La Torah nous enseigne que les adultes portent une responsabilité particulière envers les enfants, même lorsque ces derniers ne comprennent pas encore le monde spirituel. Cette leçon explore la profondeur métaphysique de cette connexion, révélant comment l’essence juive transcende les différences d’âge et de compréhension, tout en étant enracinée dans les textes sacrés.
Par le Rav Itshak Meir Weiss / Likoutei Sihot vol. 7 Parachat Emor, Si’ha 1
La parasha commence par l’interdiction faite aux Cohanim
La parachat Emor commence par l’interdiction concernant l’impureté des Cohanim. Il est dit à la fin : « Tu leur parleras ». Dans le commentaire de Rachi sur la Torah, il précise : « Les grands doivent avertir les petits ». Rachi relève une nuance dans le texte.
Il y a ici une variation par rapport à la formulation habituelle. La formulation habituelle est : « L’Éternel parla à Moïse en disant… » puis « Tu leur parleras ». Notre paracha, pour une raison particulière, commence par « Dis » une fois, puis « Tu leur parleras ». Rachi relève donc cette nuance à partir de la Guemara.
En fait, il y a ici deux instructions : la première consiste à avertir les adultes eux-mêmes de ne pas transgresser l’interdiction ; la seconde est d’avertir les adultes concernant les enfants, pour qu’ils ne provoquent pas délibérément l’impureté des jeunes Cohanim.
Les enfants et la responsabilité
Un jeune Cohen n’est pas lui-même soumis au commandement. Le commandement s’adresse aux adultes, pour qu’ils ne rendent pas délibérément impurs les enfants. L’interdiction est de ne pas leur donner délibérément [ce qui est impur]. Les empêcher [de se rendre impurs] devient plus complexe. Qui exactement est obligé de les empêcher ? Un Cohen est-il tenu par l’obligation de séparation ? Seul son père est-il obligé de l’en séparer ? L’interdiction mentionnée ici est de ne pas leur donner délibérément [l’impureté], mais de façon générale, il y a une responsabilité des adultes envers les enfants.
Les trois interdictions fondamentales
Cette règle qui interdit de donner délibérément quelque chose d’interdit aux enfants se retrouve dans deux autres cas dans la Torah : pour les animaux rampants impurs et pour le sang. Il est écrit explicitement dans notre Houmash du Lévitique, chapitre onze, à propos des animaux rampants impurs. Nous l’avons lu la semaine dernière, après, je crois, « voici les animaux »… On déduit de chacun de ces versets qu’il est également interdit de donner des animaux rampants impurs aux enfants, et aussi d’avertir les adultes concernant les enfants à propos du sang. De ces trois interdictions – animaux rampants, sang et impureté des prêtres – nous apprenons que ce principe s’applique à tous les commandements de la Torah.
Pourquoi trois interdictions distinctes ?
La Guemara explique qu’il y a une raison pour laquelle ce principe est mentionné dans ces trois cas spécifiques. Si ce n’était écrit que pour l’un d’entre eux, on n’aurait pas pu l’étendre à tous les autres commandements.
Pour les animaux rampants, leur interdiction a une sévérité particulière : même une quantité infime est interdite. On aurait pu penser que c’est seulement pour une interdiction aussi sévère que les adultes sont responsables des enfants.
Pour le sang, il y a une autre sévérité : c’est passible de retranchement (karet). On aurait pu penser que c’est seulement pour les interdictions passibles de retranchement que les adultes sont responsables des enfants.
Si l’interdiction était mentionnée uniquement pour ces deux cas, on aurait pu penser qu’elle ne s’applique qu’aux interdictions qui concernent tout Israël, mais pas à celles qui ne concernent qu’une partie d’Israël, comme l’impureté des Cohanim qui ne concerne que les prêtres.
L’essence de la responsabilité
La question demeure : pourquoi la Torah a-t-elle choisi ces trois interdictions spécifiques ? Il faut comprendre que le principe de la responsabilité des adultes envers les enfants est intrinsèquement lié aux caractéristiques particulières de ces interdictions.
La raison pour laquelle la Torah enjoint aux adultes de veiller sur les enfants est qu’il existe un lien fondamental entre eux. Si la Torah ordonne explicitement aux adultes de veiller à ce que les enfants ne transgressent pas, cela signifie qu’il existe une connexion profonde entre les deux.
Mais voici la question : les enfants dont les adultes sont responsables sont parfois trop jeunes pour comprendre quoi que ce soit. Quelle relation peut-il y avoir entre eux et les adultes pour que ces derniers soient si fortement avertis à leur sujet ?
Le point d’essence du judaïsme
La relation qui existe entre eux, et c’est un point crucial, c’est le « point d’essence du judaïsme » qu’ils partagent tous deux. Ce point d’essence transcende toutes les expressions particulières.
Prenons un exemple concret : une pomme. « Pomme » est une définition abstraite par nature. La preuve en est qu’il existe de nombreux types de pommes différentes – rouge, jaune, plus ou moins sucrée. Quand vous allez au magasin, vous voyez une pomme sans savoir exactement quelle couleur vous avez choisie. Les pommes sont très diverses, mais toutes partagent une essence commune : être une pomme. On ne peut pas prendre une pomme sans qu’elle ait une expression particulière – elle est soit rouge, soit jaune, soit verte, plus ou moins sucrée.
De même, qu’est-ce qu’être juif ? Pour un adulte, être juif se manifeste apparemment par la compréhension et l’étude, ou pas nécessairement l’étude, cela peut aussi être un sentiment ou un acte accompagné d’émotion. Cela s’exprime d’une manière très spécifique. Mais il faut comprendre que, tout comme pour la pomme, ce qui fait qu’un juif est juif est quelque chose d’essentiel qui peut avoir différentes expressions.
L’analogie avec la force vitale
Nous retrouvons ce même principe concernant la force vitale. Dans la manifestation de la vitalité, il y a toutes sortes de différences, mais nous pouvons discerner qu’il existe un point d’essence de la vitalité, et dans ce point, tous sont égaux.
La différence entre grand et petit réside dans l’expression de la vitalité, dans la révélation et la vitalité particulière mesurée selon le corps qu’elle anime. Il y a des gens plus vivants, plus sains, d’autres moins forts, moins sains, moins intelligents, moins émotionnels. L’expression de la vie varie beaucoup d’une personne à l’autre.
De même, dans le corps lui-même : certains organes sont plus vivants, plus actifs, plus animés, et d’autres sont très simples, apparemment sans expression de vitalité. La vitalité varie dans le corps d’une personne entre un organe et un autre, et même dans un même organe selon les périodes.
Mais dans le point d’essence de la vitalité, qui n’est pas déterminé par le corps, de même qu’on ne peut pas dire qu’un organe possède plus le point d’essence de la vie qu’un autre, même dans les talons, où il n’y a pas de manifestation de vitalité comme dans le cerveau ou le cœur – on ne peut pas dire que le cœur, dans l’essence même de la vie, est différent du talon. Les deux sont vivants, c’est vrai que l’expression de la vitalité dans le cœur se manifeste par une activité intense, tant émotionnelle que physique, alors que le talon est apparemment très simple, très matériel, mais dans le point d’essence, les deux sont des réalités vivantes.
L’égalité essentielle
De même, on ne peut pas dire que la vitalité existe davantage dans un corps que dans un autre. On ne peut pas affirmer qu’une personne possède plus d’essence vitale qu’une autre. Comme on le sait, l’âme qui anime le corps d’un nouveau-né pourrait animer le corps d’Og, roi de Bashan. Bien que l’expression de la vitalité chez Og soit incomparablement plus grande que celle d’un petit enfant, dans l’essence de l’âme, les deux partagent le même point de vitalité.
Et comme c’est le cas pour l’âme vitale, c’est aussi vrai pour l’âme divine. La différence entre un juif et un autre réside dans les manifestations extérieures, mais dans le point d’essence du judaïsme, tous sont égaux. Dans le judaïsme, il y a l’essence même du judaïsme, identique chez tous, et il y a l’expression, les manifestations. Chez les adultes, cela se traduit par l’étude et la compréhension, par les aspects riches de la vie d’un adulte. Chez l’enfant, cela n’a pas d’expression, comme la manifestation de la vitalité dans le talon n’est pas exprimée, mais dans l’essence, dans le point de vitalité qui fait qu’un corps est vivant, les deux sont identiques et égaux.
















