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En 5552 (1791), une lourde accusation menaça la vie de l’Admour Hazakène pour avoir diffusé l’enseignement de la ‘Hassidout. Sa fille, la Rabbanit Dévora Léa, choisit alors de se substituer à lui devant le décret céleste. Ce sacrifice, raconté par le Rabbi lui-même, est devenu un enseignement transmis à chaque femme et chaque jeune fille juive.

 

 

 

une enfance et une jeunesse hors du commun

La Rabbanit Dévora Léa naquit à Vitebsk en 5526 (1766), fille de l’Admour Hazakène et de la Rabbanit Sterna. On raconte qu’à une époque où aucune école juive n’accueillait les filles et où l’étude de la Torah leur était généralement fermée, elle apprit seule à lire et se plongea dans l’étude du ‘Houmach. Son prénom lui venait d’une grand-tante paternelle, elle-même une femme d’une grande érudition que l’Admour Hazakène qualifiait de véritable lamdanit, versée dans le Rambam et le Talmud. La jeune Dévora Léa suivit cette voie et devint, à son tour, une femme de savoir, initiée au ‘Houmach, à la Halakha, à la Kabbale et à la ‘Hassidout, au point que sa propre grand-mère, la Rabbanit Rivka, mère de l’Admour Hazakène, devint son élève.

En 5548 (1788), elle épousa le Rav Chalom Chana Altshouler. Un an et demi plus tard environ naquit leur fils unique, celui qui deviendra le troisième Rabbi de Loubavitch, le Tséma’h Tsédek.

une bénédiction demandée face à la sentence

En 5552 (1791), une grave accusation fut portée contre l’Admour Hazakène, parce qu’il diffusait l’enseignement de la ‘Hassidout. Le verdict fut prononcé et il devait quitter ce monde. Selon la tradition, ce kitroug, cette accusation portée dans les sphères célestes, s’opposait à la révélation des secrets profonds de la Torah que l’Admour Hazakène propageait sans relâche. Pour tenter de détourner le décret, il envoya des émissaires prier sur les tombes du Baal Chem Tov et du Maguid de Mézéritch, cherchant des intercesseurs capables d’éveiller la miséricorde céleste. L’Admour Hazakène sollicita alors également la bénédiction du saint Rav Na’houm de Tchernobyl.

le dernier acte d’une fille dévouée

L’Admour Hazakène fit part de cette accusation à sa fille, la Rabbanit Dévora Léa. Elle prit alors la décision de remplacer son père. Quand arriva le soir de Roch Hachana, elle craignit que son père lui dise : « Sois inscrite et scellée pour une bonne année ». C’est donc elle qui, la première, dit à son père : « Sois inscrit et scellé pour une bonne année. Père, ne dis rien ».

Selon la tradition transmise dans les milieux ‘hassidiques, ce jour-là, après la prière de Min’ha, la Rabbanit Dévora Léa se rendit auprès du saint Aron Kodech de la petite synagogue où se tenait la famille de l’Admour Hazakène, entourée de ses proches disciples. Devant les Sifreï Torah ouverts, elle prit sur elle, en pleine conscience et par serment, d’échanger sa place contre celle de son père, afin que celui-ci demeure en vie. Elle constitua trois ‘Hassidim en Beth Din pour être témoins de cet engagement.

La Rabbanit Dévora Léa quitta ce monde pendant le jeûne de Guedalya. Avant cela, elle demanda à son père de se charger de l’éducation de son jeune fils, le Tséma’h Tsédek. L’Admour Hazakène installa effectivement l’enfant dans sa chambre et il surveilla lui-même son éducation. (Discours du Rabbi, Chabbat Parchat Vayéchev 5731 (1970))

un enseignement pour chaque femme juive

Extrait d’une causerie : comme la fille du Rabbi

Chaque récit délivre un enseignement pour le service de D.ieu, notamment quand il est relaté par un chef d’Israël, qui a, en outre, demandé de l’imprimer. Et cette leçon, cet enseignement, doivent être d’autant plus forts et puissants qu’il est nécessaire de les déduire de tout ce que l’on voit et de tout ce que l’on entend, comme le précise le Baal Chem Tov.

Il y a donc là un enseignement pour toutes les générations, pour chaque femme et chaque fille juive, notamment quand on sait que mon beau-père et maître, le Rabbi, a demandé d’imprimer cette causerie en yiddish. Or il précisa lui-même qu’il publiait des causeries et des discours dans cette langue afin que les femmes les comprennent également.

Néanmoins, quand on dit à une femme ou à une jeune fille juive que la Rabbanit Dévora Léa fit don de sa vie pour la diffusion de la ‘Hassidout et qu’elle doit en faire de même, elle s’interrogera aussitôt : quelle est donc cette comparaison ?

Il s’agit, en l’occurrence, de la fille de l’Admour Hazakène, une âme nouvelle, une âme du monde d’Atsilout, qui se trouvait ici-bas comme elle était en Atsilout. De ce fait, à la veille du Chabbat, qui est un temps de sommeil dans les sphères célestes, celui de « la torpeur de Zéer Anpin », l’Admour Hazakène s’endormait aussitôt, alors que le Rav Hillel de Paritch s’efforçait de s’endormir.

Or c’est l’Admour Hazakène qui donna naissance à la Rabbanit Dévora Léa, et la ‘Hassidout souligne le caractère saint de la conception, surtout avec la préparation qui convient. C’est lui qui l’éduqua, qui la maria, qui la guida et qui forgea son comportement. Il n’est donc pas surprenant qu’elle ait adopté une telle attitude. En revanche, comment en attendre autant de chacune ?

le canal ouvert par son sacrifice

La réponse à cette question est la suivante. La Rabbanit Dévora Léa et, de même, toutes les femmes vertueuses d’Israël ont « ouvert le canal » et frayé la voie à chaque femme et chaque jeune fille juive, afin qu’elle puisse se consacrer à la diffusion des sources de la ‘Hassidout en faisant don de sa propre personne, que ses actions soient utiles à cette diffusion.

Bien plus, ceci ajoute une force au chef de la génération, lui permet d’accomplir son œuvre et de diffuser ces sources. Certes, il est difficile de comprendre qu’une femme puisse insuffler des forces au chef de la génération. C’est pourtant ce qui arriva concrètement avec la Rabbanit Dévora Léa, et une action concrète n’a nul besoin d’être commentée.

Selon l’expression bien connue, « les opinions doivent suivre la réalité », et l’on en trouve l’équivalent à propos de notre père Avraham, qui, par le don de sa propre personne, « ouvrit le canal » de l’abnégation à chaque juif, en toutes les générations. (Discours du Rabbi, Chabbat Parchat Vayéchev 5731 (1970))

l’arbre de vie sauvé

Les ‘Hassidim mentionnaient le nom de la Rabbanit Dévora Léa, qui quitta ce monde à cette date, avec un grand respect et une profonde déférence. Tous avaient conscience que le sacrifice qu’elle avait fait de sa propre personne et sa noblesse d’esprit avaient sauvé « l’arbre de vie », le Rabbi. (Likouteï Dibbourim, tome 4, page 668)

une mémoire ravivée dans l’épreuve

Des années plus tard, lorsque l’Admour Hazakène fut arrêté une nouvelle fois, la santé de toute sa famille en fut profondément affectée. La Rabbanit, ses fils et ses filles, et jusqu’à son petit-fils le Tséma’h Tsédek, âgé de huit ans seulement, jeûnèrent chaque jour malgré leur épuisement. Des Tehilim furent récités publiquement, et la famille se rendait régulièrement au cimetière pour prier sur la tombe de la Rabbanit Dévora Léa. La Rabbanit Rivka, mère de l’Admour Hazakène, bien que très affaiblie elle-même par le jeûne, demeurait celle qui rassurait le reste de la famille par sa force d’âme et sa sérénité.

le deuil et le kaddish de l’orphelin

Pendant les sept jours du deuil qui suivirent le décès de la Rabbanit Dévora Léa, qui quitta ce monde à cette date, l’Admour Hazakène conduisit lui-même la prière, trois fois par jour, pour Cha’harit, Min’ha et Arvit. Le petit orphelin récitait alors lui-même le Kaddish. (Séfer Ha Si’hot, été 5700 (1940), page 65)

une sépulture à Liozna

La Rabbanit Dévora Léa est enterrée dans le vieux cimetière de Liozna, la ville où l’Admour Hazakène lui-même était né et où il établit longtemps le centre de son enseignement, avant que celui-ci ne se déplace plus tard vers Lyady.