Cinq cents adolescents venus de vingt-huit pays européens se sont réunis à Budapest pour le Congrès européen des jeunes Juifs. Durant quatre jours, ces jeunes ont transformé le cœur de la capitale hongroise en une célébration vibrante de fierté juive. Un événement porteur d’espoir à quelques jours de ‘Hanouka.
Un miracle statistique devenu symbole de résilience
Aksel Levis se décrit lui-même comme un « miracle statistique ». Seul élève juif de son établissement scolaire, il considère pourtant cette singularité comme une mission : porter son étude de la Torah, son respect du Chabbat et l’héritage de ses ancêtres dans chaque couloir qu’il traverse. Son histoire, loin d’être isolée, reflète celle de centaines de jeunes Juifs européens qui ont convergé vers Budapest du 27 au 30 novembre derniers.
Organisé conjointement par l’EMIH (Association des congrégations juives unies de Hongrie) et l’équipe internationale de CTeen au siège mondial de Habad-Loubavitch, ce congrès annuel représente pour beaucoup de ces adolescents le seul espace où la vie juive devient véritablement palpable.

Sur les traces d’une histoire douloureuse, un message d’espoir
Le choix du lieu n’était pas anodin. Tôt le vendredi matin, la place Madách Imre s’est emplie de jeunes célébrant ouvertement leur judaïsme, à quelques pas seulement de l’ancienne limite du ghetto de guerre. Là où leurs ancêtres avaient connu l’enfermement et la persécution, cinq cents voix se sont élevées à l’unisson tandis que l’ambassadrice d’Israël Maya Kadosh, des responsables locaux et des diplomates observaient la scène.
Rafael Haimoff, venu de Hanovre en Allemagne, lui aussi unique Juif de son école, a vécu ce moment comme une révélation. Pour la première fois, il se trouvait entouré de pairs qui comprennent intimement ce qu’exige aujourd’hui une identité juive visible.
« Ce rassemblement envoie un message puissant d’espoir », a déclaré le Rav Mendy Kotlarsky, président de CTeen International. « Contre toute attente, la jeunesse juive s’épanouit en Europe. L’impact se répercutera à travers le monde, chaque jeune rentrant chez lui avec la force de diriger et d’inspirer ses camarades. »

Quand le judaïsme devient une expérience du cœur
Le programme du week-end répondait aux réalités quotidiennes de ces adolescents. Des tables rondes ont abordé les questions de foi, de souffrance et de relation personnelle avec D.ieu. Des ateliers ont montré comment la Torah s’adresse aux défis contemporains. Des jeunes leaders ont partagé les pressions qu’ils subissent et expliqué pourquoi ils choisissent la fierté juive plutôt que l’effacement.
Elizabeth Geller, venue de Prague, a décrit cette expérience comme un tournant intérieur : « Pour la première fois, le judaïsme n’était plus seulement quelque chose que j’entendais ou lisais. Je l’ai ressenti dans mon cœur. »
Un Chabbat chargé d’émotion
Le Chabbat a conduit les participants au mémorial du Danube, où ils ont récité ensemble le Chema Israël, leurs centaines de voix juvéniles portant au-dessus des eaux. Durant les « Teen Talks » de l’après-midi, les témoignages personnels se sont succédé.
Tim Holland, également de Hanovre, a raconté avoir découvert ses origines juives à l’âge de neuf ans. Quatre ans plus tard, lors de sa Bar Mitsva, il a vu son grand-père franchir le seuil d’une synagogue pour la première fois depuis l’ère soviétique. « J’ai vu des larmes dans ses yeux », a-t-il confié. « À cet instant, j’ai ressenti une fierté profonde de voir la vie juive renaître dans ma famille. »
À la sortie du Chabbat, les adolescents ont célébré la Havdala dans leurs différents lieux d’hébergement avant de se retrouver à la synagogue d’Obuda pour une Mélavé Malka festive.

Budapest, berceau d’une communauté juive historique
Le choix de Budapest pour accueillir cet événement revêt une signification particulière. La capitale hongroise abrite la plus grande synagogue d’Europe, la majestueuse synagogue de la rue Dohány, construite entre 1854 et 1859 dans un style néo-mauresque saisissant. Avec ses 3 000 places assises, seul le Temple Emanu-El de New York la surpasse en capacité dans le monde. Franz Liszt et Camille Saint-Saëns y ont joué de l’orgue, témoignant de l’intégration remarquable de la communauté juive dans la vie culturelle hongroise du XIXème siècle.
À son apogée, avant la Seconde Guerre mondiale, la communauté juive représentait environ 5% de la population hongroise, soit quelque 800 000 personnes, dont la majorité résidait à Budapest. Cette communauté avait engendré d’illustres dynasties rabbiniques, notamment les Satmar, Sanz-Klausenburg et Munkacz, faisant de la Hongrie un foyer majeur de l’orthodoxie européenne.
L’histoire a tragiquement marqué ces lieux. En 1944, le quartier entourant la grande synagogue fut transformé en ghetto où 70 000 Juifs furent entassés. Le jardin de la synagogue, initialement prévu comme espace de détente, est devenu le lieu de sépulture de près de 2 600 victimes de la Shoah. L’Arbre de Vie, sculpture d’Imre Varga financée par l’acteur Tony Curtis, originaire de la région, porte sur ses feuilles les noms des victimes.
Un renouveau porté par Habad
Aujourd’hui, environ 100 000 à 138 000 personnes d’ascendance juive vivent en Hongrie, pour la plupart à Budapest. Au cours des trente dernières années, la communauté a connu un renouveau remarquable, largement impulsé par le mouvement Habad-Loubavitch.
L’activité de Habad en Hongrie a débuté peu après la chute du rideau de fer, avec l’arrivée du Rav Barou’h Oberlander, envoyé par le Rabbi pour établir des institutions d’étude de la Torah. Le Rabbi avait posé une condition à cette mission : « Seulement s’il y a un Mikvé Cacher à Budapest ! »
Le Rav Chlomo Kovesh de l’EMIH a souligné la réputation de la Hongrie comme environnement paisible pour la vie juive. Il a évoqué les dix centres Habad qui ont vu le jour à Budapest au cours des vingt dernières années, ainsi que deux écoles juives, une Yechiva et une université, animés par vingt-huit couples d’émissaires.
Parmi les institutions communautaires figurent aujourd’hui une garderie, des écoles, une Yechiva, des synagogues, un Beth Din, une maison d’édition en hongrois, un journal hebdomadaire et l’Université Milton Friedman, établissement laïc unique en son genre dans le monde Habad. Le gouvernement hongrois a d’ailleurs conclu un accord officiel avec Habad, reconnaissant le mouvement comme une communauté religieuse de première importance, au même titre que les catholiques, les protestants et les Juifs néologues.
Rapporter la lumière chez soi
Le dimanche matin, après les dernières prières et une tombola de Mitsvot, les adieux émouvants ont précédé le départ des autocars vers l’aéroport. Un « Wonderland de ‘Hanouka » avait empli l’espace de stands interactifs, menant à la cérémonie de clôture et à une « vente aux enchères de Ha’hlatot » où les participants se sont engagés à adopter de nouvelles pratiques juives.
À Copenhague, Rina Aronsohn retourne dans une école où elle aussi se retrouve presque seule comme élève juive. Elle observe le Chabbat, s’habille avec pudeur et demeure visiblement juive par choix. Avant son départ, elle a confié : « Alors que ‘Hanouka approche, je vais rapporter la lumière de ce week-end dans ma ville et à tous ceux qui m’entourent. »
Une promesse qui résonne comme l’essence même de cette fête des lumières, dans une ville où la flamme juive, malgré les tempêtes de l’histoire, n’a jamais cessé de briller.
















