Le Rav Rony Canaruto, émissaire du Rabbi au cœur du Ghetto de Rome, a captivé l’assemblée du Siyoum Harambam par des récits extraordinaires mêlant miracles contemporains et mémoire de la Shoah. Originaire de Milan et établi à Rome depuis 22 ans, il a récemment ouvert un Beth Habad dans le quartier historique juif de la capitale italienne. Son témoignage vibrant illustre la puissance de la Chli’hout et l’importance de ramener chaque Juif vers son Père céleste.

 

 

 

 

Remerciements et hommage au travail de la France

Bonsoir à tout le monde. Merci beaucoup d’abord au Rabbi. Merci à son Chalia’h de Paris. Merci à ses enfants et à tous ceux qui sont ici pour le travail merveilleux que vous faites à Paris et dans toute la France.

Normalement, nous en Italie, nous regardons les activités qui se font ici en France et nous savons où nous devons arriver. Parfois, cela prend des années, mais nous savons qu’à Rome, à Milan, il faut que nous arrivions au niveau de Paris. C’est notre aspiration.

Habituellement, je m’adresse à un public de gens qui ne sont pas très pratiquants, parfois pas du tout. Ce soir, je suis devant un Kahal de ‘Hassidim. Donc je vais essayer de faire un effort pour ne pas parler de Chabbat, pour ne pas parler de… Je vais faire un effort, je vais essayer de faire de mon mieux !

Le souvenir du Rav Garelik et le Rambam

J’ai un beau souvenir lié au Rambam. L’émissaire du Rabbi à Milan, le Rav Garelik, marchait toujours avec le Michné Torah du Rambam partout. Je me rappelle que dans mon enfance, lors des voyages de l’école, Lag BaOmer notamment, il avait toujours un livre dans les mains. Plus tard, j’ai compris que c’était le Rambam.

Une fois, je lui ai demandé : « Pourquoi vous vous baladez toujours avec le Rambam dans les mains ? »

Le Rav Garelik n’était pas quelqu’un qui parlait beaucoup. Il avait sa façon de faire comprendre les choses très bien avec très peu de paroles. Il m’a répondu simplement : « Parfois, cela aide pour des situations particulières. »

Je n’avais pas compris sur le moment dans quelle situation cela pouvait aider. Plus tard, j’ai compris que lorsque quelqu’un doit passer entre deux femmes, avoir un livre peut aider…

Mais ce n’est pas tout. Il m’a dit aussi : « C’est du Rabbi. » Qu’est-ce que cela signifie ? Nous, on recherche un lien particulier avec le Rabbi. L’étude du Rabbi, c’était l’étude du Rambam. Donc il faut avoir quelque chose de spécial, un « Zeïr Anpin » comme on dit. Nous sommes des fous du Rambam ! Comme nous sommes des fous du Machia’h, nous sommes des fous du Rambam. Voilà l’enseignement qui est sorti de cette petite histoire avec le Rav Garelik.

Une Yé’hidout qui révèle les secrets de la création

Ce matin, le fils du Rav Garelik, Lévi Garelik, avec qui je parle beaucoup, m’a raconté une petite histoire. Il m’a dit qu’il ne se rappelle pas tellement d’histoires entre son père et le Rambam, car la Takana d’étudier le Rambam date de 5744 (1984), et les grands récits datent des années précédentes. Mais il m’a dit : « Par contre, je vais te raconter une petite histoire de Yé’hidout du Rabbi liée au Rambam. »

Voici l’histoire. Un jour, un professeur de Yeshiva University est venu en Yé’hidout avec sa femme. La femme était très attachée au Rabbi, son mari un peu moins. Le Rabbi a parlé longuement avec cette femme.

À la fin de la Yé’hidout, le Rabbi regarde le mari et lui demande : « Et toi aussi, tu as quelque chose à demander ? »

Le mari répond : « Oui, Rabbi, j’ai quelque chose à demander. Il y a des gens qui disent que le Rabbi connaît tout, qu’il n’y a pas de sujet, pas de science dans le monde que le Rabbi ne connaisse. Est-ce que c’est vrai que vous connaissez tout ? »

Le Rabbi a ri et a répondu : « Écoutez, ce que les gens disent sur moi, je n’en suis pas responsable. Mais sur la question elle-même : est-ce possible qu’un homme connaisse tout ? Oui, c’est possible. Comme on le voit avec le Rambam. Le Rambam connaissait toute la Torah, la Torah écrite et la Torah orale. Il était un grand médecin, il était un philosophe. Il avait énormément de connaissances dans la Torah et dans le monde. Comment est-ce possible ? Il y a des gens auxquels Hakadoch Baroukh Hou dévoile les secrets de la création. Et quelqu’un qui connaît les secrets de la création connaît tout. »

Ils sont sortis de la Yé’hidout. Le mari a dit à sa femme : « Écoute, je ne sais pas si le Rabbi connaît les secrets de la création, ça je ne sais pas. Mais quelqu’un qui est capable de répondre à cette question de cette manière, c’est sûr et certain qu’il connaît les secrets de la création ! »

L’ouverture du Beth Habad dans le Ghetto de Rome

Nous sommes Baroukh Hachem depuis 22 ans à Rome. Pendant 20 ans, nous avons fait une certaine Chli’hout avec la communauté, avec une synagogue séfarade, beaucoup de Péoulot. Ma femme et moi, nous avions un rêve : ouvrir un Beth Habad dans le Ghetto de Rome.

C’était un rêve car cela semblait impossible. Il était impossible de trouver un endroit : tout est très cher, il n’y a pas de disponibilité, tous les locaux sont pris par les restaurants. Les restaurants encaissent des milliers d’euros par jour. C’était impossible.

Mais Pitom, soudainement, c’est une longue histoire, nous avons trouvé un endroit. Nous avions le choix : soit nous prenions le Beth Habad, soit nous continuions dans une Parnassa très intéressante. Avec l’accord de ma femme, nous avons décidé : on fonce dans le Beth Habad ! Hachem donnera autrement.

Nous avons loué un bâtiment vieux de 100 ans. C’était très dur, il était dans un état terrible. Nous avons vu beaucoup de miracles. Et nous avons compris que quand on part en Chli’hout, il ne faut pas trop réfléchir. Il faut foncer. Il ne faut pas faire beaucoup de calculs. Il ne faut pas ouvrir trop souvent l’application de la banque. Parfois, cela fait peur. Laisse, n’ouvre pas, ne regarde pas !

La leçon du Rav Azimov : « Moi, je n’ai rien fait, c’est le Rabbi »

Il faut que je vous raconte un petit épisode de ma première année à Rome. Nous venions souvent à Paris et nous priions au 17 rue des Rosiers. J’ai eu le mérite d’écouter beaucoup de Farbrenguen du Rav Azimov.

Je crois que c’était Sim’hat Torah, je ne suis pas sûr, mais je crois que c’était à l’issue des Hakafot. Nous étions après beaucoup de Le’haïm… Je suis monté sur la table, j’ai pris le Rav Azimov par la barbe et je lui ai demandé : « Comment as-tu fait tout ça ? Comment as-tu réussi à faire tout ça ? »

Il m’a regardé et m’a dit : « D’abord, tu me lâches la barbe, après je vais t’expliquer. »

Puis il m’a dit : « Moi, je n’ai rien fait. C’est le Rabbi. »

C’était la réponse. Cette petite phrase m’a donné l’essence de la Chli’hout. Si on croit que c’est nous qui faisons, on a terminé la Chli’hout. Pour être un véritable Chalia’h, il faut être un canal, il faut être transparent pour permettre au Rabbi de réaliser la volonté d’Hakadoch Baroukh Hou.

L’homme d’affaires qui avait arrêté de donner le Maasser

Je vais vous raconter une histoire. Il y avait un Juif qui a commencé à venir au Beth Habad. Il y a beaucoup de passage pendant l’été. En une journée normale, nous mettons les Téfilines à 200 personnes. Les Ba’hourim qui viennent aider pendant l’été, c’est fou, c’est quelque chose de fou !

Un Juif est venu me voir et m’a dit : « Est-ce qu’on peut étudier quelque chose ensemble ? » J’ai dit oui. Mais il a précisé : « Je veux étudier la ‘Hassidout. » J’ai répondu : « Avec plaisir ! » Pourquoi a-t-il demandé cela ? Parce que sa femme est française. Voilà le lien !

C’était au début du Beth Habad, il n’y avait pas beaucoup de livres. Un des livres que j’avais, c’était un recueil de Maamarim. Il est revenu et m’a dit : « Est-ce que je peux amener un copain avec moi ? » J’ai dit : « Oui, avec plaisir, amène qui tu veux. » Ils sont venus tous les deux, une fois par semaine.

À la troisième ou quatrième fois, j’ai pris ce livre et je me suis dit dans ma tête : « C’est un Maamar, je ne le connais pas bien, je vais le travailler dans ma tête et leur expliquer les enseignements de manière simple, ce ne sont pas des gens qui connaissent. »

Le Rabbi explique là-bas une chose de très intéressant. Il est écrit : « Il y aura des gens qui travailleront pour toi et feront le travail pour toi. » Cela signifie que si les enfants d’Israël font la volonté de D.ieu, alors les autres font le travail pour eux. Sinon, ils doivent faire le travail tout seuls.

J’ai expliqué ce passage. Et soudain, le gars commence à devenir blanc.

Je lui demande : « Qu’est-ce que tu as ? Tu te sens mal ? Tu veux boire un café ? »

Il me dit : « Tu n’as pas compris ? Tu n’as pas compris ce qui s’est passé là ? Attends, je te raconte. »

Il me raconte que lui, il avait un magasin d’électronique : téléphones, iPhones, ordinateurs, tout. Il avait plus de 100 personnes dans toute l’Italie qui vendaient pour lui. Très très riche, très en réussite.

Puis il y a eu le Covid. Le Covid a massacré son business. Il est passé de 100 personnes à 50 personnes qui travaillaient pour lui. Puis ça a continué à descendre, descendre, descendre. Après le Covid, il pensait reprendre, mais ce n’était pas le cas. Ça descendait encore.

Il m’a dit : « Hier, j’avais cinq personnes qui travaillaient pour moi : deux dans le magasin et trois qui faisaient la tournée. Hier soir, ils m’ont appelé et m’ont dit : « Cher ami, c’est fini entre nous. On t’aime beaucoup, on est restés avec toi, mais là c’est fini. » Les cinq ont démissionné.

Ce matin, j’étais seul. J’ai pris mes affaires, avec les larmes qui coulaient, j’ai pris ma moto pour aller vendre moi-même. Soudain, je me suis dit : « Attends, mais je suis bête, pour trois kopecks je vais rater mon cours au Beth Habad ? » Je suis venu étudier. Et regarde ce que tu me dis ! « Il y a des gens qui travailleront pour toi », et si non, tu dois faire tout seul. Tu comprends ? C’est le message pour moi ! »

J’ai dit : « Écoute, moi je ne suis pas le Rabbi, je ne suis pas un prophète. La première chose qui me vient à l’esprit : est-ce que tu donnes le Maasser ? »

Il m’a répondu : « C’est incroyable ! J’ai arrêté de donner le Maasser pendant le Covid. J’avais peur, j’ai arrêté. »

J’ai dit : « Voilà la réponse. »

En résumé, il a recommencé à donner le Maasser et il a retrouvé la Parnassa.

Gabriel Sonino et le miracle du Ghetto

Une autre histoire, c’était incroyable. Au Beth Habad, il y a beaucoup de passage. Un vieux monsieur a commencé à venir presque chaque jour pour mettre les Téfilines, pour parler, pour prendre un café. Il est très âgé, il n’a pas de famille, il est seul au monde. Mais il a trouvé quelqu’un qui l’écoute. Il vient, il s’assoit, il regarde les gens qui entrent et qui sortent. Il est content comme ça.

Un jour, il vient me voir et me dit : « J’ai envie de fêter ma Bar Mitsva. »

Bien sûr, pourquoi pas ! Alors j’ai pensé : mes fils Benjamin et Mendel organisent chaque année des événements avec les Ba’hourim de la Yéchiva pour ‘Hanouka et Pourim. Pour ‘Hanouka, il y a des Ba’hourim qui viennent, nous allons faire une grande fête, quelque chose de très spécial. Il a accepté avec plaisir.

Nous avons fixé la date : le cinquième soir de ‘Hanouka, qui tombait cette année le jour de son anniversaire hébraïque.

Il est venu avec deux de ses amis, eux aussi âgés, dont un médecin que je connais très bien. Il était tout élégant, tout ému. Son ami s’est assis.

Je me suis approché de son ami et lui ai demandé : « Qui êtes-vous ? »

Il m’a répondu : « Je m’appelle Gabriel Sonino. »

Gabriel Sonino ! Je connais ce nom ! Quelle est l’histoire de Gabriel Sonino ?

Le Beth Habad se trouve dans le Ghetto. Pendant la Shoah, les nazis ont demandé à la communauté juive une rançon. Ils ont dit : « Si vous nous amenez 50 kg d’or, vous êtes libres, nous ne vous toucherons pas. »

Ils ont cru les nazis. Avec beaucoup d’efforts, ils ont rassemblé 50 kg d’or. Mais le jour après qu’ils ont apporté l’or, les nazis sont venus dans le Ghetto. C’était tôt le matin, à 5 heures. Je crois que beaucoup d’entre vous connaissent déjà cette histoire.

À 5 heures du matin, les nazis sont entrés dans le Ghetto. En face de l’endroit où se trouve aujourd’hui le Beth Habad, il y avait un petit garçon et une petite fille qui jouaient. Le garçon avait 4 ans, sa sœur avait 6 ans. Ils jouaient, inconscients des dangers.

Un nazi est venu, il a pris les mains des petits pour les mettre sur les camions de déportation.

En face, il y avait un laitier, un Italien non-juif. Le laitier a vu la scène. Il est sorti de son magasin, il a donné une claque à la petite fille et a crié : « Qu’est-ce que vous faites là à cette heure-ci ? Rentrez tout de suite ! »

En résumé, il les a sauvés. Les petits sont rentrés dans le magasin de lait.

Ce magasin de lait, c’est le Beth Habad d’aujourd’hui.

Et ce petit enfant, c’était Gabriel Sonino.

J’ai demandé à Gabriel : « Vous avez fêté votre Bar Mitsva ? » Il m’a dit : « Non, je n’ai pas fêté. »

J’ai dit : « Alors venez, on fête les deux ensemble ! On fait une double Bar Mitsva ! »

Nous avons fait une double Bar Mitsva. Je ne sais pas si vous avez vu les vidéos, c’est quelque chose de très très spécial.

Mais ce n’est pas fini.

Le huitième soir de ‘Hanouka, cette année, c’était dimanche. J’avais les Ba’hourim, ils avaient leur avion pour retourner et dans les Chli’hout, ce n’est pas très facile. Baroukh Hachem, ils avaient peur de rater l’avion. Je leur ai dit : « Écoutez, on va faire l’allumage vite fait et je vous amène tout de suite à l’aéroport. »

Mais ce dimanche soir, il y avait 50 personnes qui sont venues, puis 100, 150, 200, 300 personnes ! J’ai dit : « Je ne peux pas bâcler cet événement comme ça ! C’est incroyable ! »

Et soudain, je vois Gabriel Sonino qui s’approche de la ‘Hanoukia. Je suis allé vers lui et je lui ai dit : « Écoutez, j’ai envie de vous donner l’honneur d’allumer la huitième bougie de ‘Hanouka devant tout le monde. »

Il m’a dit : « Non, non, je ne peux pas, je ne peux pas. » Finalement, il a accepté qu’on le fasse ensemble.

Alors j’ai raconté à tout le monde l’histoire du laitier qui a sauvé ces enfants. Et j’ai dit : « Ce petit enfant, aujourd’hui il a 86 ans, il est avec nous, il va allumer la huitième bougie ici. »

Tout le monde était sous le choc. Nous avons allumé ensemble la bougie.

Après l’allumage, j’étais très stressé car il était tard. Mais Gabriel Sonino m’a dit : « Écoutez, il y a une chose que je veux vous dire. Je ne sais pas si vous avez fait exprès, mais la position de la ‘Hanoukia que vous avez mise, c’est exactement à l’endroit où le laitier m’a sauvé pendant la Shoah. »

Ramener chaque Juif à son Père céleste

Je veux finir par un détail important. Chacun d’entre nous, je crois, approche des gens avec les Téfilines, avec la Torah. Parfois, nous ne réalisons pas l’importance de ce que nous faisons. Mais il y a des événements dans le monde qui nous permettent parfois de réaliser.

J’ai pensé à l’histoire des otages. Quelle émotion il y avait quand les otages sont retournés dans leurs familles ! C’était un moment incroyable. C’était une des plus grandes émotions pour tout le peuple d’Israël.

Quand nous arrivons à prendre un Juif qui était perdu, cela fait des années qu’il n’a pas mis les Téfilines, nous avons des histoires de gens de 70 ans qui n’ont même pas fêté leur Bar Mitsva, des Juifs qui vivent en Israël, des histoires incroyables…

Quand nous ramenons un enfant à son Père, quand nous amenons un Juif à Hachem, imaginez-vous l’émotion d’Hakadoch Baroukh Hou ! Et quel mérite Il nous donne !

C’est cela la Chli’hout que le Rabbi nous a donnée. Il nous a donné la force et la possibilité de ramener les enfants d’Israël à la Torah et aux Mitsvot, de les ramener à leur Père céleste.

Et avec l’aide d’Hachem, grâce à ce travail de diffusion de la ‘Hassidout, qui rapproche tant de Juifs, nous allons aider le monde à arriver très prochainement à la Guéoula avec le Machia’h !