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Behar – La Chemita, le Yovel et les quatre fils
Source : Likouté Si’hot volume 27, deuxième Si’ha sur Behar

 

 

 

Mekorot Behar-Be’houkotaï 5786

La paracha Behar nous confronte à l’une des promesses divines les plus étonnantes de la Torah : la sixième année, lorsque la terre est à son point d’épuisement maximal, elle produira une récolte suffisante pour trois années entières. Les Si’hot du Rabbi révèlent que la question « que mangerons-nous la septième année ? » n’est pas le doute d’un fils impie, mais l’émerveillement légitime d’un fils sage qui cherche à comprendre le mécanisme d’un miracle hors-normes. Cette Si’ha dresse un parallèle saisissant entre la sixième année de la Chemita et le sixième millénaire dans lequel nous vivons : notre génération « épuisée » est précisément celle que D.ieu a choisie pour faire descendre dans le monde les révélations de l’ère du Machia’h.

 

La promesse divine pour le respect du repos de la terre

La paracha Behar (25, 3) établit les lois fondamentales de la Chemita et du Yovel : pendant six années, l’homme ensemencera son champ, mais la septième année sera un chômage absolu accordé à la terre, un Chabbat pour D.ieu. Après sept cycles de sept années — soit quarante-neuf ans —, la cinquantième année sera le Yovel (le Jubilé) : nulle semence, nulle récolte.

Face à l’observance de ces lois, D.ieu formule une promesse solennelle : la terre donnera son fruit — « vous ne craindrez pas d’année de famine », précise Rachi — et les hommes mangeront à satiété, « la bénédiction résidant même dans les entrailles », selon le même commentateur, et ils habiteront en sécurité sur la terre. Mais alors surgit, dans le texte même de la Torah, une question dont on pourrait croire qu’elle ne devrait jamais être posée par un peuple ayant déjà vu tant de miracles : « Que mangerons-nous la septième année ? » La réponse divine est aussi ferme que spectaculaire — D.ieu accordera Sa bénédiction la sixième année, et la terre produira une récolte pour trois années entières, de sorte que la récolte ancienne sera consommée jusqu’à la neuvième année.

Un sujet antérieur similaire : les quatre fils de Pessa’h et leurs questions

Pour saisir la portée de cette question, les Si’hot du Rabbi nous invitent à un retour en arrière, vers un passage antérieur de la Torah qui traite d’une structure identique : celle des quatre fils de Pessa’h. La Torah (Bo 12, 24) évoque l’enfant qui demande « qu’est-ce que ce service pour vous ? » — question que Rachi identifie comme celle du fils impie. Ibid. (13, 8) décrit le fils qui ne sait pas poser de question, auquel son père doit raconter la sortie d’Égypte. Ibid. (13, 12-14) introduit l’enfant qui demande « qu’est-ce que cela ? » à propos du rachat du premier-né, que Rachi identifie comme le fils simple — un enfant qui ne sait pas approfondir sa question. Ailleurs, il est dit (Vaet’hanane 6, 20) : « quels sont les témoignages, les lois et les statuts que l’Éternel notre D.ieu vous a ordonnés ? » — voilà, selon Rachi, la question du fils sage.

Selon le sens simple, les questions du fils simple et du fils sage ne se limitent pas aux lois du Seder

Le but du commentaire de Rachi sur la Torah est d’en expliquer le sens simple (le péchat). Or, selon le sens littéral des versets, la question du « fils simple » — qui demande « qu’est-ce que cela ? » — ne concerne pas les Mitsvot du soir de Pessa’h, comme on le lit généralement dans le contexte hala’hique de la Haggada, mais bien la Mitsva du premier-né, puisque sa question est écrite à la suite du verset traitant de cette Mitsva. De même, la question du fils sage — « quels sont les témoignages, les lois et les statuts ? » — n’est pas liée à la nuit de Pessa’h selon le sens simple ; il interroge de manière générale sur l’ensemble des Mitsvot que D.ieu a ordonnées.

Faut-il répondre à toutes les questions, même les plus naïves ?

Une question surgit alors : si la Torah commande de répondre au fils impie et au fils qui ne sait pas poser de question lors du seder de Pessa’h, on aurait pu penser que c’est une loi spécifique à cette nuit particulièrement chargée de sens, car pour ces deux types de fils, si l’on ne leur explique pas les Mitsvot, ils risquent de ne pas les accomplir. Mais lorsque l’on arrive à la Mitsva du rachat du premier-né, un enseignement d’une portée universelle émerge : même pour d’autres Mitsvot, la Torah nous oblige à répondre aux questions du fils, y compris — et c’est remarquable — s’il s’agit des questions d’un fils « stupide ». Dès lors, une évidence s’impose : si la Torah nous oblige à répondre aux questions naïves, il faut a fortiori répondre aux questions studieuses du fils sage. Rachi lui-même le confirme : « ailleurs il est dit… la question du fils sage ».

Quel type d’enfant pose la question « que mangerons-nous ? »

Lorsque la Torah place la question « lorsque vous direz : que mangerons-nous la septième année ? » à la fin du passage traitant de la Chemita et du Yovel, elle indique par ce positionnement même qu’il ne s’agit pas de la question du fils impie qu’il aurait fallu convaincre d’emblée de respecter la Chemita. C’est bien la « question du fils sage », et le contenu de son interrogation est noble : il souhaite comprendre les détails et les modalités de la bénédiction « la terre donnera son fruit et vous mangerez à satiété ». De quelle manière exacte la bénédiction de D.ieu s’accomplira-t-elle durant les années où « nous ne sèmerons pas et ne récolterons pas notre production » ? Et la réponse lui est donnée : la bénédiction s’accomplira de telle manière que la terre donnera, la sixième année, une grande récolte — « et elle produira la récolte pour trois années ».

Après tant de miracles répétés, le doute est-il permis ?

On pourrait se demander comment un peuple qui a vu la mer se diviser, la manne tomber du ciel et l’eau jaillir du rocher peut encore s’interroger sur la providence divine. Mais les Si’hot éclairent la nature profonde de la Chemita : elle est avant tout un effort spirituel d’effacement de l’égo, une acceptation totale du joug de la royauté céleste. Or, c’est précisément du fait de cet « égo » que la question peut ressurgir à chaque génération — et à chaque fois, il faut y répondre à nouveau : « Je donnerai Ma bénédiction… »

Cependant, la question du fils sage est d’une toute autre nature. Ses interrogations ne proviennent pas de l’égo — à D.ieu ne plaise — mais au contraire de la sagesse et de l’émerveillement. Son étonnement procède du fait que ce miracle est totalement à l’opposé des lois de la nature : selon les lois naturelles, le champ « s’affaiblit » d’année en année, ainsi que le souligne Maïmonide dans le Guide des Égarés (3, 39). Et pourtant, ici, précisément la sixième année, lorsque la terre est au point le plus bas de son épuisement, elle produit une récolte pour trois années entières ! Ce n’est pas le doute qui motive la question du fils sage — c’est la stupéfaction face à la grandeur du miracle.

C’est bien la « génération épuisée » qui fera venir le Machia’h

Les Si’hot du Rabbi dévoilent ici un enseignement d’une profondeur vertigineuse. Nous nous trouvons dans le sixième millénaire — période qui correspond symboliquement à la « sixième année » de la Chemita. En raison de la décadence progressive des générations, nous sommes « plus faibles » que toutes les générations qui nous ont précédés. Et la question se pose avec une acuité toute particulière : comment des hommes aussi limités peuvent-ils espérer produire la Délivrance et amener la « septième année » — l’ère du Machia’h ?

La réponse du Saint béni soit-Il est identique à celle formulée pour la Chemita : « Je donnerai Ma bénédiction… » Lorsque l’on accomplit le service divin pendant la période de l’exil avec abnégation et effacement, au-delà de la raison et de la compréhension, D.ieu accorde Sa bénédiction d’en-haut. Dans la semence de la sixième année résidera la bénédiction, et elle produira une récolte pour trois années — faisant ainsi « descendre » dans le monde les révélations du futur, révélation après révélation après révélation (Osée 6, 2). C’est précisément notre génération, la plus « épuisée » de toutes, qui, par le miracle divin, est appelée à produire la triple révélation de l’ère messianique. Le paradoxe est au cœur du message : plus la terre est faible, plus le miracle est grand.