Eliya Cohen est retourné sur les lieux de son calvaire pour un moment de recueillement intense. Dans une vidéo poignante, l’ancien otage prononce les mêmes paroles qu’avant sa captivité, témoignant de sa foi inébranlable malgré l’horreur vécue.
Eliya Cohen, libéré lors de la dernière phase de l’accord avec l’organisation terroriste Hamas, est retourné dimanche à « l’abri de la mort » d’où il avait été enlevé par les terroristes. Avec une émotion palpable, il a récité le « Chema Israël » : « Je répète la même phrase que j’ai prononcée avant mon enlèvement », a-t-il expliqué, visiblement ému.
Dans son premier message publié après son retour de l’enfer de Gaza, il a partagé son histoire de survie – un témoignage vivant de la puissance de l’amour, de l’espoir et de la foi : « Une personne qui a tout perdu en un seul jour ensoleillé et qui pourtant se relève chaque jour, a choisi de se battre même quand tout semblait perdu, comme de la science-fiction, impossible et délirant. »
L’histoire d’Eliya Cohen commence le 7 octobre, lorsqu’il a fui la rave-party Supernova avec sa fiancée Ziv Abud pour se réfugier dans un abri anti-bombes en bord de route, plus tard surnommé le « bunker de la mort ». C’est dans cet abri qu’il a rencontré pour la première fois Alon Ohel, qui fait toujours partie des otages détenus à Gaza.
« Ils ont lancé la première grenade. Quelqu’un a crié : ‘Grenade ! Grenade !’ J’ai sauté sur Ziv… et la première chose qui m’est venue à l’esprit a été : ‘Ziv, je t’aime.’ La grenade a explosé et a tué tout le monde à l’entrée. Ziv m’a répondu : ‘Eliya, je t’aime' », a-t-il témoigné avec émotion.
Cohen raconte ensuite le geste héroïque du sergent Aner Shapiro, qui n’était pas en service ce jour-là. « Nous ne pouvons pas les laisser nous tuer comme ça », a déclaré le soldat avant de saisir une grenade lancée dans l’abri pour la renvoyer à l’extérieur. Malheureusement, Aner a été abattu en tentant de repousser une autre attaque. « Il est tombé à terre et la grenade a explosé avec lui. À ce moment-là, je me suis dit : ‘Non, je n’y crois pas.’ Le type qui nous protégeait est mort », se souvient Cohen.
Pendant que lui et Ziv se cachaient sous des corps pour échapper aux terroristes, sa fiancée lui a murmuré : « Au moins, là-haut, nous serons ensemble. Là-haut, personne ne pourra nous déranger. » C’est à ce moment que Cohen a reçu une balle dans la jambe, perdant progressivement conscience jusqu’à 11 heures du matin.
À son réveil, trois terroristes le filmaient après l’avoir extrait de l’abri. « L’un d’eux avait un sourire fou. Un sourire complètement fou. Je n’oublierai jamais ce sourire de ma vie », raconte-t-il. « Je m’endors avec ce sourire, je le porte en moi. C’est le sourire de mon enlèvement. »
Chargé dans un camion avec d’autres otages, dont Hersh Goldberg-Polin (qui a malheureusement été assassiné l’année dernière à Gaza), Cohen a été témoin d’une scène traumatisante : un otage tentant de s’échapper a été abattu sur place. « Nous lui avons dit : ‘Ne fais pas ça’. Mais durant le trajet, il l’a fait. Ils ont arrêté le camion et l’ont abattu. Nous avons continué comme si de rien n’était », relate-t-il.
Arrivé à Gaza, Cohen a été détenu avec Eli Sharabi, Or Levy et Alon Ohel. Les trois premiers ont finalement été libérés – Sharabi et Levy le 8 février, « dangereusement décharnés », et Cohen le 22 février. Pendant sa captivité, il a été enchaîné dans un tunnel souterrain, ses geôliers ne lui retirant ses chaînes qu’environ tous les deux mois pour se laver.
Mais la privation la plus difficile à supporter était la faim, confie l’ancien otage. « On peut supporter d’être humilié, on peut supporter qu’on nous insulte, on peut supporter d’avoir les jambes enchaînées. La faim est un combat quotidien, car au-delà de la faim, on se bat aussi pour sa vie. Chaque soir, on se couche en se demandant : ‘Qu’est-ce que je vais faire demain pour avoir ce morceau de pita ?' »
Le récit d’Eliya Cohen va bien au-delà de son incroyable histoire personnelle. Son message est également une touchante lettre d’amour adressée à Ziv, sa compagne qui, malgré tout, n’a jamais cessé de se battre pour lui. « Je veux te remercier sur cette plateforme précisément, car c’est cette plateforme que tu as utilisée pour me ramener à la maison », lui a-t-il écrit. « Avec ta détermination et ta créativité, avec un courage et des tripes dignes d’un excellent combattant. Je veux que tout le monde sache qui tu es et combien je t’aime. »
Ce retour symbolique sur les lieux de son enlèvement représente une étape importante dans le processus de guérison d’Eliya Cohen. En récitant le « Chema Israël », la prière juive fondamentale qui affirme l’unicité de Dieu, il renoue avec le moment précis où sa vie a basculé tout en affirmant sa résilience spirituelle.
Les images de ce moment poignant ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux, suscitant une vague d’émotion dans tout Israël. Pour beaucoup, ce geste symbolise la force intérieure qui a permis à Eliya de survivre pendant sa captivité.
Les spécialistes en santé mentale qui accompagnent les otages libérés soulignent l’importance de ces rituels de retour dans le processus de guérison. « Revisiter les lieux traumatiques dans un contexte sécurisé peut aider à reprendre le contrôle sur le récit personnel et à transformer l’expérience », expliquent les psychologues spécialisés dans le stress post-traumatique.
Pour Eliya Cohen, ce retour s’inscrit dans une démarche plus large de témoignage. « Je raconte mon histoire non pas pour m’apitoyer, mais pour que personne n’oublie ceux qui sont encore là-bas », a-t-il déclaré, faisant référence aux otages toujours détenus à Gaza, dont Alon Ohel avec qui il a partagé sa captivité.
Cette histoire de résilience et d’amour inconditionnel rappelle que derrière chaque otage libéré se cache un réseau de soutien qui n’a jamais cessé d’espérer et de se battre. Elle souligne également le pouvoir de la foi comme source de force intérieure face à l’adversité la plus extrême.
Pour Eliya et Ziv, le chemin vers la guérison ne fait que commencer, mais leur histoire inspire déjà des milliers de personnes à travers le pays, devenant un symbole d’espoir dans une période particulièrement sombre de l’histoire d’Israël.
















