Des documents inédits viennent de refaire surface, révélant l’une des batailles les plus acharnées menées par le Rabbi précédent — Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn — en faveur du bien-être spirituel des soldats juifs américains engagés dans la Seconde Guerre mondiale. À travers une série de télégrammes et de lettres échangés avec le National Jewish Welfare Board, ces archives dévoilent un homme inflexible, mu par une exigence absolue de rigueur religieuse. Face aux atermoiements et aux demi-mesures, le Rabbi précédent tint bon, transformant un incident isolé en un plaidoyer historique pour la dignité spirituelle de milliers de combattants juifs.

 

 

Des archives qui ressurgissent du passé

Des documents fascinants récemment mis au jour éclairent d’un jour nouveau une saga majeure dans laquelle le Rabbi précédent se battit avec une énergie infatigable pour le bien-être spirituel des soldats juifs américains engagés dans la Seconde Guerre mondiale.

La série de télégrammes et de lettres échangés avec le National Jewish Welfare Board (JWB) révèle l’intransigeance absolue du Rabbi précédent en matière de Cacherout, ainsi que sa détermination à tenir les institutions juives comptables de leurs responsabilités morales.

L’affaire du « festin de Pourim » de 1943

Cette saga se déroula en 1943, en plein cœur de la guerre, lorsque le Rabbi précédent reçut des informations alarmantes concernant un « festin de Pourim » que le JWB envisageait d’organiser au Camp Grant, à Rockford, dans l’Illinois, pour sept cents soldats juifs. Selon ces rapports, le banquet devait inclure à la fois des plats laitiers et carnés, en violation flagrante de la Halakha.

Sans perdre un instant, le Rabbi précédent adressa un télégramme au Rav Dr. David de Sola Pool du JWB. Fondé vingt-six ans plus tôt, le JWB soutenait les militaires juifs des forces armées américaines en recrutant et formant des Rabbanim pour l’aumônerie militaire, en fournissant des ressources religieuses et en supervisant les centres culturels et communautaires juifs.

Le télégramme, daté du 9 mars 1943, stipule : « DE LA VIANDE CACHÈRE SERA SERVIE, SUIVIE DE CAFÉ AU LAIT ET DE GLACE. VEUILLEZ USER DE VOTRE INFLUENCE AUPRÈS DES ORGANISATIONS CONCERNÉES AFIN QU’ELLES NE VIOLENT PAS LES LOIS DE LA CACHEROUT EN SERVANT ENSEMBLE DES PLATS DE VIANDE ET DES PRODUITS LAITIERS. EN UN TEMPS OÙ NOUS DÉPENDONS TOUS DE LA MISÉRICORDE CÉLESTE… NOUS DEVONS TOUS NOUS ABSTENIR DU PÉCHÉ DE PROFANATION RELIGIEUSE. »

« Veuillez m’informer des mesures que vous avez prises », conclut le Rabbi précédent.

La réponse du JWB : des assurances en cascade

Le lendemain, Philip Goodman, Rav orthodoxe officiant au sein de la Division des Services armés et haut responsable du JWB, répondit par télégramme : « Mon cher Rav Schneersohn, soyez assuré que nous avons pris des mesures immédiates pour examiner la question que vous nous avez soumise… Nous sommes tout à fait soucieux de protéger les convictions et pratiques religieuses de nos membres juifs dans les forces armées. »

Goodman contacta simultanément l’aumônier Norbert Rosenthal au Camp Grant ainsi que Moe Chaseman, administrateur régional du JWB à Chicago, leur demandant d’enquêter et de s’assurer qu’aucune violation de la Cacherout ne se produise. Il leur écrivit : « Nous vous serions reconnaissants de nous confirmer par câble que les mesures nécessaires ont été prises pour éliminer le lait, la glace et tout ce qui doit l’être, afin que nous puissions rassurer le Rav Schneersohn. »

La résistance locale : un directeur récalcitrant

Malgré les assurances données à l’échelon national par le JWB, une rupture flagrante apparut au niveau local.

Le 11 mars, David E. Traub, directeur du JWB au Camp Grant, tenta de balayer les préoccupations du Rabbi d’un revers de main, écrivant à Goodman que l’événement était un « projet USO ordinaire. Ni fête de Pourim, ni soirée confessionnelle. » Il ajouta que la manifestation étant parrainée par le B’nai B’rith, « ni moi ni l’aumônier ne sommes responsables ».

Dans une lettre interne du 13 mars, Traub précisait : « Les faits doivent être rectifiés. Sur les 700 soldats attendus, 150 seulement sont juifs, et en tant qu’étranger à cette communauté, je ne peux pas bouleverser le statu quo de la majorité. Le menu reste tel qu’il a été prévu. »

Il ajouta : « Non, je ne connais pas Schneersohn, et je me demande moi aussi qui il est. Je pense qu’il mérite le respect pour avoir affirmé ses principes, mais je lui suggère de vérifier ses informations à l’avenir. »

Philip Goodman transmit la réponse de Traub au Rabbi précédent, tout en le rassurant une nouvelle fois que « nous mettons tout en œuvre pour répondre aux besoins en matière de Cacherout des membres juifs des forces armées, dans la mesure de nos possibilités. »

Moe Chaseman, lui aussi irrité, écrivit que le Rabbi avait « complètement déformé les faits », mais conclut néanmoins que « vous pouvez être soulagé d’apprendre que ni lait, ni café à la crème, ni aucune autre boisson laitière ne sera servie. »

Il précisa qu’en plus de s’être entretenu avec Traub, il avait également reçu un appel téléphonique de Dick Gutstadt de l’ADL, ainsi que de M. Ben J. Glass, également du B’nai B’rith.

La puissance d’une volonté : des télégrammes qui traversent la guerre

Il est manifeste que le Rabbi précédent déploya des efforts considérables et exercea une pression soutenue pour résoudre l’incident. Il convient aussi de souligner que tout cela se déroulait en temps de guerre, et pourtant la rapidité et la réactivité extraordinaires des échanges téléphoniques témoignent de l’urgence absolue avec laquelle le Rabbi précédent traitait cette affaire.

Finalement, le 15 mars, Goodman put annoncer au Rabbi précédent la bonne nouvelle :

« Je sais que vous serez heureux d’apprendre ce qui suit. Notre superviseur régional à Chicago nous informe que le bureau du B’nai B’rith de Chicago l’a contacté et lui a signifié qu’aucun produit laitier ne serait servi lors de la soirée du 14 mars. »

Il semble que Goodman ait voulu préciser qu’aucun produit laitier n’avait été servi lors de la fête de Pourim tenue la veille, comme le confirme la suite de la lettre.

Dans une lettre interne adressée à Traub et Chaseman, Goodman tenta de les apaiser, en leur expliquant qui était le Rabbi précédent et pourquoi ses demandes méritaient d’être prises au sérieux : « Nous pouvons sans doute dire que « tout est bien qui finit bien. » Le Rav Schneersohn est le Rabbi de Loubavitch, un ‘Hassid de renommée mondiale, comptant des milliers de fidèles dans ce pays. »

Un plaidoyer en six points pour la dignité spirituelle des soldats

Le Rabbi précédent, insatisfait des mesures partielles prises et de l’état général des choses, rédigea le 28 Adar Chéni 5703 (4 avril 1943) deux lettres quasiment identiques adressées au National Jewish Welfare Board. L’une, en hébreu, était destinée aux directeurs du JWB à New York ; l’autre, en anglais, s’adressait au Comité des activités religieuses de l’armée et de la marine du JWB.

Les lettres s’ouvraient sur des remerciements pour « m’avoir informé que les produits laitiers avaient été retirés du menu en raison de la présence de viande au banquet. »

Le Rabbi précédent exprima ensuite sa préoccupation face aux déclarations apparemment contradictoires du JWB. Dans une lettre, celui-ci avait écrit : « Nous sommes tout à fait soucieux de protéger les convictions et pratiques religieuses de nos membres juifs dans les forces armées », mais dans une autre : « cette soirée n’était pas une fête de Pourim et n’était pas organisée par le Jewish Welfare Board. »

« Les lois de la Cacherout ne doivent-elles être observées que lors d’une fête de Pourim — ou de tout autre banquet religieux ? » demanda le Rabbi précédent. « Le JWB n’a-t-il pas pour vocation de protéger toutes les convictions religieuses des membres juifs des forces armées, en tout temps et en toute circonstance ? »

« La contradiction est manifeste. »

Le Rabbi précédent formula alors six obligations morales que le JWB se devait d’honorer pour garantir le bien-être religieux des soldats juifs :

Garantir la Cacherout à tous les repas des militaires juifs, quelle qu’en soit l’organisateur — terre, mer ou air.
Fournir de la nourriture Cachère dans tous les camps où sont stationnés des soldats juifs, sous la supervision de personnes religieusement fiables.
Organiser des repas Cachers aux points de rassemblement militaires pour les soldats en partance pour le front.
Créer un département spécial chargé d’envoyer des colis alimentaires Cachers aux soldats qui en font la demande, en informant l’ensemble des militaires juifs de l’existence de ce service.
Superviser les activités des aumôniers afin qu’ils accomplissent dûment leurs devoirs religieux, en prévenant toute « profanation religieuse », même si de tels cas demeurent rares.
Imprimer des Sidourim adaptés à tous les rites — Achkenaze, Sefard et Ari — avec des traductions anglaises rigoureuses, le livre de prières actuel du JWB souffrant d’un « curieux mélange des genres ».

Un appel à la responsabilité morale en temps de guerre

Le Rabbi précédent souligna la responsabilité spirituelle et morale plus large du JWB, particulièrement en ces temps de guerre éprouvants :

« Nous tous, Juifs en général, et les responsables du Jewish Welfare Board en particulier, devons nous souvenir du danger auquel nos jeunes frères dans les forces armées sont exposés. Nous ne devons pas oublier un seul instant qu’ils ont besoin de soutien moral et de courage, qui ne peuvent venir que de la foi et de la confiance en D.ieu. Nous devons donc nous employer avec le plus grand soin à pourvoir à leurs besoins spirituels… »

Le Rabbi précédent informa également le JWB que le Merkos L’Inyonei Chinuch, qu’il avait « fondé il y a environ deux ans », avait déjà publié un calendrier-agenda quotidien en anglais, ainsi que des manuels de prières et de bénédictions, tous deux très demandés par les soldats juifs.

Il conclut : « J’ai demandé aux directeurs du Merkos L’Inyonei Chinuch de vous contacter à ce sujet. »

Tandis que le JWB débattait encore de ses responsabilités, le Rabbi précédent avait déjà commencé à combler le vide.

Vers une victoire tranquille mais historique

Goodman répondit à la lettre du Rabbi précédent en indiquant : « Nous soumettons cette question au comité compétent afin que le contenu de votre lettre puisse être dûment examiné. »

« Votre intérêt pour le bien-être des membres juifs des forces armées des États-Unis est sincèrement apprécié », ajouta-t-il.

Le 6 mai 1943, le Rav Leo Jung, président du Comité culturel du JDC et fondateur du Conseil rabbinique de l’UOJCA, répondit formellement à la lettre du Rabbi précédent.

Tout en s’efforçant de présenter les déclarations antérieures du JWB comme de simples « corrections d’information » plutôt que des contradictions, Jung concéda plusieurs des points soulevés par le Rabbi et annonça qu’une édition révisée du Sidour serait publiée ce mois-là même, « de nature à répondre aux besoins des soldats et des marins. »

Un mois plus tard, le 14 juin 1943, Goodman confirma que l’édition révisée du Sidour était parue et que le JWB consacrait « une somme considérable » à la satisfaction des besoins en Cacherout des militaires juifs, notamment par des « subventions accordées pour les repas servis dans les restaurants Cachers, des arrangements pour l’hospitalité à domicile, et l’envoi de colis à des particuliers. »

Cette victoire, paisible mais éclatante, fut le fruit direct du refus obstiné du Rabbi précédent de laisser l’affaire s’enliser.