Chaque dimanche après-midi, durant des heures, le Rabbi se tenait dans le hall du 770 Eastern Parkway pour remettre à chaque visiteur un billet d’un dollar flambant neuf accompagné d’une bénédiction. Ces rencontres de quelques secondes, que le Rabbi lui-même qualifiait d’une forme de ye’hidout, sont devenues une institution à part entière. Le Rav Yehouda Krinsky, qui les organisait, revient sur cette pratique unique et sur la leçon de générosité qu’elle continue de transmettre.
Par le Rav Yehouda Krinsky
Un rendez-vous hebdomadaire au 770
Vous avez peut-être vu les extraits vidéo. Peut-être même y étiez-vous ? Chaque dimanche, en début d’après-midi, le Rabbi quittait son bureau et venait se tenir dans le hall du quartier général de Habad-Loubavitch, au 770 Eastern Parkway, à Brooklyn. Là, des heures durant, il recevait une longue file de visiteurs, hommes, femmes et enfants, qui s’étirait hors du bâtiment et faisait le tour du pâté de maisons. À chacun, le Rabbi remettait un billet d’un dollar flambant neuf accompagné d’une bénédiction, en demandant que cette somme soit ensuite donnée à l’œuvre de bienfaisance de son choix. Certains saisissaient également ce bref instant, en tête à tête avec le Rabbi, pour échanger quelques mots avec lui, solliciter un conseil ou un encouragement, lui présenter un ouvrage récemment paru, ou déposer une note qu’il lirait plus tard. Les dimanches soir, à l’issue de ce que l’on finit par appeler les « dollars du dimanche », le Rabbi me remettait le sac contenant tout ce que les gens lui avaient confié, et je lui présentais par la suite un inventaire de son contenu si varié.
Une institution née d’un simple geste
Les dollars du dimanche devinrent une institution à part entière. Pour maintenir un approvisionnement suffisant en billets neufs, j’avais pris des dispositions avec la Federal Reserve Bank de New York afin qu’elle en livre fréquemment à notre quartier général. Bien souvent, le dimanche, je croisais au 770 des personnes qui avaient pris l’avion depuis l’un des aéroports de la région new-yorkaise, venues d’aussi loin que l’Europe, dans le seul but de rencontrer le Rabbi, de recevoir sa bénédiction et un dollar, et d’échanger avec lui quelques mots. Elles reprenaient aussitôt le vol suivant pour rentrer là d’où elles venaient. Le Rabbi confia un jour qu’il considérait ces rencontres, ne durant chacune que quelques secondes, comme une forme de ye’hidout, ce terme ‘hassidique qui désigne la rencontre intime de deux âmes.
Des billets devenus des reliques
Les billets que distribuait le Rabbi devinrent emblématiques. Selon ses instructions, les gens conservaient le dollar qu’il leur avait remis et en donnaient un autre à la place. D’innombrables personnes chérissent aujourd’hui encore leur billet, précieux souvenir du Rabbi et source de bénédiction dans leur existence.
Quand deux êtres se rencontrent
Cette pratique singulière était en tout point propre au Rabbi. À maintes reprises, il citait son beau-père, le sixième Rabbi de Loubavitch, pour en expliquer le fondement : lorsque deux personnes se rencontrent, cela doit profiter à une troisième.
Aux origines d’une tradition
Si cette tradition régulière et hebdomadaire débuta le jour de l’anniversaire du Rabbi, en 1986, des distributions semblables avaient eu lieu auparavant, et d’autres encore en des occasions particulières, avant comme après. En arrivant au 770 le matin, avant les prières et avant d’entrer dans la synagogue, le Rabbi remettait souvent des pièces aux enfants afin qu’ils les déposent dans la boîte de Tsedaka. Son regard les suivait attentivement tandis qu’ils glissaient les pièces à l’intérieur.
Devenir des donateurs
Toutes ces heures innombrables et infatigables que le Rabbi consacra à distribuer personnellement des dollars destinés à la Tsedaka, les discours qu’il prononça sur la force de la Tsedaka, ainsi que l’attention aimante qu’il portait à un petit enfant glissant une pièce dans une pouchké, montrent à quel point il chérissait cette Mitsva et tenait à nous en transmettre la valeur. Explicitement et par l’exemple, le Rabbi nous a chargés de devenir des donateurs. Ces dollars du dimanche nous rappellent de faire du don et du partage une part de notre vie, une part de ce que nous sommes. Car la Tsedaka a le pouvoir de transformer non seulement nous-mêmes, mais le monde tout entier : « Grande est la Tsedaka, dit le Talmud (Bava Batra 10a), car elle rapproche la Rédemption. »














