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Pin’has – Le «temps» d’un sacrifice perpétuel
Source : Likouté Si’hot volume 28, deuxième Si’ha sur Pin’has

https://drive.google.com/file/d/1AoxOKXTYI5n5T7MUnQfsKSeHrLaxHx55/view

Dans la Paracha Pin’has, la Torah nous enseigne les lois du sacrifice « Tamid », l’offrande quotidienne et perpétuelle qui était offerte chaque jour dans le Temple. Cette étude, basée sur le Likouté Si’hot volume 28, explore une divergence fascinante entre Rachi et Ibn Ezra concernant la signification du terme « moèd » (temps) appliqué à ce sacrifice perpétuel, et révèle un enseignement profond sur la sanctification du quotidien.

 

Les Lois du Sacrifice Tamid selon la Torah

La Torah énonce dans Pin’has (28, 1) : « D.ieu parla à Moché en ces termes : Ordonne ceci aux enfants d’Israël et dis-leur : Mon sacrifice, Mon pain qui se consume pour Moi en délectable odeur, vous aurez soin de Me le présenter en son temps (bemoado) ; deux par jour, en holocauste perpétuel. Un agneau tu offriras le matin et le second, tu l’offriras vers le soir. Et au jour du Chabbat, tu offriras deux agneaux d’un an, sans défaut ; l’holocauste du Chabbat, offert dans son Chabbat, indépendamment de l’holocauste perpétuel et de sa libation. »

La Divergence entre Rachi et Ibn Ezra

Rachi commente l’expression « en son temps » de manière révolutionnaire : « Chaque jour est le ‘temps (moèd)’ fixé pour les offrandes perpétuelles. » Pour Rachi, chaque jour possède sa propre dimension sacrée, constituant un moment spécifique destiné à l’offrande du sacrifice quotidien.

Cette interprétation soulève une question importante : si Rachi veut simplement indiquer que le sacrifice doit être offert même en état d’impureté, pourquoi ne l’indique-t-il pas explicitement comme il le fait ailleurs ?

Ibn Ezra propose une interprétation plus littérale : « En son temps. Il ne faut pas l’offrir avant le matin ni après le soir (la tombée de la nuit). » Cette explication se concentre sur les limites horaires de l’offrande.

Selon le Mizra’hi, Rachi vient indiquer que chaque jour est spécifiquement le « temps » des sacrifices perpétuels, sans aucune exception, au point que même en état d’impureté, on les offre le jour même. Cette constance absolue distingue le Tamid des autres sacrifices.

La Notion de Temps dans les Sacrifices

Le terme « moèd » appliqué aux sacrifices du Chabbat, du Roch ‘Hodech et des fêtes est facilement compréhensible, car ces célébrations ont des dates précises. Mais concernant le sacrifice Tamid, qui est perpétuel, l’expression « en son temps » semble moins appropriée.

C’est pourquoi Rachi ne suit pas l’explication d’Ibn Ezra, car cela concernerait alors non pas un temps spécifique réservé au Tamid, mais une règle applicable à tous les sacrifices. Rachi apporte plutôt une innovation : par le terme « moèd », la Torah souligne que « chaque jour est le temps des sacrifices perpétuels ». Chaque jour constitue un moment spécifique, désigné pour l’offrande du sacrifice quotidien de ce jour-là.

La Question de la Récupération des Sacrifices

Un sacrifice non offert à temps peut-il être « rattrapé » ? Cette question révèle deux aspects du rattrapage d’un sacrifice manqué :

Du point de vue de la personne : elle rattrape son devoir qui aurait dû être accompli le jour précédent.

Du point de vue de l’objet : l’acte devant être accompli sur un objet spécifique est réalisé ultérieurement sur ce même objet.

Pour les sacrifices du Chabbat, Rachi précise : « L’holocauste du Chabbat, en son Chabbat. Pas celui de ce Chabbat pour un autre Chabbat. Si le sacrifice d’un Chabbat n’a pas été offert, peut-on offrir deux sacrifices le Chabbat suivant ? La Torah répond : ‘en son Chabbat’, indiquant ainsi que si son jour du sacrifice est passé, son sacrifice est annulé. »

Cette règle s’applique également au Roch ‘Hodech : « Voici l’holocauste de chaque mois en son mois. Si son jour est passé, son sacrifice est annulé, sans possibilité de rattrapage. »

Selon l’explication de Rachi, ce principe doit s’appliquer également au sacrifice perpétuel : puisque « chaque jour est le temps spécifique du sacrifice perpétuel », si « son jour destiné à son offrande est passé », alors son sacrifice est annulé.

Cependant, le terme « en son Chabbat » nous apprend que si « son jour est passé, son sacrifice est annulé », le « sacrifice » n’existe plus. Mais pour le sacrifice perpétuel, aucun texte n’indique qu’en cas de retard, le sacrifice est annulé et qu’il n’existe plus. Selon le sens simple du texte, il est donc possible, voire nécessaire, d’offrir ces sacrifices le lendemain, car l’existence du sacrifice, ou de sa valeur, demeure.

Deux Types de Sacrifices, Deux Types de Révélations

Les sacrifices supplémentaires du Chabbat, du Roch ‘Hodech et des fêtes introduisent une sainteté qui modifie le « temps » – ces jours deviennent visiblement sacrés. La révélation divine qui illumine ces jours transforme ouvertement ces moments en temps saints.

À l’inverse, le sacrifice perpétuel représente une constance sans limites, révélant la sainteté continue liée à l’Essence même de D.ieu, qui ne connaît aucun changement, et qui est donc constante, intemporelle. Cette révélation divine est liée à l’aspect perpétuel, sans limitations.

Toutefois, « chaque jour est le temps spécifique du Tamid » – le temps lui-même (la journée) est également modifié par ce sacrifice pour devenir un jour sacré, même si cela n’est pas visible.

Enseignement Pratique : Transformer le Quotidien en Jour de Fête

Lorsqu’un Juif accomplit son service spirituel de manière constante (« Tamid »), son engagement ne varie pas selon les jours : aussi bien les jours ordinaires, le Chabbat, les fêtes et même Yom Kippour (le Chabbat des Chabbat) – dans toute situation et dans tout acte, un seul objectif prédomine : réaliser la volonté de D.ieu.

C’est ce que souligne Rachi : par ce service constant, chaque jour devient un « moèd » (temps), un jour particulier. Ce n’est plus un jour profane comme les autres, mais un jour spécialement destiné au sacrifice (korbane) – au rapprochement (kirouv) vers D.ieu.

Ainsi se réalise parfaitement l’objectif divin : avoir une résidence ici-bas. Même celui qui parvient à servir D.ieu de manière stable (« Tamid ») doit faire de chaque jour un « moèd », un grand jour de proximité avec D.ieu.

L’enseignement du sacrifice Tamid nous révèle que la spiritualité authentique ne se limite pas aux moments exceptionnels, mais consiste à transformer chaque instant du quotidien en moment sacré. Par un service constant et dévoué, nous pouvons faire de chaque jour ordinaire un « moèd », un temps de rencontre privilégiée avec le divin, réalisant ainsi l’aspiration suprême de D.ieu d’avoir une demeure dans notre monde matériel.