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Vaye’hi : le pouvoir libérateur de Yossef et Lévi

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Lors du transport du cercueil de Yaakov vers la Terre sainte, deux de ses fils furent exemptés de cette Mitsva : Lévi et Yossef. Loin d’être une simple dispense, cette exemption révèle leur rôle unique dans l’histoire du peuple juif : celui de préserver Israël de l’emprise de l’exil. À travers l’analyse du Likouté Si’hot, découvrons comment leur mission se perpétue jusqu’à nos jours.

 

Les instructions de Yaakov pour le transport de son cercueil

Notre Paracha relate le transport du cercueil de Yaakov par ses fils vers le pays de Canaan : « Ses fils le portèrent au pays de Canaan et l’inhumèrent dans le caveau du champ de Ma’hpéla » (Vaye’hi 50, 13).

Rachi explique que Yaakov avait donné des instructions précises : « Ne portera mon cercueil ni un Égyptien ni l’un de vos fils, car ils ont pour mères des Cananéennes, mais uniquement vous-mêmes ! » Il leur avait également fixé à chacun sa place : trois à l’est, et de même pour les quatre points cardinaux, dans le même ordre que celui qui sera institué pour les drapeaux des tribus au désert.

Cependant, deux fils furent exemptés : « Lévi ne portera pas, car il est destiné à porter l’Arche sainte. Yossef non plus ne portera pas, car il est roi. Menaché et Efraïm porteront à leur place. »

Une exemption qui soulève des questions

Cette dispense soulève une interrogation fondamentale : Lévi et Yossef ne sont-ils pas concernés par l’honneur dû à leur père ? Yossef ne s’était-il pas engagé personnellement à transporter son père hors d’Égypte, comme le relate la Torah : « Quand je dormirai avec mes pères, tu me transporteras hors de l’Égypte et tu m’enseveliras dans leur sépulcre » (Vaye’hi 47, 29) ?

Le ‘Hizkouni pose d’ailleurs une question pertinente : comment Moché, qui était de la tribu de Lévi, pouvait-il porter le cercueil de Yossef lors de la sortie d’Égypte ?

Menaché et Efraïm : des émissaires mandatés

Le Likouté Si’hot apporte un éclairage décisif : Rachi explique lui-même que « Menaché et Efraïm seront à leur place », ce qui signifie qu’ils étaient leurs émissaires, leurs mandataires. Ainsi, même si Lévi et Yossef n’ont pas physiquement porté le cercueil de Yaakov, ils ont pleinement accompli la Mitsva de le transporter à travers leurs représentants.

Toutefois, une question demeure : quel est le lien entre Menaché et Efraïm, fils de Yossef, et Lévi, pour qu’ils puissent également remplacer ce dernier ?

Le départ de Yaakov marque le début de l’asservissement

Pour comprendre cette énigme, il faut d’abord saisir la signification profonde du départ de Yaakov. Rachi explique pourquoi la Paracha Vaye’hi est « fermée », c’est-à-dire non séparée de la Paracha précédente par un alinéa : « C’est parce que dès que notre patriarche Yaakov quitta ce monde, les yeux et les cœurs d’Israël se fermèrent, à cause du début de la souffrance de l’asservissement égyptien. »

Le départ de Yaakov marque ainsi une nouvelle étape dans l’exil égyptien, le commencement de l’oppression.

Le point commun entre Lévi et Yossef : au-delà de l’exil

Le Midrach Chemot Rabba enseigne : « Tant que Yossef était en vie, les Égyptiens n’avaient aucun pouvoir sur les enfants d’Israël. Une fois Yossef décédé, la charge de l’oppression a commencé. »

De même, Rachi sur Vaéra explique pourquoi la Torah indique le nombre d’années qu’a vécues Lévi : « Pour nous faire connaître la durée de la servitude en Égypte. Car l’esclavage n’a pas commencé aussi longtemps qu’est resté en vie l’un des chefs de tribus. Or, Lévi a vécu plus longtemps que tous ses frères. »

Plus encore, Rachi précise : « Le labeur de l’asservissement d’Égypte ne s’appliquait pas à la tribu de Lévi. »

Voici donc le point commun entre Lévi et Yossef : ils « dépassent » l’exil, ils entravent l’asservissement en Égypte.

Lévi et Yossef ne peuvent participer au « départ » vers l’exil

Le Hadar Zekenim explique : « Les membres de la tribu de Lévi étaient des Sages, et ne voulaient pas se soumettre au travail forcé, car ils savaient qu’ils auraient à porter l’Arche. C’est ainsi qu’ils restèrent libres. »

Le Likouté Si’hot développe cette idée : la mission de Lévi de « porter l’Arche » le mettait hors du système d’asservissement. Et puisque Yossef était roi, l’Égypte n’avait pas de pouvoir sur lui ; au contraire, c’est lui qui dominait l’Égypte. Il est donc évident que l’asservissement égyptien ne pouvait pas le concerner.

C’est pourquoi Lévi et Yossef ne peuvent pas prendre part au « départ » de Yaakov, événement qui déclenche l’exil. Lorsque Moché récupère les ossements de Yossef, c’est précisément pour produire la délivrance !

Pourquoi la tribu de Lévi est-elle dispensée de l’esclavage ?

D.ieu avait annoncé à Avram : « Sache-le bien, ta postérité séjournera sur une terre étrangère, où elle sera asservie et opprimée, durant quatre cents ans. Mais, à son tour, la nation qu’ils serviront sera jugée par Moi ; et alors ils la quitteront avec de grandes richesses » (Le’h Le’ha 15, 13).

Le Likouté Si’hot apporte une explication profonde : le fait que la tribu de Lévi n’ait pas été soumise à l’esclavage ne signifie pas qu’ils ne faisaient pas partie de l’exil. Au contraire, leur statut fait partie intégrante du processus global de l’asservissement.

En effet, l’objectif de l’asservissement en Égypte n’est pas, à D.ieu ne plaise, de faire du mal à Israël, mais plutôt de leur permettre de s’élever, comme D.ieu l’a promis : « Je te ferai monter » (Vayigach 46, 4).

Toutefois, à cause de la dureté de l’exil, il était possible que non seulement les enfants d’Israël ne s’élèvent pas, mais qu’au contraire, ils s’enfoncent davantage dans l’Égypte infâme. Il était donc nécessaire qu’une certaine catégorie de Juifs reste au-dessus de la servitude et qu’ils exercent une influence sur tout Israël, pour les aider à atteindre l’objectif ultime : « Ils descendirent… et sortirent avec de grandes richesses. »

Na’hmanide ajoute : « Il est courant que chaque peuple ait des Sages pour enseigner ses lois. C’est pourquoi Pharaon épargna la tribu de Lévi, qui étaient les Sages et Anciens. Tout cela était orchestré par D.ieu. »

Enseignement pratique : suivre l’exemple de Yossef, Lévi, Menaché et Efraïm

Le Likouté Si’hot tire un enseignement pratique des noms de Menaché et Efraïm, qui représentent un programme en deux étapes pour permettre à chaque Juif de dépasser l’exil actuel.

Première étape : Yossef et Menaché

Le nom de Menaché évoque la nostalgie et le combat contre l’oubli : « Car D.ieu m’a fait oublier toute ma peine et la maison de mon père » (Mikets 41, 51). Ce nom fait référence au fait qu’on se trouve dans un lieu qui pousse à oublier ses origines, et il faut « sauter » de cet endroit.

Cela représente un travail spirituel constant pour ne pas être influencé par l’environnement hostile, en préservant le lien avec la « maison du père ». C’est le mode de service divin de Yossef : ne pas être affecté par l’exil.

Deuxième étape : Lévi et Efraïm

Quant à Efraïm, son nom signifie : « Car D.ieu m’a fait fructifier dans la terre de ma souffrance. » Cette fructification se produit précisément dans l’obscurité de l’exil !

Il s’agit de l’élévation produite grâce au travail de la tribu de Lévi, qui a permis à Israël de transformer cette obscurité en lumière : « Plus on l’opprimait, plus il se multipliait et se répandait » (Chémot 1, 12).

Un enseignement éternel

Les Psaumes proclament : « Berger d’Israël… Qui conduit Yossef comme un troupeau » (Psaumes 80, 2). Rachi explique que tout le peuple d’Israël est appelé du nom de Yossef, car c’est lui qui les a nourris et soutenus pendant la famine.

Maïmonide conclut dans les Lois sur la Chemita et le Yovel : « Ce n’est pas uniquement la tribu de Lévi qui est sacrée, mais tout individu dont l’esprit est inspiré pour se séparer et se dévouer à D.ieu, pour Le servir… Un tel homme est alors sanctifié comme un « Saint des Saints », et D.ieu deviendra sa part et son héritage pour l’éternité. »

Chacun de nous peut ainsi adopter le double programme de Yossef et Lévi : d’abord préserver son lien avec ses origines spirituelles malgré l’environnement de l’exil, puis transformer cette obscurité en lumière éternelle.