À 83 ans, le Père Cyril Bernhard Axelrod, premier prêtre sourd-aveugle au monde et Officier de l’Ordre de l’Empire britannique, redécouvre sa foi d’origine. Né Sheftil Binyamin dans une famille juive, il avait embrassé le catholicisme dans sa jeunesse avant de consacrer sa vie au service des personnes handicapées. Sa récente rencontre avec des émissaires Habad marque un retour spirituel bouleversant vers le judaïsme de son enfance.

 

 

Cette histoire extraordinaire illustre un parcours de vie exceptionnel, marqué par le dépassement des handicaps et une quête spirituelle qui traverse les frontières religieuses. Cyril Axelrod, atteint du syndrome d’Usher qui lui a fait perdre l’audition puis la vue, a fondé des centres d’aide dans quatre pays avant de retrouver les traditions de ses parents.

Une enfance juive interrompue

Né sourd dans une famille juive, Sheftil Binyamin fréquente une école catholique spécialisée pour enfants sourds, faute d’alternative adaptée dans sa communauté d’origine. Cette éducation catholique façonne sa jeunesse et l’oriente vers une vocation religieuse qui l’éloigne progressivement de ses racines familiales.

Dans la vingtaine, il se convertit au catholicisme et devient prêtre de l’Ordre des Rédemptoristes. Malgré cette conversion, les souvenirs de son enfance juive persistent : le Kiddouch de son père le vendredi soir, la ‘Halla que préparait sa mère. Ces images restent gravées dans sa mémoire, comme des fragments d’une identité première jamais totalement effacée.

 

 

Un ministère dédié aux plus vulnérables

Le Père Cyril Bernhard Axelrod consacre sa vie sacerdotale à l’amélioration du sort des personnes handicapées. Il fonde des centres et institutions pour sourds en Afrique du Sud, au Royaume-Uni, à Hong Kong et à Macao. Son action dépasse les frontières géographiques et confessionnelles, motivée par une empathie profonde née de sa propre expérience du handicap.

Lorsque le syndrome d’Usher lui fait perdre progressivement la vue, il s’adapte avec une détermination remarquable. Il communique désormais grâce à un clavier braille et au langage des signes tactile. Cette double déficience ne freine pas son engagement : il devient le premier sourd-aveugle à recevoir le titre d’Officier de l’Ordre de l’Empire britannique, reconnaissance de ses contributions exceptionnelles.

La rencontre qui change tout

En décembre 2024, une rencontre décisive se produit en Angleterre. Le Rav Yehoshua Soudakoff, lui-même sourd et représentant du mouvement Habad auprès de la communauté sourde en Israël, rencontre Cyril. Cette première prise de contact ravive des souvenirs enfouis et réveille une nostalgie spirituelle longtemps endormie.

Ensemble, ils accomplissent le rituel des Tefilines. Pour Cyril, ce geste représente bien plus qu’un simple acte religieux : c’est un pont jeté vers son passé, une reconnexion avec l’héritage de ses ancêtres. Ce moment marque le début d’un retour progressif vers ses origines spirituelles.

Un retour aux sources à Macao

Installé à Macao dans le centre qu’il a fondé il y a vingt-cinq ans, Cyril reçoit la visite du Rav Mendy Rabinowitz, émissaire Habad de Hong Kong. Cette nouvelle rencontre confirme sa démarche de retour vers le judaïsme. En enfilant à nouveau les Tefilines, les mots du Chema surgissent spontanément de sa mémoire, intact après des décennies d’oubli apparent.

Le rabbin trace des lettres hébraïques sur la paume de Cyril, lui souhaitant la bienvenue dans sa communauté d’origine. Cette communication tactile, adaptée à sa double déficience, symbolise l’universalité du message spirituel qui transcende les barrières physiques. L’émotion de ces retrouvailles spirituelles marque profondément les deux hommes.

La démarche de Cyril culmine avec sa demande d’installation d’une Mezouza sur la porte de sa résidence. Ce symbole de la foi juive, fixé au seuil de son domicile, matérialise officiellement son retour vers le judaïsme après six décennies d’absence. À 83 ans, l’ancien prêtre catholique renoue ainsi avec la tradition de ses parents, bouclant un cycle de vie extraordinaire marqué par la résilience et la quête spirituelle.