chmouel Schneerson (1834-1882), le quatrième Rabbi de la dynastie Loubavitch, connu sous le nom de Rabbi Maharach.

Figure emblématique, le Rabbi Maharach est célèbre pour son approche révolutionnaire face aux obstacles, résumée dans son adage « Lehathila Hariber » (d’emblée par-dessus l’obstacle). Cette philosophie encourageait ses disciples à ne pas contourner les difficultés mais à les surmonter directement avec audace et détermination. Sa pensée, consignée dans plusieurs ouvrages dont « Likoutei Torah Chmouel », continue d’influencer profondément l’approche du mouvement Habad-Loubavitch face aux défis contemporains.

Cette même date du 2 Iyar marque également l’anniversaire du début de la mission à Paris d’un autre « Chmouel » – le Rav Chmouel (Moulé) Azimov – et de son épouse Bassie, véritables pionniers du mouvement Loubavitch en France. Arrivés en 1968, juste après leur mariage, à la demande du Rabbi, le couple Azimov a posé les fondations de ce qui allait devenir l’un des réseaux communautaires les plus dynamiques du monde.

Lehathila Hariber : Le principe directeur de Rav Chmouel Azimov

Tout au long de sa vie, le Rav Chmouel Azimov a fait de l’approche « Lehathila Hariber » du Rabbi Maharach non pas un simple concept théorique, mais une véritable philosophie d’action quotidienne. Face à l’immensité de la tâche de reconstruction de la vie juive dans le Paris d’après-guerre, il aurait pu procéder graduellement, étape par étape. Au lieu de cela, fidèle à l’enseignement du Rabbi Maharach, il a choisi d’emblée l’approche la plus audacieuse.

« Rav « Moulé » ne connaissait pas les demi-mesures, » a témoigné l’un de ses premiers collaborateurs présent au congrès. « Quand il s’agissait d’ouvrir une nouvelle institution, d’acquérir un bâtiment, ou de lancer un nouveau programme, il ne se demandait jamais si c’était possible, mais comment le réaliser au plus vite et à la plus grande échelle. »

Cette détermination s’est manifestée dès les premiers jours de sa mission. Plutôt que de commencer modestement dans un petit local, le Rav Azimov a immédiatement recherché un emplacement stratégique au cœur de Paris. Malgré des ressources limitées et un environnement parfois hostile, il a établi une présence visible et ambitieuse qui allait servir de base à toutes les expansions futures.

« Il nous racontait souvent comment, dans les premières années, certains lui conseillaient la prudence et la patience, » a rapporté son fils lors d’une intervention émouvante. « Sa réponse était toujours la même : ‘Le Rabbi nous a enseigné que face à un mur, on ne cherche pas à le contourner ou à l’escalader progressivement – on le franchit d’un bond.' »

Cette approche s’est vérifiée dans tous les aspects de son action. Que ce soit dans la création d’écoles juives de haut niveau à une époque où l’éducation religieuse était considérée comme anachronique, dans l’organisation d’événements publics d’envergure célébrant ouvertement l’identité juive, ou dans l’acquisition de propriétés destinées à devenir des centres communautaires, le Rav Chmouel Azimov a systématiquement vu grand et agi avec audace.

« Son application du ‘Lehathila Hariber’ était si constante qu’elle semblait naturelle, » a observé un ancien étudiant devenu lui-même émissaire. « C’est seulement avec le recul que nous mesurons l’extraordinaire courage qu’il fallait pour agir ainsi dans le contexte de l’époque. »

Un Programme Riche Inspiré de Cet Héritage

La journée a débuté par une étude des textes hassidiques dirigée par l’un des émissaires, suivie d’une prière communautaire et d’un petit-déjeuner soigneusement préparé. Le programme s’est poursuivi avec plusieurs ateliers professionnels approfondis sur diverses thématiques, conçus pour renforcer et équiper les émissaires d’outils concrets pour leur travail quotidien.

Plusieurs de ces ateliers ont spécifiquement exploré comment appliquer concrètement l’approche « Lehathila Hariber » face aux défis contemporains. Comment maintenir cette audace visionnaire dans un contexte économique contraignant ? Comment concilier cette approche avec une planification stratégique rigoureuse ? Comment inspirer cette même détermination chez les nouvelles générations ?

« L’exemple de Rav « Moulé » nous montre que ‘Lehathila Hariber’ n’est pas de l’imprudence, mais une forme supérieure de sagesse, » a expliqué l’animateur d’un des ateliers. « Il nous a appris que parfois, le chemin apparemment le plus audacieux est en réalité le plus direct et le plus efficace. »

Après un déjeuner festif et élaboré, d’autres ateliers ont été organisés, axés cette fois sur les défis actuels de la mission et les stratégies pratiques issues des expériences de terrain. Ces sessions ont permis aux émissaires d’échanger leurs expériences et de partager leurs solutions innovantes face aux obstacles rencontrés dans leurs communautés respectives.

Le Rav Menachem Mendel Kotlarsky : Invité d’Honneur du Congrès

Le point culminant de la journée fut sans conteste le banquet festif et solennel, au cours duquel le Rav Menachem Mendel Kotlarsky, invité d’honneur de ce kinous, a captivé l’assistance par son discours inspirant. Né en 1981 à Crown Heights, le Rav Kotlarsky occupe aujourd’hui le poste de vice-président du Centre pour les Affaires Éducatives (Merkaz L’Inyonei Chinuch) et préside le congrès mondial des émissaires Loubavitch.

Ayant suivi les traces de son père, le regretté Rav Moshe Yehuda Kotlarsky, décédé récemment en 2024, le Rav Menachem Mendel dirige également le « Centre 302 », une initiative qu’il a fondée encore jeune homme en 2004 pour soutenir les émissaires du Rabbi à travers le monde. Sa présence à Paris pour ce congrès souligne l’importance stratégique de la communauté française dans le réseau mondial Habad-Loubavitch.

« La venue du Rav Kotlarsky témoigne de la reconnaissance internationale du travail accompli à Paris, » a souligné le Rav Mendel Azimov.  « Son expertise dans le développement du réseau mondial des émissaires et sa vision héritée de son père en font un guide précieux pour notre communauté. »

Dans son allocution, le Rav Kotlarsky a partagé plusieurs anecdotes illustrant comment le Rav Chmouel Azimov avait directement appliqué le principe de « Lehathila Hariber » dans des moments critiques. Il a notamment évoqué comment, face à la crise financière des années 1970, alors que de nombreuses organisations réduisaient leurs activités, le Rav Azimov avait au contraire étendu ses programmes et doublé ses efforts d’outreach.

« J’ai eu le privilège d’entendre mon père, le Rav Moshe Yehuda, évoquer à maintes reprises son admiration pour le travail du Rav Chmouel Azimov à Paris, » a confié le Rav Kotlarsky. « Il le citait souvent comme exemple d’application parfaite de la philosophie du Rabbi Maharach dans notre génération. »

Un Héritage Vivant pour l’Avenir

Ce 26ème congrès a également été l’occasion de réfléchir à comment perpétuer cette approche distinctive dans un monde en constante évolution. Les défis d’aujourd’hui – individualisme, technologies distrayantes, antisémitisme renouvelé – appellent peut-être plus que jamais une réponse dans l’esprit du « Lehathila Hariber ».

« Mon père nous a montré que cette approche fonctionne dans toutes les circonstances, » a conclu le Rav Menachem Mendel Azimov. « Si nous voulons poursuivre son œuvre, c’est en abordant chaque défi avec la même audace visionnaire, la même détermination inébranlable. »

Une session spéciale a été consacrée à la collecte de témoignages et d’anecdotes sur la façon dont le Rav Chmouel Azimov avait appliqué « Lehathila Hariber » dans différentes situations, avec l’intention de compiler ces récits dans un ouvrage qui servira d’inspiration aux générations futures d’émissaires.

Alors que les participants se sont séparés après cette journée intense, chacun est reparti avec un engagement renouvelé à incarner cette philosophie d’action dans sa propre sphère d’influence. Plus qu’un simple hommage à un homme exceptionnel, ce congrès a été l’occasion de réaffirmer la pertinence éternelle d’une approche qui continue de définir l’essence même du mouvement Habad-Loubavitch en France et dans le monde.

« Le Rav Chmouel Azimov nous a laissé bien plus qu’un réseau d’institutions, » a résumé l’un des jeunes émissaires. « Il nous a légué une méthode, une attitude face à la vie, et surtout la preuve concrète que ‘Lehathila Hariber’ n’est pas un idéal inaccessible, mais une voie pratique vers un accomplissement extraordinaire. »

 

Photos ; Thierry Guez