Ce cours est retransmis
par téléphone
Tél.: +33159423068
code: 33 41 593 (♯)
ET SUR RADIO HASSIDOUT
RADIO HASSIDOUT
Proche du ciel, proche de la terre : le double chemin de l’âme selon Haazinou
Dans la Paracha Haazinou, Moché s’adresse aux cieux avec proximité et à la terre avec distance, tandis que le prophète Yechayahou inversera cet ordre bien plus tard dans l’histoire. Cette différence, éclairée à la lumière du Zohar et de la ‘Hassidout, dévoile un cheminement en deux temps que chaque juif est appelé à parcourir, de l’étude de la Torah vers l’action dans le monde. Le même fil conducteur traverse le sens profond des larmes des Dix Jours de Techouva et le mystère du Chofar, qui fait passer le cri le plus intime jusqu’à l’espace infini de D.ieu.
D’après les Si’hot de Chabbat Chouva 5727-5728 (1966-1968) et du 6 Tichri 5728 (octobre 1967)
Moché, proche des cieux ; Yechayahou, proche de la terre
Le Midrach Sifri enseigne que Moché Rabbénou était «proche des cieux et loin de la terre». C’est pourquoi, lorsqu’il s’adresse au ciel et à la terre au tout début de la Paracha Haazinou, il emploie deux verbes différents : «Haazinou Hachamayim» (prêtez l’oreille, ô cieux), une expression qui traduit la proximité, et «vetichma ha’aretz» (et que la terre entende), une expression qui traduit l’éloignement. Des générations plus tard, le prophète Yechayahou reprend la même image, mais dans l’ordre inverse : «Chim’ou Chamayim Vehaazini Eretz» (entendez, ô cieux, et prêtez l’oreille, ô terre). Le Sifri en conclut que Yechayahou, à l’inverse de Moché, était «loin des cieux et proche de la terre».
Cette conclusion soulève une difficulté de taille. Yechayahou est appelé par la tradition «le plus grand des prophètes». Comment expliquer qu’il ait pu se trouver, à cet égard, dans une position inférieure à celle de tout autre prophète, au point d’être qualifié de «loin des cieux» ? La réponse tient à la source même de la prophétie de chacun. La prophétie de Yechayahou provenait du monde de la Bria (Création), tandis que celle de Moché, comme il le dit lui-même : «et je parlerai», «les paroles de ma bouche», provenait de Zeir Anpin du monde de l’Atsilout (Émanation), un niveau infiniment plus élevé, «exalté et sublime» au-dessus de la Bria, de la Yetsira et de l’Assiya. Ainsi, même si Yechayahou est appelé «le plus grand des prophètes», cette grandeur ne concerne que les prophètes dont la vision demeure «dans un rêve» ; Moché, lui, appartenait à une catégorie entièrement différente, sans commune mesure.
une double instruction pour chaque juif
Or, tout verset de la Torah constitue un enseignement (hora’a) pour chaque individu, à chaque époque. Le verset «Haazinou Hachamayim» n’est donc pas seulement le récit d’une qualité propre à Moché : il est une instruction adressée à tout homme d’Israël, l’appelant à devenir lui aussi «proche des cieux et loin de la terre». Mais puisque le verset de Yechayahou, «Chim’ou Chamayim», fait lui aussi partie de la Torah, il constitue à son tour une instruction, complémentaire et non contradictoire : après avoir atteint le niveau de «proche des cieux», l’homme ne doit pas s’arrêter là ; il doit, à partir de cette même élévation, se hisser plus haut encore, jusqu’à devenir «proche de la terre».
Chaque enseignement de la Torah entretient un lien particulier avec le moment de l’année où il est lu. La coexistence, dans une seule et même Paracha, de ces deux directives complémentaires convient donc tout particulièrement aux Dix Jours de Techouva, ou aux quatre jours qui séparent Yom Kippour de Souccot, puisque c’est précisément à cette période que l’on y lit Haazinou.
pourquoi un Tsadik parfait doit-il pleurer ?
Les écrits de l’Arizal rapportent que «quiconque ne pleure pas durant les Dix Jours de Techouva n’a pas l’âme complète». L’explication la plus immédiate est connue : nos maîtres enseignent qu’en ces jours, D.ieu Se trouve «accessible» et «proche» de chaque juif — ce que la ‘Hassidout appelle «le rapprochement de la lumière vers l’étincelle». Si, malgré cette période si propice, un homme ne s’éveille pas à la Techouva jusqu’à en pleurer, c’est le signe que «son âme n’est pas complète», qu’elle s’est en quelque sorte «éloignée» au point de ne plus ressentir l’appel à revenir vers sa source.
Mais cette explication appelle elle-même une clarification. La formule employée, «quiconque ne pleure pas…», semble viser absolument chaque juif, y compris le Tsadik parfaitement accompli — l’Arizal rapporte d’ailleurs que son propre maître avait coutume de pleurer à Roch Hachana et à Yom Kippour. Or la Techouva, dans son sens le plus immédiat, concerne les fautes et les transgressions : comment exiger d’un Tsadik parfait, qui n’en a commis aucune, qu’il revienne en Techouva, au point que l’absence de larmes soit interprétée comme un défaut de son âme ?
S’agissant du Beinoni, une explication est possible : bien qu’il n’ait «jamais commis de faute et n’en commettra jamais», le mal qui subsiste dans la partie gauche de son cœur demeure présent «dans toute sa vigueur» et n’a «nullement été déplacé de sa place». Une forme de Techouva lui est donc naturellement requise ; s’il ne ressent pas ce combat intérieur jusqu’aux larmes durant les Dix Jours de Techouva, cela révèle un manque. Ce même raisonnement pourrait, à la rigueur, s’appliquer au Tsadik qui n’est pas parfaitement accompli, chez qui subsiste encore un reliquat infime du mal. Mais pour le Tsadik parfait, chez qui aucune trace du mal ne subsiste, la difficulté demeure entière.
deux sortes de larmes
L’Admour Hazakène explique, dans le Likoutei Torah, que les larmes évoquées par l’Arizal ne procèdent pas de la mélancolie, mais sont de la même nature que les larmes de Rabbi Akiva, qui «ruisselaient de ses yeux» lorsqu’il pénétrait les secrets de la Torah — des larmes de joie et de communion intense avec D.ieu. Cette lecture, cependant, ne peut à elle seule rendre compte du texte de l’Arizal, qui inclut expressément «chaque juif», alors que les larmes de communion à la Rabbi Akiva ne concernent, par nature, qu’un niveau très élevé, hors d’atteinte pour la plupart. Il faut donc conclure qu’il existe, chez le Tsadik parfait comme chez tout autre juif, un seul et même type de larmes, commun à tous : celles que provoque, chez chacun selon son niveau, l’éloignement de D.ieu.
Le fondement de la Techouva est en effet de «faire revenir l’âme à sa source et à sa racine» — «et l’esprit retournera vers D.ieu qui le lui a donné». Or, même le Tsadik parfait qui «sert D.ieu dans la crainte et un amour immense, avec délice», ne parvient finalement pas, dans son service d’ici-bas, au niveau d’attachement à D.ieu «dans la crainte et l’amour» qu’il possédait avant sa descente dans ce monde matériel — car «le corps ne peut le supporter». C’est cette réalité même qui doit éveiller, jusque chez le Tsadik parfait, la nostalgie de retrouver le niveau sublime qu’il connaissait avant sa descente ; et cette douleur de l’éloignement doit toucher son cœur jusqu’aux larmes, exactement comme chez le Beinoni ou même le racha, chacun selon son propre écart.
la descente de l’âme et le prix de l’existence propre
Une nouvelle difficulté se pose alors : cette descente, cette «incarnation», résultant du fait que «le corps ne peut le supporter», ne dépend en rien du libre arbitre du Tsadik lui-même. Si elle avait dépendu de son choix, un Tsadik parfait, dans la perfection de son service, l’aurait certainement corrigée. Pourquoi donc devrait-il pleurer et se repentir d’un éloignement dont il n’est pas la cause et dont la réparation ne dépend pas de lui ? Et surtout, le service du Tsadik parfait n’est pas accompli pour son propre intérêt, mais uniquement pour accomplir l’intention divine — or cette intention est précisément que son âme descende dans ce monde et s’y incarne. Pourquoi alors s’affliger d’une descente qui correspond exactement à la volonté d’En-Haut ?
La réponse est la suivante : le but de la descente de l’âme n’est pas la descente elle-même, mais l’élévation qu’elle rend possible — que l’âme parvienne à un attachement à D.ieu plus élevé encore que celui qu’elle connaissait avant sa descente. Or tant que le Tsadik demeure, en ce monde, «une chose à part», une «existence» distincte, il n’a pas encore accompli pleinement sa mission ; et ce défaut d’accomplissement, cette absence encore de complète nullification, doit lui causer une telle peine qu’elle finit par se traduire en larmes.
En réalité, l’âme est en son essence même divinité — simplement, une divinité qui «devient», en quelque sorte, créature, tout en demeurant, même après sa descente, foncièrement divine. C’est précisément cette racine divine qui lui donne la force de sortir du statut de créature pour atteindre la nullification totale dans l’existence divine — et cette sortie s’opère justement à travers l’amertume que l’âme ressent au sujet de sa propre «existence» séparée.
« Min HaMétsar » : de la détresse vers l’espace
C’est là le sens du verset des Psaumes : «Min HaMétsar Karati Ka, Anani VaMerha’v Ka» — «du sein de la détresse, j’ai appelé D.ieu ; Il m’a répondu par l’espace». Lorsque le juif ressent que, malgré toutes les élévations déjà atteintes dans son service, il se trouve encore dans le «Métsar», l’étroitesse — n’étant pas encore parvenu au niveau où il serait totalement annulé et uni à la lumière divine, mais demeurant encore «une chose à part, craignant D.ieu et L’aimant» — c’est précisément à travers cette perception même de l’étroitesse qu’il accède au «Merha’v», l’espace : il sort de l’étroitesse et des limites propres à la créature pour s’annuler et s’unir à D.ieu.
C’est là tout l’avantage des Dix Jours de Techouva, le temps où D.ieu Se trouve «accessible» et «proche», sur le reste de l’année — bien que «la Techouva et la prière soient toujours agréées». En ces jours, la Techouva n’est pas seulement «acceptée immédiatement», elle est aussi bien plus profonde : elle ne porte plus seulement sur les fautes, mais sur l’incarnation et l’existence propre elle-même, inhérentes à la descente de l’âme — et cela se ressent d’autant plus intensément en ce temps de «rapprochement de la lumière», car «quiconque est plus proche de D.ieu doit être davantage humble». C’est pourquoi, en ces dix jours où D.ieu est «accessible» et «proche» de chacun, même celui qui doit accomplir une Techouva ordinaire peut atteindre une amertume plus élevée et plus profonde au sujet de son éloignement fondamental — et c’est pour cela que «quiconque ne pleure pas» inclut tout Israël ensemble : chez tous, il peut exister, non seulement un même type de larmes, mais littéralement une seule et même larme.
le Chofar et le mystère de la royauté divine
Cette même idée éclaire pourquoi la Mitsva du Chofar provoque la révélation de la royauté de D.ieu sur Israël, comme l’enseigne le Talmud : «Récitez devant Moi des versets de royauté, afin de Me couronner Roi sur vous… et par quel moyen ? Par le Chofar.» La forme même du Chofar, étroit d’un côté et large de l’autre, exprime justement ce mouvement du «Min HaMétsar» vers le «Merha’v».
Une difficulté surgit pourtant : les Mitsvot, en tant que décrets d’un Roi, ne s’appliquent normalement qu’une fois le Roi déjà accepté comme tel par ses sujets — «Acceptez d’abord Ma royauté, et ensuite Je vous imposerai Mes décrets». Mais lorsqu’il s’agit de susciter, à l’origine même, le désir de D.ieu de régner — le «Tamlikhouni» — cela touche à un niveau qui rejoint l’Essence même de D.ieu ; comment un tel résultat pourrait-il être obtenu par une simple Mitsva, celle de sonner le Chofar ?
de l’essence à la royauté : bâtir une demeure ici-bas
La réponse tient précisément à la nature du «Min HaMétsar Karati» : ce cri ne provient ni d’une faute, ni même de la subtile trace du mal, mais simplement du fait que l’homme constitue une «existence», et n’est donc pas encore, en quelque sorte, «antérieur au Roi». Or, l’âme d’Israël ressent cette étroitesse précisément parce qu’elle est «proche de D.ieu au plus haut point», et plus profondément encore, parce qu’elle est enracinée dans l’Essence divine elle-même. Ce cri, jaillissant du plus profond du «Métsar», atteint donc l’Essence même, bien au-delà même de la dimension de la royauté.
Et puisque l’espace essentiel se manifeste justement par le fait que des créatures, tout en demeurant créatures, s’annulent totalement, le «Anani VaMerha’v» suscité par le Chofar s’exprime précisément dans le fait que «vous Me couronnerez sur vous» — c’est-à-dire, dans le langage de la Kabbale et de la ‘Hassidout, la «construction de la Malkhout» (royauté) : même dans la sefira de Malkhout, source et racine des créatures, se manifeste et agit la révélation de l’Essence — jusqu’à ce que «toute œuvre reconnaisse que c’est Toi qui l’as faite». C’est ainsi que s’accomplit le dessein pour lequel «D.ieu a désiré avoir une demeure dans les mondes inférieurs» : que les créatures d’ici-bas deviennent elles-mêmes une demeure pour Son Essence.
de la torah aux mitsvot : le programme de toute l’année
Tout ceci permet de comprendre le lien profond entre les Dix Jours de Techouva et la Paracha Haazinou. Durant l’année, le service divin porte principalement sur les affaires de la «terre» : l’étude de la Torah et l’accomplissement des Mitsvot tels qu’ils s’exercent dans ce monde matériel, au point que même les devoirs du cœur — la connaissance de D.ieu, l’amour et la crainte divine — s’exercent dans l’intellect et le cœur physiques. Mais lorsque vient le temps des Dix Jours de Techouva, temps consacré, comme leur nom l’indique, au «retour» — «et l’esprit retournera vers D.ieu qui le lui a donné» — chaque juif est appelé à vivre le «Min HaMétsar Karati» : ressentir l’amertume de se trouver enfermé dans l’étroitesse de ce monde, et «appeler» D.ieu, c’est-à-dire se tenir dans le désir et la soif ardente de s’unir à Lui.
Dans le langage concret du service divin : «les cieux» représentent la Torah, «la terre» représente les Mitsvot. L’un et l’autre comportent une supériorité propre : l’attachement et l’union de l’âme divine à D.ieu se réalisent principalement par l’étude de la Torah, tandis que la transformation du monde en demeure pour D.ieu se réalise principalement par l’accomplissement des Mitsvot. Aussi, tout juif doit-il vivre en lui les deux mouvements : au commencement de son service, il doit être «proche des cieux et loin de la terre». Il ne doit pas courir après le raffinement du monde ; son plaisir principal doit résider dans l’étude de la Torah — même s’il doit certainement, avec vitalité et joie, accomplir aussi les Mitsvot, mais seulement dans la mesure requise par la Halakha, tant qu’il demeure «loin de la terre».
Mais une fois animé de cet élan, il doit parvenir à la conscience que «l’étude n’est pas l’essentiel, mais l’action» — car «le but de sa création et de sa descente en ce monde» est précisément de transformer le monde en demeure pour D.ieu. Et c’est aussi la raison pour laquelle l’instruction d’être «proche de la terre» vient précisément par la voix de Yechayahou : l’une de ses prophéties majeures porte sur la Guéoula future, en laquelle s’accomplira un «acte grandiose». C’est donc lui qui nous enseigne qu’il faut être «proche de la terre» — c’est-à-dire s’atteler au raffinement et à la clarification du monde — afin que se réalise «toute œuvre reconnaîtra que c’est Toi qui l’as faite», dans la Guéoula véritable et complète, par notre juste Machia’h, et ce très prochainement.











