La Création Continue et la Providence Divine – (Tanya, Chaar Hayéhoud Véhaémounah ch. 2) – Rav Yossef Itshak Ofen

La Création Continue et la Providence Divine – (Tanya, Chaar Hayéhoud Véhaémounah ch. 2) – Rav Yossef Itshak Ofen

Dans les profondeurs du Tanya, l’Admour Hazaken dévoile une vérité fondamentale sur la nature même de l’existence : loin d’être un acte ponctuel relégué aux origines du temps, la création divine constitue un processus perpétuel qui se renouvelle à chaque instant. À travers l’enseignement lumineux du Baal Shem Tov, nous découvrons comment D.ieu maintient constamment l’univers dans l’être, révélant ainsi la portée véritable de Sa providence qui s’étend jusqu’aux moindres détails de la création.

 

Rav Yossef Itshak Ofen

La Parole Divine : Source Permanente de Toute Existence

Le Baal Shem Tov nous transmet une compréhension révolutionnaire du verset : « À jamais, Éternel, Ta parole subsiste dans les cieux » – לעולם ה’ דברך נצב בשמיים. Cette « parole » désigne les dix Paroles divines – עשרה מאמרות par lesquelles furent créés tous les firmaments. Mais contrairement à une conception statique de la création, ces paroles demeurent éternellement présentes, revêtues dans tous les firmaments pour les maintenir continuellement en vie.

Si cette force divine qui engendre les cieux venait à se retirer ne serait-ce qu’un instant, ces lettres divines retourneraient immédiatement au néant absolu, retrouvant l’état qui était le leur avant la création. Cette loi s’applique universellement à toutes les créatures, qu’elles appartiennent aux mondes supérieurs ou inférieurs.

Même l’inanimé, dans son apparente inertie, participe de cette vitalité spirituelle. Comme l’enseignent nos maîtres, les pierres elles-mêmes puisent leur existence dans les dix Paroles divines qui les maintiennent dans l’être à chaque instant, leur insufflant une vie cachée mais réelle.

L’Alchimie des Lettres Divines

Certaines créatures échappent à une mention explicite dans les dix Paroles de la Torah, mais elles n’en demeurent pas moins bénéficiaires de cette vitalité divine. Elle leur parvient par le biais de combinaisons subtiles et de permutations des lettres sacrées. En effet, la vitalité pure des dix Paroles s’avère trop intense pour les créatures particulières dans leur limitation. Elle doit donc subir un processus de descente et de contraction, passant par diverses transformations, permutations et guématries, jusqu’à pouvoir se revêtir harmonieusement dans chaque créature particulière.

Le nom de chaque être en langue sainte ne relève pas du hasard ou de l’arbitraire humain. Il constitue le réceptacle même de la vitalité qui se contracte dans ses lettres. Ainsi, le nom hébreu de chaque créature n’est nullement une appellation conventionnelle sur laquelle les hommes se seraient accordés par commodité. Il exprime la modalité même par laquelle cette créature reçoit sa vitalité des lettres divines qui composent son nom.

La Puissance Créatrice des Dix Paroles

Les dix Paroles de la Torah possèdent l’extraordinaire pouvoir de créer quelque chose à partir du néant absolu. Cette capacité découle de leur origine même : elles émanent de la Torah, et « la Torah et le Saint béni soit-Il ne font qu’un » – אורייתא וקודשא בריך הוא כולא חד. Ce pouvoir de créer ex nihilo appartient exclusivement au Saint béni soit-Il, manifestation de l’Infini qui seul peut transcender les lois de la logique ordinaire.

Cependant, pour que les créatures demeurent dans leur état de limitation nécessaire, cette vitalité divine et ces lettres sacrées s’avèrent parfois d’une intensité excessive. Elles requièrent alors un processus de transformations et de permutations sophistiquées, jusqu’à ce que cette vitalité puisse atteindre chaque créature particulière selon sa capacité, la maintenant en vie et la créant véritablement à chaque instant qui passe.

La Création : Un Processus Perpétuel, Non Ponctuel

L’enseignement que nous venons d’explorer nous conduit à une conclusion révolutionnaire. Notre conception naturelle nous porte à imaginer que le Créateur n’a agi qu’une seule fois au commencement des temps, créant l’univers qui, depuis lors, subsisterait de manière autonome. Cette vision, largement répandue, conçoit la création comme un événement inaugural après lequel les créatures auraient acquis une existence indépendante.

L’innovation fondamentale révélée ici bouleverse cette conception : la création ne constitue pas un événement ponctuel du passé, mais un processus qui se déploie à chaque instant. Pour que l’univers continue d’exister, il faut que l’acte créateur se renouvelle perpétuellement.

Cette compréhension éclaire d’un jour nouveau la question de l’anéantissement possible du monde. Tandis que certains imaginent que le Créateur devrait recourir à des catastrophes – incendies cosmiques, déluges universels ou tempêtes destructrices – notre enseignement révèle une vérité plus profonde : le Créateur n’aurait nul besoin d’intervenir activement pour faire cesser l’existence. Il lui suffirait de suspendre Son acte créateur continu, et l’univers retournerait instantanément au néant.

Le Créateur doit donc constamment faire exister la création, à chaque fraction d’instant, dans un renouvellement perpétuel qui échappe à notre perception ordinaire.

L’Erreur fondamentale : Nier la Providence Particulière

Cette compréhension révèle la source profonde de l’erreur de ceux qui nient la providence particulière – doctrine pourtant reconnue comme l’un des fondements essentiels de la foi. Si nous acceptions la conception erronée selon laquelle le Saint béni soit-Il n’aurait créé qu’une seule fois, abandonnant ensuite Sa création à une existence autonome, la notion même de providence perdrait toute signification et toute nécessité.

La Séduction de l’Idolâtrie

Cette erreur fondamentale constitua précisément le piège de l’idolâtrie antique. Les idolâtres professaient que le Saint béni soit-Il avait confié la terre aux astres et aux constellations, à la manière d’un monarque qui délègue ses pouvoirs à des ministres et des fonctionnaires. Ces derniers gouvernent certes selon les directives royales, mais le roi demeure dans ses appartements, détaché de la gestion quotidienne des affaires.

Appliquant cette logique défaillante au divin, ils imaginaient que le Saint béni soit-Il avait établi des anges dirigeants, puis s’était retiré de toute intervention directe. Cette conception les conduisit naturellement vers l’idolâtrie : ils se mirent à adorer les anges intermédiaires, bien qu’ils reconnussent que ces derniers tiraient leur pouvoir du Créateur suprême. Leur erreur résidait précisément dans cette conviction que le Créateur ne s’impliquait plus directement, laissant aux anges une autonomie décisionnelle.

Les Motivations du Déni

Pourquoi niaient-ils la providence particulière ? Leur refus s’enracinait dans une conception erronée de la dignité divine. Il leur paraissait indigne que le Saint béni soit-Il s’abaisse aux préoccupations matérielles les plus triviales. Pourquoi le Roi suprême se soucierait-Il de détails infimes ? Un fonctionnaire subalterne ne pourrait-il s’en charger ? Ils jugeaient inconvenant que le Saint béni soit-Il surveille la croissance d’une herbe quelconque.

Cette vision trouve un écho, sous une forme atténuée, jusque dans certains courants de la pensée juive traditionnelle. Même parmi les sages d’Israël, des opinions divergentes existent concernant l’étendue de la providence particulière. Tous s’accordent sur l’existence d’une providence particulière absolue concernant chaque juif, jusque dans les moindres détails de son existence. Mais pour l’ensemble du monde, certains limitent l’intervention divine à une providence générale, excluant que chaque détail – le vol d’un oiseau vers une destination précise, le mouvement d’une herbe ou d’une feuille sous l’effet du vent – soit l’objet d’un décret divin particulier.

L’Innovation révolutionnaire du Baal Shem Tov

C’est précisément sur ce point que le Baal Shem Tov apporta une innovation révolutionnaire. Sa doctrine de la providence particulière s’étend à chaque détail de l’existence, si infime soit-il, chacun entretenant un rapport essentiel avec l’harmonie générale de la création. Chaque détail, loin d’être anecdotique, participe à la perfection de l’ensemble.

Lorsqu’une herbe croît et que le vent la fait osciller, il existe un décret supérieur précis concernant chacun de ses mouvements : combien d’oscillations vers l’ouest, combien vers l’est, combien vers le sud et le nord, vers le haut et vers le bas. Chaque mouvement, si imperceptible soit-il, procède d’une volonté divine spécifique.

Cette conception s’harmonise parfaitement avec notre enseignement sur la création continue. Puisque le Créateur doit créer constamment chaque élément de l’existence, Il crée nécessairement cet élément dans tel mouvement précis, puis le recrée dans le mouvement suivant. S’Il le crée, comment pourrait-Il ne pas le superviser ? La supervision découle logiquement et nécessairement de l’acte créateur lui-même.

En revanche, ceux qui nient la providence se trouvent contraints, par cohérence logique, de nier également la réalité des miracles. Si D.ieu n’intervient pas dans le cours ordinaire des choses, pourquoi interviendrait-Il exceptionnellement ? Dans leur conception, le monde fonctionne selon les lois naturelles autonomes, excluant toute intervention divine, qu’elle soit ordinaire ou miraculeuse.

La Différence fondamentale : Œuvre humaine versus Œuvre Divine

Ceux qui établissent une analogie entre l’œuvre divine et l’œuvre humaine commettent une erreur conceptuelle majeure. Comme l’exprime l’Écriture, ils « assimilent les cieux et la terre » – ils ne sont pas seulement dans l’erreur théologique, mais font preuve d’un défaut de raisonnement fondamental.

L’Admour Hazaken entend démontrer la vérité de la providence particulière non seulement par la foi, mais par la raison pure. Il existe des preuves rationnelles contraignantes que l’intelligence doit accepter concernant cette doctrine.

L’Analogie trompeuse de l’artisan

L’œuvre divine ne saurait être comparée à l’œuvre humaine. Lorsqu’un artisan achève son travail, l’objet qu’il a façonné acquiert une existence autonome. La différence essentielle entre l’activité humaine et la création divine – « qui fait quelque chose à partir du néant » – leur échappe totalement.

L’analyse révèle les limites de l’action humaine. L’être humain, en réalité, ne crée rien ex nihilo. Que fait-il concrètement ? Il prend un morceau d’argent et le façonne, en fait un objet – une menorah ou un gobelet. A-t-il véritablement innové ? Nullement. La matière première existait déjà ; elle possède désormais une forme particulière. L’artisan n’a fait que modifier la configuration extérieure sans rien ajouter à la substance elle-même. La quantité de matière demeure rigoureusement identique.

Il devient évident que l’artisan n’est plus nécessaire une fois son œuvre achevée. Même avant son intervention, cette réalité matérielle existait sous forme de matière première informe. La transformation de la forme ne constitue pas une véritable innovation, car l’inanimé conserve naturellement la configuration qu’on lui imprime.

Cette propriété de l’inanimé s’observe facilement : si vous déplacez un objet d’un endroit à un autre, il demeure immobile à l’endroit où vous l’avez placé. De même, une fois la matière première transformée en objet fini, celui-ci conserve sa forme de manière permanente. Cette stabilité ne témoigne d’aucune innovation véritable, mais simplement des propriétés intrinsèques de la matière inerte.

L’artisan n’a donc rien ajouté à l’être de la matière ; il s’est contenté de réorganiser l’existant selon une configuration nouvelle.

L’Œuvre Divine : L’Innovation absolue

L’œuvre du Créateur – la création des cieux et de la terre – relève d’une tout autre dimension : elle constitue véritablement « quelque chose à partir du néant ». Cette expression désigne l’apparition d’une réalité qui n’existait absolument pas auparavant. Le Créateur a fait surgir l’être du non-être, innovation absolue qui transcende toute analogie avec l’activité humaine.

Quelle est la nature de cette innovation ? L’innovation elle-même n’est autre que la force qui l’actualise. L’existence créée n’a pas d’autre substance que la puissance divine qui la fait être.

L’Analogie du lancer de pierre

Une parabole classique illustre cette vérité avec l’exemple du lancer de pierre. Lorsque quelqu’un lance une pierre, l’effet dépend entièrement de la direction imprimée. S’il la projette vers le bas, elle y demeure naturellement, car telle est sa tendance intrinsèque. Le lanceur n’a rien modifié à sa nature.

Mais s’il la projette vers le haut, la pierre s’élève certes, mais uniquement sous l’impulsion d’une force extérieure qui la pousse. Dès que cette force cesse d’agir, la pierre retombe inexorablement vers le bas.

Nous ne saurions prétendre qu’après avoir été lancée vers le haut, la pierre aurait acquis une propriété volante permanente. L’élévation résulte exclusivement de l’impulsion reçue, impulsion étrangère à sa nature propre. Il apparaît donc évident que cette force doit demeurer constante pour maintenir l’effet produit. L’interruption de la force entraîne immédiatement le retour à l’état naturel.

De même, toute l’existence de la création ne consiste qu’en la force divine qui l’actualise. Par conséquent, si cette force divine se retirait, il ne subsisterait rigoureusement rien. Pourquoi ? Parce que l’existence entière de la création n’est rien d’autre que cette force divine en action.

L’Exemple Paradigmatique de l’ouverture de la Mer Rouge

Cette vérité trouve son illustration la plus saisissante dans le miracle de l’ouverture de la mer Rouge. L’Écriture rapporte : « L’Éternel fit souffler un vent d’est toute la nuit, et les eaux se fendirent et se dressèrent comme un mur des deux côtés » – ויולך ה’ את הים ברוח קדים עזה כל הלילה ויבקעו המים.

L’insistance du texte sur la durée – « toute la nuit » – révèle un enseignement profond. Le vent d’est devait maintenir son action durant toute la période nécessaire à l’accomplissement du prodige. Bien qu’il s’agît manifestement d’un miracle, ce dernier s’est accompli par l’intermédiaire d’un agent naturel, le vent d’est.

Cependant, un vent ordinaire ne saurait provoquer une fendaison bidirectionnelle – son effet dépend de sa direction unique. Pour créer la division complexe décrite par nos sages – qui parlent de douze sections distinctes – il aurait fallu un vent soufflant simultanément dans vingt-quatre directions différentes, ce qui constitue une impossibilité physique.

Le miracle authentique résidait donc dans cette action surnaturelle, bien qu’elle se soit revêtue de l’apparence d’un phénomène naturel. Dans l’enseignement hassidique, le terme « qadim » (est) évoque « qadmono chel olam » (l’Ancien du monde), désignant la force de l’Infini qui se manifeste à travers les phénomènes naturels.

La Nécessité de la Permanence

Pourquoi ce vent devait-il souffler durant toute la nuit ? La logique ordinaire suggérerait qu’une impulsion initiale suffise à déclencher le phénomène. Mais l’Écriture souligne explicitement cette durée, révélant une vérité essentielle : le miracle exigeait une action continue, ininterrompue.

Les eaux ne se contentèrent pas de se fendre ; elles « se dressèrent comme un mur » – ויעמדו כמו נד. Au-delà de la simple séparation, elles acquirent une solidité qui contredisait leur nature liquide. Cette transformation ne résultait pas d’un refroidissement – nous étions au mois de Nissan, période printanière où la température avoisinait vingt degrés. Pourtant, les eaux se solidifièrent, défiant les lois physiques ordinaires.

Cette solidification miraculeuse nécessitait un maintien constant de la force surnaturelle. Si le vent s’était interrompu ne serait-ce qu’un instant, les eaux auraient immédiatement repris leur cours naturel, sans aucune possibilité de maintenir leur configuration extraordinaire.

Le vent ne se contentait pas d’initier le phénomène ; il le maintenait activement à chaque moment. La nature intrinsèque des eaux les porte vers l’état liquide et l’écoulement. Seule l’action continue du vent surnaturel permettait de maintenir leur état solide et dressé. L’interruption de cette force aurait entraîné un retour immédiat à l’état naturel.

Les Eaux figées comme un mur

Le texte précise que les eaux « se dressèrent comme un mur » – ויעמדו כחומה – expression qui dépasse la simple métaphore. Au-delà de leur élévation verticale, elles acquirent la consistance même d’un mur, devenant parfaitement solides. Cette transformation radicale de leur état physique constituait un aspect essentiel du miracle.

Contrairement à ce qu’une explication naturelle pourrait suggérer, cette solidification ne résultait nullement d’un phénomène de congélation. Les conditions climatiques de la saison printanière l’excluaient formellement. Il s’agissait d’une transformation surnaturelle de l’état de la matière, maintenue uniquement par la volonté divine s’exprimant à travers l’action du vent.

La Création Continue : Plus extraordinaire que tout Miracle

L’enseignement révèle alors son point culminant : la création continue constitue un prodige infiniment plus extraordinaire que l’ouverture de la mer Rouge elle-même.

l’ouverture concernait des eaux dont la nature liquide, bien qu’habituelle, n’est pas absolument nécessaire. Après tout, de nombreuses substances demeurent naturellement solides sans intervention extérieure. Le fait que les eaux soient ordinairement liquides et requièrent une force particulière pour se solidifier ne relève pas d’une nécessité ontologique absolue.

Malgré cette relativité, puisque la solidification contredisait la nature habituelle des eaux, elle exigeait un maintien constant de la force transformatrice. À plus forte raison, la création « quelque chose à partir du néant », qui transcende infiniment l’ordre naturel, requiert-elle une actualisation permanente.

L’Innovation Absolue : Du Néant à l’Être

Dans la création ex nihilo, nous assistons au passage du néant absolu à l’existence positive. La nature propre du néant consiste précisément en l’absence totale d’être. L’existence constitue donc l’antithèse parfaite du néant. Il s’avère infiniment plus prodigieux que le néant accède à l’existence que de voir l’eau changer d’état physique.

Si une transformation qui ne constitue pas une nécessité ontologique absolue – comme le changement d’état des eaux – requiert néanmoins, de par son caractère contre-naturel, l’action constante d’une force maintenant cette transformation, à combien plus forte raison l’innovation radicale d’une existence nouvelle à partir du néant absolu exige-t-elle la présence permanente de la force créatrice.

Cette force ne peut jamais cesser d’agir, car l’être créé n’a aucune consistance propre en dehors de l’acte divin qui le fait être.

La Providence Particulière : Conséquence inéluctable

Cette compréhension de la création continue nous permet de saisir avec évidence la réalité de la providence particulière sur chaque détail de l’existence.

Puisqu’à chaque instant le Créateur renouvelle intégralement la création, Il doit nécessairement renouveler le vent qui déplace une feuille, renouveler la feuille elle-même, et renouveler l’espace dans lequel elle se déplace. Chaque élément, si minime soit-il, doit être recréé à chaque fraction d’instant.

Cette vérité rend évidente l’existence d’une providence particulière s’étendant à chaque détail. Comment le Créateur pourrait-Il renouveler constamment chaque élément sans exercer sur lui une supervision parfaite ? La providence découle naturellement et nécessairement de l’acte créateur continu.

Ainsi se révèle la grandeur de la vision hassidique : loin d’être un univers mécanique abandonné à ses propres lois après un acte créateur initial, notre monde constitue le théâtre d’un renouvellement perpétuel où la présence divine s’exprime dans chaque détail, si humble soit-il, de l’existence quotidienne.

Cette doctrine transforme radicalement notre perception du réel : chaque instant révèle la proximité immédiate du Créateur, chaque mouvement témoigne de Sa providence attentive, chaque existence proclame Sa présence renouvelée. Nous ne vivons pas dans un monde abandonné par son Créateur, mais dans un univers constamment recréé par amour, où chaque détail participe consciemment ou inconsciemment à l’harmonie universelle voulue par la sagesse divine.

 


 

Cet enseignement du Tanya nous dévoile ainsi les fondements métaphysiques de notre relation au divin : nous ne sommes pas les habitants d’un cosmos livré à l’autonomie après un acte créateur primordial, mais les témoins privilégiés d’une création qui se renouvelle sans cesse, manifestation perpétuelle de l’amour et de la sollicitude divines pour l’ensemble de l’existence.

 

La Création Continue et la Providence Divine – (Tanya, Chaar Hayéhoud Véhaémounah ch. 2) – Rav Yossef Itshak Ofen

Cours de Tanya du Rav Yossef Itshak Ofen : Comment l’Énergie d’En-Haut anime toute existence

Une exploration des enseignements du Tanya sur la force créatrice divine qui maintient l’univers et donne vie à chaque élément de la création, des cieux jusqu’aux pierres.

 

Par le Rav Yossef Yitzchak Ofen. / Tanya, deuxième partie : Shaar HaYi’houd VeHaEmouna, chapitre 1, # 2

 

  • L’Unité divine : Comment la parole de D.ieu continue de créer et maintenir l’existence à chaque instant
  • La Foi : La compréhension que même la matière inanimée reçoit sa vitalité de la source divine
  • Les mécanismes spirituels : Les permutations de lettres, la guématria, et les transformations qui permettent à la lumière divine de se contracter pour créer le monde

Le verset des Psaumes déclare : « À jamais, Éternel, Ta parole subsiste dans les cieux. » Cette parole divine qui a créé les cieux continue d’agir à chaque instant. Ce n’est pas un acte ponctuel du passé, mais une force créatrice permanente qui maintient l’existence de tout l’univers.

La Force Créatrice Continue

La parole divine mentionnée dans ce verset représente la force divine qui crée et maintient en vie l’univers. Cette force n’a pas agi une seule fois lors de la création pour ensuite laisser les cieux exister par eux-mêmes. Au contraire, cette parole continue d’opérer à chaque instant.

Si cette force divine venait à se retirer ne serait-ce qu’un moment, tout retournerait au néant absolu, exactement comme c’était avant la création. Cette vérité ne concerne pas seulement les cieux, mais toutes les créatures dans tous les mondes, supérieurs et inférieurs, et même la matière inanimée.

L’Âme de la Matière Inanimée

Selon l’enseignement de l’Arizal, même la matière inanimée possède une âme. Cette révélation peut paraître surprenante, mais elle devient plus compréhensible à notre époque où nous connaissons les forces atomiques et les énergies considérables contenues dans la matière.

À l’époque de l’Arizal, ces forces physiques n’étaient pas connues, et pourtant il enseignait déjà que même les pierres, la terre et l’eau possèdent une vitalité spirituelle, une âme. Cette âme n’est autre que la force divine, la parole des dix paroles de la création qui donne vie et existence à la matière inanimée, la faisant passer du néant à l’être.

Le Défi des Créatures Non Mentionnées

Une question importante se pose : tous les éléments de la création ne sont pas explicitement mentionnés dans les dix paroles de la création rapportées dans la Torah. Par exemple, le mot « pierre » n’apparaît pas dans ces dix paroles. D’où la pierre tire-t-elle donc sa vitalité si nous affirmons que toutes les créatures doivent recevoir leur force vitale des dix paroles de la création ?

Les Permutations et Transformations des Lettres

La réponse réside dans un système complexe de permutations et de transformations des lettres. La vitalité parvient à la pierre par des combinaisons et des échanges qui se déploient à travers 231 portes, orientées vers l’avant et vers l’arrière, comme l’explique le Sefer Yetsira (Livre de la Formation). De ces transformations émerge la combinaison du nom « pierre » et sa force vitale.

Cette vitalité ne parvient pas directement aux créatures particulières. La lumière divine des dix paroles de la création est trop intense et puissante. Les créatures individuelles ne sont pas capables de recevoir une lumière si intense directement. C’est pourquoi cette lumière doit être voilée et atténuée.

Les Systèmes de Transformation

Les Échanges de Lettres (At-Bash)

Un exemple de transformation est le système appelé At-Bash, où la lettre Aleph s’échange avec Tav. Cela signifie que la lumière divine revêt deux vêtements : d’abord la lettre Aleph, puis la lettre Tav qui habille l’Aleph. Ainsi, avec ces deux vêtements, la lumière devient plus petite et plus concentrée.

La Guématria

Parfois, un seul échange ne suffit pas et il faut effectuer plusieurs transformations ou utiliser la guématria (valeur numérique des lettres). Par exemple, le mot « pierre » (even) provient d’une guématria basée sur le remplissage du nom divin.

Le remplissage signifie que chaque lettre du nom divin est écrite en entier : Youd s’écrit Youd-Vav-Dalet, Hé s’écrit Hé-Aleph, etc. En calculant la valeur numérique de ce remplissage, on obtient 52, qui correspond à la guématria de « ben » (fils). En ajoutant l’Aleph d’un autre nom divin rempli, on forme le mot « Aven » (pierre).

La Sagesse d’Adam Harichon

Cette science des correspondances entre les noms et la vitalité spirituelle n’est pas arbitraire. Elle remonte à Adam Harichon qui, selon le Midrash, a donné des noms à tous les animaux. Sa sagesse dépassait celle des anges car il pouvait percevoir, selon les caractéristiques de l’âme de chaque être vivant, de quelles lettres divines il recevait sa vitalité.

Quand Adam voyait un bœuf, il percevait que sa vitalité provenait des forces divines contenues dans les lettres qui forment le mot « bœuf » (shor), obtenues par des permutations de lettres. De même pour l’âne et toute autre créature. Cette connaissance représentait une sagesse immense que même les anges ne possédaient pas.

Le Système des 231 Portes

Le calcul des 231 portes provient du fait que chaque lettre de l’alphabet hébreu (22 lettres) peut se combiner avec toutes les autres lettres. Chaque lettre a donc 21 combinaisons possibles (avec toutes les autres sauf elle-même). Le calcul donne : 22 × 21 = 462, soit deux fois 231.

Cette distinction entre « face » et « dos » fait référence à un monde supérieur dans l’ordre de l’émanation. Quand le Créateur a contracté la lumière infinie, Il l’a revêtue des lettres et de toutes leurs combinaisons. Mais ces lumières étaient encore trop intenses, nécessitant une contraction supplémentaire.

Le « Pliage » du Vêtement Divin

Le Saint béni soit-Il a alors « plié » le vêtement divin en deux. Les lettres de Lamed à Tav (la seconde moitié de l’alphabet) ont été placées « derrière » les lettres de Aleph à Kaf (la première moitié). Cette configuration a créé un espace libre et a donné naissance au système de combinaisons connu sous le nom d’Al-Bam, où on associe une lettre de la première moitié avec une lettre de la seconde moitié.

L’Universalité du Système

Ce principe s’applique à toutes les créatures du monde. Tous les êtres qui portent un nom en langue sainte (l’hébreu) reçoivent leur vitalité de cette parole divine qui descend de degré en degré depuis les dix paroles de la création, par le biais de permutations et de transformations, jusqu’à ce qu’elle puisse s’habiller et donner vie à chaque créature particulière.

La Nécessité de la Contraction Divine

Cette élaboration complexe de permutations et transformations est nécessaire parce que les créatures individuelles ne peuvent recevoir leur vitalité directement des dix paroles de la création. Cette vitalité, dans sa forme originelle, est d’une grandeur et d’une intensité qui dépassent totalement la capacité de réception des créatures particulières.

La vitalité doit donc descendre et s’enchaîner de degré en degré, se contractant à chaque étape par des échanges, des transformations et des calculs guématriques, jusqu’à ce qu’elle puisse se contracter suffisamment pour s’habiller et créer une créature particulière.

L’Unité de la Torah et du Créateur

Le nom qu’on donne à chaque être en langue sainte constitue le réceptacle de cette vitalité contractée dans les lettres qui descendent des dix paroles de la création de la Torah. Cette vitalité a le pouvoir de créer quelque chose à partir du néant et de lui donner vie éternellement, car la Torah et le Saint béni soit-Il ne font qu’un.

C’est pourquoi il est écrit que le Saint béni soit-Il a créé le monde en contemplant la Torah. Cette contemplation représente la contraction de la vitalité divine, permettant à la création d’exister. La Torah constitue le vêtement de cette lumière divine, comme il est dit : « Il s’enveloppe de lumière comme d’un manteau » – la lumière de la Torah possède un manteau qui lui permet d’être accessible à la création.

Dans ces lettres réside la force infinie capable de créer quelque chose à partir du néant et de lui donner la vie pour l’éternité.

 

 

Likoutei Torah Emor avec le Rav Ofen – לקוטי תורה פרשת אמור מאמר ג׳ – הרב יוסף יצחק אופן

Likoutei Torah Emor avec le Rav Ofen – לקוטי תורה פרשת אמור מאמר ג׳ – הרב יוסף יצחק אופן

 

אמור, ג׳
וספרתם לכם ממחרת השבת מיום הביאכם את עומר התנופה שבע שבתות כו׳.
הנה וספרתם הוא לשון בהירות כמו אבן ספיר וכן ע״ס הוא לשון בהירות. וזהו וספרתם לכם כו׳ היינו להמשיך ע״ס שיאירו לכם למטה (עיין בפרדס ש״ח פ״ב בשם ספר הבהיר אמאי אקרי ספירות ע״ש השמים מספרים כו׳. ועיין בזהר תרומה קל״ו ב׳ מאי מספרים כו׳ דנהרין כו׳). ולהבין זאת הנה פסח הוא יציאת מצרים וחג השבועות הוא מ״ת וקודם קבלת התורה היו צריכים לספור ז׳ שבועות שלימות ואח״כ היו יכולים לקבל התורה (ועיין בזהר פ׳ אמור דף צ״ז). כי הנה כתיב והחיות רו״ש שלמעלה הכל בבחי׳ רצוא ושוב. וכמ״כ פסח הוא בחי׳ רצוא ושבועות הוא בחי׳ שוב כי פסח הוא יצ״מ שהוא בחפזון כמ״ש ואכלתם אותו בחפזון. וכתיב בחפזון יצאת כו׳, כי אז היה התגלות אלקות מלמעלה כמאמר עד שנגלה עליהם מלך מלכי המלכים הקב״ה וגאלם בבחי׳ חפזון ולעתיד כתיב כי לא בחפזון תצאו ובמנוסה לא תלכון כו׳ שלא יהיה בבחי׳ חפזון אבל יצ״מ היה בחפזון כו׳, (ועמ״ש מזה ברבות ס״פ בא ובמכילתא פ׳ בא פרשה ז׳ וע״ש והובא ג״כ בילקוט פ׳ בא. וע׳ בסש״ב פל״א ועמ״ש ס״פ וישב סד״ה כה אמר כו׳ ונתתי לך מהלכים אבל לע״ל כשיתגלה בחי׳ סוכ״ע כו׳ שיהיה גם השוב בבחי׳ הליכה כמו הרצוא כו׳, ומ״ש סד״ה והיה מספר בני ישראל בענין שלעתיד תהיה מעלת אתעדל״ת גדולה וגבוה לאין קץ כו׳. ומכ״ז יובן ענין כי לא בחפזון) והיינו בחי׳ רצוא ממטה למעלה משא״כ שבועות הוא בחי׳ שוב שהוא בחי׳ מ״ת גילוי רצונו למטה. כמ״ש וירד ה׳ על הר סיני המשכה מלמעלה למטה. והנה כתיב למען תזכור את יום צאתך מארץ מצרים כל ימי חייך וכמארז״ל בכל דור ודור כו׳. שצ״ל בכל יום בחי׳ יצ״מ.
והיינו בק״ש ואהבת כו׳. וחותם אני ה׳ אלקיכם אשר הוצאתי כו׳. ובפרט מן ב״ש עד ק״ש הוא הכנה שיבוא לבחי׳ יצ״מ ואהבת כו׳. והיינו כשיתבונן איך שכל צבא השמים לך משתחוים והאופנים וחיות הקדש ברעש גדול כו׳ והחיות זעות מחיל כסא נושאות ומנושאות עם כסא אלף אלפים ורבוא רבבן ישמשוניה וכולם הם בבחי׳ ביטול תמיד.
וזהו להודיע לבני האדם גבורותיו וכבוד הדר מלכותו שהוא בחי׳ הדר מלכותו שכולם בטלים לגבי׳ ממש ונמשך להם הביטול ע״י שמשיגים כי מלכותך מלכות כל עולמים. פי׳ מלכותך שחיות כל העולמות אינו אלא מבחי׳ מלכותך הארת שמו בלבד לא כמו שהנשמה מחיה את הגוף שעצמיות חיות הנשמה מלובש בתוך הגוף ממש. אבל מהותו ועצמותו רם ומתנשא כו׳.
ואין שום דבר מלבישו כלל היה הוה ויהיה בלי שינוי כלל כמ״ש אני ה׳ לא שניתי אתה הוא קודם שנברא העולם ואתה הוא לאחר שנברא כו׳ בלי שום שינוי כלל ואין שום דבר מכסה ומסתיר נגדו אלא רק הארת שם כבוד מלכותו בלבד זהו חיות והתהוות כל העולמות.
וזהו מלכותך מלכות כל עולמים היינו שכל עולמים אף שהן אלף אלפים ורבוא רבבן כמ״ש היש מספר לגדודיו ומן הארץ לרקיע מהלך ת״ק שנה כו׳. עכ״ז הם אין ערוך כלל לגבי אורו כו׳ שהוא בחי׳ א״ס ממש וכנודע  שאפילו אחד לגבי רבוא רבבן יש לו ערך שהוא חלק קטן ממנו. אבל רבוא רבבן לגבי בלי גבול בבחינת א״ס ממש אין ערך כלל.
וע״י שמשיגים את כל הנ״ל עי״ז הם בבחי׳ ביטול תמיד וע״י התבוננות כל הנ״ל בעומק הדעת אזי ממילא יבא לבחי׳ רצוא בק״ש להיות ואהבת את הוי׳ אלקיך בכל לבבך לצאת מן המצרים וגבולים שכולם הם בבחי׳ גבול, כמו מהלך ת״ק שנה הן בגשמיות הן ברוחניות הוא בבחי׳ מצר וגבול המכסים ומסתירים להיות נראה ליש ודבר בפ״ע רק לדבקה בו כו׳ שהוא בלי גבול בחי׳ א״ס ממש.
וזהו נק׳ יצ״מ לצאת מן המצרים וגבולים כנ״ל, וזהו שבגלות מצרים נאמר בפרעה לא ידעתי את ה׳ ששם הוי״ה שהוא היה הוה ויהיה בלי שינוי לא ידעתי רק שם אלקים המכסה ומסתיר להיות יש ודבר בפ״ע דוקא. וזהו לא ידעתי את הוי׳ שהדעת הי׳ בבחינת גלות. וזהו שחותם בק״ש אני הוי׳ אלקיכם אשר הוצאתי כו׳ אני הוי׳ דוקא:
ב וזהו מארז״ל תפלות אבות תקנום. פי׳ אבות הם חג״ת שנמשך מהם אהוי״ר ורחמנות שהם אברהם יצחק ויעקב. והיינו שכל התפלה היא בג׳ מיני פסוקים, היינו פסוקים של חסד שנעשה מהם בק״ש ואהבת כו׳ ע״י ההתבוננות כנ״ל שהוא בחי׳ אברהם אוהבי להיות גילוי האהבה בנפש בחי׳ רצוא ועי״ז אח״כ והיו הדברים האלה אשר אנכי מצוך ודברת בם כו׳.
ואף שבפ׳ שניה כתיב ואספת דגנך עכ״ז נעשה תורתן קבע ומלאכתן עראי. וזהו כי האדם עץ השדה שהוא כמו אילן הצומח בארץ שהעיקר הוא הפרי שעליו עכ״ז יש גם קוצין ועלין וגוף האילן והעיקר הוא רק הפירות כו׳. כמ״כ האדם העיקר הוא הפרי היינו תורה ומצות כמארז״ל מאי פרי מצות וזהו ענין תורתן קבע ושאר כל צרכי גופו הם כמו העלים לגבי הפרי.
וזה נעשה הכל מבחי׳ ואהבת כו׳ שהוא בחי׳ אברהם, וכן יצחק בחי׳ גבורה שנעשה מזה בחי׳ יראה בנפש פחד יצחק. ובחי׳ יעקב הוא בחי׳ רחמנות דהיינו מי שלבו כלב האבן שאף שמתבונן בכל הנ״ל לא יבא לבחי׳ ואהבת שבק״ש מחמת שקשור מאד בהבלי העולם להיות יש ודבר בפ״ע ומחמת זה לבו כלב האבן. אזי העצה לזה הוא לעורר רחמים רבים על נפשו.
וכמ״ש ליעקב אשר פדה את אברהם וזהו ע״י פסוקי רחמנות שבתפלה והוא המלך המרומם כו׳ ברחמיך הרבים רחם עלינו. אבינו אב הרחמן רחם עלינו ותן בלבנו בינה להבין ולהשכיל ולא נבוש לע״ו. פי׳ כי הנה כתיב כי לא יראני האדם וחי וארז״ל בחייהם אינם רואים אבל במיתתם רואים כי בחייהם שהנפש מלובש בגוף ומכסה ומסתיר עליו להיות נראה לו זה העולם ליש ודבר בפ״ע. אבל בצאת הנפש מהגוף אזי רואים שבאמת מהותו ועצמותו כו׳ היה הוה ויהיה בלי שום שינוי ואין שום דבר יכול להלבישו כלל ולהסתירו והיה מקח טעות לגמרי מה שהיה נראה לו העולם ליש ודבר בפ״ע.
ואזי הבושה גדולה עד למאד על שכל מחשבותיו ומגמותיו היו בהבלי העולם ובעסקיו כאלו הוא דבר בפ״ע ממש והוא חוצפא והעזה גדולה כו׳. ולכן בקשתנו ברחמיך הרבים רחם עלינו ותן בלבנו בינה היינו להבין דבר מתוך דבר היינו אף בעוד שהנשמה מלובש בגוף יבין וישכיל שבאמת הכל בטל בתכלית כמו קודם שנברא העולם בלי שום שינוי ממש כנ״ל ולא נבוש לע״ו. בכדי שלא יהיה אח״כ הבושה לעולם ועד. וזהו ליעקב אשר פדה את אברהם [עיין בד״ה מה יפו פעמיך]:
ג והנה כל הנ״ל שהוא בחי׳ רצוא יצ״מ אינו אלא לנפש האלקית בלבד שהיא בבחי׳ גלות בתוך מצרים וגבולים המכסים כו׳. וכמו שאמר פרעה לא ידעתי את הוי׳ כו׳. וכמ״ש אנכי ארד עמך מצרימה ואנכי אעלך כו׳ שזהו שנאמר ליעקב שהוא הנפש  האלקית בלבד. יו״ד עקב יעקב חבל נחלתו כי חלק הוי׳ עמו. כמ״ש וירא ישראל את היד הגדולה אשר עשה ה׳ שישראל בלבד שהוא הנפש האלקית כי ישראל עלה במחשבה ישראל לי ראש כו׳ וישראל בלבד ראו אשר עשה הוי׳ כו׳.
וכמ״כ בק״ש בחי׳ רצוא יצ״מ הנ״ל ואהבת כו׳ אינו אלא לנפש האלהית בלבד אבל נפש הבהמית מ״מ הוא רוצה לאכול כמעשה בהמה כו׳. וכדי לקבל את התורה שהוא גילוי רצונו ית׳ כביכול למטה הוצרך להיות מקודם בחי׳ ביטול נפש הבהמית ג״כ. [ועמ״ש ע״פ אדם כי יקריב כו׳ תקריבו כו׳ ע״ש].
והיינו ע״י הנפת העומר וספה״ע. כמ״ש והניף את העומר לפני הוי׳ לרצונכם ממחרת השבת יניפנו הכהן, כי הנה העומר הוא מן השעורים שהוא מאכל בהמה וכמ״כ למעלה יש ג״כ בחי׳ בהמה והוא המרכבה העליונה פני אריה אל הימין ופני שור מהשמאל כי חיה בכלל בהמה כמ״ש על הים שעשה שלמה עומד על שנים עשר בקר שלשה פונים צפונה כו׳ שהיא המרכבה העליונה והים עליהם מלמעלה שהיא בחי׳ ים העליון בחי׳ בהמה רבה שם ב״ן גימטריא בהמה שהוא שרש המרכבה דפני אריה כו׳, והמרכבה הנ״ל הוא שרש ומקור לכל הבהמות ונפש הבהמית שלמטה שנמשכים ממנה.
ושעורה שעור ה׳ והיינו מברורים שלמטה שנבררים ונכללים בבחי׳ בהמה רבה הנ״ל כמאמר יוצר משרתים שיש מלאכים שהם בטלים בכל יום ונבלעים ונכללים בבחי׳ בהמה רבה הנ״ל. כמו המאכל שעורים שנבלע בבהמה שלמטה וחוזרים ומתחדשים בכל יום כו׳.
וזהו יניפנו הכהן שהוא בחי׳ חסד העליון העלה את בחי׳ בהמה רבה הנ״ל [עיין בזהר פ׳ בלק דקפ״ח ע״ב] ע״י עומר שעורה שעור ה׳ הנ״ל. לפני הוי׳ למעלה מהוי׳ כנודע. וזהו ממחרת השבת ולא ממחרת יו״ט שהוא למעלה מבחי׳ שבת וד״ל.
ועי״ז אח״כ ע״י ספה״ע היו המשכות מקיפים מלמעלה למטה לעומר כו׳. וזהו היום יום א׳ לעומר יום הוא בחי׳ חסד כמ״ש יומם יצוה ה׳ חסדו והיינו בחי׳ חסד עליון להמשיך מלמעלה מעלה לבחי׳ עומר כדי שיהיה ביטול הרצון מנפש הבהמית ג״כ דוקא.
וזהו לרצונכם כדי שיהיה ביטול הרצון שלכם ע״י המשכת המקיפים הנ״ל ע״י ספה״ע כו׳. וזהו וספרתם לכם היינו להמשיך הארת המקיפים הנ״ל שהוא ממחרת השבת דוקא כנ״ל לכם למטה להפוך את נפש הבהמית ג״כ שיהיה ביטול רצונכם.
וזהו מיום הביאכם את עומר פי׳ מאות ו יום שהניפו את העומר שהוא לפני הוי׳ אזי וספרתם לכם תמשיכו לכם ע״י ספה״ע שבע שבתות שהם מ״ט מדות. ואז היה יכול להיות אח״כ  מתן תורה בשבועות שהוא גילוי רצונו ממש מלמעלה למטה שהוא למעלה מתפלה שהוא בחי׳ יצ״מ שהוא הרצוא כנ״ל.
ואהבת בכל לבבך שעדיין אינו בבחי׳ ביטול בתכלית כי יש מי שאוהב כו׳. משא״כ בלימוד התורה שהוא דבר ה׳ ממש בפיו. כמ״ש ואשים דברי בפיך דברי ממש. אני המשנה המדברת בפיך. וכמארז״ל אלו ואלו דברי אלקים חיים כו׳ שהם דברי אלקים ממש גילוי רצונו ממש למטה. וזהו ודברת בם בם ממש והוא בחי׳ ובכל נפשך היינו לקשר מחשבה במחשבה כו׳. (ועמ״ש סד״ה וארא אל אברהם). אך הנה ארז״ל כל האומר אין לי אלא תורה אפילו תורה אין לו שמאחר שהוא יש ודבר בפ״ע. אזי אף כשמדבר ד״ת אין זה דבר ה׳ כלל. ואין זה גילוי רצונו כלל, רק צריך להיות מקודם בחי׳ הרצוא יצ״מ ממטה למעלה כנ״ל.
וע״י זה רוח אייתי רוח ואמשיך רוח כי באתערותא דלתתא אתעדל״ע ומעורר למעלה המשכת רצונו כביכול למטה. אך שיתלבש
בדברים גשמיים כמו תרומות ומעשרות וקרבנות כו׳ ולאו אורחא דמלכא לאשתעי במלין דהדיוטא כו׳.
וע״ז היה צריך מקודם שיניף הכהן את העומר שהוא שעורה שעור ה׳ מיכלא דבהמה רבה הנ״ל לפני הוי׳ למעלה מהוי׳ כנ״ל. ועי״ז אח״כ ע״י ספה״ע היה המשכת המקיפים למטה לעומר וספרתם לכם כו׳ שבע שבתות כו׳. והיה יכול להיות אח״כ מתן תורה בשבועות שהוא גילוי רצונו כביכול למטה באותיות התורה [ועיין בזהר פ׳ תצוה דף קפ״ב סע״ב וכיון כו׳ ודף קפ״ג ע״א עד אפיק אורייתא כו׳ וע׳ לקמן]:

Torah Or Parachat Vaye’hi avec le Rav Yossef Its’hak Ofen תורה אור פרשת ויחי מאמר א׳ – רב יוסף יצחק אופן

Torah Or Parachat Vaye’hi avec le Rav Yossef Its’hak Ofen תורה אור פרשת ויחי מאמר א׳ – רב יוסף יצחק אופן

 

תורה אור פרשת וירא –  הרב יוסף יצחק אופן

תורה אור פרשת וירא – הרב יוסף יצחק אופן

 

וירא, א׳
תורה אור פרשת וירא –  הרב יוסף יצחק אופן

Etude du Torah Or : Parachat Noa’h – 4ème Maamar, par le Rav Yossef Its’hak Ofen (en hébreu)

Cours du jeudi 20 octobre 2023 au 770 de Ramat Chlomo – Jérusalem

Texte du Torah Or – Noa’h –  Maamar 4
https://www.sefaria.org.il/Torah_Ohr%2C_Noach.4?lang=he


נח, ד׳