Figure emblématique du mouvement Loubavitch, Rav Bentsion Chemtov a consacré sa vie à la préservation du judaïsme face à la répression communiste. De la Sibérie aux salles de classe londoniennes, ce résistant de l’ombre a bâti un réseau éducatif qui perdure aujourd’hui. Son parcours extraordinaire illustre le courage de toute une génération de Rabbanim qui ont risqué leur vie pour transmettre la Torah.

 

 

Un chant composé par le Rav Bentsion Chemtov

 

Né en 1902, Rav Bentsion Chemtov fait partie des dix jeunes hassidim sélectionnés par Rabbi Yossef Its’hak Schneerson pour maintenir clandestinement l’enseignement juif en Russie soviétique. Emprisonné en Sibérie pour ses activités religieuses, il poursuit sa mission après sa libération avant de s’installer en Angleterre en 1947. Sous la direction de Rabbi Menahem Mendel Schneerson, il développe les institutions Loubavitch à travers le monde jusqu’à sa mort accidentelle en 1975 à Kfar Habad.

Formation et engagement précoce à Loubavitch

Rav Bentsion Chemtov naît en 1902 dans un contexte où le judaïsme traditionnel fait encore partie intégrante de la vie en Europe de l’Est. Sa formation s’effectue à la prestigieuse Yechiva Tom’hei Temimim de Loubavitch, institution qui forme l’élite spirituelle du mouvement hassidique. Cette éducation rigoureuse forge chez le jeune homme une détermination qui s’avérera cruciale face aux épreuves à venir.

L’enseignement reçu dans cette Yechiva dépasse le simple apprentissage des textes sacrés. Les étudiants y développent une vision du monde où la diffusion de la Torah constitue une mission existentielle, préparant ainsi Rav Chemtov à son futur rôle de résistant spirituel.

La sélection des dix héros de la foi

Lorsque la Révolution russe de 1917 porte au pouvoir un régime farouchement anti-religieux, Rabbi Yossef Its’hak Schneerson prend une décision historique. Face à la menace d’anéantissement du judaïsme en Russie, il sélectionne dix jeunes hassidim d’exception, dont Rav Chemtov, en leur demandant d’être prêts au sacrifice ultime.

Cette mission clandestine vise à maintenir coûte que coûte le réseau des Yechivot et Talmudei Torah à travers l’immense territoire soviétique. Chacun de ces volontaires comprend qu’il s’engage dans une voie semée d’embûches, où l’emprisonnement et la mort constituent des risques permanents.

Emprisonnement en Sibérie et sacrifice personnel

Les activités de Rav Chemtov pour « le renforcement du judaïsme » n’échappent pas longtemps à la surveillance du régime. Les autorités soviétiques l’arrêtent et le condamnent à l’exil en Sibérie, région où la rigueur climatique s’ajoute aux conditions carcérales inhumaines.

Cette période d’emprisonnement bouleverse également sa vie personnelle. Fiancé à Esther Golda Futerfass peu avant son arrestation, il doit attendre quatre longues années avant de pouvoir célébrer leur mariage. Cette épreuve illustre les sacrifices imposés à toute une génération de familles juives par la répression stalinienne.

Renaissance et reconstruction en Angleterre

Sa libération ne marque pas la fin de son engagement. Rav Chemtov poursuit ses activités avec la même détermination, incarnant cette notion de « Messirout Nefesh » – le don de soi total pour une cause sacrée. Cette persévérance attire l’attention de Rabbi Yossef Its’hak Schneerson qui, en 1947, lui confie une nouvelle mission.

Son départ pour l’Angleterre ouvre un nouveau chapitre de sa vie. À Londres, il établit un Talmud Torah qui devient rapidement un pilier de l’éducation juive britannique. Son travail patient et méticuleux contribue significativement au développement des institutions Loubavitch dans ce pays, posant les bases d’une communauté florissante.

Mission mondiale sous Rabbi Menahem Mendel Schneerson

L’année 1951 marque un tournant décisif avec l’accession de Rabbi Menahem Mendel Schneerson à la tête du mouvement Loubavitch. Le nouveau dirigeant confirme la confiance accordée à Rav Chemtov en lui demandant de poursuivre sa « Chli’hout » – sa mission d’émissaire pour la diffusion de la Torah.

Cette nouvelle phase s’accompagne d’une dimension internationale. Rav Chemtov entreprend des voyages réguliers en Amérique du Nord et du Sud, ainsi qu’en Erets Israël. Ces déplacements témoignent de sa reconnaissance comme figure majeure du mouvement et de sa capacité à adapter son message aux contextes les plus variés.

Héritage et disparition tragique à Kfar Habad

Le 5 Tamouz 5735 (1975), Rav Chemtov se trouve à Kfar Habad pour un projet qui lui tient particulièrement à cœur : la création d’une école d’imprimerie destinée aux nouveaux immigrants de Russie. Cette initiative illustre parfaitement sa vision : offrir aux rescapés du régime soviétique les outils de leur renaissance spirituelle et matérielle.

Le destin en décide autrement. Victime d’un accident de voiture, Rav Bentsion Chemtov décède peu après, laissant derrière lui un héritage considérable. Son parcours, de la Sibérie aux salles de classe londoniennes, de la résistance clandestine à la reconstruction communautaire, incarne l’esprit de résilience qui caractérise le judaïsme du XXe siècle.

Aujourd’hui, les institutions qu’il a contribué à établir perpétuent sa mémoire et poursuivent sa mission. Son exemple rappelle que la transmission de la Torah nécessite parfois des sacrifices extraordinaires, mais que cette détermination peut surmonter les obstacles les plus redoutables.

 

Ses enfants sont :
Rav Avraham Its’hak Shem Tov
 – Chaliah  à Philadelphie
,
Mme Bassie Azimov a »h – Chlou’ha à Paris,
Mme Soudak – Chlou’ha à Londres,
Rav Israël Shemtov –  Crown Heights,
Rav Menahem Mendel Shemtov a »h – Crown Heights
et  
Rav Chalom Ber Shemtov – Roch Yechiva à Detroit.

 

Photo prise au Beth Loubavitch en 1973
De droite à gauche: Rav Schlammé, Rav Nissan Nemanov, Reb Sender Menkin (Grand père de Mme Gourevitch de Lyon), Rav Ben Tsion Chem Tov, Rav Chmouel David Belinov, Rav Korkacz (fondateur des boulangerie Korkacz).
Debouts, de droite à gauche: Haim Mellul, Its’hak Gabay, khamous Malih, Elie Uzan,Yossef Schoukroun, Moché Sarfati
En bas à droite de profil : Mr René Aidan