Un nouveau couple de Chli’hout s’installe au Paraguay pour développer la vie juive dans ce pays d’Amérique du Sud où Habad représente la seule présence orthodoxe

 

Le Rav Mendel et Hanna Pink, accompagnés de leur fille Sheina, s’apprêtent à rejoindre Asunción au Paraguay pour débuter leur mission de Chli’hout le 18 Eloul 5785. Cette initiative vise à renforcer et développer la communauté juive locale, estimée à un peu plus de 1 000 personnes, dans un pays où Habad constitue l’unique représentation orthodoxe.

Le Paraguay, nation en développement d’Amérique du Sud, abrite une petite mais dynamique communauté juive qui manifeste un véritable appétit pour la judaïcité. Cette soif spirituelle s’est particulièrement révélée lors des deux Tichri que le Rav Mendel a déjà passés sur place, où la question qui revenait le plus souvent était : « Quand allez-vous vous installer ici définitivement ? Il y a tant à accomplir ! »

Un héritage familial à perpétuer

Pour Hanna Pink, cette mission représente l’aboutissement d’un rêve de longue date. Pendant plus de deux décennies, elle a vu ses parents, le Rav Levi et Miri Feigelstock, diriger le centre Habad d’Asunción avec un dévouement total. Leur action s’est étendue de la représentation de la communauté juive auprès des autorités gouvernementales à la fourniture de nourriture cachère dans des conditions difficiles, en passant par la construction d’une synagogue et d’un mikvé.

Le moment est désormais venu d’élargir cette œuvre avec un accent particulier mis sur la jeunesse, les familles et l’éducation. Cette continuité familiale témoigne de l’enracinement profond de Habad dans ce pays sud-américain.

Des projets ambitieux pour la communauté

Les projets des Pink s’articulent autour de plusieurs axes stratégiques. Ils envisagent d’abord de créer un espace chaleureux et accueillant proposant des offices de Chabbat pour enfants, des célébrations de fêtes juives et des activités « Maman et moi » destinées aux jeunes familles.

Le développement de programmes Ckids et Cteen constitue un autre pilier de leur action, avec des activités hebdomadaires visant à cultiver la fierté juive et le sentiment d’appartenance chez les enfants et adolescents. L’éducation juive personnalisée complète cette approche, offrant des cours individuels, une préparation à la Bar Mitzva et des leçons adaptées à chaque enfant juif.

Des signes encourageants d’engagement communautaire

L’enthousiasme de la communauté se manifeste déjà concrètement. Lors du dernier Souccot, un événement pour enfants organisé sans publicité a attiré plus de 25 participants enthousiastes. Cette année, sept bébés sont nés dans la communauté, et de nouvelles familles israéliennes s’installent à Asunción, à la recherche de connexions spirituelles et communautaires.

Cette dynamique démographique positive augure bien de l’avenir de la communauté juive paraguayenne et justifie les investissements envisagés par le couple Pink.

Un appel au soutien pour concrétiser la vision

Les Pink ont lancé une campagne de financement visant à réunir 100 000 dollars, avec déjà plus de 150 donateurs ayant apporté leur contribution. Leur vision consiste à établir des fondations solides qui pourront être soutenues par la communauté locale pendant de nombreuses années.

« C’est une opportunité extraordinaire de faire grandir la vie juive au Paraguay », déclare le Rav Mendel. « Nous sommes prêts à concrétiser cette mission. Avec votre partenariat, nous pouvons réaliser le rêve du Rabbi. »

Cette initiative s’inscrit dans la vision globale du mouvement Habad-Loubavitch de renforcer la présence juive dans le monde entier, particulièrement dans les régions où les communautés ont besoin d’un soutien spirituel et organisationnel renforcé.

givingamp.com/paraguay

 

 

 L’histoire méconnue des Juifs du Paraguay : de l’exil européen à l’intégration latino-américaine

L’histoire juive du Paraguay illustre un phénomène migratoire unique en Amérique latine. Contrairement aux destinations privilégiées comme l’Argentine ou le Brésil, ce pays enclavé a servi de refuge temporaire puis permanent à des milliers de Juifs européens, créant une communauté discrète mais influente au cœur d’Asunción.

Les premiers pas d’une migration organisée

Dès la fin du XIXe siècle, le Paraguay adopte une politique d’immigration libérale suite à la guerre de la Triple Alliance (1864-1870) qui décima les deux tiers de sa population. La Constitution de 1870 garantit la liberté religieuse, attirant les premiers immigrants juifs français et italiens dans les années 1890.

Cette ouverture contraste avec les restrictions imposées par les pays voisins. Alors que l’Argentine et le Brésil durcissent leurs politiques migratoires, le Paraguay ne reqiert ni visa ni permis de travail, devenant une porte d’entrée stratégique vers l’Amérique du Sud.

En 1881, les médias paraguayens relaient déjà les persécutions antisémites européennes, témoignant d’une sensibilité précoce aux droits juifs. Cette bienveillance gouvernementale facilitera les vagues migratoires ultérieures.

L’afflux massif de l’entre-deux-guerres

Les années 1920 marquent l’arrivée de Juifs polonais et ukrainiens, suivis dans les années 1930 par environ 20 000 Allemands fuyant le régime nazi. Entre 1933 et 1939, les lois libérales paraguayennes offrent une échappatoire aux persécutés d’Autriche et de Tchécoslovaquie.

La Seconde Guerre mondiale intensifie cette migration. En 1942, 3 000 Juifs s’installent définitivement au Paraguay, soit 150% d’augmentation depuis 1930. Beaucoup utilisent le pays comme tremplin vers l’Argentine, obtenant des visas paraguayens avant de franchir clandestinement la frontière.

Cette période révèle les contradictions du Paraguay. Si le gouvernement accueille les réfugiés juifs, il abrite simultanément la colonie allemande Fernheim, composée de 2 000 mennonites pro-nazis qui voient d’un mauvais œil l’immigration juive. Josef Mengele lui-même trouvera refuge temporaire dans cette communauté après 1945.

Entre diplomatie et tensions géopolitiques

L’indépendance d’Israël en 1948 transforme la donne. Le Paraguay établit des relations diplomatiques dès 1949, mais les tensions du Proche-Orient résonnent jusqu’à Asunción. Le 4 mai 1970, l’ambassade israélienne subit un attentat palestinien qui tue un employé juif paraguayen.

Cet incident divise la communauté. Le Conseil représentatif juif paraguayen refuse d’importer le conflit israélo-arabe, revendiquant une neutralité qui préserve l’intégration locale. Cette position illustre la volonté d’autonomie d’une communauté soucieuse de son ancrage national.

En 2018, le Paraguay devient le deuxième pays à transférer son ambassade à Jérusalem, avant de revenir sur cette décision quelques mois plus tard lors du changement présidentiel, provoquant la fermeture de l’ambassade israélienne.

Une influence culturelle durable

Aujourd’hui, les 1 000 Juifs paraguayens, majoritairement ashkénazes concentrés à Asunción, maintiennent trois synagogues dédiées aux communautés ashkénaze, séfarade et Habad. Leur nombre diminue depuis 1967 (1 200 membres) en raison de l’émigration, notamment vers Israël avec 51 Alyah entre 1948 et 2018.

L’école Escuela Integral Estado de Israel, créée en 1959, accueille 70% des enfants juifs paraguayens et s’ouvre depuis 2009 à tous les Paraguayens. Cette évolution symbolise l’intégration réussie d’une communauté qui a su transformer les difficultés socio-économiques initiales en ascension vers les classes moyennes et supérieures.

La production culturelle témoigne de cette mémoire vivante. Le film « Passeports pour le Paraguay » (2019) et le roman « Barrio Palestina » de Susana Gertopan (2005) racontent ces parcours migratoires, perpétuant le souvenir d’une histoire singulière au cœur de l’Amérique latine.