Dans une lettre poignante adressée à un ‘Hassid en deuil qui avait perdu des proches durant la guerre des Six Jours, le Rabbi de Loubavitch rappelle que face à la tragédie, la réponse juive ne doit pas être la culpabilisation mais l’amour et l’unité. Ces mots, vieux de plusieurs décennies, résonnent avec une actualité troublante et offrent un guide spirituel pour traverser les moments les plus sombres de notre histoire.
Une lettre du Rabbi qui traverse le temps
Le 4 Tamouz 5727 (1967), le Rabbi de Loubavitch a écrit une lettre remarquable à un ‘Hassid qui avait perdu des proches durant la guerre des Six Jours. Cette correspondance, récemment redécouverte et partagée par le Rav Yossef Yitzchok Offen, prend une résonance particulière à la lumière des événements tragiques du 7 octobre et de la guerre qui a suivi.
Dans cette missive, le Rabbi aborde une question fondamentale qui tourmente de nombreux Juifs après chaque tragédie : pourquoi D.ieu permet-Il de telles souffrances ? Et surtout, qui est responsable ?
Rejeter la tentation de la culpabilisation
Le Rabbi commence par reconnaître la douleur profonde de celui qui a perdu des êtres chers. Il comprend que dans de tels moments, l’esprit humain cherche des explications, des raisons, voire des coupables. Certains pointent du doigt les dirigeants politiques, d’autres les chefs militaires, d’autres encore cherchent des fautes spirituelles collectives.
Mais le Rabbi rejette catégoriquement cette approche. Il écrit avec force : « Ce n’est pas le moment de chercher qui blâmer ou de pointer du doigt. » Cette affirmation n’est pas une fuite devant la responsabilité, mais plutôt une compréhension profonde de ce que la tradition juive attend de nous dans les moments de crise.
Le Rabbi cite le Talmud et les enseignements de nos Sages pour rappeler une vérité essentielle : lorsque le peuple juif souffre, la réponse appropriée n’est pas de se diviser en cherchant des boucs émissaires, mais de se rassembler dans l’unité et l’amour fraternel.
L’amour inconditionnel comme réponse à la tragédie
« C’est un moment pour l’amour », écrit le Rabbi. « Un amour d’un Juif pour un autre Juif – un amour sans conditions ni limitations, sans calculs ni considérations. »
Cette phrase capture l’essence de la vision du Rabbi sur la manière dont le peuple juif doit réagir face à l’adversité. Au lieu de se fragmenter en groupes qui se blâment mutuellement – les religieux contre les laïcs, les Ashkénazes contre les Séfarades, la gauche contre la droite – nous devons transcender toutes ces divisions.
Le Rabbi poursuit en expliquant que cet amour doit être « un amour au sens le plus simple du terme » – sans sophistication intellectuelle, sans justifications compliquées, mais un amour pur qui émane du cœur et reconnaît en chaque Juif une étincelle divine.
Une prescription pour l’unité nationale
Cette lettre du Rabbi offre une feuille de route spirituelle pour notre époque. Après le 7 octobre, Israël a connu des moments extraordinaires d’unité où les clivages habituels semblaient s’effacer. Des gens de tous horizons se sont rassemblés pour aider, soutenir et protéger les uns les autres.
Mais comme le Rabbi l’avait prévu, la tentation de revenir aux anciennes querelles est toujours présente. Certains blâment le gouvernement, d’autres les services de renseignement, d’autres encore cherchent des explications théologiques qui finissent par diviser plutôt qu’unir.
Le message du Rabbi reste clair : ce n’est pas le moment pour de telles divisions. C’est le moment de renforcer les liens qui nous unissent, de voir au-delà de nos différences et de reconnaître que nous sommes tous une seule famille.
L’application pratique de cet enseignement
Comment traduire cet enseignement en actions concrètes ? Le Rabbi suggère que cet amour doit se manifester dans notre comportement quotidien envers nos frères et sœurs juifs. Cela signifie :
Refuser de participer à des conversations qui divisent ou qui blâment d’autres Juifs. Rechercher activement des occasions d’aider et de soutenir d’autres membres de la communauté, quelles que soient leurs affiliations. Créer des ponts entre différents groupes au sein du peuple juif plutôt que d’ériger des barrières. Voir chaque Juif avec des yeux bienveillants, en reconnaissant ses forces plutôt qu’en se concentrant sur ses faiblesses perçues.
Une sagesse intemporelle pour notre époque
Ce qui rend cette lettre si puissante, c’est qu’elle ne parle pas seulement à une époque ou à une crise spécifique. Les mots du Rabbi, écrits il y a plus de cinquante ans, semblent avoir été rédigés pour notre moment présent. Ils nous rappellent que les défis auxquels le peuple juif est confronté peuvent changer de forme, mais la réponse spirituelle appropriée reste constante.
Dans un monde où les réseaux sociaux amplifient les divisions et où il est si facile de pointer du doigt et de blâmer, l’enseignement du Rabbi sur l’amour inconditionnel est plus pertinent que jamais. Il nous appelle à élever notre niveau de conscience, à dépasser nos réactions instinctives de jugement et de critique, et à embrasser une vision plus large de notre responsabilité collective.
Le pouvoir transformateur de l’unité juive
Le Rabbi ne présente pas l’amour et l’unité comme de simples sentiments agréables, mais comme des forces spirituelles puissantes qui ont le pouvoir de transformer notre réalité. Selon la tradition ‘hassidique, l’unité du peuple juif en bas éveille l’unité divine en haut, ce qui à son tour apporte bénédiction, protection et rédemption dans notre monde.
Cette perspective donne un poids et une urgence à l’appel du Rabbi. Il ne s’agit pas simplement d’être gentils les uns envers les autres – il s’agit de créer un réceptacle spirituel capable de contenir les bénédictions divines dont nous avons désespérément besoin.
Lorsque nous choisissons l’amour plutôt que le blâme, lorsque nous tendons la main au-delà de nos différences, nous ne faisons pas seulement un geste moral – nous participons à un acte de guérison cosmique qui a des répercussions bien au-delà de ce que nous pouvons voir ou comprendre.
Un message d’espoir dans l’obscurité
En fin de compte, cette lettre du Rabbi est un message d’espoir. Elle nous dit que même dans nos moments les plus sombres, même lorsque nous sommes confrontés à des pertes et à des tragédies incompréhensibles, nous avons le pouvoir de choisir notre réponse. Nous pouvons choisir de nous diviser dans le blâme et la récrimination, ou nous pouvons choisir de nous unir dans l’amour et la solidarité.
Le Rabbi nous montre que la deuxième voie n’est pas seulement moralement supérieure – elle est spirituellement efficace. C’est la voie qui honore la mémoire de ceux que nous avons perdus, qui protège ceux qui restent, et qui ouvre la porte à un avenir meilleur pour tout le peuple juif.
Alors que nous continuons à naviguer à travers les défis de notre époque, que nous puissions tous prendre à cœur les mots du Rabbi et faire de l’amour inconditionnel envers nos frères et sœurs juifs une réalité vivante dans nos vies quotidiennes.














