Le jeune combattant de la brigade Na’hal, incarcéré pour avoir porté un patch « Machia’h » sur sa veste de combat, a été libéré ce mercredi matin de la prison militaire après dix-huit jours de détention. Sa remise en liberté anticipée fait suite à la décision du chef du Commandement Sud de Tsahal d’alléger une peine jugée disproportionnée par une large partie de l’opinion publique. Plus de 4 500 réservistes, familles de soldats et familles endeuillées avaient signé une lettre de protestation exigeant l’annulation de sa sanction.
Le combattant de la brigade Na’hal a quitté ce mercredi matin la prison militaire après avoir purgé dix-huit jours de détention. Condamné à l’origine à trente jours de cachot pour avoir fixé sur son uniforme un patch portant l’inscription « Machia’h » en présence du chef d’état-major, le soldat est désormais appelé à reprendre prochainement son service opérationnel au sein du bataillon 50.
La décision de raccourcir la peine revient au commandant du Commandement Sud, le général Yaniv Achour, qui a choisi de ramener la sanction de trente à vingt jours d’incarcération. À cette réduction s’est ajouté un retrait de deux jours supplémentaires accordé par le commandant de la prison pour bonne conduite. C’est au terme de cette double diminution que le combattant a recouvré la liberté, avec la perspective d’un retour rapide dans les rangs comme soldat de combat.
Un patch repéré lors d’une visite du chef d’état-major
L’affaire avait éclaté quelques semaines plus tôt, dans le secteur nord de la Samarie. Au cours d’une tournée auprès d’une compagnie de la brigade Na’hal, le chef d’état-major, le général Eyal Zamir, avait remarqué l’un des combattants arborant sur son gilet tactique un écusson frappé du mot « Machia’h ». Considérant qu’il s’agissait d’un manquement aux règles d’uniforme et de discipline de Tsahal, il avait ordonné l’ouverture immédiate de mesures disciplinaires.
La sanction ne s’était pas arrêtée au seul combattant. Le chef de la section avait écopé de quatorze jours de détention avec sursis, le commandant de la compagnie d’un blâme, tandis que le commandant du bataillon recevait une remarque inscrite à son dossier. L’armée avait justifié cette fermeté en soulignant que les soldats, pourtant briefés en vue de la visite, ne s’étaient pas conformés aux normes attendues. Le combattant, lui, venait de rentrer de deux rotations de combat intenses au Liban.
La fronde des parents et du mouvement « Dor HaNitsa’hon »
La décision du général Achour d’adoucir la peine est intervenue après une tempête publique et médiatique d’une rare ampleur. Pendant plusieurs jours, parents de combattants, proches et camarades du soldat ont mené une protestation virulente contre la sévérité du verdict, dénonçant une « police des patchs » menée en pleine guerre et un traitement à deux vitesses.
Dans le cadre de cette mobilisation, plus de 4 500 réservistes, membres de leurs familles et familles endeuillées ont apposé leur signature au bas d’une lettre officielle adressée au chef d’état-major Eyal Zamir, réclamant l’annulation pure et simple de la peine de prison. L’initiative et la conduite de cette démarche ont été portées par le mouvement de réservistes « Dor HaNitsa’hon » (la Génération de la Victoire).
« Un ordre de priorités morales perverti »
La lettre de protestation a été signée par le directeur général du mouvement, lui-même réserviste, Mati Lederer. Le texte adresse une critique frontale à la gestion de l’affaire par le chef d’état-major. « Nous, réservistes, familles de réservistes et familles endeuillées, sommes atterrés devant l’ordre de priorités morales que vous avez fixé », peut-on y lire.
Les signataires accusent Tsahal de pratiquer une politique du « deux poids, deux mesures ». Selon eux, alors que d’autres affaires de discipline au sein de l’armée auraient bénéficié d’une indulgence ou d’une sanction allégée, c’est précisément dans ce cas que l’institution aurait choisi de frapper avec une dureté singulière. La lettre conclut qu’envoyer un combattant en prison durant trente jours pour une infraction aussi mineure que le port d’un écusson est dénué de toute proportion, appelant le chef d’état-major à revenir sur sa décision.
Une affaire devenue politique
Au-delà des familles, la sanction a provoqué une onde de choc jusque dans l’arène politique. Le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Boaz Bismuth, a réclamé une libération immédiate, qualifiant la punition de grave et scandaleuse. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a estimé que la mesure portait atteinte au moral des combattants, tandis que les députées Tali Gotliv et la ministre Idit Silman ont elles aussi vivement interpellé l’état-major. En parallèle, le combattant avait saisi la Cour suprême par l’intermédiaire de son avocat, contestant la légalité même de la procédure.
Face à la polémique, le chef d’état-major a défendu sa ligne en récusant toute lecture idéologique. Il a affirmé qu’il ne s’agissait nullement de tel ou tel symbole en particulier, mais de la « visibilité » et de l’uniformité de Tsahal, ce qui relie tous les soldats entre eux. C’est autour du drapeau d’Israël, a-t-il insisté, symbole juif, sioniste et israélien, que l’armée doit faire corps. L’allègement de la peine est intervenu, selon l’armée, après que le commandant de la brigade Na’hal a rendu visite au soldat en détention et que ce dernier a reconnu sa faute et exprimé ses regrets.
Ce mercredi matin, l’épisode a trouvé son épilogue avec la sortie de prison du combattant et son retour programmé dans son bataillon, refermant une affaire qui aura, plusieurs semaines durant, cristallisé un débat profond sur la discipline, la foi et les limites de l’autorité militaire au sein de Tsahal.















