Dans cette interview émouvante diffusée sur BFM TV, le rabbin Arié Angelberg d’Orléans témoigne pour la première fois de l’agression antisémite qu’il a subie en pleine rue, devant son fils de 9 ans. Avec une dignité et un courage remarquables, il relate les faits, exprime sa gratitude envers ceux qui l’ont soutenu et réaffirme sa détermination à continuer de vivre son judaïsme avec fierté, refusant de céder à l’intimidation. Son témoignage, accompagné des réactions du Grand Rabbin de France Haïm Korsia et de l’auteur Joann Sfar, offre une réflexion profonde sur la montée de l’antisémitisme en France, tout en portant un message d’espoir et de résilience.
Alors que l’antisémitisme a frappé une nouvelle fois hier à Orléans, devant son fils de 9 ans, le rabbin de la ville a été frappé à la tête, mordu également, le tout en pleine rue. L’agresseur présumé, qui déclare avoir 16 ans, a été interpellé. L’émotion est très vive, les réactions politiques nombreuses, alors que cette agression intervient dans un moment où un mouvement politique, La France Insoumise, est pointé du doigt pour ses ambiguïtés qui soufflent sur les braises de la haine antijuive.
On en parle avec nos invités, bonsoir Haïm Korsia, bonsoir, merci d’être avec nous ce soir, Grand Rabbin de France. Bonsoir Joannes Sfar, bonsoir merci d’être avec nous, dessinateur, auteur de « Que faire des Juifs » aux éditions Les Arènes. Bonsoir Jérôme Fourquet, bonsoir merci d’être avec nous, directeur du département opinion et stratégie d’entreprise à l’IFOP, auteur de « Métamorphose française » aux éditions du Seuil. Et bonsoir Neil Latrousse, bonsoir, chef du service politique de BFM TV.
Avant de vous entendre, messieurs, c’est important ce soir, la première, la toute première prise de parole du rabbin d’Orléans. Bonsoir Arié Engelberg, merci infiniment d’être avec nous ce soir après ce qui vous est arrivé hier. Je le disais dans les rues d’Orléans, vous avez été agressé, frappé à la tête, mordu, le tout devant votre fils de 9 ans. Pour commencer, comment allez-vous? Est-ce que vous pouvez raconter à ceux qui nous regardent, ceux qui nous écoutent ce soir, ce qui vous est arrivé?
Arié Engelberg : Écoutez, tout d’abord je vous remercie. Pour ma part, grâce à Dieu je vais bien, mon fils va de mieux en mieux. On a reçu énormément de soutien, on continue à en recevoir. Ça nous affecte, ça nous touche, ça nous permet d’avancer, de se relever, et on ne va pas s’arrêter. On va continuer, on reste toujours dans le positif.
Concernant l’agression telle qu’elle s’est déroulée, je voudrais aussi remercier le président de la communauté juive d’Orléans, Monsieur André Druon, qui s’est porté, il s’est présenté en tant que mon porte-parole et pour me représenter. Je le remercie à nouveau car il a été très, très sollicité.
Pour vous relater un petit peu les faits: donc voilà, comme ça a été dit, je rentrais de l’office de la synagogue, j’étais en direction de mon domicile et j’empruntais les rues que j’emprunte régulièrement. Un jeune homme nous a vus de loin. J’ai vu que dans son regard, il voulait nous interpeller. Je me suis dit: « C’est peut-être juste… il va peut-être crier des propos militants et je ne vais pas prêter attention, je vais continuer. »
Et puis ensuite, il a sorti son téléphone, il s’est filmé en mode selfie, puis ensuite dans son champ de vision, il a essayé de nous avoir pendant qu’on marchait. Il a commencé à dire: « Est-ce que vous êtes juifs? » J’ai répondu oui, et il a commencé à dire « tous les juifs sont des fils de p… », il a dit l’insulte, et puis ensuite il a craché.
Alors, j’avoue que je n’étais pas prêt à ce genre d’agression. Je m’attendais peut-être à des insultes peut-être, mais pas directement sur le judaïsme, sur la personne que je représentais. Puis ensuite il a tourné la caméra frontalement, et encore une fois il a dit: « Les juifs, vous êtes des fils de p… » et il a craché à nouveau en disant « Je suis musulman ».
Et je me suis dit que si je n’agis pas, cette vidéo va faire le tour du monde, où on voit un rabbin, un juif, un citoyen français marcher avec son fils, se faire insulter pour sa religion, se faire cracher dessus, et ne rien faire. Donc j’ai décidé d’agir et j’ai poussé son téléphone.
Puis ensuite il y a eu des coups, il m’a porté des coups, je me suis protégé, j’ai essayé aussi de me défendre comme je pouvais. J’ai essayé d’éloigner mon fils, puis ensuite au bout d’un moment, mon chapeau et ma kippa sont tombés par terre. Je me suis baissé pour les reprendre instinctivement. Puis ensuite, il m’a attrapé en me ceinturant les bras, je l’ai amené vers le mur, contre le volet. Donc j’étais face au volet, il était derrière, et il m’a mordu à ce moment-là dans le dos puisque je lui bloquais les bras.
Quand il m’a mordu dans le dos, c’est à ce moment-là qu’un commerçant est arrivé en criant. On s’est séparés, c’est à ce moment-là qu’on voit la vidéo qui a été diffusée partout. On le voit, la vidéo commence quand on voit qu’il libère ma main, mais à ce moment-là, voilà, il y a eu deux coups qui ont été portés.
Et très vite, il y a eu deux voitures qui étaient là. La première, c’était un couple qui d’ailleurs a pu témoigner. Une deuxième voiture… Ce qui m’a vraiment touché, je tiens à les féliciter, c’est qu’ils se sont arrêtés, ils ont garé leur voiture, ils ont dit: « Écoutez, on est témoins, prenez notre numéro. » Alors c’était le jour du shabbat, je n’avais pas mon téléphone sur moi. Ils m’ont envoyé un message que je puisse voir après. Ils ont dit: « On est là pour témoigner. »
Et je tiens à préciser qu’il y avait de tout: il y avait des Français, il y avait des personnes de couleur noire, et dans la deuxième voiture, il y avait deux jeunes maghrébins, des musulmans, qui sont partis garer leur voiture pour venir m’apporter du soutien et s’indigner en disant: « Mais ce n’est pas un musulman, ce lui qui vous a fait ça! » Bien que les insultes qu’il proférait étaient en arabe, et ce sont eux-mêmes qui ont appelé la police. Ils ont dit: « Vous ne pouvez pas partir comme ça, il faut appeler la police pour faire quelque chose. »
Il y a eu d’autres passants qui sont arrivés, donc vraiment, on était pendant ces moments-là très, très entourés par les témoins et certains commerçants aussi qui étaient présents au moment des faits.
La police est arrivée, ils se sont très vite rendu compte – alors certains m’ont reconnu de la synagogue – ils se sont rendu compte un petit peu du caractère antisémite avant même d’avoir entendu les témoignages, et ils ont pris tout de suite les témoignages.
Je tiens à féliciter les forces de l’ordre de la sûreté publique et les forces de l’ordre de police de manière générale, car ils ont été d’une grande efficacité, très, très vite, tout en respectant mes convictions religieuses du jour de shabbat. Ils m’ont bien accompagné là où il fallait, ils m’ont conseillé quoi faire, et très vite l’affaire est remontée.
Et c’est à la sortie du shabbat, en ouvrant mon téléphone, que je me suis rendu compte que j’avais reçu beaucoup de messages, que l’histoire commençait à prendre beaucoup d’ampleur. J’ai reçu notamment beaucoup de messages de soutien de toutes sortes de personnes, toutes sortes de confessions, et ça n’arrête pas. On reçoit énormément d’appels à la synagogue, sur mon téléphone, des gens qui nous soutiennent, des gens qui nous disent: « On n’est pas juifs, mais on est là, on vous soutient. Votre combat, c’est le nôtre. » Et voilà, on est aujourd’hui ensemble au téléphone maintenant.
C’est très important ce que vous nous racontez et merci de ce témoignage qui est bouleversant par la violence de l’agression que vous avez subie, qui est important aussi quand vous parlez du profil de ceux qui vous ont aidé au moment de cette agression. Arié Engelberg, un mot sur votre fils, 9 ans, qui assiste à tout cela, qui assiste à cette agression en pleine rue et qui voit son père, rabbin, se faire agresser parce qu’il est rabbin, parce qu’il est juif. Comment va-t-il? Comment a-t-il, lui, vécu ce moment terrible?
Arié Engelberg : Alors, pour être tout à fait franc avec vous, cela fait déjà plusieurs mois, si on ne peut pas dire un an, depuis le 7 octobre, que les enfants… vous savez, on dit que les enfants sentent tout et savent tout.
Il ressent ce qu’on entend, il ressent l’insécurité, il ressent maintenant dernièrement ce qu’on dit de la guerre sur le sol européen même. Et dernièrement, il nous a dit clairement, à ses parents, qu’il avait un petit peu peur de marcher dans la rue. Moi, bien sûr, je l’ai rassuré. D’ailleurs, ce shabbat matin-là, donc samedi matin, je lui ai dit: « Tu sais, si tu veux, tu peux rester à la maison, tu n’es pas obligé de venir. » Il m’a dit: « Non, non, je vais venir quand même. » Et c’est arrivé ce qui est arrivé.
Mais à la fin, je suis tout de suite parti le voir parce qu’il a eu très peur – on peut le voir d’ailleurs dans la vidéo – quand il voit que l’agresseur se sépare, s’éloigne un peu, il vient tout de suite se cacher derrière moi. Et il m’a dit: « J’ai eu peur qu’il s’en prenne à moi. »
J’ai tout fait pour le rassurer, je l’ai calmé et je lui ai dit: « Tu vois, on s’est fait insulter, on s’est fait cracher dessus parce qu’on est juifs, mais il ne faut pas baisser la tête et il faut répondre. Ce n’est pas grave, même si on prend des coups, on ne doit pas baisser la tête. »
Pour autant, Arié Engelberg, il y a sans doute énormément de Français qui nous regardent ce soir qui doivent être émus, des Français qui ne sont pas de confession juive, des Français de confession juive, qui, en voyant ce qui vous est arrivé dans les rues d’Orléans, craignent pour leur sécurité, se demandent s’ils sont encore en sécurité en France. On est en 2025, et un rabbin est agressé en pleine rue, quasiment au vu et au su de tout le monde. Qu’est-ce que ça dit de la progression fulgurante de l’antisémitisme dans notre pays?
Arié Engelberg : Écoutez, la montée de l’antisémitisme, ce n’est pas moi qui vais vous l’apprendre. Il y a des chiffres, il y a des actes, il y a des faits, il y a ce qu’on entend, il y a ce qu’on vit.
Je vais vous dire quelque chose qui peut paraître un peu triste, mais moi, en tant que rabbin et avec ma démarche de rabbin, pour moi, c’était une question de temps avant d’avoir une agression. Je ne savais pas de quelle ampleur elle allait être.
Alors bien sûr, les gens d’Orléans sont bienveillants, de toute origine, de toute religion. Les gens, la plupart des gens me connaissent sur mon itinéraire, et c’est pour ça que quand je l’ai vu et j’ai vu son regard, tout de suite j’ai dit: « Celui-là, il n’est pas d’ici, il va vouloir faire quelque chose. »
Mais ce qui est triste, voilà, c’était juste une question de temps. C’est avec tout ce qu’on entend, on s’est dit: « Voilà, ça va arriver, on va se faire insulter. » La question, c’est: comment va-t-on réagir? À quel degré faut-il réagir? Est-ce que si on est seul, c’est une manière de faire? S’il y a des gens autour, est-ce qu’on doit baisser la tête ou au contraire…? Donc c’était, pour moi, c’était juste une question de temps avant de subir une agression antisémite. Et voilà.
Mais en tous cas, je tiens encore à féliciter et à dire que, peu importe le ressenti des gens, si on vit en France, il y a des droits, il y a la loi, il y a une police forte, il y a les autorités qui agissent comme il faut, et nous, on doit avoir confiance en Dieu. Dieu nous demande de respecter la loi du pays là où on vit, donc on respecte la police, on a confiance aussi aux forces de la police, on prie pour la police, comme c’est écrit, comme la Torah qui dit qu’il faut prier pour la police, car s’il n’y avait pas de forces de l’ordre, alors chacun avalerait son ami vivant.
Donc c’est vrai qu’on peut sentir un peu d’insécurité. Pour ma part, cela ne va rien changer, je ne changerai rien. Au contraire, je continuerai à marcher avec fierté, à exprimer mon judaïsme avec fierté, à continuer à diriger cette communauté juive d’Orléans qui m’a apporté beaucoup de soutien et pour laquelle j’ai une affection particulière.
Je continuerai avec fierté et ferai en sorte qu’un juif se sente bien et puisse vivre son judaïsme avec fierté, peu importe là où il est.
Arié Engelberg, votre discours est admirable de courage. Je dois vous dire, puisque vous êtes au téléphone ce soir, que sur ce plateau, nos invités vous écoutent, je n’ose dire religieusement, et avec énormément de respect quant à ce que vous êtes en train de nous raconter. Je ne vais pas encore prendre trop longtemps avec vous, mais simplement, puisque sur ce plateau il y a Haïm Korsia, Grand Rabbin de France, quand vous entendez, Haïm Korsia, ce que dit le rabbin d’Orléans, qu’est-ce que ça vous inspire?
Haïm Korsia : C’est très important de dire qu’il veut continuer à faire en sorte que les juifs se sentent en sécurité en France. Ce qu’il nous raconte là maintenant est bouleversant, avec des faits incroyables. D’abord, quelque chose qui est très douloureux, c’est qu’en fait, il avait intériorisé l’idée que si c’était juste des insultes, c’était acceptable. Et ça, on ne doit pas l’intérioriser, on ne doit pas l’accepter.
Et puis l’arrivée d’une personne qui s’interpose, c’est un commerçant – le rabbin m’a expliqué tout à l’heure que c’était un commerçant – et ça, c’est une grande différence. S’il y a une sorte de silence complice, ce n’est pas la même chose que s’il y a des citoyens, quels qu’ils soient, qui s’interposent et qui disent: « Ça ne peut pas se faire et on n’accepte pas. » Et c’était le cas.
Et puis il le dit très justement, avec le calme et la force de sa foi, foi dans le judaïsme et foi en la République. Et c’est cela que nos ennemis doivent entendre, c’est que nous, notre seule option, c’est une forme d’absolue détermination à défendre ce qu’est la République. Pierre Birnbaum m’avait parlé des juifs comme les « fous de la République ». C’est donc la République qui assure la sécurité de tous les citoyens.
Il faut rendre hommage, comme l’a fait le rabbin très justement, aux forces de l’ordre qui, en moins d’une journée, une demi-journée, ont trouvé l’agresseur, l’ont arrêté. Au fond, c’est une façon de dire que notre société est protégée.
Donc on doit absolument déplorer, regretter, s’élever contre ce qui s’est passé, mais on doit aussi reconnaître l’incroyable force morale du rabbin. Et je dirais pas ce courage, de son fils, parce qu’il m’a raconté tout à l’heure – il ne vous l’a pas dit – qu’ils sont allés, parce qu’il se trouve qu’il y avait l’assemblée générale de la communauté juive d’Orléans aujourd’hui, ils sont allés, et son fils a été applaudi.
Je dirai, Arié si on peut le dire, ton fils a été applaudi et il lui a dit: « Papa, je suis peut-être maintenant le héros d’Orléans. » Cela veut dire qu’un petit garçon qui tient debout et qui reste lui-même, il est une forme de héros en France. C’est-à-dire, à la fois beaucoup de notre société qui intériorise l’idée que tout le monde, pas que nous, pas que les juifs, tout le monde doit courber la tête devant la violence. Au fond, être capable de dire: « Non, moi, je m’élève contre cette violence et je reste ce que je suis », c’est être une forme de super citoyen français.
Restez avec nous encore un instant, Arié Engelberg. Joann Sfar, de la même manière, saisi par le courage du rabbin d’Orléans, par le courage de son fils aussi…
Joann Sfar : Je suis bouleversé et, comme le Grand Rabbin Korsia, je suis reconnaissant aux citoyens français qui viennent en aide quand ils voient ce type d’agression. La culpabilité que j’éprouve, comme tout citoyen français devrait l’éprouver, c’est… je pense à nos parents et nos grands-parents à qui on avait juré que ça ne se reproduirait pas, cette violence-là.
Je sillonne la France depuis deux ans avec mes ouvrages, je vais dans toutes les communautés juives de France. La question que posent la plupart des Français juifs, c’est la question du départ de France. Je ne pensais pas que j’entendrais ça de mon vivant. Et moi, je passe mon temps à leur dire: « Il faut rester en France parce que la présence juive en France, ça fait partie de notre polyphonie, ça fait partie de notre vivre ensemble. »
Et vous savez quoi? Je ne sais pas si j’ai raison. Je ne connais pas une famille juive qui n’a pas subi une agression depuis deux ans. Puisqu’on dit qu’on est 0,6% de la population et qu’on totalise 57% des agressions racistes. À titre personnel, j’ai eu deux ou trois moments pas très agréables depuis deux ans.
Le courage de ce petit garçon, qui a vu son père se faire humilier, mais qui a vu un citoyen français, quelle que soit son origine, venir défendre son père, [et il a vu] son père se rebeller, parce que c’est [important de] ne pas laisser faire. Et ça, c’est formidable de courage et en même temps de force et de résilience, parce que le choc est [grand].
Et je voudrais aussi alerter sur une chose que Eva Illouz a appelé « l’antisémitisme vertueux »: que les gens et les opinions qu’ils peuvent avoir sur le Proche-Orient, ça ne justifie pas d’agresser un citoyen français dont vous ne connaissez pas les opinions sur ce domaine.
Il y a une envie de faire taire, il y a une envie d’interdire la vie juive publiquement. Les jeunes juifs à l’école, dans l’école publique, on leur demande de cacher leurs médailles porte-bonheur, on leur demande de cacher leurs opinions, on leur demande de cacher le fait qu’un juif sur deux aujourd’hui habite en Israël, donc on a tous de la famille là-bas, quelles que soient nos opinions.
Et rester en France, c’est un combat. Je crois qu’il vaut le coup d’être mené parce que la plupart des citoyens français souhaitent également que les juifs restent en France.
Arié Engelberg, merci encore d’être avec nous ce soir. J’ai deux questions pour terminer. La première concerne effectivement ce qui était soulevé par Joann Sfar, la question de ce que certains appellent un antisémitisme d’atmosphère. On ne va pas parler ce soir politique, mais au fond, on voit bien des débats qui sont parfois fagocités par des phrases ambiguës, par des positions qui ne sont pas suffisamment claires. Tout cela a un impact aussi sur vos coreligionnaires, sur les Français de confession juive, et sur cette atmosphère qui peut conduire quelqu’un à considérer qu’il peut s’en prendre à un rabbin en pleine journée et en pleine rue.
Arié Engelberg : Écoutez, vous savez, en hébreu on dit « bimkom gedolim al taamod » – ne te tiens pas à la place des grands. Vous avez devant vous le Grand Rabbin de France. Je pense qu’il est beaucoup plus habilité à répondre à cette question-là.
Moi, comme vous l’avez dit, je suis rabbin, je ne suis pas politicien. Ma conviction, c’est la religion, c’est de rapprocher les gens à Dieu. Et je ne pourrais pas répondre sur des questions politiques.
Un tout dernier mot donc, qu’est-ce que vous direz à vos fidèles lors du prochain office, ceux qui peut-être se disent: « On a peur quand on sort dans la rue », qui peut-être, comme le disait Joann Sfar il y a un instant, se posent la question de quitter la France. Vous leur redites ce soir, comme vous l’avez dit avec énormément de courage il y a quelques minutes: « Il ne faut pas baisser la tête, il faut rester »?
Arié Engelberg : Partir, ce n’est pas une solution. Partir par peur, ce n’est pas une solution. On peut partir par conviction, on peut partir pour X raison, mais partir d’un endroit parce qu’on a peur, ce n’est pas une solution.
Et d’ailleurs, le Rabbi de Loubavitch, quand il y avait eu des actes antisémites contre des dirigeants, des dirigeants religieux, disait qu’on ne déménage pas face à la peur. On doit rester, on doit résister, on doit être résilient, et surtout quand on est en France, où la loi condamne l’antisémitisme, où la loi condamne les agressions, qu’elles soient verbales ou autres. On doit rester, on doit être fier, on doit se battre.
Ce que je voudrais dire à ma communauté, c’est que quand il y a des actes comme ça, c’est pour intimider, et que la meilleure réponse, ce n’est pas seulement de continuer, mais c’est d’intensifier sa pratique religieuse, son attachement à Dieu, et bien sûr, son attachement et son respect de la République.
Merci infiniment, vraiment, Arié Engelberg, d’avoir pris la parole ce soir sur BFM TV. On pense à vous, on pense à votre fils, et on vous souhaite le plus prompt rétablissement au nom de toute la rédaction de BFM TV. Et encore une fois, on salue la force et le courage de vos propos. Merci infiniment d’avoir été avec nous ce soir.
















