13 Tichri : Hilloula du Rabbi Maharach, Rabbi Chmouel Shneersohn, le 4ème Rabbi de Loubavitch

13 Tichri : Hilloula du Rabbi Maharach, Rabbi Chmouel Shneersohn, le 4ème Rabbi de Loubavitch

Rabbi Chmouel Shneersohn, 4ème Rabbi de Loubavitch, naquit dans le village de Loubavitch, le 2 Iyar 1834 (Tiférèt de Tiférèt). Le Tséma’h Tsédèk lui donna le nom d’un Tsadik caché, qui était porteur d’eau dans la ville de Polotsk. Le Tséma’h Tsédèk eut sept fils et deux filles. Rabbi Chmouel est le cadet des fils.

 

 

 

Jeunesse et mariages

Dans son jeune âge, il se distingua par sa mémoire et son intelligence prodigieuse. Ses études furent particulièrement fructueuses. En 1848, il épousa, en première noce, la Rabbanit Sterna, fille de son frère, Rabbi ‘Haim Chnéor Zalman, le Rabbi de Lyadi. Mais la Rabbanit tomba malade et quitta ce monde trois mois après son mariage. En 1849, il épousa la Rabbanit Rivka.

Activités communautaires

C’est en 1855 qu’il se consacra, sur l’ordre de son père, aux besoins de la communauté. Son activité le conduisit également à rencontrer les responsables communautaires d’autres pays. C’est pour cela qu’il se rendit en Italie (1858), en Allemagne (1859) et en France (1868).

Direction du mouvement ‘Habad

C’est en Nissan 1866 qu’il prit la tête des ‘hassidim ‘Habad. Dès le début de l’année, son père l’avait chargé de commenter publiquement la ‘Hassidout et avait dit aux ‘hassidim: « Vous l’écouterez comme vous m’avez écouté. » À la fin de l’année 1882, il tomba malade et quitta ce monde dans la nuit du mardi 13 Tichri 1882. Il fut enterré à Loubavitch, près de son père.

Une vie discrète

On ne sait, somme toute, que peu de choses de la vie du Rabbi Maharach, qui ne dura que 48 ans et demi. Même ses interventions communautaires restèrent secrètes et, pour la plupart, ne furent pas révélées. Par ailleurs, il fut malade et faible tout au long de sa vie et ses multiples activités l’empêchèrent de recouvrer pleinement la santé.

Descendance

Il eut quatre fils et deux filles: Rabbi Chnéor Zalman, le Razo, Rabbi Chalom Dov ber, le Rabbi Rachab qui allait lui succéder, Rabbi Avraham Sender, qui décéda à l’âge de huit ans. Doué de capacités hors du commun, il avait l’âme de l’Admour Hazaken. Le quatrième fils fut Rabbi Mena’hem Mendel qui est enterré à Tsfat. Les filles du Rabbi Maharach furent la Rabbanit Devora Léa et la Rabbanit ‘Haya Mouchka.

5 Av : Hilloula du Arizal, Rabbi Its’hak Ashkenazi Louria  (1534-1572)

5 Av : Hilloula du Arizal, Rabbi Its’hak Ashkenazi Louria (1534-1572)

Il n’a presque rien écrit de sa main, et pourtant nul n’a marqué la pensée juive avec autant de force. En moins de trois années passées à Safed, Rabbi Its’hak Louria, le saint Ari, a donné à la Kabbale un langage nouveau qui irrigue jusqu’à aujourd’hui l’étude de la ‘Hassidout. Retour sur la vie brève et fulgurante d’un maître que ses contemporains vénéraient comme un saint.

 

 

 

On le connaît sous le nom de Ari, acrostiche de « Elohi (le divin) Rabbi Its’hak » ou « Achkenazi Rabbi Its’hak ». Mais Ari signifie aussi « lion » en hébreu, d’où les appellations Ari zal (Ari, que sa mémoire soit une bénédiction) et Ari haKadoch (le saint Ari). Considéré comme le penseur le plus profond du mysticisme juif et le fondateur de l’école kabbalistique de Safed, il fut même identifié par certains Sages au Machia’h ben Yossef.

De Jérusalem à l’Égypte, l’enfance d’un prodige

Rabbi Its’hak Louria naît à Jérusalem en 5294 (1534), d’un père achkénaze venu d’Europe centrale, Rabbi Chlomo, et d’une mère séfarade. Son père s’éteint alors qu’il n’a que huit ans, et sa mère l’emmène en Égypte, auprès de son oncle Mordekhaï Frances, riche négociant du Caire, qui prend en charge son éducation. Le jeune Its’hak étudie d’abord sous la direction du Grand Rabbin d’Égypte, Rabbi David ben Zimra, connu sous l’acronyme de Radbaz, puis de Rabbi Betsalel Achkenazi, auteur de la Chita Mekoubetset. Il s’y révèle un élève exceptionnel, maîtrisant le Talmud très jeune, et subvient à ses besoins par le commerce. À quinze ans, il épouse la fille de son oncle et, à l’abri du besoin, peut se consacrer pleinement à l’étude.

Sept années de solitude au bord du Nil

L’âme profonde et introspective du jeune homme ne se satisfait pas de la seule Halakha. Vers l’âge de vingt-deux ans, il se plonge dans le Zohar, l’ouvrage central de la Kabbale que l’imprimerie vient tout juste de diffuser, et choisit la voie de la retraite. Durant près de sept années, il se retire dans une demeure isolée au bord du Nil, se vouant tout entier à la méditation, au jeûne et à la prière, ne rejoignant sa famille que pour le Chabbat. Même alors, il ne prononçait que le strict nécessaire, et uniquement en hébreu. La tradition rapporte qu’au cours de cette solitude, il reçut la révélation du prophète Eliyahou et pénétra les secrets les plus cachés de la Torah.

L’ascension à Safed et la rencontre avec le Ramak

En 5330 (1570), répondant à un appel intérieur, il monte en Terre sainte. Après un bref séjour à Jérusalem, où sa nouvelle approche rencontre peu d’écho, il s’établit à Safed, devenue le grand foyer de la Kabbale sous l’impulsion de Rabbi Moché Cordovero, le Ramak. Le Ari étudie quelque temps auprès de lui, mais lorsque le Ramak s’éteint, le 23 Tamouz 5330 (1570), la communauté des mystiques de Safed, privée de son maître, se tourne vers le jeune arrivant, qui prend bientôt sa place. Non loin de là repose Rabbi Chimon bar Yo’haï, l’auteur du Zohar, auquel le Ari se sentait lié d’une proximité toute particulière.

Deux cercles de disciples

Autour du Ari se forment rapidement deux cercles. Aux novices, il enseigne les rudiments de la Kabbale ; à un cercle plus restreint d’initiés, il confie ses doctrines secrètes et les intentions profondes de la prière. Le plus illustre de ces initiés est Rabbi ‘Haïm Vital, dont le maître disait que son âme n’avait pas été souillée par la faute d’Adam. Ensemble, guidés selon la tradition par le prophète Eliyahou, ils se recueillaient sur les tombes oubliées des Sages d’autrefois.

La vie sainte à Safed

Le Ari organisa la vie de ses disciples, qui s’établirent dans un quartier retiré de la ville. Le vendredi soir, à l’entrée du Chabbat, il conduisait des processions dans les champs voisins pour y accueillir la reine du Chabbat, puis exposait à ses disciples les développements de sa doctrine. Vêtu de blanc, il revêtait un habit à quatre pans évoquant les quatre lettres du Nom divin. Ses disciples lui prêtaient de nombreux miracles et le vénéraient comme un saint : l’épithète elohi, « divin », qui entre dans son surnom, n’est en réalité attribuée qu’à lui seul dans toute la tradition juive.

Une doctrine née de l’exil et de la souffrance

La pensée du Ari est profondément marquée par les épreuves de son temps. La communauté juive, traumatisée par l’expulsion d’Espagne et les persécutions de l’Inquisition, cherche un sens à ses souffrances. À cette attente, le Ari répond par une vision cohérente et bouleversante : la mort physique n’est qu’une étape, et l’existence de chacun poursuit un but précis. Les fautes des hommes, enseigne-t-il, retardent la venue du Machia’h, tandis qu’un travail de purification peut la hâter, de sorte que le destin du peuple d’Israël se joue dans une œuvre de réparation. Sa doctrine entrevoit ainsi la fin des souffrances d’Israël, ce qui explique le succès foudroyant de ses thèses et la vitesse à laquelle elles se répandirent.

Les trois piliers de la pensée lourianique

Trois concepts majeurs structurent sa doctrine. Le Tsimtsoum, ou contraction : D.ieu se retire d’une part du monde pour laisser place à un vide, où un rayon de lumière viendra alimenter dix réceptacles, les Sefirot, sources de toute vie et de toute création. La Chevirat haKelim, ou brisure des vases : à cette création parfaite fut ajouté un rayon appelé « homme primordial », que les réceptacles de la lumière divine, trop intense, ne purent contenir ; ils se brisèrent alors, libérant des étincelles dispersées à travers le monde. Enfin le Tikoun, la réparation : il revient à l’homme de faire le tri en lui-même, de rassembler ces étincelles et de restaurer l’harmonie brisée. Chaque commandement de la Torah devient ainsi un acte de réparation cosmique, conférant à la moindre Mitsva une portée insoupçonnée.

Une œuvre transmise par ses disciples

Le Ari lui-même n’a pratiquement rien écrit, hormis quelques poèmes en araméen. Toute sa doctrine nous est parvenue par la plume de ses disciples, au premier rang desquels Rabbi ‘Haïm Vital, qui consigna et ordonna l’enseignement de son maître, ainsi que Rabbi Yossef Ibn Taboul. De ces notes naquirent les grands recueils de la Kabbale lourianique, au premier chef l’Etz ‘Haïm (l’Arbre de Vie) et les Chemonah Chéarim (les Huit Portes), parmi lesquelles le Cha’ar haGilgoulim, consacré à la transmigration des âmes. Longtemps, ces manuscrits circulèrent sous le sceau du secret, chaque disciple s’engageant à n’en laisser sortir aucune copie, avant que l’œuvre ne se répande dans toute la diaspora, du Moyen-Orient à l’Europe.

Les chants du Chabbat

Parmi les rares textes issus directement du Ari figurent les hymnes qu’il composa pour la table du Chabbat, et où son nom se devine en acrostiche. Azamer Bichva’hin accompagne le repas du vendredi soir, Asader Lisouata celui du jour, et Bnei Heikhala la troisième réunion, la Seouda Chlichit. Chantés jusque dans les foyers Loubavitch, ces piyoutim perpétuent, semaine après semaine, la présence du maître de Safed.

Du Ari au Baal Chem Tov, les racines de la ‘Hassidout

L’influence du Ari déborde largement le cercle des kabbalistes. Deux siècles plus tard, le Baal Chem Tov fonde le mouvement ‘hassidique en s’appuyant précisément sur la Kabbale lourianique, dont il rend les trésors accessibles au Juif le plus simple, à travers l’amour de D.ieu, l’amour du prochain et la ferveur de la prière. La ‘Hassidout enseigne d’ailleurs que la voie du Ari, celle du monde du Tikoun, représente le degré ultime de la vérité kabbalistique, là où les maîtres qui l’ont précédé, tel le Ramak, s’en tenaient encore aux mondes antérieurs. À Safed, la proximité des tombes du Ari et de Rabbi Yossef Karo, auteur du Choul’han Aroukh, symbolise cette union parfaite entre la Torah révélée et sa dimension cachée.

Le Ari s’éteignit à Safed le 5 du mois de Mena’hem Av 5332 (1572), à trente-huit ans à peine, emporté par une épidémie, et fut inhumé dans l’ancien cimetière de la ville, où sa tombe demeure aujourd’hui encore un lieu de pèlerinage. Ainsi, quatre siècles et demi après sa disparition, la lumière du lion de Safed continue d’éclairer l’étude et la prière du peuple juif.

13 Tichri : Hilloula du Rabbi Maharach, Rabbi Chmouel Shneersohn, le 4ème Rabbi de Loubavitch

2 Iyar : Naissance du Rabbi Maharach, Rabbi Chmouel Shneersohn, le 4ème Rabbi de Loubavitch

 

Rabbi Chmouel Shneersohn, 4ème Rabbi de Loubavitch, naquit dans le village de Loubavitch, le 2 Iyar 1834 (Tiférèt de Tiférèt). Le Tséma’h Tsédèk lui donna le nom d’un Tsadik caché, qui était porteur d’eau dans la ville de Polotsk. Le Tséma’h Tsédek eut sept fils et deux filles. Rabbi Chmouel est le cadet des fils.

 

Dans son jeûne age, il se distingua par sa mémoire et son intelligence prodigieuse. Ses étude furent particulièrement fructueuses. En 1848, il épousa, en première noce, la Rabbanit Sterna, fille de son frère, Rabbi ‘Haim Chnéor Zalman, le Rabbi de Lyadi. Mais la Rabbanit tomba malade et quitta ce monde trois mois après son mariage. En 1849, il épousa la Rabbanit Rivka.

C’est en 1855 qu’il se consacra, sur l’ordre de son père, aux besoins de la communauté. Son activité le conduisit également à rencontrer les responsables communautaires cd’autres pays. C’est pour cela qu’il se rendit en Italie (1858), en Allemagne (1859) et en France (1868).

C’est en Nissan 1866 qu’il prit la tête des ‘hassidim ‘Habad. Des le début de l’année, son père l’avait chargé de commenter publiquement la ‘Hassidout et avait dit aux ‘hassidim: « Vous l’écouterez comme vous m’avez écouté. » A la fin de l’année 1882, il tomba malade et quitta ce monde dans la nuit du mardi 13 Tichri 1882. Il fut enterré à Loubavitch, près de son père.

On ne sait, somme toute peu de choses de la vie du Rabbi Maharach, qui ne dura que 48 ans et demi. Même ses interventions communautaires restèrent secrètes et, pour la plupart, ne furent pas révélées. Par ailleurs il fut malade et faible tout au long de sa vie et ses multiples activités l’empêchèrent de recouvrer pleinement la santé.

Il eut quatre fils et deux filles: Rabbi Chnéor Zalman, le Razo, Rabbi Chalom Dov ber, le Rabbi Rachab qui allait lui succéder, Rabbi Avraham Sender, qui décéda à l’âge de huit ans. Doué de capacités hors du commun, il avait l’âme de l’Admour Hazaken. Le quatrième fils fut Rabbi Mena’hem Mendel qui est enterré à Tsfat. Les filles du Rabbi Maharach furent la Rabbanit Devora Léa et la Rabbanit ‘Haya Mouchka.

4 Chevat : Hilloula de Rabbi Israel Abehassera – « Baba Salé et le Rabbi de Loubavitch »

4 Chevat : Hilloula de Rabbi Israel Abehassera – « Baba Salé et le Rabbi de Loubavitch »

Le 4 Chevat 5744, Rabbi Israel Abehassera, familièrement appelé Baba Salé s’éteignit en Israel, à Nétivot.

Né en 5650 (1889), le jour de Roch-Hachana, dans le Tafilalet (Sud marocain), d’une lignée prestigieuse remontant à Rabbi Yaacov Abouhassira זצ »ל, cet homme exceptionnel vivait, depuis sa tendre enfance, détaché des choses de ce monde. Etudiant tout autant le « Niglé » (Talmud et décisionnaires) que la Kabbalah, chaque jour pendant 18 heures, il acquiert très vite une envergure inimaginable dans la connaissance de la Torah.

Devenu orphelin très tôt, il va occuper à un âge précoce le poste de Roch-Yéchivah pour toute la région du Tafilalet. En 5681 (1921 – il est alors âgé de 31 ans) il fait un séjour d’un an en Terre Sainte, où il étudie avec les sages de Jérusalem dans la Yéchivah « Porat-Yossef ». Il fait l’émerveillement de tous par son érudition et son humilité vraie. De retour au Maroc, il se voit confier la responsabilité d’un grand nombre de communautés. Il fait ensuite, à partir de 5711 (1951), plusieurs séjours en Eretz-Israël et en France, entrecoupés de retour au Maroc, puis il décide en 5724 (1964) de s’établir définitivement sur la Terre Sainte. Il s’installe à Yavneh, et à Achlékon, et en 5730 (1970), il fixe son lieu de résidence à Nétivoth, dans le Néguev, d’où il quittera ce monde le 4 Chevat 5744 (1984).

Sa foi en la venue imminente du Machia’h, et son impatience à l’attendre, étaient célèbres. A tous ceux qui assiégeaient sa demeure pour recevoir ses bénédictions, il communiquait cette foi et cette flamme.

Ce que le monde connaît moins est son lien particulier avec l’enseignement du Baal Chem Tov et de ses saints disciples, particulièrement avec l’« Admour Hazaken », auteur du Tanya et fondateur de ‘Habad.

Au cours de ses fréquents séjours en France (entre 5714 et 5724) il préférait se réfugier au calme, derrière les murs de la Yéchivah «Tom’hei Tmimim Loubavitch» de Brunoy, où il pouvait se consacrer, particulièrement pendant les mois d’Elloul et de Tichri, à l’étude de la Torah et au service de la Téfilah. L’un de ses ouvrages de prédilection était le «Likoutei-Torah» du Baal-Hatanya.

Le Rav Yehochoua Hadad שליט »א de Milan, se souvient qu’il eut le privilège, en Elloul 5716, d’avoir été choisi pour être le « ‘Havrouta » (le compagnon d’études) du « Baba Salé », à l’étude du « Likoutei Torah ». Il raconte que, devant les stupéfiantes révélations de cet ouvrage, le Tsadik éclatait parfois d’un rire joyeux, dénotant une délectation profonde, incompréhensible pour un être ordinaire, et qu’il s’écriait : « Zalman ! Où as-tu pris cela ? »

Le Rav Ma’khlouf Aminadav Krispin שליט »א, marié à la petite-fille du Tsadik, raconte que celui-ci, habitant alors Yavneh, mit à la porte de sa maison un Rav important qui dirigeait un « Collel » dans la même ville, parce que ce dernier avait fait une remarque désobligeante à l’égard du Baal Chem Tov. Il était alors entré dans une grande colère, lui lançant : « Qui êtes-vous pour entrer dans un tel sujet et arbitrer entre des Grands ? Je sais, moi, qui est le Baal-Chem-Tov. Maintenant, sortez d’ici, je ne veux plus vous voir à côté de moi ! ». Puis il avait appelé le Rav Krispin, initiateur de la visite, l’avait sermonné pour avoir introduit dans sa demeure un homme qui parlait contre le Baal Chem Tov, et avait ajouté : « Tu vas voir, si ce Collel reste à Yavneh, je ne suis plus Baba Salé ». Bien entendu, le Tsadik ne parla à personne de cet incident, mais le lendemain, le maire de Yavneh convoqua le Roch-Collel et l’informa que le Ministère de l’Intérieur avait coupé les subventions aux étudiants de son Collel. Ce même jour, le Collel cessa toute activité, comme l’avait prédit le Tsadik.

La relation avec le Rabbi

Les liens du « Baba Salé » avec le Rabbi étaient extraordinaires. Dans une lettre (reproduite dans « Igueroth-Kodech », lettre 1370 du 26 Teveth 5712 ( 1 – 2)), le Rabbi le complimente et le bénit pour sa décision de monter en Terre Sainte, dictée par la Providence Divine et destinée à fortifier l’esprit de nos frères, les influençant à renforcer la Torah et les Mitsvot, particulièrement à veiller à ce que leurs enfants ne tombent pas dans les pièges de l’éducation relâchée, mais à ce qu’ils reçoivent, sans exception, celle de la Torah et des Mitsvot, de la crainte de D-ieu et de la Tradition des saints ancêtres…

Dans une autre lettre ( 1 – 2 – 3 – 4), le Rabbi l’encourage, à cause de la situation spirituelle médiocre en Eretz-Israël, à ne pas rechercher la retraite au calme que Baba Salé envisageait, ni même à quitter la Terre Sainte pour trouver refuge aux Etats-Unis, mais, «ayant le mérite, de par le Ciel, d’être un dirigeant du peuple d’Israël, auquel des milliers d’hommes obéissent, parce que vous possédez des forces puissantes, il est donc souhaitable que vous demeuriez à proximité des lieux où habitent nos frères séfaradim (Chlita) assoiffés de la Torah de D-ieu… Je vous conseille donc de rester en Eretz-Israël.»

Cette lettre l’encourageant à fixer sa résidence en Eretz-Israël, faisait suite à plusieurs autres missives où le Rabbi l’exhortait à monter en Terre Sainte. Particulièrement après que le «Baba Salé» ait consulté l’avis du Rabbi sur le fait qu’il voulait se retirer au calme pour s’y consacrer à l’étude de la Torah et au Service divin, envisageant même de se fixer aux Etats-Unis.

Le Rav Bentsion Grossman שליט »א rapporte ce qu’il entendit des proches du Tsadik : «le fait que Baba Salé ait voulu habiter aux Etats-Unis en 5712 (1952) est assez surprenant, car ce pays ne regorgeait pas d’institutions «orthodoxes» à cette époque, et encore moins de communautés séfarades organisées, aussi qu’y recherchait-il?».

Les mêmes personnes répondent, pour l’avoir entendu de Baba Salé, qu’il voulait rejoindre le Rabbi, pour œuvrer avec lui dans l’instauration de la Guéoula, et c’est à cet effet qu’il demandait son avis. Le Rabbi lui répondit, en une missive pleine de références kabbalistiques, qu’il lui conseillait de se fixer en Eretz-Israël… « afin d’employer les trésors d’aptitudes que lui avaient légués ses saints ancêtres, et de livrer combat au mauvais penchant et aux forces du mal, en tête des troupes qui obéissent à sa volonté, pour diffuser le Divin tout autour d’eux ».

Dans la lettre 2083 (du 13 Nissan 5713) le Rabbi se réjouit de ce que Baba Salé ait bien accueilli sa précédente missive où il lui conseillait « ’employer ses forces au service du public et de ne pas choisir l’isolement».

C’est à partir de cette époque que Rabbi Israël soutint toutes les initiatives et campagnes du Rabbi. Lorsqu’il revint au Maroc, en 5714, et qu’il vit tout ce qu’avaient réalisé les émissaires du Rabbi dans toutes les villes et régions du pays, il remercia le Rabbi par lettre d’une manière particulièrement chaleureuse. De retour en Terre Sainte en 5724, il continua à soutenir le Rabbi et ses émissaires, manifesta publiquement sa coopération à la «campagne des Téfilines» lancée par le Rabbi, en s’associant à la lettre collective de soutien, que contresignèrent tant d’autres autorités, comme Rabbi Ezra Attia זצ »ל et Rabbi Rafaël-Barou’kh Toledano זצ »ל.

Il soutint également de manière publique la campagne pour l’allumage des bougies de Chabbat par les fillettes.

Lorsqu’on vint lui raconter qu’un Rav connu s’opposait à cette mesure, il répondit à ses informateurs d’un air étonné : « Comment comparer une mouche aux ailes coupées à l’aigle planant dans les cieux?»

Il lutta de toutes ses forces contre le décret inique de «Mihou Yehoudi», l’amendement à la Loi du retour qui reconnaît comme juive toute personne qui s’est convertie sans mentionner la nécessité d’une conversion conforme à la Hala’kha, la loi pratique du Judaïsme. Cet amendement est malheureusement toujours en vigueur du fait des pressions exercées par les réformés américains sur les gouvernements successifs d’Israël, avec chantage aux aides du Congrès américain à la clé. Il envoya lettres et télégrammes à tous ceux qui luttaient pour l’abrogation de cette loi, exprimant son espoir qu’en fin de compte, c’est la Hala’kha qui serait seule reconnue en la matière.

Tout lui revient

Rapportées par son gendre, le Rav Yachar Edrehi שליט »א, plusieurs anecdotes montrent, s’il en était besoin, l’admiration inconditionnelle du Tsadik envers le Rabbi.

Pendant le deuil qu’il observait après le départ de son fils le Tsadik Rabbi Méir זצ »ל, il reçut une lettre de consolation du Rabbi. Lorsqu’on lui communiqua la lettre, il se mit debout, et s’écria, le visage baigné de larmes : «Qui suis-je et que suis-je, pour que le Rabbi de Loubavitch pense à moi et m’envoie une lettre de condoléances?»

Une autre fois, un Rav qui lui rendait visite, le questionna sur le fait que les ‘hassidim disaient que le Rabbi est le roi Machia’h. «Baba-Salé» lui répondit avec un sourire et une expression d’admiration : « Echtahil Kolchi ! » (en arabe : « Tout lui revient, il mérite tout »).

Le Rav Yossef Deutch זצ »ל ; Roch-Yéchivah à Yérouchalaïm racontait volontiers : « Un jour où je participais à un repas chez le Tsadik, j’eus l’occasion de répéter des paroles de Torah prononcées par le Rabbi. Lorsqu’il m’entendit citer le nom du Rabbi, il leva la main et dit : « Vé-Lo Yikhath ‘Amim ». Ces mots sont extraits du verset 10 (chapitre 49) de Beréchith, faisant référence au roi Machia’h : « …. A lui les nations obéiront ».

 

 

Haf Av – 20 Av : Hilloula de Rabbi Levi Its’hak Schneerson, père du Rabbi de Loubavitch

Haf Av – 20 Av : Hilloula de Rabbi Levi Its’hak Schneerson, père du Rabbi de Loubavitch

 

 

Le Rabbi Précédent a dit de lui : « Rabbi Lévy Yits’hak, outre qu’il était un génie en ce qui concerne la Torah révélée et un savant véritable quant à la Kabbale et à la ‘Hassidout ‘Habad était un homme doté d’une crainte de D.ieu extraordinaire et d’immenses qualités morales ».

Le 18 Nissan 5638 (1878) Rabbi Lévy Yits’hak, le père du Rabbi, est né à Pédrovnah en Biélorussie. Fils de Rabbi Barou’h Schnéour et de la Rabbanit Zelda Ra’hel, il était l’arrière-arrière petit fils du troisième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel, le Tséma’h Tsédek.

En 1900, Rabbi Lévy-Yits’hak épouse la Rabbanit ‘Hannah Yanovsky dont le père Rabbi Méir Chlomo est alors le Rav de Nikolaïev, grande ville du sud de l’Ukraine. C’est là que naît en 1902 leur fils aîné, Mena’hem Mendel, le futur Rabbi de Loubavitch.

A l’âge de trente-deux ans et en dépit d’oppositions acharnées, Rabbi Lévy-Yist’hak est élu Rav, conjointement avec le Rav Gelman, par la communauté de Yékatrinoslav (aujourd’hui Dnipropetrovsk). Il prend ses fonctions dans un climat d’antisémitisme exacerbé qui se traduit par de nombreux pogroms.

1917: les bolchéviks s’emparent du pouvoir et la nouvelle URSS s’engage rapidement dans une politique d’éradication des religions. Dès les années 1919-1920, des mesures visent spécifiquement le judaïsme. Assumant seul la fonction de Rav avec le décès du Rav Gelman en 1921, Rabbi Lévy-Yits’hak ne plie pas. A visage découvert, il résiste.

C’est dans la nuit du 9 Nissan 5699 (1939) qu’il est finalement arrêté par les sbires du NKVD, la redoutable police politique stalinienne. Un de ses compagnons d’infortune, incarcéré comme lui à la prison de Kiev, le Rav Aharon Yaacov Diskin, a pu témoigner : « Le Rav Lévy-Yists’hak n’avoua rien! Il ne signa pas son acte d’inculpation. Avec une force extraordinaire, il subit les souffrances et ne se courba pas! ».

Rabbi-Lévy-Yts’hak est condamné à l’exil dans un village perdu du Kazahkstan infesté de moustiques où tout, jusqu’au sol des habitations est éternellement boueux, où il s’agit, jour après jour, de survivre au milieu des pires difficultés. Le 20 avril 1944, à la suite d’intenses démarches, il peut quitter cet enfer pour s’installer à Alma-Ata (aujourd’hui Almaty). Cette grande ville du Kazahkstan abrite alors une importante communauté juive qui l’accueille chaleureusement et au service de laquelle il se met immédiatement. Mais, c’est déjà trop tard. Rongé par tant d’épreuves, il quitte ce monde le 20 Av 5704 (1944).

Nous avons le plaisir de vous présenter ici «Les grandes lignes de la vie de Rabbi Lévi Its’hak.» Sans avoir la prétention d’être une biographie du père du Rabbi, ce fascicule tente néanmoins de retracer une vie qui fut un combat incessant pour défendre, sans concession, le Judaïsme que le pouvoir soviétique voulait écraser dans le sang.

Comme le Rabbi l’a expliqué lors d’un discours, une telle force de caractère nous dépasse complètement mais peut néanmoins être une source d’inspiration dans notre travail spirituel Les épreuves qui furent celles de Rabbi Lévi Its’hak ne sont plus, grâce à D.ieu, de notre temps. Mais sa fermeté doit être la nôtre dans nos efforts pour dépasser nos propres limites.

 


«Les grandes lignes de la vie de Rabbi Lévi Its’hak.»

Les années a Nikolaîev

rabbi levi itshak 2Rabbi Lévi Its’hak Schneerson naquit le 18 Nissan 5638 (1878) dans la ville de Podrovska, en Russie Blanche. On lui donna le nom de son grand-père Rabbi Lévi Its’hak, petit-fils du Tséma’h-Tsédek, troisième Rabbi de Loubavitch.

Durant sa jeunesse, il étudie la Torah chez son oncle, le rav de la ville, Rav Yoël ‘Haikin. Il se distingue rapidement par ses capacités hors du commun et son immense connaissance de la Torah. Il reçoit la Smikha, l’ordination rabbinique, qui lui est décernée par douze éminentes autorités rabbiniques, parmi lesquelles Rabbi ‘Haim de Brisk qui déclara : « Si Rabbi Lévi Its’hak était mis en balance avec une pleine poignée d’or, la balance pencherait de son côté. »

Le 13 Sivan 5660 (1900), suivant le conseil du Rabbi Rachab, il épouse la Rabbanit ‘Hanna, fille du gaon Rabbi Meïr Chlomo Yanovski, rav de Nikolaïev.

Après son mariage, il se consacre à l’étude de la Torah auprès de son beau-père qui lui porte une très grande estime. À ce sujet, le Rav C. Grossman raconte : « Le jeune Rabbi Lévi Its’hak s’installa auprès de son beau-père et sa bouche ne s’arrêta pas d’étudier. Il avait l’habitude d’étudier dix-huit heures par jour et n’allait dormir qu’à cinq heures du matin, après avoir lu le Chema du matin avec les Téfilin. À neuf heures, il avait déjà prié avec la communauté. »

À propos de la considération que lui témoignait son beau-père, son neveu Rabbi Avraham David Yanovski raconte : « Une fois, un envoyé vint chez Rabbi Meïr Chlomo lui annoncer que Rabbi Lévi Its’hak était atteint d’une pneumonie qui l’obligeait à rester au lit. En entendant ces paroles, le visage de Rabbi Meïr Chlomo s’enflamma, et il déclara : « Si, à D.ieu ne plaise, un mauvais décret devait le menacer, je souhaiterais prendre sa place. » »

C’est durant cette période que naquit leur fils aîné, qui allait devenir le Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, le 11 Nissan 5662 (1902), suivi de Rabbi Dov Ber הי »ד et de Rabbi Israël Arié Leib ז »ל.


Sa fonction Rabbinique

La ville de Yekatrinoslav

La ville de Yekatrinoslav (actuelle Dniepropetrovsk) est intimement liée avec la personnalité exceptionnelle de Rabbi Lévi Its’hak, qu’on avait l’habitude d’appeler Reb Lévik. C’est en effet dans cette ville qu’il exerça durant de longues années la fonction de rav jusqu’au moment où il en fut exilé par le pouvoir communiste.
Un bref aperçu historique de la ville nous aidera à comprendre le choix de Rabbi Lévi Its’hak en tant que rav de la ville.

Yekatrinoslav fut fondée en 5538 (1778) dans le sud de l’Ukraine. On lui donna le nom de la reine Catherine. Elle le conserva jusqu’en 5686 (1926) où il fut changé par le pouvoir communiste en Dniepropetrovsk, du nom du dirigeant de la ville Potrovski. Le premier juif s’installa en 5564 (1784) et s’appelait Rabbi Chlomo Stanislavski. En 5585 (1805), 880 Juifs y habitaient déjà. Elle finit par compter en 5657 (1877) 41240 juifs, soit 37% de sa population.

Les Juifs connurent une période de prospérité jusqu’à la montée du roi Alexandre III. C’est alors que les rapports avec les Juifs commencèrent à se détériorer. C’est en 5644 (juillet 1884) que débutèrent des pogroms. À la suite d’une dénonciation calomnieuse, un marchand fut accusé d’avoir tué un enfant non juif, suscitant la colère des habitants de la ville qui pillèrent, tuèrent et détruisirent tout sur leur passage. C’est avec de longues difficultés que les autorités parvinrent à faire à nouveau régner le calme.

L’arrivée du Tsar Nicolas II n’apporta pas de grand changement. Il y avait alors quelque cinquante mille Juifs dans la ville, douze synagogues, une yéchiva, des talmud-Torah, seize écoles juives. La situation financière dans le pays était mauvaise pour les Juifs comme pour les non-juifs du fait de la défaite de la Russie contre le Japon.

C’est précisément à ce moment (juillet 1905) que réapparut la haine commune contre les Juifs et des pogroms se déclenchèrent à nouveau, faisant 100 victimes, 200 blessés et plus de 300 magasins et demeures juives détruits.

Un sentiment de peur régna dès lors parmi les Juifs et beaucoup, n’ayant plus d’abri, décidèrent de quitter la ville. Le tsar Nicolas II, face à cette situation, ne fit qu’acquitter les paysans pourtant déclarés coupables par les tribunaux. Cette situation ne connut pas d’amélioration et ne fit qu’empirer. Les conséquences se firent sentir aussi sur le plan spirituel, alors que les autorités limitaient l’accès aux écoles juives.C’est pour faire face à ces poursuites et discriminations du gouvernement qui s’accentuaient contre les Juifs que Rabbi Lévi Its’hak fut désigné comme rav de la ville Yekatrinoslav. Ceux qui firent ce choix savaient que seule une personnalité comme Rabbi Lévi Its’hak était capable de faire face à une telle situation.

Un homme d’action pour sa foi et ses convictions

Rabbi Lévi Its’hak accéda à la fonction de Rav à l’âge de trente-deux ans. Sa nomination ne fut pas sans opposition. En effet le choix d’un rav ‘hassidique pour un tel poste suscita l’opposition des mitnagdim (opposants à la ‘Hassidout), qui espéraient eux aussi voir leur candidat obtenir cette fonction. Les opposants allèrent même jusqu’à porter de fausses accusations contre Rabbi Lévi Its’hak au gouvernement. Rabbi Lévi Its’hak, à la suite d’un long entretien avec un dirigeant sioniste très influent, reçut l’appui de ses amis (malgré leurs différences d’opinion). Il fut finalement élu rav de la ville, partageant néanmoins cette charge avec le rav Gelman, candidat des mitnagdim. En 1921, avec le décès de ce dernier, Rabbi Lévi Its’hak assumera seul cette fonction.

Rabbi Lévi Its’hak, conscient de ses responsabilités, fit preuve de la plus grande vigueur, faisant face aux plus grands dangers, sans craindre personne. Nous citerons ici à ce propos quelques témoignages très significatifs.

La réunion annulée

Lorsque l’opposition des communistes à la religion atteint son apogée et fut connue du monde entier, le pape appela à une campagne de boycott du gouvernement soviétique.

Malgré sa cruauté et sa tyrannie, le gouvernement russe tenait à soigner son image. Il mit en œuvre tous les moyens pour combattre les effets de cette initiative.

Une de ses décisions consista à rassembler trente-deux rabbins. Il s’agissait de leur faire signer une déclaration stipulant que l’annonce du pape n’était qu’un mensonge et qu’il n’existait en Russie aucune opposition à la religion. Après avoir obtenu cette signature de rabbins compétents originaires de Russie, les dirigeants décidèrent d’organiser une réunion semblable avec les rabbins d’Ukraine.

Parmi les invités était convié le rav de Yekatrinoslav, Rabbi Lévi Its’hak. Cependant, ils connaissaient sa force de caractère et savaient qu’une simple invitation ne suffirait pas à en venir à bout. Le dirigeant de la G.P.U. lui-même invita donc Rabbi Lévi Its’hak à une discussion en tête-à-tête durant laquelle il expliqua l’importance d’une telle réunion et le bénéfice qui en résulterait pour le gouvernement russe aux yeux du monde entier.

Il finit par lui offrir un billet en première classe pour se rendre dans la ville où la réunion aurait lieu.

Rabbi Lévi Its’hak le remercia pour sa bonne intention mais déclina l’offre qui lui était faite, lui expliquant qu’il pourrait s’y rendre par ses propres moyens. Le général, ne s’attendant pas à un tel affront de la part du rav, s’efforça toutefois de cacher sa colère.

Le jour solennel arrivé, Rabbi Lévi Its’hak se rendit au lieu décidé où il fit la connaissance des rabbins invités. Dès le début, tous soupçonnèrent la présence d’un espion parmi eux. Ils s’abstinrent donc de bavarder entre eux. Mais Rabbi Lévi Its’hak se leva alors et fit part ouvertement de son avis. « Il est interdit de signer une telle déclaration qui est mensongère », dit-il. La réunion se prolongea plusieurs jours durant et Rabbi Lévi Its’hak ne se contenta pas de cette prise de position. Sans relâche, il insista sur la gravité d’une telle déclaration.

Le ministre de l’Éducation, prenant conscience de son influence, convoqua Rabbi Lévi Its’hak et le mit en garde du danger d’une telle entrave au bien-être du gouvernement. Les conséquences de cette discussion furent nulles. Rabbi Lévi Its’hak maintint fermement son opinion et finit par convaincre les autres rabbins de ne pas signer. Les autorités n’eurent d’autre choix que d’abandonner leur projet…

Durant la réunion, Rabbi Lévi Its’hak apprit qu’une personnalité devait voyager en dehors de Russie. Il lui demanda de diffuser dans tous les journaux le combat des autorités contre les rabbins.

L’envoyé remplit sa mission et répandit la nouvelle dans les journaux libres. On pouvait même voir une caricature représentant un policier russe armé d’un pistolet forçant un rabbin à signer un papier.

Le problème de la foi

L’année de son emprisonnement, avant la fête de Pessa’h, les autorités distribuèrent un questionnaire à remplir par chaque citoyen russe. Une des questions concernait la foi : chacun devait répondre s’il croyait ou non en D.ieu. Quand Rabbi Lévi Its’hak vit que nombreux étaient les Juifs qui craignaient de répondre par l’affirmative, il affirma devant toute l’assemblée de la synagogue qu’il est interdit à tout Juif de ne pas répondre correctement. « Celui qui répond par la négative nie la royauté divine », dit-il. Les fidèles présents furent néanmoins inquiets car ils n’avaient aucun doute de la présence d’un espion parmi eux qui iraient rapporter les paroles de Rabbi Lévi Its’hak aux membres de la G.P.U.

Mais l’impact des paroles de Rabbi Lévi Its’hak fut tel que l’un des fidèles, qui avait des fonctions importantes et dont la femme avait nié la croyance en D.ieu en son nom, se rendit au bureau des autorités et demanda à voir le questionnaire qui lui avait été présenté. Il expliqua aux employés que sa femme avait menti et corrigea son affirmation.

La police eut connaissance des paroles de Rabbi Lévi Its’hak, grâce à un espion chargé de le surveiller. Ces paroles même constituaient une raison suffisante à son arrestation.

Par la suite, raconta la Rabbanit ‘Hanna, lorsqu’on l’interrogea à propos des paroles qu’il avait prononcées, il répondit : « Les autorités veulent avoir une réponse exacte et étant donné que de nombreux Juifs répondaient par la négative par peur de perdre leur travail, je les ai encouragés à répondre correctement. »

Les matsot surveillées

Le 18 Nissan 5743 (1983), durant la réunion des Tsivot Hachem, le Rabbi raconta :

« Le 18 Nissan est l’anniversaire de mon père. Je veux raconter une histoire à son sujet qui, pour différentes raisons, ne fut pas tellement diffusée. Cette histoire nous enseigne jusqu’où peut arriver un Juif qui décide de tenir fermement […] et tente d’accomplir l’ordre de D.ieu et Sa mission.
Cette histoire est en rapport avec la farine et les matsot pour Pessa’h.

C’était durant les années du pouvoir soviétique où tout le commerce était dirigé par le gouvernement. Même les entrepôts où l’on moulait le blé, les manufactures centrales où l’on faisait cuire les matsot, étaient sous la propriété des autorités et fonctionnaient sous la surveillance des représentants du gouvernement.

Lorsque fut arrivé le moment d’amasser la farine et de l’apporter dans les manufactures de matsot, du fait que la ville dans laquelle mon père était le rav était située dans le Sud de la Russie, contrée dans laquelle était produite la majeure partie du blé de Russie, la certification cachère de la farine, depuis quelques années, relevait de son autorité.

C’est pourquoi, dès qu’ils avaient besoin d’envoyer de la farine et de faire certifier par un rav qu’elle avait été moulue sous une grande surveillance et pouvait servir à la cuisson des matsot, ils se tournaient vers mon père. Celui-ci donnait le certificat exigé après avoir placé des surveillants dans les moulins qui prenaient garde à ce que la farine n’entre pas en contact avec l’eau.

Sachant qu’ainsi se déroulaient les choses depuis de longues années, et qu’à nouveau ils devraient lui demander un certificat, ils s’adressèrent à lui et lui expliquèrent que la farine appartenait au gouvernement. S’il devait se produire qu’une partie de la farine ne soit pas vendue du fait de son refus d’accorder le certificat, cela signifierait qu’il combattait ouvertement le gouvernement, à qui profitaient les recettes de la farine. En particulier, à Pessa’h, la farine était vendue à un prix très élevé et les recettes étaient très importantes.

Mon père leur répondit que, s’ils lui permettaient de placer des surveillants et que les ouvriers suivent leurs instructions de façon à ce que la farine soit produite conformément à la loi juive, il donnerait certainement le certificat. Toutefois, s’ils refusaient d’accorder cette permission aux surveillants ou de se conformer à leurs instructions, il ne donnerait pas le certificat exigé. Plus encore, il informerait tout le monde que cette farine n’avait pas reçu son approbation.
Devant ces propos, ils répondirent qu’ils lui permettraient de placer ses surveillants. Néanmoins, s’ils autorisaient toute la production, tout irait bien. Sinon, il devrait savoir qu’il partait ouvertement en guerre contre le gouvernement.

À nouveau, il leur répondit qu’il allait se rendre à Moscou, auprès du dirigeant Kalinine pour lui expliquer qu’il était impossible de donner un certificat sur de la farine non cachère. S’ils voulaient le punir pour cela, ils en auraient la possibilité. Toutefois, donner un certificat sur de la farine non cachère pour la matsa est contraire à la loi juive et contre la volonté de D.ieu. Il ne donnerait donc pas son certificat et ferait tout son possible pour que tous sachent qu’il ne l’a pas fait.
Ils essayèrent à nouveau de le menacer, mais virent qu’ils ne parviendraient pas à changer son avis. Ils racontèrent cela à Kalinine ou à ses conseillers et ce dernier décida finalement que dans tout lieu où l’on prenait la farine pour la cuisson des matsot à Pessa’h, il devrait y avoir le certificat de cacherout pour Pessa’h et qu’il fallait permettre de placer des surveillants qui surveilleraient les endroits où l’on cuisait la farine.

Cette année et les années qui suivirent, partout, on cuisit des matsot cachères pour Pessa’h, sous l’ordre des autorités soviétiques.
Tout ceci enseigne à chacun d’entre nous, même aux enfants, que si l’on est ferme et qu’on affirme que cette fermeté est pour D.ieu qui a créé le Ciel et la Terre, et qu’un Juif ne doit rien faire contre Sa volonté et ne fera rien qui soit contraire à la loi juive et au Choul’hane Aroukh, même si le gouvernement lui-même dit le contraire, on obtiendra la réussite. Et plus encore, c’est le gouvernement lui-même qui a ordonné de placer partout des surveillants compétents. Ainsi, le blé a été moulu de façon cachère et conforme au Choul’hane Aroukh.

Bien entendu, tout le monde n’a pas cette force. Mais tout le monde n’a pas à faire face à un gouvernement dominant un pays de deux cents millions d’habitants. Ce que l’on doit faire, c’est seulement tenir fermement contre son propre mauvais penchant. Même si celui-ci tente de nous convaincre que les non-juifs ne permettront pas à un enfant juif de se comporter comme il se doit, il doit lui répondre qu’il s’agit là d’un mensonge grossier. Et puisque qu’il part avec la force de D.ieu qui se trouve au-dessus de lui, qui se tient à ses côtés et l’accompagne dans son combat contre tous les obstacles, il réussira finalement et obtiendra comme ces jours-là un Pessa’h cacher et joyeux.

Que nous ayons nous aussi à présent un Pessa’h cacher et joyeux, lorsque nous prenons la décision de nous conduire avec force et fermeté et il se dévoilera et sera visible que toute l’année sera cachère et joyeuse et toute l’année sera une année de délivrance rapide, la délivrance de Machia’h très bientôt et de nos jours. »
Toutefois, une des raisons pour lesquelles il fut arrêté et exilé fut d’avoir déclaré ouvertement en public une année, à la suite de problèmes dans la fabrication des Matsot, que celles vendues par le gouvernement devaient être considérées comme du véritable ‘hamets, et qu’il était interdit à tout Juif d’en apporter chez lui.

Nombreuses sont les histoires qui, comme celles-ci, reflètent la personnalité exceptionnelle de Rabbi Lévi Its’hak. Il organisa des mariages, des brit-mila (circoncisions), il construisit des mikvés (bains rituels) dans le plus grand secret, malgré la menace des autorités. Chacun de ses actes comportait de terribles dangers. Les autorités l’espionnaient constamment et il risquait à tout moment de se faire arrêter.


Une personnalité exceptionnelle

Le Rabbi précédent de Loubavitch, Rabbi Yossef Its’hak, écrivit à propos de Rabbi Lévi Its’hak :
« Rabbi Lévi Its’hak, en plus d’un génie dans la Torah révélée et d’un savant dans la Kabbale et dans la ‘Hassidout ‘Habad, était un homme doté d’une crainte de D.ieu extraordinaire et de grandes qualités morales. »

Une des qualités les plus extraordinaires chez Rabbi Lévi Its’hak était sa grande humilité. Ses amis se référaient à lui par son surnom « Lévik », sans aucun qualificatif, ni Rabbi Lévi Its’hak, ni même Reb Lévik, mais tout simplement Lévik.

Le Rav Sassonkin écrit à ce sujet :
« Son nom le précédait. Tous savaient que « Lévik » – car c’est ainsi qu’on l’appelait à Loubavitch, sans qualificatif – était un grand sage aussi bien dans le Talmud que dans la ‘Hassidout. Suivant l’expression de nos sages (à propos des titres accordés aux maîtres)  » ‘Rabbi’ est un titre plus important que ‘rav’, ‘Rabban’ est plus important que ‘Rabbi’, le nom seul est plus important que ‘Rabban’  » car les rabbins des premières générations étaient si grands qu’on ne leur donnait aucun qualificatif, tel Hillel, Chamaï, etc. […] Telle était sa personnalité : il était si grand que le seul nom « Lévik » évoquait par lui même une profonde sagesse, une sagesse extraordinaire dans tous les domaines, la sagesse du Talmud, la sagesse de la ‘Hassidout ‘Habad, la sagesse de la Kabbale. »

De sa bouche sortaient des pierres précieuses. À l’image d’une source, lorsqu’il commençait à parler, rien ne pouvait l’arrêter. Toutes les profondeurs de la Torah coulaient alors de sa bouche et émerveillaient tous ceux qui l’écoutaient. Dans la suite de son récit, le rav Sassonkin raconte :

« Une fois, j’étais présent lorsqu’on l’invita à donner un cours de guemara dans une grande synagogue. Quand on entendit que le Rav Schneerson donnerait le cours, une grande assemblée de sages vint l’écouter. Il expliqua la page de guemara avec une profondeur exceptionnelle et fit briller les yeux de tous. Tous restèrent bouche bée devant son explication extraordinaire, la profondeur qu’il dévoilait si simplement. Une fois encore, j’étais présent à son cours de Tanya. Il émerveilla tous ceux qui écoutaient ses paroles car il avait une compréhension très profonde de la ‘Hassidout ‘Habad. »

« Il est impossible de décrire le plaisir que l’on eut de son passage à Leningrad », témoigne le rav Zalman Duchman. Nous avions l’habitude de lui rendre visite presque tous les soirs et il nous expliquait les midrachim selon la ‘Hassidout. » Le célèbre Rav Its’hak « Matmid » dit de lui : « Il a des forces qui proviennent du Alter Rebbe (Rabbi Chnéour Zalman, premier Rabbi de Loubavitch). »

Il discutait chaleureusement avec chacun. Nombreux étaient ceux qui cherchaient à tout prix à se trouver auprès de lui pour profiter de ces discussions de tous les jours. La Rabbanit ‘Hanna raconte :

« Nous avons une fois voyagé en locomotive en dehors du pays. À Varsovie, un célèbre écrivain monta à l’intérieur de notre wagon et s’assit à côté du rav. Leur discussion porta sur le Judaïsme, la ‘Hassidout, les Admourim. Il fit tellement impression avec ses récits que les autres voyageurs juifs des autres wagons se rassemblèrent autour de lui et se poussèrent pour écouter ses paroles, oubliant leur sommeil pour entendre les récits de Rabbi Lévi Its’hak. »
Sa force n’était pas seulement dans sa manière de parler. Il passait aussi de longues heures à rédiger ses explications dans tous les domaines de la Torah.
Son neveu, le Rav Haim Leib Itkin raconte :

« Mes parents habitaient à cinq heures de voyage de Yekatrinoslav. Je rendis une fois visite à mon oncle à l’issue du Chabbat et je discutais longuement avec lui de différents sujets. À neuf heures, je me préparais à le quitter. Mais il m’en empêcha et me dit « De toute façon, tu as un billet pour voyager. Pourquoi dois-tu te dépêcher ? » Je suis resté encore une demi-heure et je me suis apprêté à nouveau à partir. Il m’arrêta encore une fois. À dix heures et demie, je ne pouvais plus attendre et, sans lui demander sa permission, je partis. Quand je suis arrivé à la locomotive, il ne restait que trois minutes avant le départ, mais elle ne partit pas. Elle eut du retard et ne prit le départ que le lendemain. À présent, je commençais à comprendre ses demandes répétées de rester discuter de sujets importants et ne pas perdre mon temps comme cela arriva… Je n’ai pas eu l’affront de l’interroger à ce sujet, mais depuis ce jour j’ai su l’estimer différemment. J’ai compris que ses yeux voyaient loin, mais qu’il laissait cela à l’abri des regards. »

D’apparence, il attirait le cœur. Le reflet de son visage, ses habits et sa démarche ne faisaient que refléter sa splendeur. Son regard était perçant et l’expression de son visage faisait apparaître sagesse et intelligence.

On raconte que lorsqu’il se rendait à la synagogue, les passants s’arrêtaient pour le regarder. Même les non-juifs accordaient le plus grand respect au rav de la communauté juive et s’écartaient pour le laisser passer. Le Rav C. Vilenkin raconta avoir vu au magasin une longue queue de gens s’écarter pour le laisser passer.


Ses écrits

Nombreux furent les « géants » du peuple juif qui rédigèrent leurs explications de la Torah, mais très peu d’entre eux eurent le mérite d’avoir un impact inoubliable sur les générations suivantes, de fonder un chemin nouveau dans la compréhension de la Torah. Parmi ceux-ci figure sans aucun doute Rabbi Lévi Its’hak. En effet, il ouvrit une voie nouvelle dans l’étude de la Torah qui consiste à établir un lien entre le remez et le sod (le sens allusif de la Torah et sa partie ésotérique).
Il rédigea de nombreux écrits sur la partie révélée et la partie ésotérique de la Torah. Malheureusement, tous ces écrits furent perdus. Tout d’abord confisqués par le gouvernement, puis rendus, on perdit toute trace de leur existence lors de la destruction de la ville par les nazis. Les quelques livres qui nous sont restés sont le fruit de l’effort de la Rabbanit ‘Hanna. En effet, durant son exil à Tchiali (comme nous le verrons plus loin), elle reçut la permission de le rejoindre. Dans sa route, elle prit le maximum de livres saints, les plus importants. Bien entendu, en exil, il n’avait pas de quoi écrire. C’est à nouveau la Rabbanit ‘Hanna qui fabriqua de l’encre à partir de plantes. C’est grâce à cette encre qu’il rédigea ses écrits sur les marges des livres. À cause de ces mauvaises conditions, il dut condenser à l’extrême l’expression de ses pensées profondes.

Cinq de ses livres ont été aujourd’hui imprimés, à partir de ces manuscrits :
• Likoutei Lévi Its’hak – notes sur le Tanya
• Likoutei Lévi Its’hak – notes sur le Zohar, Béréchit
• Likoutei Lévi Its’hak – notes sur le Zohar, Chemot-Devarim
• Likoutei Lévi Its’hak – ‘Hidouchim et Biourim sur le Chass, Michna et Guemara
• Likoutei Lévi Its’hak – sur les versets du Tanakh et les paroles de nos Sages ainsi que plusieurs lettres qu’il écrivit.


L’arrestation

Un mois avant son arrestation on pouvait distinguer la présence de deux hommes qui rôdaient de manière inhabituelle autour de sa maison.Dans la nuit du 9 Nissan

5699 (1939), à trois heures du matin on frappa à la porte. La Rabbanit ‘Hanna alla ouvrir. Quatre hommes du N.K.V.D. se trouvaient face à elle. « Où est le Rav Schneerson ? », demandèrent-ils. Avant même qu’elle eût le temps de prévenir son mari, ils firent irruption dans la maison et bloquèrent toutes les portes. Le plus grand d’entre eux appela Rabbi Lévi Its’hak et lui montra l’ordre d’arrestation. Ils se mirent de suite au travail. Ils fouillèrent tous les livres et manuscrits, n’en laissèrent pas un seul échapper et en prirent une grande partie. Ils fouillèrent ainsi toutes les pièces. Lorsqu’ils eurent terminé, le même homme dit au rav : « Rabbi, habille-toi et viens avec nous. » Il comprit qu’il ne passerait pas la fête de Pessa’h chez lui et voulut prendre des matsot, mais ils ne l’y autorisèrent pas.

Le motif de son arrestation était le suivant : « Sous couvert de son activité religieuse, Schneerson fait partie d’un organisme antisoviétique actif qui est le produit de diffamation et de défaitisme. Grâce au lien qu’il entretient avec son fils, agent important des informations de Pologne, et avec un proche parent, le grand rabbin de Riga, Schneerson enrôle des hommes pour le mouvement clandestin antisoviétique et est soupçonné d’espionnage. Il exploite son discours hebdomadaire à la synagogue pour parler contre le gouvernement soviétique et contre ses dirigeants. Il organise une grande aide matérielle pour les ennemis du régime. »

À la Rabbanit ‘Hanna qui demanda où on emmenait son mari, ils répondirent qu’elle devait se présenter le lendemain aux bureaux du N.K.V.D. où on l’en informerait. Le lendemain, elle s’aperçut rapidement que tout cela n’était que mensonge. À toutes ses questions, une seule réponse lui était donnée : « Il n’est pas là, impossible de lui transmettre quelque nourriture. » En regardant l’acte d’arrestation, elle aperçut la signature de celui qui devait s’occuper de son dossier. Elle le contacta et lui demanda des nouvelles de son mari. Chaque jour, il lui transmettait son bonjour. Ce n’est que cinq mois plus tard qu’elle apprit que dès le lendemain de son arrestation, il avait été transféré dans une autre prison à Kiev.

La description d’un autre prisonnier, le rav Aharon Yaakov Diskin, détenu en même temps que Rabbi Lévi Its’hak, est très significative :
« Qui pouvait supporter toutes ces épreuves ? Qu’une minorité ! Parmi eux le Rav Lévi Its’hak Schneerson. Il n’avoua rien ! Il ne signa pas l’acte de son inculpation ! Avec une force extraordinaire, il subit les souffrances et ne se courba point. Il accepta avec amour le décret des cieux et n’avoua rien à ses bourreaux. On le transféra à Kiev : peut-être les « spécialistes » qui s’y trouvaient réussiraient-ils à extorquer sa signature. Ils utiliseraient tous les moyens. Ils avaient devant eux l’une des plus importantes personnalités recherchées : un rav célèbre, parent par alliance du Rabbi Yossef Its’hak Schneerson qu’ils haïssaient et dont ils regrettaient amèrement la sortie de Russie. Ils avaient une proie pour se venger et faire porter l’accusation de complot et espionnage contre-révolutionnaire contre lui et son parent le Rabbi Yossef Its’hak. Par son intermédiaire ils pourraient capturer tous les autres rabbins. Mais même les « spécialistes » échouèrent et durent abandonner. Le rav Schneerson n’avoua rien, ne signa pas, et ne reconnut pas les inculpations portées contre lui, malgré la colère qu’ils déversaient sur lui. Grâce à cela, beaucoup de rabbins et de Juifs religieux furent sauvés. Dans cette redoutable coulée de sang qui prit au piège des millions de personnes, le rav Schneerson fut le seul sur lequel le feu de l’enfer n’eut pas d’emprise. Ce fait était l’objet de longues discussions entre les prisonniers et tous s’émerveillaient devant la personnalité fabuleuse de cet homme. »

Le rédacteur de ce témoignage connut lui-même ces épreuves. Après deux ans d’emprisonnement dans ces conditions, il fut condamné à cinq ans de travaux forcés dans les montagnes et forêts du nord de l’Oural.

« En janvier 5700 (1940), je fus transporté dans un Etap (train dans lequel les prisonniers étaient transportés) vers la prison de ‘Harkov. Vers cette prison étaient transportés des milliers de prisonniers. À partir de là, de grands Etap desservaient les différents camps de travaux forcés. J’étais emprisonné dans la cellule n° 22, bondée de plus de quatre cents personnes serrées à terre […]. Je dormais à côté de deux ingénieurs qui parlaient avec émerveillement du Rav Schneerson. Ils racontèrent que lorsqu’ils se trouvaient dans sa prison, ils lui posaient des problèmes complexes en mathématique et en ingénierie qu’il résolvait en un instant. L’essentiel de leur émerveillement venait de sa force de caractère : il n’acceptait pas d’aller à l’interrogatoire à la sortie de Chabbat avant d’avoir reçu des allumettes pour la Havdala. Il fut une fois interpellé durant la prière silencieuse de la Amidah, mais n’interrompit pas sa prière, déclenchant la colère de ces bêtes à forme humaine. Ils n’osèrent pas le toucher. Il épanchait son cœur sans faire le moindre geste. Il finit sa prière et sortit avec eux, mais ne signa pas les accusations portées contre lui […].

Je sus que le Rav Schneerson se trouvait dans la cellule nº 6. J’ai demandé à être placé dans la même cellule que lui. On me répondit : « Je sais quelle est ton intention. Que tu succombes ici et n’aies pas la chance d’être transféré dans la cellule nº 6 où se trouve Schneerson ! » Quand je revins à ma place, l’ancien commissaire qui se trouvait à mes côtés me dit : »De quoi as-tu parlé avec ce Pharaon ? » Je lui répondis : « J’ai demandé à être muté dans la cellule nº 6. » Il s’exclama : « C’est là que se trouve le rav qui n’a pas signé. C’est bien qu’il y en ait au moins un qui ne se courbe pas devant ces bourreaux. Vraiment, c’est un grand homme, ce rabbin ! » »

Un professeur non-juif raconta à la Rabbanit ‘Hanna :
« Je n’oublierai jamais cet homme, ses connaissances extraordinaires et sa rare force de caractère ! Nous étions quatre dans la même cellule et nous trois avons pu tenir grâce aux encouragements du rav à ne pas perdre espoir en dépit des terribles souffrances que nous subissions. Avec force et sans relâche, il resta fidèle aux principes de sa religion. Le fait qui m’a le plus marqué fut qu’une fois, il fut ordonné à tous les prisonniers de raser leur barbe. Plusieurs prisonniers, parmi eux des juifs et des rabbins, tentèrent de s’y opposer, mais sans résultat. Quand arriva le tour du rav, il se tint comme un rocher et s’écria : « Moi, ma barbe, vous ne la toucherez jamais ! » Ses paroles, prononcées avec une si grande force, les effrayèrent et ils abandonnèrent. Il fut le seul qui eut le mérite de garder sa barbe, chose que beaucoup d’autres lui envièrent. »

Cinq mois plus tard, en Eloul 5699 (1939), il fut ramené à Dniepropetrovsk, et la Rabbanit ‘Hanna eut enfin la possibilité de lui transmettre de la nourriture. Quelque deux semaines après, une nouvelle fouille fut organisée dans sa maison le jour du Chabbat, en vue de trouver d’autres preuves pour aggraver ses « fautes ». Après cela, ils convoquèrent la Rabbanit ‘Hanna aux bureaux du N.K.V.D. pour un interrogatoire. On l’interrogea à propos des actions de son mari, des liens avec son fils… Malgré leurs menaces, ils n’obtinrent rien de ce qu’ils désiraient.

Ils durent admettre qu’ils ne parviendraient à rien avec Rabbi Lévi Its’hak. À chaque question au sujet d’une réunion dans la communauté, il semblait avoir complètement oublié le sujet sur lequel elle avait porté. Il ne mentionnait nommément que des personnes déjà disparues ou ayant déjà quitté les frontières du pays. L’interrogateur ne pouvait aucunement prouver le caractère antisoviétique des rassemblements religieux secrets de Moscou, Kiev, Leningrad… C’est ainsi qu’avec une extraordinaire intelligence, il parvenait à répondre à chacune de leurs questions.

Avant son retour à Dniepropetrovsk, il passa une visite médicale et le médecin décela alors un grand nombre de problèmes graves. Ils décidèrent alors d’adopter une autre tactique. Ils emprisonnèrent trois membres importants de la communauté en vue d’obtenir des révélations contre le rav. Ils n’obtinrent aucune révélation effective. Ils exigèrent alors qu’ils signent les inculpations contre le rav. Devant leur refus, ils les torturèrent abominablement pendant dix semaines, pour obtenir la signature souhaitée.


Le vérdict

Rabbi Lévi Its’hak, fut inculpé en même temps que les trois autres personnalités. Ils furent accusés « d’être membres d’un mouvement clandestin juif antisoviétique, actifs au cours de réunions secrètes organisées dans la maison de Schneerson, d’avoir collecté de l’argent parmi la population au profit des familles de prisonniers, d’avoir participé à la gestion de caisses non déclarées, d’avoir au cours de ces réunions lancé des propagandes antisoviétiques, d’avoir diffamé le gouvernement soviétique et d’avoir entretenu un lien avec des communautés à l’étranger par l’intermédiaire de leur chef : Schneerson. »

Le verdict prononcé contre lui le condamna à cinq ans d’exil dans la ville de Tchiali, au Kazakhstan, au fin fond de l’est de l’Asie en tant qu’« homme dangereux pour la société. »

Lorsqu’on transmit la nouvelle à la Rabbanit ‘Hanna, elle tenta de leur expliquer que son mari avait déjà soixante-dix ans (selon leurs papiers), mais en vain. On lui répondit que l’endroit où était envoyé son mari était convenable, qu’il conserverait sa citoyenneté, mais qu’il devait seulement changer de lieu de résidence.
On lui dit aussi qu’avant son départ, elle pourrait revoir son mari une dernière fois.

Cette rencontre à travers les barreaux (la première depuis son arrestation) fut un mélange de joie et de souffrance, la joie des retrouvailles et la souffrance de voir ce qu’il avait enduré. Elle ne s’imaginait pas qu’en une si courte période, son état de santé se serait détérioré au point qu’elle aurait du mal à le reconnaître. Cette rencontre, sous les yeux d’un surveillant, ne dura que quelques minutes. Avant leur séparation, Rabbi Lévi Its’hak lui demanda pardon. Il pensait que ses forces ne lui permettraient pas de tenir durant un si long voyage… Elle lui laissa un colis et ils se quittèrent.

Il fut transféré à ‘Harkov (où il revit une deuxième fois la Rabbanit ‘Hanna). Alors, le dur et épuisant voyage commença. Un mois de trajet, telle était la distance qui séparait ‘Harkov de Alma-Ata, capitale du Kazakhstan, à l’est de l’Asie. Comme Rabbi Lévi Its’hak le raconta lui-même, la chose la plus dure durant le voyage était le manque d’eau pour netilat yadaïm (les ablutions du matin). Pendant onze jours, les prisonniers furent privés d’eau. Même l’eau potable était rationnée et suffisait difficilement à étancher leur soif. Rabbi Lévi Its’hak, scrupuleux sur chaque détail de la loi juive, se servit de cette eau pour netilat yadaïm. Plus encore, il céda le peu de nourriture qu’il possédait au soldat qui la distribuait en échange d’un peu plus d’eau pour netilat yadaïm.

Ils arrivèrent à Alma-Ata le 15 Chevat 5700 (1940). Les prisonniers furent alors divisés en différents groupes. Un des ‘hassidim prisonniers raconte avoir vu Rabbi Lévi Its’hak suivi de soldats et de chiens féroces, tombant à terre en raison de sa grande faiblesse. Les soldats le frappèrent alors de terribles coups et lâchèrent sur lui leurs chiens qui le mordirent et déchirèrent ses vêtements jusqu’à ce qu’il fut obligé de se relever et d’avancer sans aucune force…


L’exil

La ville de Tchiali est pour beaucoup synonyme de peur et de frisson. Cette ville perdue à l’Est de l’Asie Centrale fut pendant longtemps inconnue et aurait pu le rester. Sa terre est un mélange de poussière et d’eau qui ne sèche jamais. Celui qui la piétine a du mal à en retirer le pied. Les moustiques envahissent l’air et accompagnent l’homme partout : dehors, chez lui, dans la cuisine, les placards, les ustensiles, la nourriture… Les maisons, faites de mortier et de ciment, sont un mauvais abri contre la chaleur et la grêle, la neige et le vent qui siffle tout le long de la journée. Le soleil brûlant de l’été dégage une odeur fétide, source d’épidémies mortelles.

C’est là que fut exilé Rabbi Lévi Its’hak, le 19 Chevat 5700 (1950). Il fut accueilli par les ténèbres, l’obscurité la plus totale et la tempête. Aucun signe de vie n’apparaissait à l’extérieur. Il était seul avec un ami juif, partenaire dans la souffrance, qui avait été exilé en même temps que lui. Rester trop longtemps à l’extérieur constituait un terrible danger. Ils apprirent ensuite qu’un Juif résidait dans les environs. Ils rassemblèrent leurs dernières forces pour atteindre sa maison. Mais quelle fut leur surprise de voir celui-ci leur refuser l’hospitalité ! Ils virent finalement de loin une lumière et trouvèrent un logis pour passer la nuit. Le propriétaire ne leur donna pour dormir qu’un coin de la cuisine. Il étendit un drap sur le sol humide, mais le froid pénétrait leurs os et ils ne purent fermer l’œil de la nuit. Quand les propriétaires firent au matin connaissance avec leurs hôtes, ils décidèrent qu’ils ne pourraient pas accueillir deux personnes dans leur maison. Pour choisir celui qui pourrait rester, ils firent un tirage au sort qui désigna Rabbi Lévi Its’hak. Il prit la défense de son ami, mais ne put rien faire.

Ayant trouvé un refuge, il envoya immédiatement un télégramme à la Rabbanit ‘Hanna pour lui demander les choses les plus nécessaires : son talit, ses téfiline, des livres et quelque nourriture. Au bout de trois semaines lui parvint le premier colis qui comprenait son talit et ses téfiline que la Rabbanit lui avait envoyés au plus vite. Quelle ne fut pas sa joie de recevoir son talit et ses téfiline qu’il n’avait pas eu le mérite de voir depuis un an ! La Rabbanit ‘Hanna raconta plus tard qu’il eut ce jour-là un plaisir tel qu’il ne pouvait pas exprimer verbalement.

Après la fête de Pourim, la Rabbanit ‘Hanna prit la décision de rejoindre son mari. Elle se rendit à Moscou et, en dépit des difficultés, elle prit avec elle des matsot et du vin pour Pessa’h, des provisions devant suffire pour une certaine période et un livre de Tehilim. Elle entreprit à Moscou plusieurs démarches pour obtenir la libération de son mari, mais sans résultat.

Le voyage entre Moscou et Tchiali durait plus de cinq jours. Elle donna à l’un des responsables un cadeau important pour qu’il ne lui arrive rien de mal. À l’arrivée, son mari vint l’accueillir. Elle ne put presque pas regarder son visage, et ce fut avec grande difficulté qu’elle retint ses larmes.

À propos de la vie difficile qu’ils menaient dans cette ville perdue, la Rabbanit ‘Hanna écrit dans ses mémoires :
« Notre chambre était dans la demeure d’un Tartare. Pour atteindre la chambre, il fallait passer par une antichambre, humide et pleine de boue. Les nombreux moustiques obscurcissaient la lumière. De l’antichambre, il fallait passer par la salle à manger des propriétaires.
Pour boire un petit peu d’eau, il fallait attendre qu’elle se décante du fait de la présence de sable. D’une façon générale, il était difficile d’obtenir de l’eau. La nuit, nous éclairions la chambre avec un petit chandelier.

La chaleur d’été était insupportable. Au milieu de notre sommeil, des myriades de moustiques sifflaient et nous piquaient. Il n’y avait qu’une seule possibilité : boucher tous les trous et fentes de la chambre pour qu’ils ne parviennent pas à rentrer.

Si l’on revêtait un habit le soir, il était impossible de le reconnaître le lendemain. Ces bêtes les salissaient de points noirs. C’est ainsi que se déroulait la vie et nous n’avions d’autre choix que de nous habituer à ce mal et à vivre avec lui.

Arriva le mois de Nissan. Les problèmes quotidiens n’avaient alors plus d’importance. Le problème urgent était alors beaucoup plus difficile à résoudre : tout était « ‘hamets » : la maison, les ustensiles… et comment pourrions-nous nous procurer de la nourriture cachère pour Pessa’h ? Étant donné que les propriétaires étaient attachés à leur religion, nous avons tenté de les sensibiliser au sujet de la cacherout à Pessa’h. Nous pensions qu’ils nous comprendraient et nous viendraient en aide. Toutefois, comme ils étaient déjà en colère en raison de notre utilisation de l’eau pour d’autres besoins, ils ne réfléchirent pas longtemps et nous ordonnèrent de quitter immédiatement la maison.

La situation était à présent particulièrement difficile. Comment retrouver une demeure deux semaines avant Pessa’h ? Une des résidentes accepta, en échange d’un salaire mensuel de cinquante roubles, de nous donner une pièce avec une entrée séparée, et un sol en bois : une merveille ! Il y avait toutefois un désavantage important à cette proposition. Elle avait pour enfants de véritables voyous. Les gens du voisinage nous déconseillèrent de prendre cette chambre, car nous ne pourrions pas supporter les difficultés qu’ils nous feraient. Mais en l’absence d’autre solution, nous avons accepté.

La question de l’obtention de nouveaux ustensiles et de nourriture trouva sa solution. Je me suis rendue à une heure de trajet de Tchiali pour atteindre un endroit où un groupe de Juifs religieux de Kiev avaient été exilés. Ils résidaient ensemble. Parmi eux, il y avait un rav et un cho’het (abatteur rituel). Je suis restée deux jours dans cet endroit pour réussir à obtenir un grand ustensile neuf. J’ai aussi commandé de la viande et du poisson et je leur ai demandé de les apporter la veille de Pessa’h seulement […].

Le soir de Pessa’h, nous avions un invité à dîner à notre table. Nous nous sommes assis ensemble pour le seder. Derrière la fenêtre se tenaient les enfants qui se moquaient sans relâche de chacun de nos gestes et paroles.

Bien entendu, leurs moqueries ne nous ont pas touchés et le seder s’est poursuivi de façon conforme à la loi, la lecture de la Hagadah à voie haute et en chantant, ainsi que toutes les autres parties du seder. Quand nous nous souvenions de la situation dans laquelle s’était déroulée la fête de Pessa’h l’année précédente, derrière les barreaux, dans les murs de la prison, cela nous réjouit, et la joie de la fête était ressentie. De ce point de vue, il y avait de quoi se réjouir.

Le seder se prolongea tardivement dans la nuit. Il est difficile de qualifier de repas ce que nous avons mangé cette nuit. La viande et le poisson que le non-juif nous avait apporté, ce que j’avais commandé chez le cho’het, avaient complètement tourné durant le transport à notre maison… »

La ville de Tchiali est pour beaucoup synonyme de peur et de frisson. Cette ville perdue à l’Est de l’Asie Centrale fut pendant longtemps inconnue et aurait pu le rester. Sa terre est un mélange de poussière et d’eau qui ne sèche jamais. Celui qui la piétine a du mal à en retirer le pied. Les moustiques envahissent l’air et accompagnent l’homme partout : dehors, chez lui, dans la cuisine, les placards, les ustensiles, la nourriture… Les maisons, faites de mortier et de ciment, sont un mauvais abri contre la chaleur et la grêle, la neige et le vent qui siffle tout le long de la journée. Le soleil brûlant de l’été dégage une odeur fétide, source d’épidémies mortelles.

C’est là que fut exilé Rabbi Lévi Its’hak, le 19 Chevat 5700 (1950). Il fut accueilli par les ténèbres, l’obscurité la plus totale et la tempête. Aucun signe de vie n’apparaissait à l’extérieur. Il était seul avec un ami juif, partenaire dans la souffrance, qui avait été exilé en même temps que lui. Rester trop longtemps à l’extérieur constituait un terrible danger. Ils apprirent ensuite qu’un Juif résidait dans les environs. Ils rassemblèrent leurs dernières forces pour atteindre sa maison. Mais quelle fut leur surprise de voir celui-ci leur refuser l’hospitalité ! Ils virent finalement de loin une lumière et trouvèrent un logis pour passer la nuit. Le propriétaire ne leur donna pour dormir qu’un coin de la cuisine. Il étendit un drap sur le sol humide, mais le froid pénétrait leurs os et ils ne purent fermer l’œil de la nuit. Quand les propriétaires firent au matin connaissance avec leurs hôtes, ils décidèrent qu’ils ne pourraient pas accueillir deux personnes dans leur maison. Pour choisir celui qui pourrait rester, ils firent un tirage au sort qui désigna Rabbi Lévi Its’hak. Il prit la défense de son ami, mais ne put rien faire.

Ayant trouvé un refuge, il envoya immédiatement un télégramme à la Rabbanit ‘Hanna pour lui demander les choses les plus nécessaires : son talit, ses téfiline, des livres et quelque nourriture. Au bout de trois semaines lui parvint le premier colis qui comprenait son talit et ses téfiline que la Rabbanit lui avait envoyés au plus vite. Quelle ne fut pas sa joie de recevoir son talit et ses téfiline qu’il n’avait pas eu le mérite de voir depuis un an ! La Rabbanit ‘Hanna raconta plus tard qu’il eut ce jour-là un plaisir tel qu’il ne pouvait pas exprimer verbalement.

Après la fête de Pourim, la Rabbanit ‘Hanna prit la décision de rejoindre son mari. Elle se rendit à Moscou et, en dépit des difficultés, elle prit avec elle des matsot et du vin pour Pessa’h, des provisions devant suffire pour une certaine période et un livre de Tehilim. Elle entreprit à Moscou plusieurs démarches pour obtenir la libération de son mari, mais sans résultat.

Le voyage entre Moscou et Tchiali durait plus de cinq jours. Elle donna à l’un des responsables un cadeau important pour qu’il ne lui arrive rien de mal. À l’arrivée, son mari vint l’accueillir. Elle ne put presque pas regarder son visage, et ce fut avec grande difficulté qu’elle retint ses larmes.

À propos de la vie difficile qu’ils menaient dans cette ville perdue, la Rabbanit ‘Hanna écrit dans ses mémoires :
« Notre chambre était dans la demeure d’un Tartare. Pour atteindre la chambre, il fallait passer par une antichambre, humide et pleine de boue. Les nombreux moustiques obscurcissaient la lumière. De l’antichambre, il fallait passer par la salle à manger des propriétaires.
Pour boire un petit peu d’eau, il fallait attendre qu’elle se décante du fait de la présence de sable. D’une façon générale, il était difficile d’obtenir de l’eau. La nuit, nous éclairions la chambre avec un petit chandelier.

La chaleur d’été était insupportable. Au milieu de notre sommeil, des myriades de moustiques sifflaient et nous piquaient. Il n’y avait qu’une seule possibilité : boucher tous les trous et fentes de la chambre pour qu’ils ne parviennent pas à rentrer.
Si l’on revêtait un habit le soir, il était impossible de le reconnaître le lendemain. Ces bêtes les salissaient de points noirs. C’est ainsi que se déroulait la vie et nous n’avions d’autre choix que de nous habituer à ce mal et à vivre avec lui.

Arriva le mois de Nissan. Les problèmes quotidiens n’avaient alors plus d’importance. Le problème urgent était alors beaucoup plus difficile à résoudre : tout était « ‘hamets » : la maison, les ustensiles… et comment pourrions-nous nous procurer de la nourriture cachère pour Pessa’h ? Étant donné que les propriétaires étaient attachés à leur religion, nous avons tenté de les sensibiliser au sujet de la cacherout à Pessa’h. Nous pensions qu’ils nous comprendraient et nous viendraient en aide. Toutefois, comme ils étaient déjà en colère en raison de notre utilisation de l’eau pour d’autres besoins, ils ne réfléchirent pas longtemps et nous ordonnèrent de quitter immédiatement la maison.

Photographie de Rabbi Lévi Its’hak portant la mention manuscrite de son fils, le Rabbi, des initiales de « Mon père, de mémoire bénie ? » Le point d’interrogation semble signifier l’étonnement du Rabbi devant les marques de souffrances portées par le visage de son père
La situation était à présent particulièrement difficile. Comment retrouver une demeure deux semaines avant Pessa’h ? Une des résidentes accepta, en échange d’un salaire mensuel de cinquante roubles, de nous donner une pièce avec une entrée séparée, et un sol en bois : une merveille ! Il y avait toutefois un désavantage important à cette proposition. Elle avait pour enfants de véritables voyous. Les gens du voisinage nous déconseillèrent de prendre cette chambre, car nous ne pourrions pas supporter les difficultés qu’ils nous feraient. Mais en l’absence d’autre solution, nous avons accepté.
La question de l’obtention de nouveaux ustensiles et de nourriture trouva sa solution. Je me suis rendue à une heure de trajet de Tchiali pour atteindre un endroit où un groupe de Juifs religieux de Kiev avaient été exilés. Ils résidaient ensemble. Parmi eux, il y avait un rav et un cho’het (abatteur rituel). Je suis restée deux jours dans cet endroit pour réussir à obtenir un grand ustensile neuf. J’ai aussi commandé de la viande et du poisson et je leur ai demandé de les apporter la veille de Pessa’h seulement […].

Le soir de Pessa’h, nous avions un invité à dîner à notre table. Nous nous sommes assis ensemble pour le seder. Derrière la fenêtre se tenaient les enfants qui se moquaient sans relâche de chacun de nos gestes et paroles.

Bien entendu, leurs moqueries ne nous ont pas touchés et le seder s’est poursuivi de façon conforme à la loi, la lecture de la Hagadah à voie haute et en chantant, ainsi que toutes les autres parties du seder. Quand nous nous souvenions de la situation dans laquelle s’était déroulée la fête de Pessa’h l’année précédente, derrière les barreaux, dans les murs de la prison, cela nous réjouit, et la joie de la fête était ressentie. De ce point de vue, il y avait de quoi se réjouir.
Le seder se prolongea tardivement dans la nuit. Il est difficile de qualifier de repas ce que nous avons mangé cette nuit. La viande et le poisson que le non-juif nous avait apporté, ce que j’avais commandé chez le cho’het, avaient complètement tourné durant le transport à notre maison… »
Lettre de protestation de Rabbi Lévi Its’hak adressée au ministre des affaires intérieures dans laquelle il dénonce l’injustice de sa condamnation
Après un certain temps, la Rabbanit ‘Hanna décida de rentrer chez elle. Elle avait plusieurs raisons. D’une part, elle pourrait envoyer régulièrement des colis de nourriture, en dépit du danger d’envoyer un colis à un homme ayant commis autant de « fautes ». D’autre part, elle ne voulait pas laisser trop longtemps sa maison inhabitée. Enfin, cela permettait de diminuer les soucis pour trouver de la nourriture à son mari.

Elle se rendit en premier lieu dans la ville la plus proche, Kzyl-Orda, aux bureaux du N.K.V.D., pour demander à faire transférer son mari dans cette ville en raison de son mauvais état de santé (il était déjà atteint de la tumeur dont il devait plus tard succomber). Ses démarches durèrent douze jours, mais sans résultat.
Avant son départ, elle avait demandé à un Juif de résider avec son mari, afin qu’il ne reste pas seul. De temps à autre, il y avait des Juifs qui étaient parvenus à s’enfuir avant l’arrivée des nazis dans leur ville. Certains d’entre eux avaient connu le rav et venaient lui demander des conseils, profiter de son enseignement. Quand les Juifs de Kzyl-Orda apprirent que le rav se trouvait à Tchiali, plusieurs d’entre eux lui rendirent fréquemment visite, ce qui l’aida beaucoup. Il passait avec eux de longues nuits à prononcer des paroles de Torah et de ‘Hassidout.

Le 1er Eloul 5701 (23 août 1940), Rabbi Lévi Its’hak envoya une lettre au dirigeant du N.K.V.D. dans laquelle il dénonça la façon dont son interrogatoire s’était déroulé et demanda à ce que l’on juge à nouveau son dossier. Sa demande fut refusée.


La délivrance

La libération de Rabbi Lévi Its’hak fut essentiellement organisée par les frères Hirshel et Mendel Rabinovitch. Dès que ce dernier fut libéré de son service militaire, il décida de tout tenter pour obtenir la libération de Rabbi Lévi Its’hak de son exil. Ces démarches devenaient particulièrement urgentes en raison de la rumeur selon laquelle aucun prisonnier ne serait libéré avant la fin de la guerre. Ce renseignement était plus qu’une rumeur, il provenait d’une source sûre, une femme juive exerçant la profession de juge pour le gouvernement. Il fallait donc agir au plus vite, avant que cette loi ne soit décidée, faute de quoi il serait impossible ensuite de le libérer.

Les difficultés concernant sa libération étaient nombreuses. Il fallait :
• Obtenir tout d’abord un certificat de libération, stipulant que le prisonnier avait purgé intégralement sa peine.
• Récolter une immense somme d’argent. En effet, sans corruption, il était impossible d’agir et d’obtenir les signatures nécessaires.
• Apporter les certificats à Rabbi Lévi Its’hak. Cette démarche n’était pas des plus simples, les hommes du N.K.V.D organisant parfois une fouille des voyageurs. S’ils trouvaient un étranger avec un certificat comme celui-ci, ce dernier courait un grand danger. La difficulté était donc double : il fallait trouver quelqu’un capable de garder le secret, mais aussi prêt à prendre un risque si important.
• Obtenir une permission d’entrée dans une autre ville. Lorsqu’un prisonnier recevait la permission de partir dans une autre ville, il devait avoir une déclaration écrite de sa fille qu’elle le recevrait, lui et sa femme et les nourrirait afin qu’ils ne soient pas à la charge des autorités. Rabbi Lévi Its’hak quant à lui n’avait pas de fille et il était très dangereux de faire de faux papiers.
• Obtenir une permission de passage d’une ville à une autre.

Après la collecte de grosses sommes d’argent et les nombreuses demandes auprès des représentants du N.K.V.D., le rav Hirshel Rabinovitch réussit à obtenir le certificat de permission de sortie, signée des autorités.

Quant à la capacité d’accueillir Rabbi Lévi Its’hak, la femme de rav Hirshel signa un engagement à ce sujet.
Restait le problème de lui remettre les documents. Ce fut Bat-Chéva, la fille du rav Eliahou ‘Haïm Althaus, ami proche de Rabbi Lévi Its’hak, qui accomplit cette tâche difficile. Elle arriva à Tchiali avant la fête de Pessa’h. À la demande de Rabbi Lévi Its’hak qui craignait ne pas avoir de Matsa Chmoura s’ils s’enfuyaient immédiatement, ils restèrent pour les premiers jours de la fête. Ce fut pendant ‘Hol Hamoëd que Rabbi Lévi Its’hak, la Rabbanit Hanna, et Bat-Chéva quittèrent Tchiali pour ne plus jamais y revenir.

Le jeudi 27 Nissan 5704 (20 avril 1944), Rabbi Lévi Its’hak arriva à Alma-Ata. La Rabbanit ‘Hanna raconte :
« On lui réserva un accueil très chaleureux et, immédiatement, commencèrent à affluer des ‘hassidim, des amis, et en tout premier les frères Rabinovitch. Il serait difficile de décrire la joie profonde qui régnait alors du fait qu’ils avaient le mérite d’accueillir dans leur ville une personnalité si importante après une telle attente. Beaucoup avaient les larmes aux yeux… »

Peu de temps après, on lui loua une maison non loin de la ville. Avant Chavouot, on lui trouva une demeure fixe. À cet endroit se trouvaient des centaines de Juifs, pour la plupart ayant fui la guerre. Ainsi, tous les jours se déroulaient les prières de Cha’harit, Min’ha et Arvit (les trois prières quotidiennes).
En très peu de temps, sa maison se transforma en un véritable refuge pour tous : les jeunes, les personnes plus âgées, les femmes et les enfants. Elle était ouverte à tous, du matin jusqu’aux heures tardives de la nuit. À ce moment, il sortait avec ses invités dans la cour de la maison. Les jeunes s’asseyaient sur l’herbe et buvaient avec soif ses paroles. Ils étaient chez lui réconfortés et avaient le sentiment d’avoir été comblés spirituellement.

Son installation à Alma-Ata n’était pas officielle, à cause des autorités. Néanmoins, dès son arrivée, il commença à s’occuper de la communauté, ainsi que de tous les réfugiés de la guerre.

Le nombre de visiteurs s’accroissait chaque jour. Certains venaient d’Ukraine, de Moscou ou de Leningrad.
Différents groupes, délégués par leur ville, venaient fréquemment, les uns pour lui proposer d’être rav de leur communauté, les autres pour l’inviter à venir les honorer de sa présence et prononcer un discours.

Les gens qui l’entouraient faisaient tout leur possible pour lui venir en aide. La Rabbanit ‘Hanna écrit à ce propos : « En voyant tout cela, j’ai pris conscience que jusqu’à présent, je ne savais pas du tout combien grande était l’importance du rav aux yeux des gens. »

Son influence était très importante pour tous. Il y avait de jeunes Juifs de Leningrad qui n’avaient connu, depuis leur naissance, que l’éducation communiste des écoles du gouvernement. Ils rendaient visite en cachette à Rabbi Lévi Its’hak. Ils changèrent très rapidement leur mode de vie. À la maison, ils ne voulaient plus rien manger et exigèrent de leur mère de leur fournir de la nourriture cachère. Une telle conduite engendrait pour eux d’énormes difficultés. D’une part, l’opposition radicale de leurs parents, mais aussi la difficulté de se procurer de la nourriture cachère dans un territoire antireligieux…

Ainsi la maison du rav se transforma-t-elle en un véritable centre spirituel, un luminaire vers lequel tous se tournaient et cherchaient toutes les occasions pour venir s’y réfugier. En particulier, durant les fêtes, beaucoup se sentaient un devoir de se trouver aux côtés de Rabbi Lévi Its’hak et de se renforcer dans l’atmosphère oppressante qui régnait sur chacun.

Dans son quartier habitait un Juif, un intellectuel, qui se vantait de ne pas connaître à l’âge de cinquante-deux ans une seule lettre d’hébreu, et se moquait de ceux qui respectaient Rabbi Lévi Its’hak. Il rendit toutefois visite au rav quelques fois et finit par limiter son temps de travail pour pouvoir discuter avec lui.
À la fête de Chavouot, Rabbi Lévi Its’hak prononça un discours devant les fidèles de la synagogue et, d’une voix enflammée, il leur fit part de l’importance de raffermir leur foi, leur observance de la Torah et des Mitsvot. Il les encouragea à ne prêter aucune attention à ceux qui essaient d’y faire entrave. L’assemblée resta muette d’entendre un tel discours d’un rabbin dans la Russie soviétique. Ce ne fut qu’à la conclusion de ses paroles qu’ils reprirent enfin conscience de leur véritable situation, et la peur et la crainte les gagnèrent tous, car ils savaient qu’à chaque pas se trouvait un dénonciateur, y compris dans un lieu saint comme celui-ci. Ce dernier irait immédiatement transmettre le contenu de ces paroles aux autorités… Ce fut effectivement ce qui arriva.

Quelques jours après, les représentants des autorités rendirent visite ou convoquèrent quelques membres de la synagogue pour un interrogatoire. Dans la maison de Rabbi Lévi Its’hak, ils firent irruption de façon inattendue. À plusieurs reprises, ils se rendirent chez lui et le fait de le voir cloué au lit ne les empêcha pas de revenir. Ces « visites » laissèrent un sentiment de crainte et de peur dans la maison de Rabbi Lévi Its’hak.

Toutefois, en dépit de cette crainte incessante, après cinq ans d’exil et de souffrances, il continua à accomplir le travail qui lui incombait sans aucune peur. La phrase perçante au sujet de la nécessité de rester ferme dans l’observance de la Torah et des Mitsvot fut prononcée avec la même ferveur et intensité qu’avant son arrestation.

Pour ce qui concernait le Judaïsme, il n’y avait aucune différence à ses yeux entre l’époque qui avait précédé son emprisonnement et le moment présent. En cela, il fut une personnalité unique. Dans la plupart des cas, un homme ayant été exilé et qui avait eut la chance de rentrer chez lui était brisé, corps et âme. Sa bouche restait muette et aucun son ne pouvait en sortir. Après tout ce qu’il avait enduré, il n’osait même plus penser contre le gouvernement. Rabbi Lévi Its’hak, lui, dès son retour d’exil, ne cessa jamais son activité pour renforcer la Torah et les Mitsvot, en cachette ou même ouvertement, malgré la surveillance des mécréants.
Depuis le début de sa fonction rabbinique, il fut tel un rocher et continua à se comporter ainsi dans toutes ses pensées et actions.

Ses paroles sortaient du cœur et touchaient tout son entourage. Il y avait de nombreux Juifs réfugiés de la guerre, et certains étaient étrangers, voire opposants à la ‘Hassidout. Mais tous se rendaient chez Rabbi Lévi Its’hak et buvaient ses paroles avec la même soif.


La fin de sa vie

En dépit de sa force de caractère extraordinaire, sa santé allait en empirant. La tumeur, qu’il portait depuis longtemps déjà, se développait pour atteindre tout son organisme et ses souffrances s’accroissaient de jour en jour.

Un des derniers Chabbat de sa vie, une vingtaine de personnes se rassemblèrent autour de lui pour entendre des paroles de Torah. Ses souffrances étaient telles qu’il ne pouvait revêtir aucun habit sur son corps. Il portait uniquement son habit extérieur, leur demanda de pardonner sa présentation et, dans sa grande modestie, dit en souriant : « On a ce que l’on mérite. » Durant plusieurs heures, des paroles de Torah coulèrent de sa bouche comme auparavant. Son visage avait changé, mais les auditeurs n’entendaient pas une voix brisée par la souffrance. Ces paroles de Torah lui donnaient une force unique qu’il perdrait en s’interrompant.
Il était suivi par un médecin qui lui rendait visite fréquemment et s’occupait de lui. Il y avait aussi deux autres médecins célèbres. Mais, ne voyant aucune amélioration de sa situation, ils décidèrent de faire venir un célèbre professeur de Leningrad.

Celui-ci établit immédiatement le diagnostic et indiqua même la localisation exacte de la tumeur. L’expression de son visage laissait deviner quelle était la véritable situation de Rabbi Lévi Its’hak. Il raconta au médecin tout ce qu’il avait subi ces dernières années. Quand le professeur transmit un rapport complet sur la situation du malade, il affirma que ce fut la première fois, de toute son expérience, qu’il rencontrait une telle personnalité.
Durant cette période difficile, ses talmidim, ses disciples, firent tout pour l’aider.

Les derniers jours, il était très faible. « Vois-tu, dit-il à un ami, il ne me reste que la peau et les os. Je ne ressens plus du tout le goût de la nourriture… »
À propos du dernier jour de sa vie, un des ‘hassidim qui était présents raconte :rabbi levi itshak 3
« La nuit du mardi soir, ses lèvres murmuraient sans cesse, mais sans laisser entendre aucune voix. Soudain, il se réveilla, ouvrit les yeux et dit : « Il faut se préparer à passer dans un autre monde. » C’était ses dernières paroles pour la journée et ses lèvres murmuraient seulement le reste du temps. Le lendemain, le 20 Av 5704 (1944), son état de santé se détériora gravement. Dans la matinée, ses lèvres murmuraient sans interruption, ses douleurs étaient insupportables et plusieurs fois, il fit signe de le changer de position. Rabbi Hirshel Rabinovitch, qui se tenait près du lit, tendit l’oreille pour entendre ce que ses lèvres murmuraient et entendit quelques mots prononcés en soupirant : « Tes pas (talons) échappèrent au regard… talons du Machia’h ».
Dans la soirée, il fut pris d’un violent malaise. Le médecin prescrivit des médicaments qu’il eut à peine le temps d’absorber.
Ceux qui l’entouraient savaient que le plus grave allait se produire dans les heures qui suivraient. Ils récitèrent les versets du Chema ainsi que les autres prières appropriées au moment où l’âme doit se séparer du corps. »
Dans l’heure qui suivit, l’âme de ce tsadik, ce juste, quitta son corps pur pour rejoindre sa source divine. Il fut enterré au cimetière juif d’Alma-Ata.
Le Rabbi dira plus tard à son propos qu’il n’avait pas seulement risqué sa vie pour le Judaïsme, il en avait fait don effectivement.

15 Tamouz : Hilloula de Rabbi Haim Ben Attar, le Or Ha’haim (1696-1743)

15 Tamouz : Hilloula de Rabbi Haim Ben Attar, le Or Ha’haim (1696-1743)

Rabbi Haïm Ben Attar, figure emblématique de l’histoire juive, est né en 1696 à Salé au Maroc, au sein d’une riche famille d’origine espagnole. Cette famille s’était scindée, une partie s’installant en Hollande et l’autre au Maroc, plus précisément à Salé et à Fez. L’éducation du jeune Haïm débuta sous l’égide de son grand-père. À l’âge de neuf ans, sa famille se rendit à Meknès pour faire du commerce, avant de revenir à Salé où son grand-oncle, Rabbi Moshé, officiait en tant que Naguid de la communauté juive locale et également en tant que conseiller du sultan Moulay Ismaël.

Rabbi Haïm Ben Attar épousa la fille de Rabbi Moshé, ce qui le libéra du fardeau de la parnassa (la subsistance), lui permettant de se consacrer pleinement à l’étude et à l’enseignement de la Torah. Il renoua également avec ses amis d’enfance, Rabbi Moshé et Rabbi Yéhouda Berdugo.

En 1724, à 28 ans, Rabbi Haïm Ben Attar se retrouva au cœur d’une querelle d’héritage à la suite du décès de son beau-père. De plus, une taxe spéciale fut prélevée sur le reste de la fortune. Déçu par son entourage et par ces tracas financiers, il retourna à Salé avec sa famille pour vivre auprès de son père. Il consacra alors son temps à la méditation et à la rédaction de ses ouvrages.

En 1738, le Maroc connut une grande famine. Face à ces souffrances et ces déceptions, Rabbi Haïm Ben Attar décida de quitter le Maroc pour Jérusalem. Selon le Gaon de Vilna, l’année 1740 du 6ème millénaire correspondait à l’aube de la Guéoula. Rabbi Haïm Ben Attar proclamait que cette Guéoula devrait être précédée par une immigration massive vers Israël.

Il arriva à Alger en 1739, où il fut accueilli avec les plus grands honneurs par Rabbi Itshak Chouraqui et Rabbi Yéhouda Ayache. Ses livres firent une excellente impression sur les deux éminents rabbins. La même année, il arriva à Livourne en Italie, où il fut également reçu avec des éloges et où il publia son livre « Or Hahaïm ».

Les rabbins de Modène furent impressionnés par son œuvre. Ils déclarèrent : « Cette fois, le soleil (R. Haim) du couchant (Magreb) a brillé sur la terre ». Rabbi Haïm Ben Attar entreprit de collecter des fonds pour créer en Israël une yéchiva, « Knesset Israel ». Il forma un groupe potentiel d’immigrants pour Israël.

En Roch Hodech Av 1741, accompagné d’un groupe de 30 personnes et de Rabbi Moshé Franco, il quitta l’Italie pour Israël. Ils arrivèrent à Acco le 24 Elloul et passèrent Kippour dans la grotte d’Elie sur le mont Carmel.

Au mois de Adar, ils quittèrent Acco pour Safed, où une maison fut mise à sa disposition. Cette maison avait servi à Rabbi Yossef Karo et avait hébergé Rabbi Itshak Louria. Au mois de Adar 2, il se rendit à Tibériade avec l’un de ses élèves pour rendre visite à Rabbi Aboulafia, qui essaya de le convaincre de s’installer à Tibériade. Cependant, il préféra s’installer à Jérusalem, où il arriva en 1742 et y créa sa yéchiva « Knesset Israel ».

Il forma plusieurs élèves dont le Hida, qui raconte qu’après le Chabbat, ils étudiaient jusqu’à l’aube. Rabbi Haïm Ben Attar divisait la nuit en quatre temps, consacrés à l’étude de la Michna, de la Guemara, du Zohar et de la Hala’ha.

Son livre « Richon Letsion », publié à Jérusalem, fut très bien accueilli par les rabbins de Jérusalem. Ils dirent de lui : « Cet homme venu du Magreb possède sagesse, sciences et crainte de D.ieu, il a l’apparence d’un mortel mais c’est un ange de l’armée céleste ».

Rabbi Haïm Ben Attar quitta ce monde le 15 Tamouz 1743, à l’âge de 47 ans. Ses élèves l’enterrèrent sur le Mont des Oliviers auprès de ses deux épouses.

Le Baal Chem Tov souhaitait rencontrer Rabbi Haïm Benatar. Il voyagea jusqu’à Istanbul, mais une violente tempête l’en empêcha. Le prophète Elie apparut au Baal Chem Tov et lui dit : « Si deux hommes de votre valeur se rencontrent dans la même génération, ils peuvent provoquer la Guéoula mais l’heure n’est pas encore venue ». Le jour de la mort de Rabbi Haïm Benatar, le Baal Chem Tov, assis avec ses disciples pour le repas chabbatique, déclara soudainement : « La lumière (Or Hahaim) du couchant (Magreb) vient de s’éteindre ». Interrogé sur la manière dont il avait obtenu cette information, il répondit : « Une grande kavana m’a été révélée (lors de l’ablution des mains) – celle-ci ne peut être révélée qu’à une seule personne par génération ». Le Baal Chem Tov ajouta alors : « J’ai compris que Rabbi Haïm n’était plus de ce monde ». De la même façon, le jour où Rabbi Haïm entra à Jérusalem, le Baal Chem Tov dit à ses élèves : « Le Machiah vient de rentrer à Jérusalem! ».

13 Tichri : Hilloula du Rabbi Maharach, Rabbi Chmouel Shneersohn, le 4ème Rabbi de Loubavitch

13 Tichri : Hilloula du Rabbi Maharach, Rabbi Chmouel Shneersohn, le 4ème Rabbi de Loubavitch

 

Rabbi Chmouel Shneersohn, 4ème Rabbi de Loubavitch, naquit dans le village de Loubavitch, le 2 Iyar 1834 (Tiférèt de Tiférèt). Le Tséma’h Tsédèk lui donna le nom d’un Tsadik caché, qui était porteur d’eau dans la ville de Polotsk. Le Tséma’h Tsédek eut sept fils et deux filles. Rabbi Chmouel est le cadet des fils.

 

Dans son jeûne age, il se distingua par sa mémoire et son intelligence prodigieuse. Ses étude furent particulièrement fructueuses. En 1848, il épousa, en première noce, la Rabbanit Sterna, fille de son frère, Rabbi ‘Haim Chnéor Zalman, le Rabbi de Lyadi. Mais la Rabbanit tomba malade et quitta ce monde trois mois après son mariage. En 1849, il épousa la Rabbanit Rivka.

C’est en 1855 qu’il se consacra, sur l’ordre de son père, aux besoins de la communauté. Son activité le conduisit également à rencontrer les responsables communautaires cd’autres pays. C’est pour cela qu’il se rendit en Italie (1858), en Allemagne (1859) et en France (1868).

C’est en Nissan 1866 qu’il prit la tête des ‘hassidim ‘Habad. Des le début de l’année, son père l’avait chargé de commenter publiquement la ‘Hassidout et avait dit aux ‘hassidim: « Vous l’écouterez comme vous m’avez écouté. » A la fin de l’année 1882, il tomba malade et quitta ce monde dans la nuit du mardi 13 Tichri 1882. Il fut enterré à Loubavitch, près de son père.

On ne sait, somme toute peu de choses de la vie du Rabbi Maharach, qui ne dura que 48 ans et demi. Même ses interventions communautaires restèrent secrètes et, pour la plupart, ne furent pas révélées. Par ailleurs il fut malade et faible tout au long de sa vie et ses multiples activités l’empêchèrent de recouvrer pleinement la santé.

Il eut quatre fils et deux filles: Rabbi Chnéor Zalman, le Razo, Rabbi Chalom Dov ber, le Rabbi Rachab qui allait lui succéder, Rabbi Avraham Sender, qui décéda à l’âge de huit ans. Doué de capacités hors du commun, il avait l’âme de l’Admour Hazaken. Le quatrième fils fut Rabbi Mena’hem Mendel qui est enterré à Tsfat. Les filles du Rabbi Maharach furent la Rabbanit Devora Léa et la Rabbanit ‘Haya Mouchka.

14 Nissan : Anniversaire du Rambam, Rabbi Moché Maïmonide (14 Nissan 4895-1135 – 20 Tevet 4965-1204)

14 Nissan : Anniversaire du Rambam, Rabbi Moché Maïmonide (14 Nissan 4895-1135 – 20 Tevet 4965-1204)

Talmudiste, philosophe, juriste et médecin, Rabbi Moché Ben Maïmone naquit à Cordoue, le 30 mars 1135 (14 Nissan 4895) dans une Espagne soumise à l’Islam. Le fait que la date et l’heure précise de sa naissance aient été conservées témoigne de la renommée de Maïmonide dont la lignée remontait à Rabbi Judah le Prince (Rabbi Yéhouda HaNassi), le compilateur de la Michna, lui-même descendant du Roi David.

 

On raconte que dans son enfance, le jeune Moché était peu enclin à l’étude. Un jour, son père lui fit de sévères remontrances et l’enfant touché au plus profond de son âme alla se réfugier à la synagogue où il demanda à D.ieu d’ouvrir son cœur à l’étude – prière qui fut, semble-t-il, exaucée au-delà de toute espérance !

« De Moïse jusqu’à Moïse, il n’y eut personne comme Moïse. »En 1148, l’intolérance et les persécutions, des nouveaux princes Almohades, contraignirent sa famille à fuir. C’est ainsi que Maïmonide dut errer pendant dix ans dans différentes villes du sud de l’Espagne, avant de gagner la ville de Fès au Maroc et de s’embarquer pour la terre d’Israël en 1165. Mais à cette époque, celle-ci était ravagée par les croisades et ainsi, après un bref pèlerinage, la famille dut se résoudre à partir pour l’Égypte. Après la mort de son père, Maïmonide poursuivit ses études talmudiques, soutenu financièrement par son frère David qui faisait le commerce des pierres précieuses. Malheureusement, David mourut au cours d’un naufrage dans l’océan Indien et Rabbi Moché se retrouva démuni. C’est ainsi que, ne voulant tirer aucune rétribution de ses travaux sur la Torah, il deviendra médecin. Sa réputation comme philosophe talmudiste et comme médecin fut telle que le Sultan Saladin, conquérant de l’Égypte, en fit le médecin de sa cour.

Nommé Naguid – Chef – des Juifs d’Égypte avec le titre de « Raïs al Yahoud », il s’opposa à la secte des Karaïtes et renforça la communauté juive. Il eut, de ce fait, de nombreuses correspondances avec les représentants de différentes communautés, y compris en dehors de l’Égypte, auxquels il envoya plusieurs épîtres : Iguéret HaChmad (appelée aussi Iguéret al Kidouch HaChem) dans laquelle il évoque les conversions forcées imposées par les musulmans et console et raffermit la foi des juifs désespérés ; Iguéret Teiman, où il expose les signes de reconnaissance du Messie et encourage les juifs du Yémen dans leur foi ; la « Lettre aux érudits de Marseille », dans laquelle il donne des conseils à des érudits de son temps ; la « Lettre sur la résurrection des morts », etc.

On vint aussi le consulter depuis la Syrie, la terre d’Israël, et encore de plus loin. On dit même qu’au cours de la troisième croisade, le roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion s’efforça, en vain, de l’attirer auprès de lui, à Ashkelon, en Terre Sainte.

« L’Aigle de la Synagogue »
Maïmonide fut un véritable guide spirituel pour sa propre génération comme pour les générations suivantes. Ses œuvres majeures furent :

Le Sefer Hamitzvot, le « Livre des Commandements » composé initialement en arabe, dans lequel il présente les 613 commandements de la Loi écrite qui constituent l’armature de la Loi juive.

Le Michné Torah (appelé aussi Yad Ha’Hazakah) est le seul traité religieux qu’il rédigea en hébreu (dont la langue fut qualifiée par ses successeurs de lachone zahav – une « langue pure comme l’or ») dans lequel il aborde les différents aspects de la législation juive. Le projet du Rambam fut de mettre la connaissance de toute la Loi orale à la portée du peuple.

Dans le même ordre d’idées, en 1984, le Rabbi de Loubavitch instaura une étude quotidienne de cette œuvre afin de créer une unité entre tous ceux qui étudient cette somme de la sagesse juive.

Dans son ouvrage, le Rambam explique la manière dont la Torah envisage l’idéal de paix :
« Les Sages et les Prophètes n’attendent pas de l’ère messianique qu’elle leur permette de gouverner le monde ou d’asservir les nations, mais qu’elle nous rende libres de rechercher la Torah et sa sagesse. En ce temps-là, il n’y aura ni faim ni guerre, ni jalousie, ni dissension. Le monde entier sera occupé à acquérir la connaissance de D.ieu ainsi qu’il est écrit : “Le monde sera rempli de la connaissance de D.ieu comme les eaux recouvrent le fond des mers.” »

Maïmonide raconte que, lorsqu’il termina son Michné Torah, son père lui apparut en rêve accompagné d’un autre homme qu’il lui présenta comme étant notre maître Moïse. Il fut très impressionné lorsque celui-ci lui dit : « Je suis venu voir le livre que tu as écrit », et, après avoir examiné le recueil, « Yacher koa’h » (« c’est très bien ! »).

Le Sefer HaMaor est un commentaire original et approfondi de la Michna. Esprit rationaliste, Maïmonide s’éleva dans cet ouvrage contre les pratiques de magie et de sorcellerie fréquentes à son époque. Son influence fut déterminante sur le développement du Judaïsme.

Le Moré Névoukhim (le « Guide des Egarés »), écrit en arabe, fut destiné à des intellectuels partagés entre la tradition religieuse et la pensée scientifique. Cet ouvrage entreprit de mettre en accord l’enseignement de la Torah et de ses commentaires avec la philosophie d’Aristote. De portée universelle (il fut étudié par les musulmans), le Guide constitue une analyse approfondie du Judaïsme, dans le domaine des croyances comme dans ses aspects rituels. Il y est question de D.ieu, de la création, de la prophétie, du bien, du mal, etc.
Maïmonide dut affronter une vive opposition tout au long de sa vie. Il répondit à ses opposants de son vivant et son fils poursuivit cette tâche après sa mort. Cependant, cette opposition fut tellement acharnée que le différend fut porté devant l’Inquisition et le livre brûlé en 1233.

Sa « Lettre sur l’Astrologie » répondait à une interrogation des rabbins de France en la matière et concluait en faveur d’une indiscutable responsabilité de l’homme, en dressant une synthèse des connaissances cosmologiques de l’époque.

« Le Prince des Médecins »

Une dizaine de livres de médecine lui sont attribués, qui furent écrits en arabe avant d’être traduits en hébreu, en particulier par son disciple Samuel ibn Tibbon de Montpellier. On peut citer entre autres:

Le « Traité des Aphorismes » divisé en 25 chapitres, constitue une somme des connaissances médicales de l’époque, depuis les apports antiques de la médecine hippocratique (460-377) jusqu’aux pratiques du XIIème siècle. Y sont abordés l’anatomie et la physiologie, les humeurs, la déontologie, la symptomatologie, les troubles de la parole, la thérapeutique générale, les maladies « spéciales », les fièvres, les périodes d’incubation, les saignées (il introduit pour la première fois la notion de circulation sanguine), les purgatifs et les vomissements, la chirurgie, la gynécologie, l’hygiène, la condition physique et le sport, la balnéation, les aliments et les boissons, les drogues, les médicaments, la physiopathologie, les cas rares. Un grand nombre de spécialités sont traitées depuis les troubles cardio-vasculaires, le diabète sucré, les tumeurs, la psychosomatique, les nerfs, le tube digestif, les troubles respiratoires, les maladies infectieuses et parasitaires, l’anatomie, l’embryologie, la gynécologie-obstétrique, le sport, l’anesthésie. Ce traité a été la source médicale la plus consultée du Moyen Âge.
Le Traité des Poisons,
Le Traité de la Conservation de la Santé (on y trouve des règles concernant la santé physique, mentale et sociale),
Le Traité de l’Asthme (qui traite des troubles psychosomatiques) etc.
En 1932, on a retrouvé un « Glossaire de Phytothérapie », de 350 remèdes à base de plantes, classées par ordre alphabétique avec leurs noms populaires (en arabe, grec, persan et en dialecte berbère, marocain, égyptien).

La « Prière Médicale » qui lui est attribuée est un acte de foi professionnelle, aussi noble que le Serment d’Hippocrate, qui inspire encore aujourd’hui de nombreux médecins juifs :

« Mon D.ieu, remplis mon âme d’amour pour l’Art (médical) et pour toutes les créatures. N’admets pas que la soif du gain et la recherche de la gloire m’influencent dans l’exercice de mon Art, car les ennemis de la vérité et de l’amour des hommes pourraient facilement m’abuser et m’éloigner du noble devoir de faire du bien à Tes enfants. Soutiens la force de mon cœur pour qu’il soit toujours prêt à servir le pauvre et le riche, l’ami et l’ennemi, le bon et le mauvais.

« Fais que je ne vois que l’homme dans celui qui souffre. Fais que mon esprit reste clair auprès du lit du malade et qu’il ne soit distrait par aucune chose étrangère afin qu’il ait présent tout ce que l’expérience et la science lui ont enseigné, car grandes et sublimes sont les recherches scientifiques qui ont pour but de conserver la santé et la vie de toutes les créatures.

« Fais que mes malades aient confiance en moi et mon Art pour qu’ils suivent mes conseils et mes prescriptions. Éloigne de leur lit les charlatans, l’armée des parents aux mille conseils, et les gardes qui savent toujours tout : car c’est une engeance dangereuse qui, par vanité, fait échouer les meilleures intentions de l’Art et conduit souvent les créatures à la mort. Si les ignorants me blâment et me raillent, fais que l’amour de mon Art, comme une cuirasse, me rende invulnérable, pour que je puisse persévérer dans le vrai, sans égard au prestige, au renom et à l’âge de mes ennemis. Prête-moi, mon D.ieu, l’indulgence et la patience auprès des malades entêtés et grossiers.

« Fais que je sois modéré en tout, mais insatiable dans mon amour de la science. Éloigne de moi l’idée que je peux tout. Donne-moi la force, la volonté et l’occasion d’élargir de plus en plus mes connaissances. Je peux aujourd’hui découvrir dans mon savoir des choses que je ne soupçonnais pas hier, car l’Art est grand, mais l’esprit de l’homme pénètre toujours plus avant. »1

Le Rambam mourut à Fostat (le vieux Caire) en Égypte en 1204 (le 20 Tévet), il fut inhumé à Tibériade, en Terre Sainte. La calèche transportant son cercueil fut attaquée par des brigands qui l’abandonnèrent et le cheval conduisit tout seul le cercueil à l’emplacement où il devait être enterré. Sur sa tombe est inscrit en hébreu :

« MiMoché ad Moshé, Lo Kam kéMoché »

« De Moïse jusqu’à Moïse, il n’y eut personne comme Moïse. »

Maïmonide fut pleuré dans le monde entier par les juifs et les non-juifs. À Fostat on décréta trois jours de deuil et à Jérusalem un jeune public fut institué. Cette figure du peuple juif suscite toute notre admiration, lui dont l’objectif principal fut de rassembler et codifier tous les enseignements de la sagesse juive afin qu’ils puissent se transmettre plus aisément au cours des générations, malgré la situation difficile dans laquelle pouvait se trouver le peuple juif.

21 Adar : Hilloula de Rabbi Elimele’h de Lijensk (1717 – 1786)

21 Adar : Hilloula de Rabbi Elimele’h de Lijensk (1717 – 1786)

Rabbi Elimele’h Weissblum est né en 1717 à Lijensk, en Pologne. Il était le troisième enfant de Mirel et d’Eliezer Lipmann. Il avait trois frères connus, Nathan, Meshoulam (connu sous le nom de Reb Zoucha) et Avraham. Il avait également deux sœurs, Ita et Elka.

Rabbi Elimele’h de Lijensk s’est marié avec Shprintze Weissblum, la fille de Rabbi Aharon Margules de Lwów. Après la mort subite de Shprintze, il a épousé Guittel, qui a élevé ses cinq enfants.

Dès leur plus jeune âge, Elimele’h et Meshoulam ont étudié la Torah selon la méthode d’Isaac Louria. Ils se sont ensuite exilés de leur village, ont jeûné et se sont soumis à des mortifications. Ils ont rapidement acquis la réputation de « Haa’him Hakedoshim », les saints frères. C’est à cette époque qu’ils ont rencontré le Maggid de Mezeritch, successeur du fondateur du mouvement hassidique Baal Shem Tov, dont ils sont devenus disciples. Durant la vie du Maggid, les deux frères ont voyagé de village en village en tant que prédicateurs itinérants et ont propagé l’enseignement hassidique.

Après la mort du Maggid de Mezeritch en 1772, ses disciples se sont dispersés à travers la République des deux Nations, fédération de la Couronne du royaume de Pologne et du Grand duché de Lituanie, chacun donnant sa propre interprétation du hassidisme. Rabbi Elimele’h, considéré comme le successeur du Maggid, s’est installé à Leżajsk où il a fondé le premier et le plus important centre de hassidisme en Pologne. Il était un ascète et un modèle de conduite. Il a ancré dans le cœur de ses coreligionnaires la nécessité d’effectuer une repentance complète, les enjoignant à se rapprocher de D.ieu et à consacrer leur vie à l’étude et l’enseignement de la Torah.

Parmi ses disciples les plus connus, on trouve Yisrael Hopsztajn, Yaakov Yitzhak Horowitz, Menachem Mendel, Klonimus Kalman Epstein, Naftali de Ropshitz, Avraham Yehoshua Heshel et Dawid Biderman.

Selon Rabbi Elimele’h, le Tsadik  est l’homme vertueux dont la mission consiste à donner la vie à tous les mondes, par vertu de son âme divine. Il est capable d’éveiller des capacités latentes cachées au plus profond de l’âme d’un autre, permettant ainsi même à un pécheur de revenir à D.ieu. La vision du Rabbi Elimele’h du rôle social et religieux du tsadik, comme élément central dans l’existence du hassid, a contribué à la formation des structures du mouvement hassidique. Ses enseignements et sa vision idéologique du mouvement hassidique se trouvent exposés dans Noam Elimele’h (La douceur d’Elimele’h). Cet ouvrage, rédigé par son fils, Rabbi Elazar, expose les enseignements et la vision idéologique du mouvement hassidique de Rabbi Elimele’h. Il a été publié après la mort du Rabbi Elimele’h en 1787.

Rabbi Elimele’h de Lijensk, l’auteur de Noam Elimele’h, a accompli de nombreux miracles durant sa vie et même après sa mort, car les Tsadikim sont considérés comme plus grands après leur mort qu’en vie. Voici deux histoires qui illustrent l’effet de la prière sur sa tombe.

La première histoire concerne le fils gravement malade du Gaon Rabbi Moche Teitelbaum de Oühl, auteur de Yisma’h Moché. Alors que son fils était au bord de la mort, il pria de tout son cœur pour implorer la miséricorde de D. Devant le grand danger qui menaçait son fils, il envoya des messagers pieux pour prier sur la tombe de Rabbi Elimele’h de Lijensk en faisant vœu de donner une perouta à la tsedakah pour l’âme qui irait annoncer leur venue sur la tombe du Tsadik. Les âmes qui se trouvaient à proximité de la tombe allaient alors courir l’annoncer au Tsadik. Les messagers firent tout ce qui leur avait été prescrit et l’enfant qui était presque dans le coma s’éveilla soudainement en appelant son père. Il raconta que Rabbi Elimele’h de Lijensk était apparu en rêve et l’avait béni, lui promettant qu’il allait guérir. Le père vérifia l’heure exacte de ce réveil et se rendit compte que cela correspondait exactement au moment où les envoyés avaient prié sur la tombe du Tsadik.

La seconde histoire concerne un homme agonisant de Jérusalem qui souffrait énormément et qui ne demandait que de prier D. pour que son âme soit libérée. Lorsqu’un visiteur lui demanda de lui raconter sa vie, il finit par évoquer sa visite à Lijensk. Lorsque l’homme lui demanda s’il avait prié sur la tombe de Rabbi Elimele’h de Lijensk, le malade répondit qu’il était impossible de vivre à Lijensk sans prier sur la tombe du Tsadik. L’homme expliqua alors que Rabbi Elimele’h avait écrit dans son testament que quiconque priait sur sa tombe ne mourrait pas sans avoir eu la chance de se repentir. Le malade suivit ce conseil, se confessa et se repentit, puis mourut immédiatement.

Ces deux histoires illustrent le pouvoir de la prière sur la tombe du Tsadik Rabbi Elimele’h de Lijensk et montrent que même après sa mort, il continue de veiller sur les âmes de ceux qui prient sur sa tombe.

L’appel à La Téchouva

Un matin, le Maggid de Mezritch dit à Rabbi Elimele’h de Lijensk : « As-tu entendu le message proclamé au ciel ? Ils ont dit que la mitsvah d’aimer son prochain est d’aimer un rasha (méchant) tout autant qu’un Tsadik (juste). Un Tsadik peut stimuler… les gens au Téchouva, et un minyan des étudiants du Tsadik peut stimuler un grand rasha à faire Téchouva. »

Rabbi Elimele’h répéta cette conversation aux autres étudiants du Maggid, et ils étudiaient la leçon en profondeur quand un rasha entra. Il les entendit dire qu’ils pouvaient influencer un rasha à faire Téchouva, et il rit. « De quoi parlez-vous ? Téchouva ? Moi ? Jamais. »

Alors qu’il se moquait d’eux, les étudiants saints priaient avec larmes, récitaient des psaumes et imploraient D.ieu de réveiller l’homme à revenir aux voies de la Torah.

Et en effet, il eut un changement de cœur et fit une Téchouva complète.

Rabbi Elimele’h et son frère, Rabbi Zusha, voyageaient souvent de ville en ville pour stimuler les gens à faire Téchouva.

En fait, Rabbi Shalom (le « Saar Shalom ») de Belz a dit : « La Téchouva que les gens ont faite, font actuellement et feront à l’avenir est toute de l’autorité du Rabbi, Rabbi Elimele’h. »

Un cocher conduisait une fois des hassidim à leur Rabbi, et il leur dit : « Il y a des années, quand Elimele’h était en vie, j’ai amené des hassidim chez lui dans ce même wagon. »

Les hassidim se sont crispés en entendant le cocher dire le nom de Rabbi Elimele’h sans utiliser le titre approprié. Le cocher était une personne simple et non instruite, et il ne savait pas comment respecter correctement les Tsadikim.

« J’étais curieux de savoir qui était ce Rabbi, alors je suis allé le voir vendredi soir », continua-t-il. « Les prières étaient très énergiques, et je ne comprenais pas pourquoi tout le monde était si excité. Le tallit est tombé de la tête d’Elimele’h et j’ai vu son cou ; il était rouge comme une betterave. Je pensais : ‘Oh, c’est donc ça ! Le Rabbi a probablement bu une bouteille entière de vodka !’

« Mais alors le Rabbi s’est retourné (à la fin de Lecha Dodi) et j’ai vu que son visage était blanc comme les morts. Je ne pouvais pas comprendre. Si le Rabbi a autant bu et que son cou était si rouge, pourquoi son visage était-il si blanc ? Je vous le dis franchement, je ne comprends pas ça jusqu’à aujourd’hui. »

Et puis, le cocher dit d’une voix émotionnelle et brisée, les larmes coulant de ses yeux : « Mais quand Elimele’h a chanté Lecha Dodi, c’était quelque chose à écouter. »

Le cocher leur chanta la suite de la chanson qu’il avait entendue de Rabbi Elimele’h il y a 50 ans auparavant. Les hassidim dans le wagon se dirent les uns aux autres : « Cela montre la capacité de Rabbi Elimele’h à inciter les gens à la Téchouva. Regardez comment ce Juif simple pleure quand il se rappelle une chanson que Rabbi Elimele’h a chantée il y a 50 ans ».

Réprimande

Rabbi Elimele’h a réussi à réprimander les gens, en veillant à ne jamais les rabaisser ni les humilier. Il racontait des histoires qui contenaient des messages destinés à chaque individu présent.

Une fois, Rabbi Elimele’h se tenait devant sa maison en train de raconter une histoire, et de nombreuses personnes s’étaient rassemblées pour écouter. Chaque personne sentait que le Rabbi lui parlait directement, adressant le péché particulier qu’il devait rectifier, et résolvait avec larmes de le faire immédiatement.

Rabbi Elimele’h enseignait : « La voie du Tsadik est de se réprimander lui-même, toujours. Il dit aux gens qu’il a commis de terribles péchés. Il énumère en réalité les péchés que d’autres ont commis, mais quand il dit qu’il a commis ces péchés, cela incite les gens à craindre D.ieu et à retourner à Ses voies. »

Une fois, à Nikolsburg, de nombreuses personnes sont venues écouter le discours de Rabbi Elimele’h, et il a lamenté devant la foule : « Elimele’h, Elimele’h ! Souviens-toi du péché que tu as commis ce jour-là… Et du péché que tu as commis à cet endroit… » C’est ainsi qu’il a parlé des péchés des auditeurs, car ils étaient ceux qui avaient commis ces péchés à ces moments et en ces lieux. Il n’a pas humilié les gens, mais ils ont compris le message et l’ont pris à cœur.

En ses propres termes : « Quand un Tsadik veut réprimander quelqu’un, il doit parler du péché devant beaucoup de gens. Ainsi, la personne [qui doit entendre ces paroles] les entendra. »

Grandeur pour tous Son fils, Reb Elazar, a écrit : « Je crois tout ce que mon père, Rabbi Elimele’h, me dit, car je sais que pour tout l’argent du monde, il ne mentirait pas… Il a dit qu’une personne peut facilement atteindre le ruach hakodesh (révélation divine), tant qu’il est un érudit qui connaît la Guemara avec Rachi… et s’il la connaît avec pilpoul (en profondeur), c’est encore mieux. »

Au lieu de rabaisser les gens avec des réprimandes dures, il les a élevés en leur disant que des niveaux élevés de connexion spirituelle étaient à portée de main.

Afflictions Avant que le Baal Shem Tov ne commence à enseigner le hassidisme, les gens pratiquaient régulièrement l’auto-affliction – des jeûnes excessifs et même le fait de se rouler dans la neige – dans le cadre de leur service divinatoire, les gens pratiquaient régulièrement l’auto-affliction, notamment des jeûnes excessifs et même se rouler dans la neige. Les buts de ces afflictions étaient: (a) enseigner à leur corps l’obéissance, afin qu’il accepte de suivre les lois de la Torah, (b) purifier le corps de l’impureté des péchés, (c) affaiblir le yetzer hara, (d) se protéger de devoir être puni plus sévèrement d’en haut.

Mais ce n’était pas la voie de Rabbi Elimele’h.

« Rabbi Elimele’h nous a commandé de ne pas jeûner sauf pour les jeûnes établis par les Rabbins », écrivit l’un de ses étudiants, « car de nos jours nous n’avons pas la force de jeûner… »

Alors, comment pouvons-nous obtenir les bénéfices qui viennent de l’affliction ?

Une façon est de subir des désagréments très mineurs, par exemple : « Lorsqu’une personne veut manger, mais repousse le repas d’une heure ou moins, et pendant ce temps elle étudie la Torah… Et lorsqu’une personne s’abstient de dire quelque chose qu’elle veut dire… »

Cependant, Rabbi Elimele’h lui-même jeûnait et affligeait son corps tout le temps. Les Tsadikim ont dit : « D’Avraham jusqu’à Rabbi Elimele’h, personne n’a entrepris autant d’afflictions. »

Rabbi Elimele’h a déclaré que grâce à ses propres afflictions fréquentes, désormais, les autres peuvent utiliser des désagréments mineurs pour atteindre le même niveau spirituel que ceux qui s’affligeaient énormément.

Humilité

Un adversaire du mouvement hassidique a demandé à  l’Alter Rebbe: « Connaissez-vous l’auteur de Noam Elimele’h ? J’ai entendu dire qu’il a également étudié sous votre maître, le Maggid de Mezritch. Je suis curieux à son sujet, car j’ai son livre chez moi. Je le garde sous le banc sur lequel je m’assois. »

L’Alter Rebbe répondit: « Je peux vous parler de lui. Même si vous le mettiez sous le banc au lieu du livre, il ne protesterait pas, car il est si humble. »

En effet, l’humilité de Rabbi Elimele’h était vraiment phénoménale. Bien qu’il priât la plupart de la journée de tout son cœur et de toute son âme, qu’il fût un géant de la connaissance de la Torah, profondément en harmonie avec la spiritualité, et qu’il servît D.ieu avec vigueur et dévotion, il estimait toujours qu’il n’en faisait pas assez et que ses intentions n’étaient pas assez pures.

Ces citations ne sont qu’un échantillon d’exemples qui montrent la profondeur de son humilité :

« Ils devront créer un nouveau Gehinom pour moi, car le Gehinom qui existe maintenant n’est pas assez grand pour me punir, à cause de tous mes péchés. »

« Après ma mort, quand je me tiendrai devant la cour divine, ils me demanderont si j’ai servi D.ieu. Je répondrai que je n’ai jamais servi D.ieu, même pas un instant. La cour répondra alors : ‘Tu parles vrai. Grâce à cela, tu peux entrer directement au Gan Eden’. »


Nom de naissance
: Elimele’h ben Eleazar Lipmann ou Elimele’h Weisblum
Surnom(s) : Reb Melekh
Naissance : 1717 à Tykocin
Décès : 21 Adar 1786 à Leżajsk
Lieu de sépulture : Leżajsk
Dynastie : Dynastie hassidique de Lijensk
Prédécesseur : Maggid de Mezeritch
Successeur : Son fils Elazar
Œuvre : Noam Elimele’h
Place dans la lignée : Troisième Rabbi des hassidim, Premier Rabbi de Lijensk
Ses maîtres : Meir Horowitz – Maggid de Mezeritch
Ses disciples : Le Hozeh de Lublin, Rabbi Menachem Mendel de Rimanov, Rabbi Yisroel Hopstein le Kozhnitzer Maggid, etc.
Père : Eliezer Lipa Lipmann Weisblaum
Mère:  Mirel dite Mirish
Épouse 1 : Shprintza
Enfants 1 : Rabbi Elazar, Rabbi Eliezer Lipa, Reb Yaacov, Mirish, Esther – Ethel
Épouse 2 : Guittel
Famille : Meshoulam Zoucha d’Anipoli

 

24 Chevat : Hilloula de la Rabbanit Menou’ha Ra’hel Slonim (1798-1888)

24 Chevat : Hilloula de la Rabbanit Menou’ha Ra’hel Slonim (1798-1888)

 

La Rabbanit Menou’ha Ra’hel Slonim (1798-1888) était une fille de Rabbi Dovber Schneuri, le deuxième Rabbi de Loubavitch. Elle est considérée comme une matriarche de la dynastie Habad, ainsi que de la population juive de Hébron en général.

La Rabbanit Menou’ha Ra’hel est née le 19 Kislev 5559, le 29 novembre 1798, le jour même où son grand-père, Rabbi Shneur Zalman, de Liadi, a été libéré de sa prison à Saint-Pétersbourg. Son père a choisi le nom de Menou’ha car en hébreu le mot  » Menou’ha  » signifie « paix et tranquillité ». Il a dit: « Désormais, nous aurons un peu de Menou’ha. »  Elle a été nommée Rachel après une tante qui est morte dans sa jeunesse.

Le nom de famille de son mari était à l’origine Griver, descendant du Rav Moses Isserles, le Rema; ils ont choisi de le changer en Slonim. Ils ont ensuite déménagé à Hébron.

Emigration à Hebron

Après être tombée gravement malade, son père lui promit de vivre pour émigrer en Terre d’Israël. En 1845, avec la bénédiction de son beau-frère, Rabbi Menachem Mendel Schneersohn, le Tsema’h Tsedek, elle et sa famille émigrèrent à Hébron. Pour apaiser ses craintes de pluie torrentielle lors de son voyage à Hébron, le Tsema’h Tsedek l’a bénie de « marcher entre les gouttes de pluie ».

La vie à Hébron

Pendant quarante-trois ans, elle a servi de matriarche à la communauté de Hébron. Les nouvelles épouses et les femmes stériles lui demanderaient des bénédictions.

Avant de mourir le 24 Chevat 5648, le 6 février 1888, elle a envoyé une lettre au Rabbi Rachab, Rabbi Sholom Dov Ber Schneersohn, l’informant de son décès imminent. Elle a donc vécu sous la direction des cinq premiers Rabbis de Loubavitch.

Elle devint réputée parmi les citadins et au-delà, juifs et non-juifs, pour ses capacités de guérison et de salut, et fut surnommée « la grand-mère Menou’ha Rachel ». Toutes les épouses qui ont visité la tombe de Ma’hpela le jour de son mariage sont venues la chercher pour recevoir sa bénédiction et le Rabbi Elazar Mendel de Lelov lui rendait visite trois fois par semaine lors de son séjour à Hébron. Il était strict sur le fait de se tenir debout quand elle entrait ou sortait de la pièce et lui demandait toujours de le bénir.

 

La famille du Rav Mordehai Dov Slonim, fils du Rav Yaakov Slonim
et de la Rabbanit Menou’ha Ra’hel Slonim de Hébron

 

Sa famille a ensuite été dirigée par la communauté juive de Hébron, aidant ainsi à unir les communautés juives séfarade et ashkénaze et à tendre la main à la communauté arabe. Son fils était le Rav Yehuda Leib Slonim, père de Rabbanit Moshke Devora Epstein, qui avait hérité du domicile de Menou’ha Ra’hel lors de son mariage.  Parmi les autres enfants figurait le Rav Mordechai Dov Slonim.

Le Rav Yaakov Yossef Slonim était le principal rabbin ashkénaze lors du massacre de Hébron en 1929 . Son fils était Rav Eliezer Dan Slonim, qui parlait couramment l’arabe et était membre du conseil municipal et directeur de la banque anglo-palestinienne. Il entretenait d’excellentes relations avec les autorités du Mandat britannique et la communauté arabe et n’aurait pas cru aux rumeurs d’une émeute imminente.

Sa famille et lui ont été massacrés alors qu’ils tentaient de construire une barricade dans la maison familiale. Rav Shlomo Slonim (1928-2014), qui avait un an, a survécu au massacre. Il était le petit-fils du Rav Yaakov Yossef Slonim et le fils du Rav Eliezer Dan Slonim. Rav Shlomo Slonim a ensuite rejoint l’Irgun Tzvai Leumi, la Haganah et les forces de défense israéliennes . Il a travaillé pour la Banque Leumi pendant près de 50 ans, était marié depuis 50 ans et avait 4 enfants.  Sa photo comme un enfant blessé est inclus dans le Musée de la communauté juive d’Hébron tout comme de nombreuses photos de la famille Slonim.

Visites annuelles de sépulture à Hébron

Aujourd’hui, la tombe de Menou’ha Ra’hel Slonim reçoit des centaines de visiteurs chaque année, en particulier à l’anniversaire de son décès.  Elle est située dans le vieux cimetière juif de Hébron . La tombe a fait les gros titres en 1997, lors de la création des quartiers H1 et H2 de la ville. Des habitants et des sympathisants inquiets ont protesté auprès du gouvernement pour que le cimetière et le lieu de repos définitif de Menou’ha Ra’hel ne soient pas laissés en dehors de la zone désignée. Parmi les autres érudits juifs vénérés inhumés dans le cimetière, figurent le Rav Eliyahu de Vidas, le Rav Solomon Adeni, le Rav Elijah Mizrachi et le Rav Yeouda Bibas.

Aujourd’hui, la section locale de Chabad à Hébron effectue des visites sur sa tombe et continue son héritage.  En 2002, le Kollel Menou’ha Ra’hel a été transféré dans un bâtiment historique adjacent à la tombe de la Rabbanit  Menou’ha Ra’hel, située dans le cimetière. Des cours et des services quotidiens y sont organisés.

 

11 Adar : Yortsait du Rogatchover, le Rav Hagaon Yossef Rosen

11 Adar : Yortsait du Rogatchover, le Rav Hagaon Yossef Rosen

Joseph Rosen (connu comme le Rogatchover Gaon) (1858, Rahatchow, en Biélorussie-5 mars 1936, Vienne, Autriche) est un Rav connu comme Génie (Gaon) pour ses connaissances talmudiques, un des plus grands talmudistes du début du XXe siècle.

Le Rav Yossef Rosen est né en 1858, à Rogatchov (Rahatchow), aujourd’hui la Biélorussie. Il vient d’une famille hassidique (Kapust-Habad). À l’âge de 13 ans, il va étudier à Sloutsk en Biélorussie, avec le Rav Haim Soloveitchik, sous la direction du Beis Halevi, le Rav Yossef Dov Ber Soloveichik (1865-1874). Il étudie ensuite sous la direction du Rav Yehoshua Leib Diskin (Maharal Diskin) à Chklow.

En 1889, il prend la tête de la communauté hassidique de Dvinsk (Daugavpils) alors que son homologue, le Rav Meir Simha de Dvinsk (1843–1926) y dirigeait la communauté non-hassidique. Ils ont servi conjointement cette communauté jusqu’à la fin des années 1920, en entretenant d’excellentes relations.

Œuvres
Tzafnath Paane’ach’, son magnum opus, 2 volumes, commentaires sur le Mishneh Torah de Maïmonide
Tzafnath Paane’ach al HaTorah, 5 volumes, commentaires sur la Torah
Tzafnath Paane’ach al HaShas, 4 volumes, commentaires sur le Talmud
Tzafnath Paane’ach Responsa, Responsa sur la Halakha
Shaalos Utshovos Tzafnath Paane’ach Hachadashos, Responsa
Hibur al Moreh Nevuchim, commentaire sur le Guide des égarés
Mihtvei Torah, correspondance entre le Rogatchover Gaon et le Rav Mordechai Kalina

 

Dans la publication mensuelle intitulée «Turei Yeshurun» de 5735, se trouve un article écrit par le journaliste Noach Zevuloni qui avait passé une année avec le Gaon de Rogatchover, le Rav Yossef Rosen.

Par Noach Zevuloni

J’étais en présence du Gaon de Rogatchover, auteur de Tzafnas Paneiach sur le Yad de Rambam et des tractates du Shass pendant une année entière. C’était 1932-1933 à Dvinsk, en Lettonie. J’ai étudié dans la Yechiva qui avait été fondée dans cette ville.

Je suis entré illégalement en Lettonie en provenance de Pologne et, grâce au représentant d’Agoudat Israël et au parlement letton, Mordehai Dubin (qui a péri en prison en Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale), l’autorisation de rester en Lettonie m’a été donnée.

Le Rav de Dvinsk, le Rav Yossef Rosen, surnommé le Rogatchover dans le monde de la Torah, n’a jamais dirigé une Yechiva. Il se tenait debout jour et nuit, une Guemara ouverte devant lui, sur un petit pupitre, et apprenait la Torah ou répondait aux questions halahiques qui lui venaient du monde entier.

Le Rogatchover répondait brièvement sur une carte postale. Il n’a pas consulté le questionneur et la plupart des milliers de demandes étaient effectuées par des personnes qu’il ne connaissait pas.

En plus de sa grandeur dans la Torah, Halaha, Agada, Poskim, etc., il y avait une autre raison pour laquelle les gens s’adressaient à lui. Ils avaient entendu dire qu’il repondait à tout le monde, toutes sortes de gens lui écrivaient. Ils lui posaient souvent des questions stupides et lui, dans sa sagesse, leur répondait. Certaines personnes ont reçu des réponses pleines de sources indiquant où chercher. Sa femme, qui connaissait plusieurs langues, écrivait les réponses sur les cartes postales.

Les moyens matériels du Rogatchover étaient très difficiles. La communauté juive de Dvinsk était pauvre et ne recevait pas l’aide du gouvernement. Pour cette raison, il réfléchissait à deux fois à chaque lettre à laquelle il répondait. Ceux qui ont inclus un timbre ont résolu le problème financier, mais la plupart des correspondants ne savaient pas sa situation précaire. Il calculait et apposait un timbre égal à la moitié des besoins de la carte postale, et le destinataire était légalement tenu de payer l’autre moitié.

Son Tzafnas Paneiach , malgré sa volonté de libérer ce qui est caché, reste assez obscur jusqu’à ce jour, même pour les grands érudits. Il a été écrit avec une grande brièveté et avec des références subtiles. C’est plein d’ ayeinim – regardez ici, regardez ici, avec des sources citées sans explication.

Ces dernières années, R’ Menachem Kasher et R’ Moshe Grossberg de Jérusalem ont travaillé pour expliquer ses enseignements. Cependant, celui qui était en sa présence sait faire la différence entre la Torah écrite du Rogatchover et sa Torah orale. Le Rogatchover avait une capacité exceptionnelle à expliquer les choses. Il a tout expliqué de manière logique et simple. La plupart de ses Hidouchim qui ont été publiés, et même ceux qui n’ont pas encore été publiés, sont tirés de notes qu’il a rédigé au fur et à mesure de son apprentissage en marge de son ancienne Gemara.

Si on visitait son humble demeure, on s’apercevait qu’il ne possédait pas une grande bibliothèque comme les autres Rabbanim. Sur une étagère se trouvaient un Shass, un Rambam (qu’il a appelait «mon Rabbi»), un Tourim et quelques Richonim. En face de l’étagère se trouvait un grand tas de livres qu’il n’utilisait pas et ne consultait même pas. C’étaient des A’haronim et d’autres Sefarim qui lui ont été envoyés pour être critiqués.

Ses discours intelligents ont souvent été répétés, en particulier dans le monde des Yechivot. Ses remarques pointues sur de nombreux Guedolei HaTorah de sa génération et même des générations précédentes ne suscitaient généralement pas d’animosité.

Le Rogatchover, qui a vécu une vie de privation matérielle, était très soucieux de ne pas faire d’appels interurbains depuis son domicile. À Dvinsk, l’utilisation du téléphone était illimitée sur une base mensuelle, à l’exception des appels interurbains, chacun  exigeant un paiement.

J’ai été témoin de ce qui suit. M. Vafsi (le père du Dr Vafsi, l’un des médecins accusés dans le complot de Staline), est entré dans la maison et a demandé à utiliser le téléphone. La permission a été accordée, mais le Rogatchover m’a fait signe de venir et il m’a dit: « Koidonover (c’est ainsi qu’il m’a appelé après la ville d’où je viens), veillez à ce que Vafsi n’appelle pas Riga. »

Les conversations de R ‘Yossef Rosen étaient celles d’un vrai Talmid ‘Ha’ham. Son discours ordinaire était un mélange de Divrei Hala’ha et d’Agada, et cela s’est passé toute sa vie. Il m’a parlé d’un célèbre Din Torah qui traînait depuis longtemps au sujet d’une somme d’argent astronomique, qui s’est terminée par un compromis entre les deux parties. Le Beth Din était composé de trois Guedilim comprenant le Rogatchover, le Rav de Shavli Rav Meir Atlas et le célèbre Rav Haim Brisker (Soloveitchik) ou le Rav Haim Ozer Grodzenski de Vilna (on ne sait pas lequel car le Rogatchover avait seulement dit s’être assis avec Haim et Meir à un Din Torah. En effet, il appelait les Guedolim, même ceux des générations précédentes, par leurs prénoms).

Après que les deux parties se soient entendues pour parvenir à un compromis, elles ont donné de l’argent pour payer les membres du Beth Din, mais Rav Méri et Rav Haim ont refusé de l’accepter. Le Rogatchover, de son côté, avait pris l’argent et il m’a montré comment il avait balayé l’argent de la table et l’avait mis dans sa poche en disant: « Il y a une Guemara explicite qui dit qu’il faut prendre. Il est écrit: «Un sourd-muet, un déficient mental et un mineur, etc. » Concernant les déficients mentaux, il est dit dans Hagiga Daf 4: « Qui est « Shotei » fou? Celui qui détruit ce qu’on lui donne. » On pose la question. On s’attendrait à ce qu’il dise qu’il détruit ce qu’il possède, pas ce qu’on lui donne. À partir de là, nous voyons que si on lui donne quelque chose et qu’il refuse de la prendre, on l’appelle un ‘Shotei », un fou, et je ne veux pas être inclus dans cette catégorie! ».

Le Rogatchover ne craignait personne, pas même ses détracteurs. De mes propres yeux, j’ai vu le chef de la communauté lui apporter une lettre sur une question communautaire importante qui nécessitait la signature de Rogatchover. Le Rogatchover a pris le stylo et un timbre et l’a apposé au centre de la lettre en disant: « Jusqu’ici, je suis d’accord avec ce qui est écrit dans la lettre et j’ai signé. À partir de  là, je ne suis pas d’accord et je ne signerai pas! »

Il n’y a pas encore de biographie sur le Rogatchover qui témoigne de sa grandeur en Torah et dans tous les domaines de la sagesse et de la pensée juive. Rien ne lui était caché. Sa bouche prononçait des perles et il maîtrisait parfaitement le Talmud Bavli, le Yerouchalmi, le Rambam, etc., mot par mot et lettre par lettre.

Il arriva une fois qu’en parlant, il avait momentanément oublié ce que Rachi disait à un certain endroit. Il frappa immédiatement du pied et dit: «Celui qui oublie quelque chose de son savoir est considéré comme passible de la vie (Avot 3:10).» Mais il s’en est immédiatement souvenu et a ensuite cité le Rachi en question.

Même dans d’autres domaines, son monde était celui de la Torah. À Dvinsk, il était de coutume de collecter de l’argent deux fois par an pour les pauvres de la ville – avant Pessa’h et au début de l’hiver pour le bois de chauffage. La communauté juive a demandé au Rogatchover d’annoncer au grand public de faire un don lors de l’appel biannuel afin que les pauvres puissent supporter le froid glacial. Le Rogatchover a accepté et publié une annonce demandant aux gens de contribuer. L’annonce était concise et remplie de sources de la Torah sur le danger du froid.

Le Rogatchover était très compétent dans le domaine médical grâce à son expertise du Talmud où toutes sortes de maladies et de remèdes sont mentionnés. Par exemple, lorsqu’il a eu besoin d’une opération urgente, après que son médecin personnel, le célèbre chirurgien Mintz de Riga, l’ait examiné et diagnostiqué la maladie, le Rogatchover a essayé de le contredire en citant un passage du Yerouchalmi au sujet de l’évolution de la maladie. Il a dit que selon leYerouchalmi, la chirurgie devait être faite ailleurs et non à l’endroit indiquée par le professeur. Le professeur Mintz, qui s’est rappelé l’apprentissage de sa jeunesse, s’est levé et a déclaré: « Évidemment, je ne discuterai pas avec le Yerouchalmi. Je suggère donc que le Yerouchalmi opère le Rav, et non moi ».

Les Rabbanim et les Talmidim des Yechivot à l’étranger qui se rendaient à Dvinsk visitaient le Rogatchover. Certains avaient peur d’entrer et demandaient d’être escortés et présentés.

Un jour le Rogatchover m’a vu, il  retira son manteau chaud et le mis sur mes épaules et  dit: «Koidonover, l’hiver est en pleine force et tu sors sans manteau? Prends mon manteau. Je n’ai pas d’argent pour t’acheter un nouveau manteau, mais s’il n’y a pas d’autre choix, ça ira. »

Je ne pouvais pas refuser, car on ne pouvait pas refuser à un si grand homme. Jusqu’à aujourd’hui, je l’ai toujours comme souvenir.

Rav Shila Refael, le Rav de Kiryat Moshe à Jérusalem et petit-fils de Rav Yehouda Leib Fishman (Maimon), m’a raconté une histoire intéressante qui montre la grandeur et la rapidité de Rogatchover. C’était quand les Turcs régnaient sur la Palestine, et que chaque Juif qui n’était pas né à Eretz Yisroel devait être expulsé. Beaucoup d’entre eux qui étaient nés à l’étranger avaient juré qu’ils étaient nés à Eretz Israel, ce qui a satisfait les Turcs.

Le Rabbanim d’Eretz-Israel, Rav Fishman et Rav Abba Citron, le Rav de Petah Tikva, qui était le gendre du Rogatchover, ont demandé au Rogarchover s’il était permis par la Hala’ha de faire ce faux serment. La réponse qu’il leur a écrite disait simplement: C’est sûrement permis, voir K’subos daf 75.

Sur cette page, il est dit sur le verset (T’hillim 87): «Et de Sion, on dira que cet homme et cet homme sont nés en elle, car le Très Haut lui-même l’établira ». Le Rav Maisha, le petit fils de Rabbi Yehoshua ben Levi dit: «Celui qui y est né et celui qui prévoit d’y etre. » Rachi dit: « Celui qui prévoit s’appelle un de ses enfants. »

Ce ne sont là que quelques aperçus de la vie d’un grand homme d’Israël, un homme au visage lumineux, au visage brillant comme celui d’un ange céleste.

EN IMAGES. Hilloula sur le tombeau du Ari Zal à Tsfat

EN IMAGES. Hilloula sur le tombeau du Ari Zal à Tsfat

Rabbi Isaac Ashkenazi Louria (Jérusalem 1534- Safed 1572) est considéré comme le penseur le plus profond du mysticisme juif parmi les plus grands et les plus célèbres, et le fondateur de l’école kabbalistique de Safed. Il fut même identifié par certains Sages comme étant le Machia’h ben Yossef.

 

On le connaît aussi sous le nom de Ari, acrostiche de Ashkenazi (ou haEloqi) Rabbi Isaac, mais Ari signifie également «lion» en hébreu, Ari zal (Ari sa mémoire est une bénédiction) ou Ari hakadosh (le Saint Ari)

Rabbi Isaac Louria naît à Jérusalem. Son père, ashkénaze d’Europe centrale, y aurait immigré après son mariage avec une séfarade. À la mort prématurée de celui-ci, le jeune Isaac est élevé par sa mère, qui émigre en Égypte où son frère, Mordekhaï Frances, riche négociant, est installé.

L’année de ce déménagement est incertaine. D’après son propre témoignage, il aurait étudié à Jérusalem auprès du kabbaliste Kalonymos. Cependant, la tradition orale situe son arrivée chez son oncle à l’âge de sept ans. Rabbi Isaac Louria étudia dans une yéchiva sous la direction de Rabbi David ben Salomon ibn Abi Zimra et son successeur. Il s’y montra exceptionnellement doué, survenant à ses besoins grâce au commerce et au négoce.

À 15 ans, il épousa la fille de son oncle, après quoi les époux se retirèrent dans une île déserte sur le Nil qui appartenait à son oncle et beau-père. Rabbi Isaac Louria s’y consacra principalement au Zohar et aux œuvres kabbalistiques antérieures, mena une vie d’ascèse et commença à avoir des visions. Lire la suite 

En 1569, à la suite d’un appel intérieur, il s’installa à Safed. Jouissant rapidement d’une forte réputation de poète mystique, il commença à enseigner la Kabbale en académie, et à prêcher dans les synagogues. S’intéressant particulièrement aux idées de Moïse Cordovero, il étudia la Kabbale avec lui jusqu’à la mort de celui-ci. Lui-même mourut à Safed, au cours d’une épidémie, deux ans plus tard.

Rabbi Isaac Louria fut extrêmement révéré, ses disciples le créditaient de nombreux miracles, et le considéraient comme un saint (elohi, “divin”, n’est pas un terme honorifique fréquent dans le judaïsme. Il n’apparaît en réalité que pour lui.)  

Sa vie à Safed
Rabbi Isaac Louria y organisa la vie de ses disciples qui s’établirent dans des quartiers isolés.
Le matin du Shabbat, il organisait des processions pour aller recueillir l’esprit éthéré de la reine de Chabbat dans les champs voisins.
Après celles-ci, Louria donnait en général des explications sur sa doctrine.

Sa doctrine
Sa conception du monde est extrêmement influencée par les questions qui traversent la communauté à l’époque, traumatisée par les expulsions d’Espagne et les méfaits de l’Inquisition. Rabbi Isaac Louria y trouve des explications étonnantes mais cohérentes, et entrevoit la fin des souffrances du peuple juif, ce qui explique le succès de ses thèses, et la vitesse à laquelle elles se sont propagées.

Aux massacres, il répond que la mort physique n’est qu’une étape et que la vie de chacun sur terre a un but.
Il explique que les fautes des hommes entachent le Messie et retardent sa venue. Subséquemment, un rite de purification permettra de la hâter.

On peut retenir trois concepts clefs de sa doctrine.
Le tsimtsoum ou retrait (plutôt contraction) : retrait de Dieu d’une partie du monde pour laisser place à un vide où l’Eternel par l’intermédiaire d’un rayon procédera à la création en alimentant dix réceptacles appelés sefirot qui seront à l’origine de la vie et de la création.
La chevirat hakelim ou brisure des vases: A cette création parfaite initiale fut ajouté un rayon en ligne droite appelé homme primordial que ne purent contenir les réceptables de la lumière divine. Ils se brisèrent donc libérant la lumière divine sous forme d’étincelles, de copeaux qui se répartirent dans le monde.
Le Tikoun ou réparation: c’est à l’homme qu’incombe la tâche de réparer les vases. Pour ce faire, l’homme doit agir à l’intérieur de lui même pour faire le tri, rassembler les étincelles et que le peuple d’Israël la brisure originelle.

Son Œuvre
Rabbi Isaac Louria n’a rien écrit lui-même, tout ce qu’on connaît de lui a été consigné par ses disciples. On considère les plus probantes comme étant celles de Haïm Vital (1542-1620).
Parmi ses œuvres, mentionnons :
livre de l’Arbre de Vie (Sefer Ets Hayyim)
Livre des visions (Sefer haHetionot)
Livres sur les reincarnations (Sefer haGilulim)
Choulhan Aroukh Shel haRav Yitzhak Louria, commentaire sur l’ouvrage de Yossef Karo
Or’hot Tsaddikim
Patora de Abba

Son enseignement franchit rapidement les frontières d’abord celles du Moyen Orient puis de l’Euope de l’Ouest par l’Italie pour enfin parvenir aux communautés d’Europe Centrale. De nombreux ouvrage de vulgarisation de son Œuvre ont fleuri jusqu’au xviie siècle.

 

Des milliers de Hassidim du monde entier sont attendus ce Chabbat Guimel Tamouz au Ohel du Rabbi

Des milliers de Hassidim du monde entier sont attendus ce Chabbat Guimel Tamouz au Ohel du Rabbi

Des milliers de Hassidim venus du monde entier sont attendus le Chabbat Gimmel Tamouz au Ohel du Rabbi. Une tente géante climatisée est prévue pour l’hébergement.

Des milliers de Juifs de tous les âges vont passer ce Chabbat Guimel Tamouz près du cimetière Old Montefiore, à Springfield Gardens, Queens, New York.

Le pèlerinage annuel est coordonné par l’organisation « Ohel Chabad Lubavitch », dirigée par le Rav Abba Refson qui supervise le Ohel et les activités.

Cette année, ils prévoient d’ériger une grande tente climatisée pour fournir un hébergement pour ceux qui passeront les Chabbat au Ohel, à 5 minutes à pied de Ohel. Pour réserver un lit, inscrivez-vous sur www.ohelchabad.org/reserve.

D’autres logeront dans des appartements privés dans les environs et RV Motorhomes. Le Ohel fournira gratuitement les repas de Chabbath à tous les invités. Pour aider à couvrir l’immense coût, vous pouvez faire un don à www.bit.ly/DonateOhel.

Un Tsaddik, un Juste, qui quitte ce monde n’en disparaît pas, il s’y trouve avec une intensité encore plus grande, nous enseigne le Zohar. Lorsque, au début de la semaine prochaine, reviendra le 3 Tamouz, jour où le Rabbi quitta matériellement ce monde, cette phrase, immanquablement, résonnera dans l’esprit et dans l’âme de chacun. Car, avec le déroulement du temps, chacun constate à quel point la présence du Rabbi semble être encore plus sensible avec les années. Par ses enseignements, par les actions croissantes qu’il suscite aux quatre coins du monde, le Rabbi continue de guider, conduire, vivifier des centaines de milliers de personnes, diverses tant par leur origine que par leur mode de vie, leurs opinions ou leur situation géographique.

Certains pourraient penser que la grandeur du 3 Tamouz se limite à ces considérations. Certes, ces idées expriment une actualité indéniable – et, en cela, elles sont essentielles. Toutefois, si cette date se contentait d’incarner cela, les années qui passent ne verraient rien se rajouter aux acquis antérieurs. On dirait alors que ce jour n’est qu’une commémoration, même importante, parmi toutes les autres. Or il représente bien autre chose et sans doute est-ce en cela qu’il révèle sa profondeur et son urgence pour chacun, car il est un jour d’élévation. Cela signifie que, lorsqu’il revient, d’année en année, il ne réapparaît pas au même niveau. Il entraîne toujours dans un degré plus haut et ce progrès est infini. C’est ainsi que le Rabbi lui-même s’élève également de degré en degré. Il ouvre un chemin toujours nouveau et chacun peut le suivre. Plus encore, il importe pour chacun de s’élever avec lui.

Le propre d’une voie qui monte, c’est d’exister et d’offrir le passage. Mais il appartient à l’homme de s’y engager et d’en suivre les avancées. Cette route-là est spirituelle, c’est spirituellement qu’il faut savoir l’emprunter. C’est dire que le 3 Tamouz n’est pas qu’une journée qu’il faut marquer, c’est un moment rare qu’il faut vivre par l’action et par l’étude, par le cœur et par l’esprit. Ce jour tombe en début de semaine, a-t-on dit, comme pour souligner qu’il est un signe de commencement. Parce que c’’est une période nouvelle qui s’ouvre et que notre âme sait y trouver les ressources du renouveau. Afin que l’ombre recule pour faire place à la Lumière, celle du temps de Machi’ah.

 

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