Dans le soixante-et-unième épisode du podcast Among Chassidim, animé par Yossi Kamman, le Rav ‘Haïm Levi Goldstein livre un témoignage bouleversant sur une existence entièrement vouée à l’éducation juive. Enfant, il a grandi à quelques mètres du Rabbi de Loubavitch, dans l’atmosphère unique du Crown Heights des origines. Éducateur pendant plus de trente ans, il revient aussi sur sa guérison miraculeuse après un mois de coma provoqué par la COVID.

 

 

 

L’héritage d’Uncle Yossi et les racines familiales

L’histoire du Rav Goldstein est indissociable de celle de son père, le célèbre Yossi Goldstein, connu dans le monde entier sous le nom d’Uncle Yossi et pionnier des enregistrements d’histoires juives destinés aux enfants. Le récit familial débute pendant la Grande Dépression, lorsque son grand-père décide de quitter Providence, dans le Rhode Island, pour s’établir à New York et offrir à ses enfants une authentique éducation juive.

Par un heureux hasard, en se trompant d’arrêt de métro, Uncle Yossi découvre le « 770 », le siège mondial du mouvement Loubavitch fraîchement établi. Il y devient rapidement un jeune pilier dévoué, multipliant les services quotidiens et recevant même des instructions directes et exigeantes du Rabbi précédent. Cette fidélité et ce lien profond avec les dirigeants du mouvement façonneront l’atmosphère dans laquelle grandira ‘Haïm Levi.

Une enfance privilégiée dans l’ombre du Rabbi

Le Rav Goldstein a eu le privilège rare de grandir dans l’immeuble même où résidaient le Rabbi, Mena’hem Mendel Schneerson, et son épouse, la Rabbanit ‘Haya Mouchka, au 346 New York Avenue. Ses souvenirs d’enfance révèlent le visage profondément humain et chaleureux du guide spirituel. Il se rappelle avoir observé, depuis sa fenêtre, le Rabbi s’arrêter chaque matin après avoir traversé la rue pour se retourner et adresser un signe de la main à son épouse, qui le suivait du regard.

L’un de ses souvenirs les plus marquants demeure les rassemblements de la Messiba Chabbos : le Chabbat après-midi, les enfants se réunissaient près d’une grande fenêtre donnant sur Eastern Parkway et chantaient à pleine voix à l’instant précis où le Rabbi regagnait son domicile. Celui-ci s’arrêtait, souriait et encourageait leurs chants d’un signe de la main, offrant à ces jeunes garçons un moment d’attention privilégié.

Les enfants de Crown Heights et la lourde porte

Le Rav Goldstein partage également des souvenirs d’enfance particulièrement touchants au sujet de la Rabbanit ‘Hana, qui offrent un aperçu rare du profond respect — le précepte de Kiboud Em, l’honneur dû à la mère — que lui témoignait son fils. Lorsque le jeune ‘Haïm Levi avait environ huit ans, la Rabbanit ‘Hana habitait au rez-de-chaussée du 1418 President Street, l’immeuble voisin du dortoir des étudiants de la Yechiva, connu sous le numéro « 1414 ». Ce bâtiment historique était doté de portes d’entrée massives en bois, si lourdes qu’il fallait une grande force pour les pousser.

Les jeunes garçons du quartier avaient instauré un rituel : dès qu’ils apercevaient la Rabbanit ‘Hana approcher de son domicile, ils faisaient la course pour arriver les premiers et lui tenir cette lourde porte ouverte. Le Rav Goldstein se souvient de l’immense bienveillance de la Rabbanit, qui prenait toujours le temps de les remercier. Il confie avec émotion qu’elle lui donna un jour une petite tape affectueuse sur l’épaule en signe de gratitude, un geste dont il affirme sentir encore la présence aujourd’hui, des décennies plus tard.

Le rituel immuable des jours de fête

Mais le souvenir le plus frappant du Rav Goldstein demeure l’attitude solennelle du Rabbi envers sa mère lors des jours de fête, les Yom Tov. À ces occasions, la Rabbanit ‘Hana se rendait au siège du mouvement, le « 770 », pour prier, où une place d’honneur lui était réservée dans la section des femmes. À l’issue de l’office, elle montait dans le bureau de son fils pour une courte visite.

Au moment de son départ, le Rabbi manifestait une dévotion absolue. Plutôt que de la saluer simplement dans son bureau, il lui ouvrait la porte, la tenait respectueusement par le bras et l’escortait en personne à travers les couloirs jusqu’à la sortie principale du bâtiment.

Le regard protecteur du Rabbi

Une fois dehors, l’accompagnement de la Rabbanit ‘Hana était confié à deux sœurs, la Rabbanit Menick et la Rabbanit Katz, qui marchaient de part et d’autre d’elle pour la raccompagner jusqu’à son domicile. Le Rabbi, pourtant, ne regagnait pas aussitôt ses occupations. Il restait immobile sur le pas de la porte du « 770 », observant sa mère s’éloigner dans la rue.

Il la suivait des yeux, veillant sur son trajet, et ce n’est qu’à l’instant précis où elle tournait au coin de l’avenue Kingston, disparaissant entièrement de son champ de vision, qu’il faisait enfin demi-tour pour regagner son bureau. Le Rav Goldstein souligne que cette attention prolongée était accomplie religieusement, avec une constance sans faille. Pour les enfants et les jeunes étudiants qui observaient la scène, ce comportement constituait une leçon vivante et inoubliable : celle de la manière dont un grand dirigeant honore et chérit sa propre mère.

La vocation d’éducateur : créativité et transmission

Envoyé à la Yechiva de Brunoy, en France, à l’âge de dix-sept ans, le jeune Levi n’était pourtant pas l’élève le plus assidu. C’est le célèbre Rav Nissan Nemanov qui sut déceler son potentiel en lui confiant, contre toute attente, l’enseignement d’un groupe de jeunes élèves. Ce fut le tournant de sa vie.

Devenu Melamed pendant plus de trente ans, le Rav Goldstein a transformé l’apprentissage dans les écoles de Crown Heights. On lui doit notamment le Benish Mikra, un livret novateur proposant une traduction linéaire pour aider les enfants à traduire et comprendre le ‘Houmach. Pour la couverture, il utilisa une photographie de ses propres élèves, parmi lesquels figurait le frère de l’animateur du podcast.

Perpétuant le talent familial, il a également lancé Living Sedra, une série de cassettes audio racontant les Midrachim de manière captivante. Selon lui, et s’appuyant sur les enseignements du Rabbi, le récit constitue l’outil pédagogique le plus puissant : il captive les enfants et leur transmet des leçons de morale sans jamais les heurter ni les critiquer de front.

Une révolution dans la motivation scolaire

L’une de ses contributions les plus fascinantes à l’éducation tient à sa méthode de motivation. Remettant en cause le système classique consistant à « acheter » l’effort des enfants par des bonbons ou des prix, il s’est appuyé sur un discours du Rabbi affirmant que les âmes des enfants d’aujourd’hui sont prêtes à agir par pur amour de D.ieu.

Dès la rentrée d’une année scolaire, il décida de renoncer aux récompenses matérielles conditionnelles. Il expliqua à ses élèves qu’ils allaient étudier pour Hachem, et non pour des friandises. À la surprise générale, cette approche rencontra un succès retentissant. Ses élèves de six ou sept ans en venaient à refuser les douceurs après l’étude, de peur que leur apprentissage ne parût motivé par la gourmandise, préférant l’étude pour elle-même.

Le miracle de la COVID-19 et la puissance du Bita’hon

La fin de l’entretien aborde une épreuve vertigineuse. Au début de la pandémie de COVID-19, le Rav Goldstein contracta une forme très grave du virus, qui le plongea dans le coma durant un mois. C’est alors que la communauté ajouta « ‘Haïm » (la vie) à son nom, le rebaptisant ‘Haïm Levi.

À son réveil, bien qu’amaigri, incapable du moindre mouvement et intubé, il stupéfiait les infirmières par son sourire permanent. Le Rav Goldstein attribue cette force intérieure extraordinaire à l’étude approfondie du Chaar HaBita’hon, la Porte de la Confiance en D.ieu, entreprise juste avant sa maladie. Il s’était littéralement imprégné de la certitude absolue que D.ieu est bon et n’agit que pour le bien, s’accrochant à un chant populaire répétant « I believe in Hashem », je crois en D.ieu.

Il conclut en rapportant une anecdote saisissante transmise par le secrétaire du Rabbi, le Rav Binyamin Klein : le Rabbi aurait un jour désigné une immense pile de lettres de doléances posée sur son bureau et affirmé que si les gens étudiaient véritablement la notion de Bita’hon, la moitié de leurs difficultés se résoudraient d’elles-mêmes, réduisant cette pile de moitié. Car la confiance absolue, précisément, engendre le miracle.