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Les mystères de la naissance de Moïse :
quand le surnaturel prépare la Délivrance

 

Dans ce recueil consacré à la Paracha Chemot, nous découvrons comment la conception de Yokhéved « hors d’Égypte » et le rajeunissement miraculeux de son corps sont intrinsèquement liés à la mission de Moïse en tant que libérateur d’Israël. À travers l’analyse des deux descentes successives en Égypte et des deux élévations correspondantes, le Rabbi nous révèle les dimensions profondes de l’exil et de la Rédemption. Ce texte, issu d’un discours de Chabbat Paracha Chemot 5722 (1962), éclaire les fondements spirituels qui permirent à Moïse de briser les chaînes de la nature et de conduire son peuple vers la Terre Promise.

 

 

Sur le verset « Un homme de la maison de Lévi alla et prit la fille de Lévi », la Guemara pose la question suivante : du verset « qui l’enfanta pour Lévi en Égypte », nous apprenons que Yokhéved naquit entre les murailles – c’est-à-dire que « sa naissance eut lieu en Égypte mais sa conception hors d’Égypte ». Il en résulte donc que lorsque Amram reprit Yokhéved pour épouse – avant la naissance de Moïse –, elle avait déjà cent trente ans, puisque les enfants d’Israël demeurèrent en Égypte deux cent dix ans et que Moïse avait quatre-vingts ans lors de leur sortie.

Dans ce cas, pourquoi la Torah dit-elle « il prit la fille de Lévi », alors que l’expression « fille » évoque la jeunesse ? La Guemara répond : « Cela nous enseigne qu’apparurent en elle les signes de la jeunesse : sa chair se renouvela, ses rides s’effacèrent et sa beauté revint à sa place. » Le Rachbam explique que la Guemara déduit « sa naissance en Égypte et sa conception hors d’Égypte » du fait que le verset « qui l’enfanta pour Lévi en Égypte » est un verset superflu, puisqu’il est déjà écrit qu’elle était « fille de Lévi ».

Les enseignements déduits l’un de l’autre sont intrinsèquement liés

Il a déjà été expliqué à maintes reprises que lorsqu’on apprend une chose à partir d’une autre, bien qu’on puisse apparemment dire que cette déduction n’est qu’une preuve pour nous – que nous avons besoin de la preuve d’un autre sujet pour connaître celui-ci –, néanmoins, en contemplant l’intégralité de la Torah et la précision absolue de chacun de ses détails, il est nécessaire de dire qu’en profondeur, le sujet enseignant des détails sur le sujet enseigné est la cause ou l’explication du sujet enseigné lui-même, ou du moins de sa transmission et de sa révélation à nous.

De là, on comprend dans notre sujet :

a) Puisque la preuve de l’interprétation de « il prit la fille de Lévi » – qu’« apparurent en elle les signes de la jeunesse » – provient de « sa naissance en Égypte et sa conception hors d’Égypte », d’où l’on voit, comme expliqué ci-dessus, qu’elle avait déjà cent trente ans, on comprend que le fait qu’« apparurent en elle les signes de la jeunesse » lorsqu’Amram reprit Yokhéved est lié à cela selon un rapport de cause à effet. Autrement dit, cela découle du fait que « sa conception eut lieu hors d’Égypte ».

b) D’un autre côté : puisque la précision dans le verset « qui l’enfanta pour Lévi en Égypte » – que seule sa naissance eut lieu en Égypte – découle du verset « il prit la fille de Lévi » lié à la naissance de Moïse, et que les mots « qui l’enfanta pour Lévi » sont un « verset superflu », on comprend que le fait de « sa conception hors d’Égypte » avait pour but que Moïse notre Maître, le sauveur d’Israël, naisse d’une mère dont « la conception eut lieu hors d’Égypte ».

c) Puisque le verset « qui l’enfanta pour Lévi en Égypte », qui nous enseigne que « sa conception eut lieu hors d’Égypte » et qu’« apparurent en elle les signes de la jeunesse », apparaît dans le dénombrement de ceux qui entrèrent en Terre d’Israël, on comprend que ces deux notions – « sa conception hors d’Égypte » et « apparurent en elle les signes de la jeunesse » – sont intrinsèquement liées à l’entrée en Terre d’Israël.

Deux descentes et deux élévations

Pour comprendre cela, il faut d’abord citer les paroles du Midrach sur le verset « Et voici les noms des enfants d’Israël venant en Égypte » (« venant » au présent) : « Bien des jours s’étaient écoulés depuis qu’ils étaient venus en Égypte », mais « tant que Yossef était vivant, ils n’avaient pas le fardeau de l’Égypte ; Yossef mourut et ils leur imposèrent le fardeau. C’est pourquoi il est écrit « venant », comme s’ils étaient entrés en Égypte ce jour-là. »

Telle est l’explication que donne l’Admour Hazakène dans le Torah Or : la Paracha Chemot mentionne à nouveau leur venue en Égypte, bien que cela ait déjà été raconté auparavant dans la Paracha Vayigach, car le fait de « venir en Égypte » mentionné dans la Paracha Chemot exprime une descente bien plus grande que celle de « venir en Égypte » mentionnée dans la Paracha Vayigach, au point que cela est considéré comme une descente distincte en Égypte.

L’Admour Hazakène explique que de même que dans l’exil d’Égypte il y eut deux descentes – celle mentionnée dans la Paracha Vayigach et celle mentionnée dans la Paracha Chemot (toutes deux suggérées dans la double expression « yarod yaradnou » – « nous sommes descendus deux fois ») – « une descente après l’autre », de même il y a dans la sortie et la Rédemption d’Égypte deux élévations (comme suggéré dans le verset « Et Moi Je te ferai monter, monter aussi », et dans le verset « monter, nous monterons » – double expression d’élévation) – « une élévation après l’autre » : une élévation eut lieu lors de la sortie d’Égypte – « Je vous ferai monter de l’affliction de l’Égypte… vers une terre ruisselant de lait et de miel », et la seconde élévation aura lieu lors de la Rédemption future.

La seconde descente : lorsque « Yossef mourut »

La seconde descente de « venir en Égypte », dont il est question dans notre Paracha, commença, selon les paroles du Midrach, lorsque « Yossef mourut », avant le décès de « tous ses frères et de toute cette génération ».

Certes, « tant qu’un seul de ceux qui étaient descendus en Égypte était encore vivant, les Égyptiens n’asservirent pas les Israélites », mais la précision est qu’« ils ne les asservirent pas » ; cependant, « le fardeau de l’Égypte », ils le leur imposèrent immédiatement dès que « Yossef mourut ».

C’est précisément le « fardeau » qui constitue une descente immense

Du fait que la Torah définit le « fardeau de l’Égypte », immédiatement après que « Yossef mourut », comme la seconde descente de « venir en Égypte » pour la deuxième fois, et non l’asservissement d’Égypte qui survint après que « moururent… et toute cette génération », événement qui n’est relaté que comme un fait et un détail au sein de la seconde descente elle-même, on comprend :

(a) Que la descente au moment de la mort de Yossef est extrêmement profonde par rapport à la première descente qui la précéda, raison pour laquelle elle ne peut être considérée comme un détail de la descente précédente, mais est définie comme une descente à part entière.

(b) Que la différence immense entre ces deux descentes est similaire à la différence immense entre l’élévation de la sortie d’Égypte et l’élévation qui aura lieu lors de la Rédemption future, comme mentionné ci-dessus au nom de l’Admour Hazakène, que ces deux élévations correspondent aux deux descentes.

L’explication est la suivante : l’essence de « Mitsraïm » (Égypte), du mot « metsarim » (limites et frontières), est qu’elle ne permet pas la révélation de la Divinité qui transcende la nature. C’est pourquoi Yossef dit à Pharaon roi d’Égypte : « D.ieu répondra pour le bien de Pharaon », « ce que D.ieu fait, Il l’a montré à Pharaon » – car à Pharaon roi d’Égypte, on ne peut parler qu’en termes du Nom Elokim, dont la valeur numérique égale « haTéva » (la nature).

Et lorsque Moïse notre Maître vint vers Pharaon et lui dit « Ainsi a dit l’Éternel… laisse partir Mon peuple… », Pharaon lui répondit : « Qui est l’Éternel pour que j’écoute Sa voix ?… Je ne connais pas l’Éternel » – Pharaon ne reconnaît pas le Nom de l’Éternel qui transcende la nature et ne veut pas admettre l’existence de ce niveau.

Telle est la signification de la première descente en Égypte, dont il est question dans la Paracha Vayigach : auparavant, les enfants d’Israël se trouvaient en Terre d’Israël, où l’on voit ouvertement la Providence du Saint béni soit-Il sur chaque détail – « une terre que l’Éternel ton D.ieu recherche constamment, les yeux de l’Éternel ton D.ieu sont sur elle du début de l’année jusqu’à la fin de l’année ». Et lorsqu’on arrive dans une terre où règne « Je ne connais pas l’Éternel », c’est une descente considérable.

En Égypte, on n’attend pas la pluie du ciel

L’un des aspects dans lesquels s’exprime cette différence entre la Terre d’Israël et la terre d’Égypte est qu’en Égypte il ne pleut pas, et la croissance des récoltes et autres s’effectue par le Nil, tandis que la Terre d’Israël « boit l’eau de la pluie du ciel ».

Pourquoi le Saint béni soit-Il a-t-Il établi ainsi, « que la terre ne boive que d’en haut » ? L’une des explications est afin « que tous lèvent leurs yeux vers le Haut » : lorsque l’homme sait qu’il a besoin de « la pluie du ciel », même lorsqu’il possède une grande abondance, « tu mangeras et tu seras rassasié… et tout ce qui t’appartient se multipliera », il sera néanmoins préservé dans une certaine mesure de « ton cœur s’enorgueillira et tu oublieras l’Éternel ton D.ieu », sachant que même lorsqu’il accomplit tout ce qui dépend de lui – labour, semailles et autres –, il a besoin de l’aide du Saint béni soit-Il.

Tandis que lorsqu’il se trouve en Égypte, où le Saint béni soit-Il a établi une conduite naturelle selon laquelle à une certaine période le Nil monte et irrigue les champs – puisqu’aux yeux de chair il ne ressent pas le besoin de l’aide du Saint béni soit-Il, il risque de s’illusionner que « ma force et la puissance de ma main m’ont procuré cette richesse » et d’oublier, à D.ieu ne plaise, que « c’est Lui qui te donne la force de faire fortune ».

Même le Nil dépend du Saint béni soit-Il

Selon cela, on comprend pourquoi Yaakov, en arrivant en Égypte, bénit Pharaon « que le Nil monte à son approche ». Et apparemment : le Nil était l’idole des Égyptiens, comment est-il possible que Yaakov bénisse Pharaon d’une chose liée au Nil, qui est son idolâtrie, d’autant plus que par cela grandit l’orgueil de Pharaon jusqu’à dire « le fleuve est à moi » ?

L’explication est que, bien au contraire, c’est précisément cela qui importe : les Égyptiens adoraient le Nil parce qu’il « monte et irrigue la terre ». C’est pourquoi Yaakov bénit Pharaon « que le Nil monte à son approche », et par cette bénédiction il affaiblit le statut du Nil comme idolâtrie, en montrant que même le Nil dépend de la puissance du Saint béni soit-Il à travers la bénédiction de Yaakov.

Mais malgré tout, on comprend que même après avoir vu que le Nil aussi est soumis au Saint béni soit-Il, ils n’en sont pas encore arrivés à la conduite de « tu boiras l’eau de la pluie du ciel », car en plus du fait que même après la bénédiction de Yaakov ce n’est toujours pas « la pluie du ciel », le fait que « le Nil monte à son approche », causé par la bénédiction de Yaakov, ne fait qu’alléger et diminuer l’effort, mais n’est pas indispensable à l’existence de l’Égypte, contrairement à la Terre d’Israël où « tu boiras l’eau de la pluie du ciel » est une nécessité vitale pour son existence.

Et puisque même après la bénédiction de Yaakov les Égyptiens pouvaient sentir que leur existence même ne dépend pas du Saint béni soit-Il, à D.ieu ne plaise, une descente extrêmement profonde en résulta.

« L’Égypte » : précisément lorsque « Yossef mourut »

Selon cela, on comprend comment commença après la mort de Yossef une nouvelle descente, la seconde fois de « venir en Égypte », une descente incomparablement plus grande que celle qui existait jusque-là : dans la Torah de la ‘Hassidout il est dit que le niveau de Yaakov, en soi, se situe dans le monde de l’Atsilout, et pour que les choses de Yaakov descendent aussi dans les mondes inférieurs – Bria, Yetsira, Assia –, jusqu’à « ce monde matériel et corporel » qui est « le plus bas sans rien en dessous de lui » et « empli d’écorces et de l’Autre Côté », cette transmission s’effectue par Yossef.

Telle est l’explication, dans la profondeur des choses, du fait que la bénédiction de Yaakov à Pharaon « que le Nil monte à son approche » fut donnée par « Yossef amena Yaakov son père et le plaça devant Pharaon », car Yaakov en soi et ses choses se situent dans le monde de l’Atsilout, et pour qu’elles « se ressentent » aussi en bas, jusqu’à ce que même dans le Nil – l’idolâtrie des Égyptiens – il soit visible que son influence (dans sa plénitude) dépend de la bénédiction de Yaakov, il faut le travail de Yossef, qui est celui qui amena les choses de Yaakov « devant Pharaon ».

De là on comprend que la révélation de la lumière que Yaakov « fit descendre » en Égypte, pour que là aussi se ressente la souveraineté du Saint béni soit-Il, se prolongea durant la vie de Yaakov et la vie de Yossef. Mais après que « Yossef mourut », cette révélation cessa, et l’Égypte resta telle qu’elle était d’elle-même.

C’est pourquoi le Midrach dit « Yossef mourut… comme s’ils étaient entrés en Égypte ce jour-là » : jusque-là, alors que brillait encore ouvertement en Égypte la lumière « transmise » par Yaakov et Yossef, ce n’était pas encore la véritable « Égypte », bien que même alors elle était à un niveau bien inférieur à celui de la Terre d’Israël. C’est seulement lorsque « Yossef mourut » et que cette révélation cessa que « c’était comme s’ils étaient entrés en Égypte ce jour-là ».

La mort de « tous ses frères… » : un simple détail

Certes, même après la mort de Yossef ils se souvenaient encore que la bénédiction était venue en Égypte par Yaakov et Yossef, et l’avènement d’« un roi nouveau… qui ne connut pas Yossef » ne put commencer qu’après que « Yossef mourut ainsi que tous ses frères et toute cette génération », mais ce n’était qu’une connaissance et une reconnaissance intellectuelle, qui ne ressemble en rien à la situation d’avant la mort de Yossef, lorsque la lumière était révélée. Et puisque cette connaissance n’est qu’extérieure, tandis que l’essentiel et l’intériorité de la transmission de Yaakov et Yossef n’existaient déjà plus alors, il en résulte que par le « décès » de « tous ses frères et de toute cette génération », ce qui causa « un roi nouveau se leva qui ne connut pas Yossef » (même pas en connaissance), aucune descente essentielle ne se produisit, et c’est pourquoi cela est considéré comme un événement qui n’est qu’un détail dans la seconde fois de « venir en Égypte ».

« Le sauveur d’Israël » : au-dessus de la nature

D’après tout ce qui précède, on comprendra le lien entre « apparurent en elle les signes de la jeunesse » et « sa conception hors d’Égypte » : il existe un principe selon lequel « un prisonnier ne peut se libérer lui-même ». C’est pourquoi Moïse notre Maître, le sauveur d’Israël, devait être précisément de la tribu de Lévi, sur laquelle ne s’appliqua pas « le travail d’asservissement de l’Égypte », car du fait qu’il n’était pas asservi, il avait le pouvoir de délivrer Israël de l’Égypte.

Mais puisque Moïse devait faire sortir les enfants d’Israël aussi de leur descente en Égypte, et aussi de leur première descente, racontée dans la Paracha Vayigach, et pas seulement de l’asservissement d’Égypte, on comprend que Moïse devait être dans une situation où il n’était pas inclus dans « venir en Égypte », même pas dans la première fois de « venir en Égypte », et pas seulement dans l’asservissement d’Égypte.

C’est pourquoi le Saint béni soit-Il établit que la conception de Yokhéved, mère de Moïse, soit « hors d’Égypte », et c’est pour cela qu’elle n’est pas comptée explicitement parmi « ceux qui vinrent en Égypte », afin que le fils, Moïse, puisse être « le sauveur d’Israël ».

Et ce même concept s’exprima aussi dans le fait qu’avant que Yokhéved doive enfanter Moïse, « apparurent en elle les signes de la jeunesse » – chose qui est au-dessus de la nature – car l’essence principale de l’exil d’Égypte est l’occultation et le voilement des vêtements de la nature, et c’est pourquoi lorsque doit naître « le sauveur d’Israël », il faut une annulation de la nature.

Telle est l’explication du fait que le concept d’« apparurent en elle les signes de la jeunesse » est déduit de « sa conception hors d’Égypte », et le concept de « sa conception hors d’Égypte » est déduit de « il prit la fille de Lévi » : pour qu’il puisse y avoir une révélation qui transcende totalement la nature, jusqu’à « apparurent en elle les signes de la jeunesse », il était nécessaire au préalable que « sa conception soit hors d’Égypte » ; et « sa conception hors d’Égypte » fut causée par « il prit la fille de Lévi », chose liée, comme expliqué ci-dessus, à la naissance du sauveur d’Israël.

Tel est le lien entre ces deux concepts – « sa conception hors d’Égypte » et « apparurent en elle les signes de la jeunesse » – et l’entrée en Terre d’Israël, raison pour laquelle ils sont déduits du verset « qui l’enfanta pour Lévi en Égypte », qui apparaît dans le dénombrement de ceux qui entrèrent en Terre d’Israël : car l’accomplissement de la sortie d’Égypte ne fut qu’au moment de l’entrée en Terre d’Israël, dans « la terre que l’Éternel ton D.ieu recherche… », exactement le contraire de l’Égypte. Et c’est là l’essence de « sa conception hors d’Égypte » et d’« apparurent en elle les signes de la jeunesse » – la révélation qui transcende la nature, comme expliqué ci-dessus.