Emmanuel Macron a annoncé le durcissement des mesures pour éviter la propagation du Covid-19 en France ce lundi, sans employer le mot «confinement».

Pendant « 15 jours au moins », les déplacements doivent être réduits au strict nécessaires, sous peine de sanction. Les frontières de l’UE vont être fermées pendant un mois.

Le président a aussi annoncé sa décision de reporter le second tour des élections municipales, qui pourrait être décalé au mois de juin.
« Nous sommes en guerre. » La phrase a été répétée une dizaine de fois, pour bien faire passer le message.

Emmanuel Macron s’est adressé aux Français ce lundi en pleine crise de coronavirus. Le chef de l’Etat a annoncé un durcissement des mesures pour lutter contre la propagation de l’épidémie et un report du second tour des élections municipales. 20 Minutes vous résume l’allocution présidentielle, aux accents parfois martiaux.

Restrictions des déplacements pendant « 15 jours au moins »
« Nous avons vu du monde se rassembler dans les parcs, les marchés bondés, les restaurants, les bars qui n’ont pas respecté la consigne de samedi, comme si au fond la vie n’avait pas changé », a déploré le chef de l’Etat en référence aux consignes données par Edouard Philippe il y a deux jours. « Non seulement vous ne vous protégez pas vous, mais vous ne protégez pas les autres. Vous risquez de mettre en danger la santé de ceux qui vous sont chers », a-t-il sermonné. Il en a donc tiré des conclusions et, après avoir consulté le Conseil scientifique installé depuis le début de la crise, Emmanuel Macron prend de nouvelles restrictions « pour réduire nos déplacements et nos contacts au strict nécessaire ».

Sans prononcer le mot « confinement », le chef de l’Etat annonce que « dès demain [mardi] midi, et pour 15 jours au moins, nos déplacements seront très fortement réduits ». « Seuls doivent demeurer les trajets nécessaires : faire ses courses, se soigner, aller travailler quand le travail à distance n’est pas possible, et faire un peu d’exercice, mais seul. »

Quant aux « réunions amicales ou familiales, elles ne seront plus permises ». Le gouvernement sera chargé de détailler la mise en œuvre de ces nouvelles interdictions, mais Emmanuel Macron prévient que « toute infraction à ces règles sera sanctionnée ». Quelques minutes après le discours présidentiel, le ministre de la Santé a demandé aux Français de limiter leurs contacts quotidiens à cinq personnes. Et Olivier Véran d’appeler à « rester chez soi ».

Fermeture des frontières européennes pendant un mois
Le président a aussi présenté une autre restriction des déplacements, prise au niveau européen cette fois. Dès mardi, les frontières à l’entrée de l’Union européenne et de l’espace Schengen seront fermées pendant 30 jours, sauf pour « les Français actuellement à l’étranger », qui pourront rentrer en France. Il leur faudra se « rapprocher des ambassades et consulats ». « Concrètement, tous les voyages seront suspendus. »

Report du second tour des municipales
Le président a également confirmé le report du second tour des municipales, prévu dimanche 22 mars. Il a pris cette décision après avoir consulté les présidents des deux chambres parlementaires et ses prédécesseurs à l’Elysée, et après que Matignon a consulté le Conseil scientifique et les chefs de partis et de groupes parlementaires ce lundi après-midi. Ce second tour pourrait avoir lieu le 21 juin 2020.

Cette décision semblait inéluctable dès dimanche soir, mais elle peut remettre en question le choix de l’exécutif d’avoir maintenu le premier tour du scrutin le 15 mars.

Toutes les réformes suspendues (même celle des retraites)
Autre annonce : les réformes en cours sont toutes suspendues, y compris l’épineux chantier sur les retraites. « Toute l’action du gouvernement et du Parlement doit être désormais tournée vers le combat de l’épidémie », a justifié Emmanuel Macron.

Un projet de loi pour permettre au gouvernement d’agir vite
Selon le chef de l’Etat, « nous sommes en guerre, en guerre sanitaire certes, mais l’ennemi est là, invisible ». Il a aussi dit que dès ce mardi, un projet de loi « permettant au gouvernement d’agir dans l’urgence, et de prendre des ordonnances si nécessaires », serait présenté. Ce texte sera soumis au Parlement dès ce jeudi.

Des mesures pour les soignants
En première ligne dans le combat de l’épidémie, les soignants étaient au cœur du discours présidentiel. Outre un système de garde pour leurs enfants, le chef de l’Etat veut faciliter leurs déplacements. « Les taxis et hôtels pourront être mobilisés à leur profit, l’Etat paiera. »

Des masques seront aussi distribués « en priorité à l’hôpital et la médecine de ville et de campagne, dès mardi soir dans les 25 départements les plus touchés », puis dans tout le territoire.

Des aides pour les entreprises, 300 milliards d’euros
« Je vous demande de rester chez vous, et aussi de garder le calme », a dit le président. Il a aussi voulu rassurer le secteur économique. « Aucune entreprise, quelle que soit sa taille, ne sera livrée au risque de faillite. » Il a promis une garantie des prêts bancaires accordés aux entreprises à hauteur de 300 milliards d’euros.

Les loyers et les factures d’eau, de gaz et d’électricité seront suspendus pour les PME en difficulté. Il y aura aussi « un dispositif exceptionnel de report de charges fiscales et sociales, de soutien ou report d’échéances bancaires et de garanties de l’Etat à hauteur de 300 milliards d’euros pour tous les prêts bancaires contractés auprès des banques ».

Emmanuel Macron a terminé son discours en évoquant l’avenir. « Nous gagnerons, mais cette période nous aura beaucoup appris. (…) Nous serons plus fort moralement, nous aurons appris, et je saurai aussi avec en tirer avec vous toutes les conséquences ».

« Hissons-nous individuellement et collectivement à la hauteur du moment, je sais pouvoir compter sur vous », a-t-il conclu.

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