À la suite de l’incident de Fly Dubai, une question resurgit : comment détecter une menace qui émane non pas d’une valise ni d’un passager, mais des membres de l’équipage eux-mêmes ? Une société israélienne présente un système qui prétend repérer des signes de suspicion au moyen de questions et de réponses sur smartphone, sans capteurs et sans contact physique. Reste que cette technologie n’est pas exempte d’erreurs, et toute la question est de savoir dans quelle mesure on peut se fier à ses résultats.

 

 

Après l’incident de Fly Dubai, où une catastrophe a été évitée grâce au sang-froid du commandant de bord et des passagers israéliens, une question qui préoccupe le monde de l’aviation refait surface : comment détecter une menace sécuritaire lorsque le soupçon ne porte ni sur une valise ni sur un passager, mais précisément sur la personne censée piloter l’avion et veiller à la sécurité de ceux qu’elle transporte ?

Une société israélienne du nom de S.D.S. présente un nouveau système qui entend relever ce défi d’une manière peu ordinaire : un contrôle de sécurité réalisé à l’aide du smartphone, sans capteurs, sans connexion à des appareils et sans contact physique. Selon l’entreprise, le contrôle ne dure que quelques minutes, à l’issue desquelles le système classe la personne examinée comme suspecte ou non suspecte.

L’idée paraît simple, mais elle repose sur une technologie qui tente de tirer des conclusions à partir des réactions d’une personne à des questions. Est-elle réellement capable de repérer qui dissimule des intentions malveillantes, et que se passe-t-il lorsqu’elle se trompe ?

On ne contrôle pas la valise, mais les réactions

Lors du contrôle de sécurité habituel dans un aéroport, l’attention se porte sur les objets qu’une personne transporte, sur ses documents et sur les informations recueillies à son sujet. Le nouveau système cherche à vérifier tout autre chose : les réactions de la personne elle-même au cours d’un interrogatoire.

Voici comment cela est censé fonctionner : la personne examinée reçoit une série de questions sur l’écran du téléphone et y répond en touchant l’écran. Pendant le processus, un système informatisé analyse les réactions physiques et cognitives liées à la réponse, les compare aux données sur lesquelles l’algorithme a été entraîné et tente de repérer des schémas qui éveillent le soupçon.

En termes simples, le système ne recherche ni arme ni explosif. Il tente de déceler, dans les réactions de la personne, des signes susceptibles d’indiquer, selon le modèle élaboré par l’entreprise, la nécessité d’un contrôle supplémentaire.

L’avantage que l’entreprise cherche à mettre en avant est la possibilité de mener le processus à l’aide d’un téléphone portable, en quelques minutes et sans l’équipement physique qu’exigeaient les versions antérieures de la technologie.

Il importe de bien distinguer : le système ne lit pas dans les pensées, et le simple fait de répondre à une question ne prouve nullement qu’une personne a l’intention de commettre un attentat. Il produit une évaluation informatisée, dont la fiabilité dépend de la capacité à distinguer les réactions de personnes différentes et des conditions dans lesquelles le contrôle se déroule.

Quatre pour cent d’erreurs, et dix pour cent de cas manqués

C’est ici qu’apparaît le point faible principal. Selon les données rapportées, lors d’un contrôle sans contact le taux de fausses alertes s’élève à environ quatre pour cent. Autrement dit, des personnes innocentes risquent elles aussi d’être signalées comme suspectes et dirigées vers un contrôle supplémentaire.

Parallèlement, le taux de non-détection des personnes animées d’intentions malveillantes s’élève, selon ces mêmes données, à environ dix pour cent. Cela signifie que toutes les personnes que le système est censé repérer ne seront pas nécessairement repérées.

Pour saisir ce que cela implique, supposons que mille membres d’équipage passent le contrôle. D’après le taux de fausses alertes publié, une quarantaine de personnes risqueraient d’éveiller le soupçon alors qu’elles ne constituent aucune menace. À l’inverse, une partie de celles qui représentent effectivement une menace risqueraient de franchir le contrôle sans qu’aucun signalement ne soit déclenché.

Ces chiffres illustrent pourquoi la rapidité du contrôle ne saurait suffire à elle seule. Lorsqu’il est question de la sécurité de centaines de passagers, il est d’une importance décisive non seulement de pouvoir repérer un soupçon, mais aussi d’éviter d’accuser des innocents et de réduire le risque de laisser passer une menace réelle.

Le contrôle arrivera-t-il dans les aéroports d’Israël ?

La société israélienne S.D.S. est active dans le domaine du contrôle de sécurité depuis des années. Le nouveau système s’appuie sur le savoir accumulé lors du développement d’une technologie d’interrogatoire antérieure, qui utilisait des capteurs pour analyser les réactions au cours d’un contrôle.

L’entreprise cherche désormais à transférer le processus vers le téléphone portable, afin de le rendre plus accessible et plus rapide. Selon le rapport, elle a été sélectionnée pour participer à un projet du ministère des Finances dans le domaine du contrôle de sécurité sans contact, dans le cadre de l’examen de technologies d’avenir destinées aux passages frontaliers.

Dans le contexte de l’incident de Fly Dubai, la possibilité de recourir à un outil supplémentaire pour contrôler les membres d’équipage pourrait intéresser les responsables de la sécurité. Cela ne signifie pas pour autant que le système sert déjà à contrôler les équipages aériens, ni qu’il est sur le point de devenir obligatoire sur les vols à destination d’Israël.

Pour qu’une telle technologie puisse s’intégrer au contrôle de sécurité, il faudra en éprouver la fiabilité en conditions réelles, examiner la manière de traiter les personnes signalées à tort et prendre en compte les limites juridiques liées à la collecte d’informations sur leurs réactions.

En fin de compte, la question n’est pas de savoir s’il est possible de transférer un contrôle de sécurité vers l’écran du téléphone, mais si l’on peut en tirer des informations suffisamment fiables pour aider à la prise de décision. Le développement israélien ouvre une voie nouvelle, mais le chemin qui mène de l’idée à un outil de sécurité digne de confiance exige encore un examen rigoureux.